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AGITATION DANS PARIS

EflFet de la bataille sur la population. — Déchaînement général contre Trochu. — Discussions au conseil. — Réunion des maires. — La démission du gouverupur réclamée. — Scn remplacement par Vinoy. — Conseils de guerre.

Pendant la journée du 19 janvier, l'anxiété est grande dans Paris. On s'attroupe aux portes conduisant vers l'ouest, sur l'avenue de Neuilly. Sous les petites ondées qui se succèdent, une foule impatiente, surexcitée, attend sur les boulevards, autour des mairies, les bulletins de la bataille affichés d'heure en heure \ Le premier provoque une joie qui ne laisse pas d'être mêlée d'inquiétude. On a eu si souvent à se repentir, ces derniers mois, de s'être réjoui trop tôt ! Le second est déjà moins rassurant. Puis surviennent deux autres dépêches, qui font entendre clairement, à travers leurs réticences, que, si nous ne sommes pas repoussés, nous n'avançons plus. La dernière détruit toute illusion; c'est celle datée de 9^bO. Et, le lendemain, chacun lit le télégramme du gouverneur réclamant un armistice de deux ou trois jours, pour l'enlèvement des blessés, l'enterrement des morts! «Il semblait en vérité qu'il s'agît de déblayer le champ de bataille de Waterloo '. »

Il se produit un moment de stupeur, de tristesse infinie.

1. F. Sarcey, p. 280; Journal du siège, par le Gaulois, p. 433.

2. F. Sarcey, p. 280; Journal du siège, par le Gaulois, p. 442.

On croit à des montagnes de morts ou de blessés. Puis la garde nationale rentre dans Paris et l'on démêle la vérité. Nos pertes sont réelles, mais non de nature à justifier la dépêche du gouverneur. Ce n'est alors qu'un cri : « On n'est pas si maladroit que cela!. . . » Puis, la réflexion aidant, on se demande ; « Est-ce vraiment maladresse ? Ne serait-ce pas plutôt calcul? Ne veut-on pas, en effrayant les imaginations, familiariser Paris avec l'idée d'une capitulation ^ ? »

Cette fois le gouvernement est absolument discrédité. Il ne reste en place que par l'impossibilité d'en trouver un autre sur l'heure. Mais c'est un effroyable déchaînement, de toutes parts, contre son inertie et sa maladresse. On s'en prend surtout aux « culottes de peau », au général Trochu. Le bruit court que son mysticisme a tourné à la folie, qu'il est en proie à des hallucinations. Sa proclamation de sainte Geneviève est la fable de Paris. Il est partout bafoué ^.

Plus que jamais, avec une violence croissante, on réclame «la sortie torrentielle». On voudrait jeter soldats, gardes nationaux, citoyens sans armes, même les femmes et les enfants, contre l'ennemi. Certains journaux font assaut d'incohérence. Le Réveil propose des travaux de contre-approche : « Tout le monde se mettra à la besogne civique. En quatre jours nous aurons fait 50 lieues de tranchées, qui, poussées sur vingt points différents, feront éclater le cercle qui nous entoure^. . . »

Les membres du gouvernement ont partagé les angoisses

1. F. Sarcey, p. 280; J. Clarelie, lome !<", p. 482; E, Chevalel, p. 259; E. Rousse, tome II, p. 361 ; .M'"^ Adam, p. 394; M. Cornudel, p. 421 ; F. Gariiier, p. 146; Flourens, p. 202; d'Hérisson, p. 3i7.

2. F. Sarcey, p. 282; d'IIcrissou, p. 3i7; J. Favre, lome II, p. 331 ; Diicrot, lome IV, p. 197; E. Rousse, lome II, p. 357; Vinoy, p. 422; Journal des Goncourl, 2« série, lome T', p. 199.

3. Ducrot, tome IV, p. 198; Trochu, Œuvres posthumes, tome I*"", p. 040; J. Favre, lome H, p. 366; Journal du siège, parle (iaulois, p. 444: «Plus loin, un vieillard à barbe grise e.xliorle la foule au combat, à la résistance à outrance.

— Ce qu'il nous faut, ce sont des chefs jeunes, hardis, entreprenants, dans lesquels la garde nationale et l'armée aient confiance.

— Plus de culottes de peau ! répond la foule, en applaudissant des deux mains, i (Noies d'un lémoin oculaire prises sur la place de Grève, le 21 janvier.)

de la population, A 10 heures du soir, le 19 janvier, ils sont réunis, quand le général Schmitz apporte la dépêche annonçant notre retraite. Le gouverneur demande qu'on la rende publique. Mais ses collègues sont trop bien convaincus du danger d'une explosion populaire pour s'y résoudre sans mûr examen. Ils décident qu'un extrait seulement sera communiqué aux journaux. Puis Jules Favre, Jules Feny et le général Le Flô partent pour le Mont-Valérien \

Ils arrivent près du gouverneur à 1 heure du matin seulement, après avoir subi le contact attristant des troupes en retraite, entassées sur toutes les voies conduisant vers l'ouest. Dans ce tragique entretien, les collègues du général ne lui dissimulent point la nécessité d'une résolution suprême. Il faut sauver Paris d'une prise de vive force ou des horreurs de la famine. Dès lors la présence du gouverneur s'impose au conseil. Il laissera à d'autres le soin de rallier nos troupes.

A défaut de déclarations formelles, l'attitude de ses collègues devrait lui montrer que sa démission est nécessaire, «absolument indispensable ». Mais, dans sa sérénité inconsciente, il paraît ne pas s'en rendre compte et gardera sa haute situation jusqu'à ce qu'elle lui soit arrachée.

A 4 heures du matin, Jules Favre et ses compagnons rentrent au conseil. Cette fois il n'y a plus à douter. Notre échec est complet. Pour le général Trochu, il annonce la fin du siège. Alors commence une discussion confuse. Les propositions impraticables se succèdent. Jules Favre voudrait renouveler l'attaque dans deux jours, associer la ville de Paris à l'action du gouvernement, autrement dit laisser à d'autres le souci des résolutions dernières ". Il espère trouver auprès des maires, « qui représentent une république beaucoup plus radicale que la sienne », un point d'appui contre la foule ^ Une dépêche de Gambetta, qui vient d'arriver, ajoute aux

1. Procès-verbaux cHôs, 19 janvier, Ducrot, tome IV, p. 192; J. Favre, tome II, p. 331. Ce dernier ne mentionne pas la pi-usence du général Le Flô.

2. Procès-verbaux cités, 19 janvier, Ducrot, tome IV, p. 192.

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