Procès-verbaux cités, séance du 26 décembre
sa pensée : ce n'est pas une conférence qu'il veut, de simples explications qu'il réclame, « comme si le général Trochu était maître de tout, ainsi qu'il en a, suivant lui, trop jusqu'ici manifesté la prétention. . . Le moment est venu ou le gouvernement doit, lui-même, conduire les opérations militaires » . C'est « la révocation » du gouverneur qu'il demande indirectement. Il espère être compris de lui. « La souveraineté appartient au gouvernement tout entier. . . il semble ravoir jusqu'ici abusivement abdiquée dans les mains du gouverneur * . »
Jules Ferry proteste, lui aussi, de sa « confiance absolue »^ dans le général Trochu, mais il croit le moment venu d'exiger des explications. « Il constate que la situation menace d'éclater dans ses mains en qualité de maire de Paris ; on en voudrait moins au gouverneur de la perte de vingt mille hommes que de l'inaction *. » Mais il ne veut pas d'un « conseil de tutelle pour le général en chef ; ceci lui paraît être l'anarchie et la dissolution dans l'armée». Il tient tous les généraux autres que Trochu et Ducrot « en complète méfiance » . Il croit qu'ils doivent être consultés, mais non appelés à délibérer. Chacun sait qu'ils ne désirent qu'une chose, la paix. Aussi est-il opposé au remplacement plus ou moins déguisé du gouverneur.
Ernest Picard pense le contraire. « Le général Trochu est investi d'une véritable dictature militaire depuis trois mois,, et maintenant tout le monde dit que rien ne marche ; le ministre de la guerre le crie plus haut que personne. Il faut donc retirer au général la dictature militaire et lui laisser la présidence du gouvernement. Il faudrait tout au moins que le gouverneur « consentît à laisser diriger les opérations militaires par un autre général qui les soumettrait au conseil. »
1. Procès-verbaux cités, séance du 85 décembre; Trochu, Œuvres posthumes ^ lome I«^ p. 492.
8. Les généraux Ducrot, tome III, p. 200, et Trochu, Œuvres posthumes, tome I», p. 491, soulignent cette phrase comme s^ils prétendaient en montrer l'absurdité. Pourtant la grande majorité [des témoignages permet de constater qu'elle était la \érité même.
Picard propose d'y appeler Ducrot, Bellemare, Vinoy, les amiraux \
Avec Qarnier-Pagès et Arago, la note change. Le dernier déclare qu'il quittera le gouvernement plutôt que de signer la capitulation. Il n'en veut « à aucun prix ». Garnier-Pagès croit qu'il faut agir, mais en se bornant à encourager Trochu, « pour contrebalancer les embarras suscités autour de lui par certains généraux dans lesquels il ne faut avoir que fort peu de confiance. Il approuve donc la convocation d'une conférence militaire destinée à couvrir la responsabilité du général lui-même ». Il ne veut point de sa révocation déguisée : elle mènerait à des désastres. Quant au ministre de la guerre Le Flô, la réunion d'un conseil de guerre, seule, lui paraît déjà « une résolution fort grave ; avant d'y recourir, il faudrait au moins avoir un entretien avec le général Trochu*».
On voit les courants qui partagent le conseil. Tous ses membres ont perdu leur foi première dans les capacités militaires du gouverneur. Mais Jules Favre est seul à envisager l'hypothèse de sa révocation. La plupart de ses collègues reculent devant la nécessité de le remplacer par un autre officier général, dont les idées politiques leur inspireraient moins de confiance. Ils voudraient, sans aller si loin, prendre une part plus grande à la conduite de nos affaires militaires. Ilne solution radicale répugne à ces honnêtes gens, avocats ou professeurs distingués, mais point du tout hommes d'action, faits pour d'autres tâches que la défense de Paris. Ils décident finalement que Trochu sera prié d'assister au conseil du lendemain'.
La séance s'ouvre à deux heures et demie. Dès son arrivée, le gouverneur lit, sur les opérations militaires du 20
1. Procèê'Vérhaux cités, séance du 25 décembre. — Ernest Picard paraît avoir été pousse dans ce sens par le colonel de Meffray (De Meffray, les Fautes de la défense de Paris, p. 19 à 41). Voir, pour le remplacement de Trochu par Ducrot, D^ Sarazin, p. 250 et 351.