CHAPITRE XXX
PARIS jusqu'au 19 JANVIER
Les journaux et les clubs. — L'affieUe rouge. — Les maires et le gouvernement. — Discussions an conseil. — Nouvelles de province. — Regain d'espoir. — Premières pensées de capitulation.
A mesure que s'avance le siège, l'excitation nerveuse, la fièvre, on pourrait dire la folie obsidiouale, s'accentue dans Paris. Les journaux redoublent d'exagération. Accusations vaines, fausses nouvelles, provocations à la guerre civile affluent dans leurs colonnes. Le 80 décembre, la Liberté Slwnonee que Garibaldi est en Alsace, coupant le chemin de fer de Mulhouse à Strasbourg « par de larges et profondes tranchées ». Le Réveil du 31 reproduit cette nouvelle. Le Peuple français du. 7 janvier publie la mort de von der Tann et la blessure grave de Frédéric-Charles, d'après une prétendue lettre reçue de Suisse. U Opinion nationale du lendemain réimprime cette invention. Les mêmes jours, le Soir, puis Y Opinion nationale SLi:&\xveni que Chanzy est à une journée de Paris, vers Mantes. Puis, le 11 janvier, c'est le Gaulois qui écrit que Manteufi'el a été battu par Faidherbe, « le prince de Saxe » vaincu et tué. Le 23, l'empereur d'Allemagne aurait été foudroyé par l'apoplexie, si l'on en croyait V Avenir libéral et le Réveil^. C'est à peine si le gouvernement refuse d'ajouter foi aux nouvelles ainsi publiées'-.
Les accusations contre lui, contre les généraux, les provocations à la guerre civile sont de tous les jours. Si la Patrie en danger, de Blanqui, est morte d'inanition, d'autres lui ont succédé, à peine moins violents. Le 6 janvier, un journal re-
1. Enquête, rapport Chaper sur le gouvernement de la défense à Paris, p. 337 et suiv.
2. Le 26 décemljre, dans une réunion des maires, sur la foi d'un journal, Jules Favre fait allusiou à une prétendue de'faite de l'armée prussienne (R;ipport Chaper, p. 340).
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lativement modéré, VAÎliance républicaine, réclame le remplacement immédiat du général Trochu, « qui n'a ni l'enthousiasme qui entraîne une nation, ni les inspirations qui produisent la victoire, ni la haute capacité militaire indispensable à un clief d'armée* ». Le 15 janvier, V Electeur libre annonce qu'une « grande détermination » va être j rise par le gouvernement. Il y joint des commentaires qui indiquent nettement la sortie attendue. Le 16, dans le Rappel, Charles Hugo accuse nos hommes d'Etat « de transiger timidement avec les puissances, de tendre humblement la main ».
La presse et les clubs ^ ne sont pas seuls à répandre l'alarme, à éveiller de fausses espérances, à accroître la surexcitation par tous les moyens. Le P"" janvier, la commission des barricades lance une proclamation dictée par la prochaine offensive de l'ennemi : « Il importe que tout le monde le sache : derrière les forts, protégés par le courage de l'armée et de la garde nationale mobilisée ; derrière les murs, gardés par la constance de la garde nationale sédentaire, les Prussiens rencontreraient encore l'indomptable résistance des barricades parisiennes. » Et la commission présidée par M. Rochefort d'inviter chaque ménage à préparer deux sacs à terre, « pour couvrir en quelques heures Paris de barricades ou réparer les brèches ». Elle assure qu'il y a parmi elle « des hommes décidés à. . . ne jamais rendre à l'ennemi de notre patrie cette citadelle du droit et de la liberté républicaine " » . Que de phrases creuses et dans quel style !
Le 3 janvier, après Louis Blanc, Edgard Quinet publie une nouvelle lettre pour réclamer une action décisive. La phraséologie y tient aussi la plus large place : « Les masses qui chaque jour sortent de terre prennent Paris pour direction. Les rayons de la roue viennent se rattacher au centre, l'immense circonférence se resserre autour de nos enva-