LES ALLEMANDS
Moltke et nos effectits. — • Pj-emicrs iudices d'une sortie. — Pi-écautions prises. État du Bourget.
L'ennemi n'a pas vu sans étonnement la guerre continuer après notre double échec sous Paris et sur la Loire. Devant lui la grande ville gît muette , comme « une gigantesque énigme ' ». L'accroissement constant de nos forces numériques, sous l'énergique impulsion de Gambetta et de M. de Freycinet, inquiète Moltke, qui, dans ses dépêches, insiste longuement, à plusieurs reprises, sur l'urgence de constituer à notre exemple de nouvelles formations. Il évalue notre effectif présent à 1,500,000 hommes, dont 552,000 de troupes de ligne ou de gardes mobiles. Il réclame la constitution immédiate d'un minimum d'environ cent bataillons de 600 hommes ".
L'incertitude sur ce qui se passe à Paris n'est pas longue. Dès le 12 décembre , les avant-postes allemands rendent compte que les Français occupent Bondy et travaillent activement au nord de ce point. Le 17, à la faveur du brouillard, une patrouille s'approche de Drancy et constate qu'on y remue de la terre. Le 18, on remarque en avant d'Aulnay un état-major allant de la forêt de Bondy vers la ferme de Groslay. Le 19, jour lixé d'abord pour notre sortie, des déserteurs, en grand nombre, sortent de nos lignes et annoncent une opération imminente ^ Dans l'après-midi du 20,
1. L. Schneider, l'Empereur Guillaume. Souvenirs intimes... Traduclion Ch. Rabany, lome III, p. 134.
2. Mullkes Korrespondenz, iio^ 47;5 et 5iG, 8 et 15 décembre. — Dnns la première dépêche, Moltlco demande l'envoi immédiat, dans leurs nouvelles garnisons, des bataillons do dépôt destinés à tenir garnison en Alsace-Lorraine après la pais. iVoir plus haut, p. 24.)
3. Étal-major prussien, tome IV, p 771 ; Zur Geschichte des 3. Garde-Grenadier Régiments Kônigin Elisabeth itn deulscli-franzôsischen Kriege iSlO-iSli ;
les postes d'observation de l'ennemi signalent la concentration de masses importantes à Merlan et Noisy-le-Sec. Aussitôt l'état-major de l'armée de la Meuse prend les dispositions voulues. En même temps Moltkc l'informe qu'une division et l'artillerie de corps du IP corps prussien ont reçu l'ordre d'être établies le 21, de grand matin, derrière la droite des Wurtembergeois, entre la Marne et la Seine \ Pour se ménager une nouvelle réserve, il va prescrire, le soir du 21 décembre, la concentration au sud de Paris du P'' corps bavarois. Ce corps d'armée, fort affaibli à la suite de sa dure campagne d'hiver, pourra se refaire et renforcer le cas échéant la IIP armée sous Paris ou la IP sur la Loire '.
De cet ensemble il résulte que le 21, au petit jour, la 2* division d'infanterie de la garde se tient prête à combattre le long de la Morée. Six bataillons, un escadron et deux batteries de la 1'* division, cinq batteries de l'artillerie de corps sont rassemblées près de Gonesse. Une division du IV' corps, la 7*, pourrait relever à Pierreiitte et Stains les avant-postes de la garde. A l'aile opposée, six bataillons et autant de batteries du XIP corps sont près de Sevran, en réserve. Xa 4'' division et l'artillerie de corps duIP corps arrivent à Malnoue vers 10 heures du matin.
En dépit de cette concentration, il n'y a au Bourget qu'un bataillon et une compagnie sous le commandement du capitaine von Altrock ^ La défense a été préparée avec un soin particulier, sauf dans la partie nord. Les murs de l'usine
Louis Schneider, tome III, p. 144; Commandant Bonnet, Guerre franco-allemande, Résumé et Commentaires de l'ouvrage du grand Etal-major prussien, tome III, p. 27.
Un lélëgiamme de Moltko à l'étal-major de l'armée de la Meuse, daté du 19 décemijre, à l'effet de faire couper d'une façon aussi app:ireiite que possible toutes les lignes ferrées dans la presqu'île de Houilles, semble indiquer que l'étal-major du Roi prévoit alors une attaque dans cette direction {MoUkes Koi'respondez, n° 518). '