LES CLUBS ET LA PRESSE
Les fausses nonvcUes. — Les violeuces. — Travail de désorganisation. — l^a liberté de la presge. — La Coinniune. — Les clubs. — Effet sur les masses.
Pendant que s'opère, très lentement, la réorganisation de nos forces, l'attente inquiète de Paris se traduit, de la part des journaux et des clubs, i»ar une recrudescence de fausses nouvelles, de déclamations plus folles que jamais. Le Combat annonce que « l'armée de la Loire opère victorieusement sa jonction avec celle de Bourbaki, à quelques kilomètres de Fontainebleau^». Le ^SiècZe prétend extraire de la Kronlka j)olska la nouvelle d'un grand complot découvert parmi les soldats polonais servant dans l'armée prussienne. Ils ont l'intention « de déposer les annes en masses et de se faire prisonniers de la France contre laquelle ils ne veulent plus combattre». Le Réveil annonce qu'on vient de fusiller à Versailles dix-sept officiers polonais du duché de Posen qui conspiraient en faveur de la République et de la France. U Électexir libre reproduit une prétendue dépêche du 8 décembre, venue de Bruxelles par pigeon : il y a eu grande effervescence à Berlin dans la soirée du 5, par suite des résultats de la bataille de Champigny. « Des cris : A bas Guillaume ! ont même été entendus » ; la panique « étaitaugmentée par une correspondance de Vienne du même jour,
1. Ducrot, loine III, p. 218; Journal du xicge par un bourgeois de Paris, p. 483. — La Vérité publiait, au cominencemuni do décembre, le coiuiUe rendu très élogieux d'un prélondu combat de nuit soutenu on avant de CriSleil par les Tirailleurs de Bolleville, cenx môme qui furent licenci('!S peu après pour lâcheté devant l'ennemi (L. Larchey, p, is9). Le Iiaj>pel du 15 déceml)rc contient des détails circonstanciés sur une allaire au plateau d'Avron. Jamais il n'y a rien eu d'approcbant (L. Larcliey, p. 195).
2. G. de Wolinari, les Clubs rouges au siège de Paris, p. 1.38 lau club des Batignolles, 9 décembre).
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annouçant ces deux victoires et ajoutant qu'elles avaient été l'objet de grandes manifestations à la Bourse parmi l'armée et la population (sic) au cri de : Vive la République française ! la foule demandant l'alliance offensive et défensive et l'entrée immédiate en Prusse de l'armée autrichienne \ » — Estil possible de pousser l'ineptie plus loin?
Les 10 et 11 décembre, un journal des plus modérés, la Liberté, annonce « le départ de l'armée prussienne de Versailles, abandonné et incendié » ; il cherche à convaincre « quelques incrédules ».
La presse ne se borne pas à ces inventions ridicules. Une partie peut compter parmi les « auxiliaires les plus actifs de l'ennemi* ». La Patrie en danger confond dans les mêmes anathèmes « Gambetta, Favre, Picard, Trochu et toute la séquelle bourgeoise qui chantait l'avènement du régime nouveau. . . Nous avons je ne sais quel régime bâtard, hybride, destiné à consommer la honte et la ruine de notre pays. . . Le temps des grandes haines et des regrets poignants est revenu. » Le même journal écrivait le 2 novembre : « Le gouvernement de la désertion nationale vient de donner au grand soleil la mesure de sa bonne foi. Incapables ou traîtres, peut-être l'un et l'autre, qu'ils descendent de C3 pouvoir dont ils n'ont usé que pour. . , faciliter le triomphe des Prussiens mieux que de Moltke et Bismarck réunis. . . » Puis, dans un autre numéro : « . . . Guillaume règne et les parjures de l'Hôtel de Ville sont ses très humbles laquais. Ils livrent la France en attendant l'heure d'ouvrir les portes de Paris'. »
Le journal de Uelescluze, le Réveil, est tout aussi violent: « Imbéciles ou traîtres, il n'y a pas d'autre alternative. . . Mais ce n'est pas le moment des phrases, il faut des actes. . . Que faut-il faire ? Destitution de Trochu et de son état-major,
1. Ducrot, lonie 111, p. 219 el ;i2i; Histoire critique du siège de Pans, par lui ofiicier de marine, p. 154
2. E. Rousse, Discours, Plaidoyers el Œuvres diverses, lome 11, p. 2-tO.
3. Ducrol, lomo 111, p. 227. — Voir Siège de Paris. Le Djurget-Champigny, p. 189.
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leur envoi devant une cour martiale ; organisation de la Commune révolutionnaire, Dorian à la Guerre et au gouvernement de Paris ; la levée en masse, défense à outrance, appel à tous les peuples. . . »
Félix Pyat écrit de même : « Pitoyable chef, admirable
peuple, tout est brave dans ce peuple, moins ses chefs
Ah ! si ce peuple avait des chefs ! Mais il y a un général en chef, c'est le mal ! Plus de général en chef. . . changeons-le, remplaçons-le, partageons son commandement ! la première condition de tout bon travail, c'est la division*. . . »
Ainsi la presse accomplit un sourd travail de désagrégation, dont les effets ne se verront dans toute leur ampleur qu'au 18 mars. D'une part, elle énerve la défense par de fausses nouvelles constamment répandues; de l'autre, elle détruit lentement et sûrement l'autorité du gouverneur, des généraux, du gouvernement. De tout l'appareil de direction improvisé au 4 septembre , aucun rouage ne fonctionnera plus avec quelque régularité à la fin de l'armistice.
Ce n'est pas que des voix autorisées ne s'élèvent contre les licences laissées aux journaux. Dès le 29 novembre, Jules Favre propose de les supprimer tous jusqu'à la fin du siège ; il donnera sa démisssion si cette mesure n'est adoptée. Aussitôt vives protestations de Garnier-Pagès, d'Arago, de Pelletan. Ce dernier conjure ses collègues « de ne pas ternir. . . ce temps de courage admirable et de liberté». Emmanuel Arago quitterait le ministère et même le gouvernement si la demande de Jules Favre était adoptée. Ernest Picard propose un moyen terme, la censure militaire préalable. On se borne à menacer de suspension tout journal donnant des nouvelles de guerre autres que celles du gouvernement*. Jamais ce décret ne sera exécuté.
Quant aux clubs, plus encore que les journaux, ils font assaut de violences, d'exagérations, de mensonges, d'outra-