‹ Siège de ParisChapitre 259 sur 326 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

« Vous arrivez trop tard. Xous avons traité avec votre empereur ; comme vous ne pouvez ni ne voulez vous engager pour la France, vous comprendrez sans doute que nous cherchions le moyen le plus efficace de terminer la guerre. » Puis, l'effet de ce coup de massue produit, vient une hautaine mercuriale sui* l'inutilité de la résistance après le 4 septembre, qui n'a été qu'un « acte d'amour-propre national. . . parfaitement inutile... Maintenant nous sommes bien décidés à finir la guerre, et nous voulons pour cela chercher le moyen le plus direct et le plus sûr. Ne trouvant point en vous un gouvernement régulier, nous le cherchons ailleurs, et nous sommes en négociations assez avancées avec celui qui, à nos veux, représente la tradition et l'autorité. Nous n'avons à cet égard aucun parti pris et sommes en face de trois combinaisons : l'Empereur, le Prince impérial avec une régence, ou le prince Napoléon qui se présente aussi. Nous avons également la pensée de ramener le Corps législatif, qui représente le gouvernement parlementaire. . . Nous pourrions nous entendre avec lui ; le Coi'ps législatif traiterait directement la question ou ferait nommer une Assemblée qui la traiterait elle-même. Elle choisirait ainsi son gouvernement, et nous aurions un pouvoir avec lequel nous pourrions conclure'. »

Sans doute, rien de tout cela n'est vrai. Le chancelier ne songe guère à rendre la France aux Bonaparte, quoiqu'il affirme le contraire. Il n'y a aucun intérêt pour l'instant. La guerre civile nous affaiblirait, il est vrai, mais elle retarderait la paix qu'il désire, puisqu'elle sera la consécration de t^on œuvre. Le but qu'il vise est d'effrayer Jules Favre ; il V parvient pleinement. Son interlocuteur exprime sa surprise et proteste contre la pensée de ramener la dynastie impériale. Pourquoi, dit-il, ne pas « laisser à la France le soin de prononcer sur elle-même, par une assemblée librement élue? C'est là précisément la solution que j'ai toujours poursuivie, que je regrette amèrement de n'avoir pu faire prévaloir.

i. J. Favre, tome II, p. 383.

Je viens aujourd'liui encore vous demander les moyens de l'appliquer V »

Aussitôt M. de Bismarck d'entasser les objections, en poussant le tableau au noir. Cette solution est « tout à fait impossible » aujourd'hui. « Gambetta a partout fait régner la terreur. A vrai dire, il n'est maître que du Midi; dans le Nord, les populations sont plus près de nous que de lui. Mais, là où il commande, il n'est obéi que par la violence. Chaque commune est sous le joug d'un comité imposé par lui. Dans de telles conditions, les élections ne seraient pas sérieuses. D'ailleurs, plusieurs de vos départements sont devenus des solitudes. Un grand nombre de villages ont entièrement disparu ; dans cet état de ruine et de décomposition, il serait impossible de consulter les citoyens par les voies ordinaires. Ne pouvant faire une assemblée, nous devons, si nous en voulons une, la prendre toute faite'. »

Devant ces exagérations voulues, Jules Favre se récrie. II nie la réalité du régime de terreur complaisamment dépeint par M. de Bismarck. Puis, ce dernier insistant sur la convocation du Corps législatif impérial , il proteste hautement , déniant par avance toute autorité à cette assemblée, faisant valoir la nécessité d'en convoquer une nouvelle. Il arrive alors à la question essentielle qu'il a paru négliger jusqu'ici, en raison de la direction imprimée à l'entretien par M. de Bismarck. Il désire connaître les conditions qui seraient faites à Paris, « s'il avait le malheur de se rendre*. »

« Il m'est difficile de les préciser toutes, reprend M. de Bismarck, parce qu'ici la question militaire domine la question politique. » Jules Favre le prie alors de s'expliquer « sur le sort de la garnison, de la garde nationale et sur l'entrée de l'armée prussienne à Paris. »

« Ce sont précisément les points sur lesquels nous ne sommes pas encore fixés, le Roi, M. de Moltke et moi. La garnison de Paris doit être prisonnière d'après les lois de la

Page 1