F. Sarcey, p
dit, sans doute avec exagération, Jules Favre '. Les bataillons se désorganisent entièrement, surtout ceux des quartiers du centre et de l'ouest. Dès la nuit du 29 au 30 janvier, les remparts sont absolument dégarnis. Il n'y a pour garder la porte dissy que le portier-consigne ^
Les nouvelles venant de province font croire à l'imminence de la guerre civile. On sait que Lyon forme une commune révolutionnaire ; on dit que Marseille, d'autres grandes villes refusent de reconnaître l'armistice, que Gambetta rompt ouvertement avec le gouvernement de Paris. Les journaux avancés sont plus violents, plus hautains que jamais. Ils accablent d'injures, d'attaques de tout genre le général Trochu et ses collègues, que personne ne défend. Sur ce point il y a accord unanime. Leur impopularité est entière *.
Tel va être Paris pendant cette période à la fois si courte et si interminable de l'armistice. Le départ d'une foule d'hommes aux idées modérées laisse le champ libre aux autres, à ceux qu'ulcèrent nos désastres et qui rêvent de les venger, comme à ceux qui voient dans l'universelle désorganisation un moyen de donner carrière à leurs rancunes, à leurs appétits. Dans Paris aucune autorité régulière qui soit vraiment obéie. Les quelques milliers d'hommes du général Vinoy sont une protection illusoire en face de 300,000 gardes nationaux. Le gouvernement est méprisé ou haï de tous ; les municipalités obéissent à la' constante pression de comités occultes, La population voit avec colère que tant de sacrifices, tant de misères n'ont pu aboutir à d'autres résultats. Elle n'a plus foi en rien. Sa fièvre d'illusion et de dévouement est tombée. 11 lui reste un fond inépuisable de colères et de haines. Entre elle et la province il existe déjà un fossé profond, que les élections du 8 février vont creuser davantage. La signature des préliminaires de paix, la douloureuse amputation qui en sera la conséquence, l'en-
]. F. Sarcey, p. 2!t7; J. Favre, tome III, p. u. 1. J. Favre, tome III, p. 12.