Voir plus haut, p
3. Trocliu, le Siège de Paris, p. 41 et suiv. ; J. Favre, lettre à Gambetta, 16 décembre; J. Favre, tome II, p. 187 : « Je ne me plaindrai pas, s'il m'est flonné d'être humilié, de souITrir et de mourir pour raclieler Paris ou diminuer sou épreuve ».
cun de ces deux motifs entre peut-être pour une part dans sa résolution.
De son côté, Trochu paraît ne jamais avoir eu la pensée de négocier personnellement. D'ailleurs ces mots: «Le Gouverneur de Paris ne capitulera pas » ne sont pas encore oubliés. C'est chose fâcheuse, car il aurait les chances les plus sérieuses d'obtenir de meilleures conditions que J. Favre. Sa compétence, sa situation personnelle vis-à-vis de l'ennemi semblent le désigner à l'avance \
Vinoy, qui a reçu in extremis le commandement en chef, ne se soucierait pas sans doute d'accoler son nom à la capitulation, après n'avoir exercé aucune influence sur la marche générale de la défense. Ainsi, par la force des choses, Jules Favre va s'offrir à jouer le rôle des « bourgeois de Calais », qu'il regarde depuis des semaines comme devant être sien. Nul, au conseil comme au dehors, ne songera à le lui envier'". Mais, ni ses aptitudes, ni ses occupations antérieures, ni son rôle politique ne le désignent pour cette mission. Avocat distingué, il n'a rien du diplomate, ni du militaire, et l'on n'aura que trop l'occasion de s'en convaincre. ' En outre, il est de ceux que M. de Bismarck traite de «Messieurs du pavé», dans sa langue brutale et forte ^.
Quelles dispositions apportera-t-il aux négociations? Parfois, avec son habituel défaut de sens pratique, sa facilité à se payer de mots, il est tenté de s'exagérer outre mesure les dangers de la situation, les exigences des Allemands : « Je voyais Paris déshonoré par l'occupation prussienne, ses monuments dévastés, ses richesses artistiques pillées, son armée et sa garde nationale emmenées prisonnières en Allemagne, le pays dépecé, subissant la honte d'une paix ignominieuse.
1. Ducrot, tome IV, p. 268, écrit qu'il insista en vain pour que le général allât à Versailles à la place de J. Favre.
2. Trochu, Œuvres posthumes, tome P^, p. 43; J. Favre, tome II, p. 291.
3. Ducrot, tome IV, p. 268 et 269 : « Je m'étais trouvé, dès le principe, dans une position aussi dangereuse qu'anormale; je no suis pas militaire, et cependant je me trouvais forcé de débattre des questions que je ne connaissais pas, et j'étais exposé à commettre des fautes qui auraient pu compromettre l'armée. . . »
réglée par un ordre du jour du vainqueur \ » Pai'fois aussi , il nourrit de singulières illusions sur ce qu'il est possible de demander à l'ennemi : « Si la Prusse veut consentir à ne pas entrer dans Paris, je céderai un fort et je demanderai que Paris soit simplement soumis à une contribution de guerre. Si ces propositions sont rejetées, nous serons forcés de nous rendre à merci. . . ^ »
Cette idée de la reddition pure et simple est un moment la sienne et celle du gouvernement. Paris ouvrirait ses portes après avoir mangé son dernier morceau de pain ; la France resterait libre de continuer la guerre ou de faire la paix^ Il n'appartient pas à quelques-uns de ses élus, isolés depuis des mois du reste du pays, d'imposer des conditions dictées par le vainqueur à une nation tout entière. Mais cette pensée si naturelle, si grande dans sa simplicité, est bientôt écartée. Jules Favre en vient à croire que Paris tient une trop large place dans la vie nationale, pour que son sort n'ait pas une influence décisive sur l'issue de la guerre. Il juge que l'indispensable condition de notre relèvement est de laisser la grande ville debout, aussi éloignée que possible du contact de l'ennemi.. Par contre, il se rend compte qu'il n'a aucun droit de parler au nom du pays*, dont le gouvernement est isolé, qui ne lui a donné aucun pouvoir, il décide «de ne stipuler que pour Paris et de repousser entièrement ce qui engagerait la France' ». Nous verrons comment cette résolution sera tenue.
Quoi qu'il arrive, elle implique la nécessité d'un armistice, pendant lequel auront lieu des élections. Naturellement Jules Favre réclamera toutes les facilités cora[jntibIcs avec l'invasion. En outre, il lui paraît indispensable d'exiger un certain nombre de conditions, qui constitueraient une sorte d'ultimatum, si la situation justifiait ce mot. La première est