Trochu, Œuvres posthumes, lome I", p
2. Alliance républicaine du 22 janvier, Réveil et Combat du 23.
LA CAPIÏULATIOX. 305
Ions se présentent à la prison et en réclament impérieusement l'entrée. Le directeur, nommé depuis le 4 septembre et sans doute complice, « fait ouvrir l'un des battants de la porte, soi-disant pour haranguer la multitude... Il est bousculé ». En quelques instants, Flourens, Pillot, Meillet, Baiier, Demay, deux autres détenus sont délivrés et portés en triomphe aux cris de : Vive la Commune ' .' Ils vont s'installer à la mairie de Belleville, d'où 2,000 rations de pain, une barrique de vin disparaissent dès leur arrivée. Un épicier du voisinage est mis au pillage. Mais une compagnie de douaniers apparaît et toute la bande s'enfuit. Vers 4 heures et demie cette apparent e d'émeute est terminée, sans que l'agitation cesse dans Paris". Un groupe venu de Mazas a déjà tenté de sonner le tocsin à l'église Saint-Paul-Saint- Louis, rue Saint- Antoine. Des groupes se forment sur la place de Grève.
Prévoyant une journée, le préfet de police a obtenu de Vinoy que deux divisions d'infanterie rentreraient dans Paris ^. Mais cet ordre n'est exécuté que tardivement et il ne sera d'aucune utilité.
La matinée est assez calme, l'après-midi toute ensoleillée. La population , « nombreuse et gaie » , s'achemine vers les Champs-Elysées. On joue le Mariage de Figaro au Théâtre- Français, devant une grande assistance*. Autour de l'Hôtel de ville, le spectacle change : des orateurs en plein vent discutent la retraite du général Trochu et la nomination de Vinoy. Tout à coup le bruit court de la délivrance de Flourens, de sa marche prochaine sur le palais. C'est une traînée
1. Ducrot, tome IV, p. 2^9; J. Favre, tom« II, p. 352; Journal du siège, par le Gaulois, p. 446; Récit de M. Francis MagDard, témoin oculaire, Fig'iro du 23 janvier 1871; L. Larchey, p. 266; Journal du siège, par un bourgeois de Paris, p. 828 ; F. Wey, p. 362. — Le directeur passa devant un conseil de guerre qui l'acquitta.
2. Ducrot, tome IV, p. 230; J. Favre, tome II, p. 352 et 355; Journal du siège, par le Gaulois, p. 448.
3. Elles n'arrivèrent que le 22 à 8 heures du soir iRécit du capitaine de Mauduit, Ducrot. tome IV, p. 465).
4. Sarcey, p. 284. — Au contraire, M. H. Dabot signale une après-midi pluvieuse ip. 93).
de poudre. En quelques instants, les curieux, les ennemis du grouvemement affluent et la foule devient immense*. Malgré les instances de M. Cresson -, aucune disposition particulière n'a été prise à l'Hôtel de ville, gardé par le 3* bataillon du Finistère et par une compagnie de garde nationale. Vers 10 heures, le colonel Vabre, qui commande le palais, pressent une attaque et fait rentrer les sentinelles à l'intérieur. 11 reste dans l'intervalle des grilles et du bâtiment, avec le commandant deLegge, l'adjudant-major Bernard et deux ou trois officiers, essayant de calmer les manifestants qui s'attroupent sur la place, toujours plus animée.
Bientôt survient un bataillon de gardes nationaux. Une délégation s'en détache , demandant au colonel Vabre de parler à Jules Ferry. Après quelques mots échangés, elle sort du palais, ayant constaté partout la présence des mobiles, «les Bretons à Trochu , les Janissaires du pouvoir», comme les appelle la foule. Les blanches hermines de leur province natale, qu'ils portent à leurs képis, en signe de ralliement, ont le don de l'exaspérer. Elle y voit une affirmation monarchique. Quant aux mobiles, ils sont surexcités par une série d'alertes inutiles, par les injures qu'on leur adresse constamment'.
De nouveaux bataillons débouchent sur la place; une deuxième, puis une troisième délégation sont admises à l'Hôtel de ville. Blanqui est au café du Gaz, rue de Rivoli, 93, à l'angle de la rue de la Coutellerie. Autour de lui des officiers, des gardes nationaux se pressent, réclamant des or-
1. Ducrot, tome [V, p. 280; Journal du siège, par le Gaulois, p. 447; Jules Favre, tome II, p. 357. Récit du capitaine de Mauduit, Duciol, lomo IV, p. 465. — Sept compagnies de mobiles sont ainsi réparties : la l'*, à la porte qui donne vers la caserne Napoléon; la 2*, à la salle du Trône: la 3*, à la porte de gauclie sur la place de Grève; la 4'', à l'assistance publique et à l'octroi (avenue Victoria;; la 5*, dans le rez-de-chaussée des cuisines et le jardin donnant sur le quai; la 6^, à la porte principale; la 7«, dans la cour d'honneur et l'entresol de la façade.
La compagnie de garde nationale est composée d'employés du chemin de fer du Nord.
Deux bataillons du Finistère sont à l'Hôtel-Dieu, en soutien.