‹ Siège de ParisChapitre 19 sur 22 · V'^ E.-M. DE VOGUÉ · texte numérisé non relu

V'^ E.-M. DE VOGUÉ

M. DE Vogué a eu dans sa vie une aventure ; comme la plupart des grands poètes français du xix^ siècle, comme Chateaubriand, comme Hugo, comme Lamartine, il a voulu jouer un rôle politique. Grand seigneur rallié, il a accepté la République, mais la République ne l'a pas accepté. Il est entré au Palais-Bourbon plein de bonne volonté, et Ta quitté plein de dégoût. Et parmi les triomphes de sa carrière littéraire, son expérience politique lui a été amère.

Et cependant par la mystérieuse alchimie du génie, M. de Vogué, de cette amertume, de ses déboires, de ses déceptions, de ses indignations, a su tirer le chef-d'œuvre : Les Morts qui parlent. En une succession de tableaux d'une vie et d'une vigueur admirables, en une collection de portraits d'une vérité et d'un relief saisissants,

COLLECTION NELSON

l'auteur nous fait connaître les coulisses du Palais- Bourbon sous la troisième République. Et, aux intrigues politiques il a mêlé avec un art très ingénieux une intrigue amoureuse, les amours du chef socialiste juif et de la princesse russe. Et autour des héros du roman se meut toute une plèbe de politiciens qui semblent n'écouter que leurs passions et leurs intérêts, mais qui en réalité ne font qu'obéir à leurs instincts ataviques, à la mystérieuse voix de l'hérédité : Ce sont les Morts qui parlent. Roman philosophique, roman satirique, le livre a suscité d'ardentes controverses. Nul ne contestera sa haute valeur littéraire : en politique, M. de Vogué a d'irréconciliables adversaires, dans le domaine de l'art il n'a que des admirateurs.

ANNA KARENINE. Par Léon Tolstoï.

Introduction par Emile Faguet (Deux

volumes.)

TOLSTOL

Anna Karénine n'est pas seulement, suivant l'expression de M. Faguet, " le roman du siècle " et la tragédie éternelle de l'amour coupable ; l'œuvre du prophète de lasnaïa-Poliana marque l'apogée et la perfection d'un genre littéraire au delà de laquelle on n'aperçoit plus rien. Jamais romancier n'avait atteint à ces altitudes, ni Fielding dans Tom Jones, ni Balzac dans le Cousin Pons, ni Flaubert dans Madame Bovary. Tous les critiques depuis de Vogué jusqu'à Brandès, en parlant à^Anna

COLLECTION NELSON

Karénine, ont épuisé la gamme des épithètes laudatives et superlatives. Et tous ces superlatifs se résument en ceci, qw'Anna Karénine ce n'est plus de l'art, ce n'est plus la représentation de la vie, c'est la vie même, la vie humaine palpitante et frémissante, et non pas seulement la vie extérieure, mais la vie intérieure, la vie mystérieuse de l'âme. Non, pas même Shakespeare n'a sondé le coeur humain à ces profondeurs, n'a analysé le mécanisme et le jeu délié des passions avec cette science infaillible, et n'a su dégager des passions, de leurs errements, de leurs sophismes, de leurs souffrances, la moralité qu'elles contiennent et suggèrent.

Et n'oublions pas aussi (\\i^Anna Karénine marque l'entrée triomphale de la littérature russe dans notre culture européenne. Nulle œuvre russe ne nous fait mieux sentir et pressentir tout ce que nous apporte de dons nouveaux et inappréciables, tout ce que contient de promesses et d'avenir, cette mystérieuse et fatidique race slave que notre orgueil et notre ignorance se complaisent à reléguer dans ses steppes et dans la barbarie.

LES ROQUEVILLARD. Par Henry Bordeaux. Introduction par Firmin Roz.

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