‹ Siège de ParisChapitre 271 sur 326 · CONVENTION DU 28 JANVIER · texte numérisé non relu

CONVENTION DU 28 JANVIER

Le général de Valdan à Versailles. — Conférence avec Moltke. — La question des armes. — Signature de la convention. — Jules Favre et l'armée de i'Est. — L'armisticeet les généraux ennemis.

C'est le général tle Valdan, chef d'état-raajor de Vinoy, que le conseil a désigné pour remplacer M. de Beauf"ort\ Cette fois, la réunion des plénipotentiaires a lieu à l'hôtel qu'habite Moltke, dans une pièce assez grande, à deux fenêtres. Le chef d'état-major, tournant le dos au jour, préside, ayant à sa gauche Valdan, à sa di'oite M. de Bismarck. A côté de ce dernier, Jules Favre. Ils sont séparés des autres officiers allemands par une table sur laquelle écrivent les deux secrétaires.

« Avec sa figure rasée, souffreteu.se et comme craquelée d'une infinité de petites rides », Moltke n'a rien du type ordinaire de nos généraux. Il ressemble plutôt à un bénédictin ou à un vieil acteur". « Chacune de ses paroles, nette, aiguë, précise», semble produite par la vibration d'une languette d'acier. Il est vêtu d'un uniforme des plus simples et porte noué à sa boutonnière le ruban de la Croix de fer. En dépit de ce voisinage, M. de Bismarck, dans sa tunique blanche, n'a rien perdu de son aspect imposant. « 11 ressemble à un monarque entouré de sa cour*. »

Valdan a des instructions très vagues. Il ignore entière-

i. Dans sa déposition, .Iules Favre exidique ce remplacemont par le fait que Beauforl s'est montré « Irop cassant» (Enquête, tome V, p. 162). Daprès M. Buscli, tome II, p. 2yi , Jules Favre arrive le 28 vers il heures avec M. Durrl>acli, deux autres représentants des grandes compagnies de chemins de fer, le général de Valdan el son aide de camp. Ils déjeunent à Thotel .lessé, a\aut do se rendre cliez Moltke. C'est à la date du 'j8, p. 293, que M. Busch mentionne pour la première fois la présence de M. d'Hérisson.

■j. D'Hérisson, p. 357.

3. D'Hérisson, p. 3.j8. — M. d'Hérisson porte celte conférence au 26 au lieu du ;!8, p. 361.

ment ce qui s'est passé en province et croit que sa mission ne s'étenrl qu'à Paris \ Il ne fait aucun etfort pour l'élargir et accepte à l'avance l'essentiel des dispositions convenues entre Jules Favre et M. de Bismarck. Ce dernier a donc beau jeu.

Au début, il donne lecture du projet de convention. Quand vient l'ai'ticle relatif à la ligne de démarcation, Jules Favi-e, tout en consentant à excepter de l'armistice les armées des Vosges et de l'Est, demande que le tracé soit eflFectué dans les départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or, aussitôt que les parties contractantes seront renseignées sur la situation présente. Mais il accepte la disposition suivante qui laisse le champ libre à l'ennemi et lui permettra d'achever la malheureuse armée de Bourbaki : « Les opérations militaires continueront dans le Doubs, le Jura et la Côte-d'Or, indépendamment de l'armistice, jusqu'au moment où l'on se sera mis d'accord sur le tracé, réservé à une entente ultérieure, des lignes de démarcation-... » Le général de Yaldan admet cette iniquité sans l'ombre d'une protestation.

Ses efforts pour améliorer la convention à notre profit ne s'étendent pas si loin. Il demande instamment, suivant les instructions de Trochu, la conservation des armes pour Tarmée et la garde mobile ^ Il ne peut rien obtenir au delà de la division et des 3,500 gendarmes ou gardes républicains déjà accordés. Il est plus heureux au sujet de Yincennes : les Allemands nous laissent le Fort-Xeuf et le Château^.

L'aprés-midi et la soirée se passent à discuter les détails relatifs à la remise des forts, à l'ouverture de certaines routes pendant l'armistice, au désarmement. Il va être 11 heures.

1. Déposition du général de Valdan, Enquête, tome VI, p. 83 : « On m'a dit : « Vous allez accompagner M. Jules Favre et vous réglerez avec l'éla!major prussien les conditions de détail pour l'exécution de l'armistice en ce qui concerne les faits militaires pour Paris, bien entendu... Quant à la province, je ne savais pas le premier mot de ce qui s'y était passé. Aussi ne me suis-je occupé que des différents détails qui concernaient la reddition des forts. »

Page 1