État-major prussien, tome IV, p. 772; Kunz, p. 5j
LE BOURGET - VILLE-EVRART. i t
fractioniieut : une partie continue vers le pont de la Mollette ; le reste suit cette rue. Des combats isolés et sanglants s'engagent de tous côtés. Dans l'intervalle, la 2* compagnie du régiment de Reine-Elisabeth a porté la moitié de son effectif à la barricade qui coupe la rue; le reste s'est jeté vers le parc, pour essayer de combler la vaste lacune existant entre lui et le cimetière. Mais les deux bataillons du 138^ se sont déjà déployés sur chacune des rives de la Mollette. Ils enlèvent aisément la petite garnison du cimetière, 28 hommes, dont le chef vient d'être tué par un obus. Un demi-peloton accouru à son secours perd aussi son officier et partage le même sort. Quelques hommes seulement parviennent à gagner le parc\
Le 138^ attaque alors ce vaste enclos de front, tandis que les fusiliers-marins l'abordent par derrière. Il est défendu par une centaine d'hommes, dont la résistance est rapidement brisée. La plus grande partie est prise ou mise hors de combat. Avec son chef, le reste gagne les maisons qui bordent la grand'rue à l'ouest *.
Tandis que nous prenons ainsi la partie nord-ouest du Bourget, une fraction, restée à la barricade de Dugny avec le capitaine von Altrock, résiste près de trois quarts d'heure aux attaques de front du 138^
L'arrivée des fusiliers-marins sur ses derrières la force à se réfugier dans les maisons voisines où elle continue sa résistance. Il est 9 heures un quart environ. Tout le nordouest du Bourget est à nous, sauf quelques constructions sur le chemin de Dugny et vers la Mairie, dans la grand'rue. Mais les Prussiens restent les maîtres incontestés des autres parties du village ^
La colonne Lavoignet est partie de la Suiferie à peu près en même temps que Lamothe-Tenet ; elle marche directe-
1. Historique cité du 3« grenadiers; Étal-major prussien, tome IV, p. 77a; Kuiiz, p. 56.
a. Élal-major prussien, tome IV, p. 773; Kunz, p. 5G; Ducrot, tome III^ p. 164.
3. Le major Kunz, p. 56, porte ce moment du combat à 8 heure? et demie; le général Ducrot écrit « à a heures et demie » dôme III, p. 154).
ment sur Le Bourget de chaque côté de la route nationale. Il y a en face d'elle, nous l'avons vu, environ deux compagnies et demie \ Contre ces quatre cents hommes environ s'avancent en première ligne les 1" et 3® bataillons du 134*, les francs-tireurs de la Presse. Jusqu'au remblai du chemin de fer, ils progressent rapidement ; les francs-tireurs prennent même les ruines de la station et de la maisonnette du gardebarrière à l'est. Le 134^ a jeté quelques hommes dans un autre petit bâtiment sur la route de Lille. ]Mais lorsque plusieurs compagnies, déployées, cherchent à dépasser le chemin de fer pour marcher sur l'usine Lecrosnier, elles sont arrêtées par un feu rapide dont les effets, à moins de deux cents mètres, sont absolument destructeurs. Quatre fois, « avec une grande bravoure », elles renouvellent leur attaque, soutenues par le 2^ bataillon du 134*. Toute leur vaillance se brise à ce terrible « mur blanc » , d'où partent sans cesse des décharges meurtrières'. C'est folie pure que de vouloir l'enlever de front, sans un bombardement suffisant.
Morts et blessés s'amoncellent en avant de la voie ferrée. Dès que le 134* essaie de la dépasser, ses tirailleurs tourbillonnent sous le feu rapide des Prussiens, puis s'enfuient à l'abri du remblai. Près de 250 cadavres vont, dit-on, être étendus devant la lisière sud du Bourget. Derrière un seul tas de pierres on en trouvera douze \
Il y a un vaste intervalle entre nos deux colonnes. « Un
1. 60 hommes de la i"" compagnie du régiment Reine-Élisabelli dans l'usine Lecrosnier; la i^e des tirailleurs de la garde dans rauherge en face; la 4" du régiment Reine-Hlisabelli dans la fabrique de pommade, à la barricade de la station et à la grande barricade vers Drancy (Kuuz, p. 57; Élal-major prussien, tome IV, p. 773).
2. Ducrol, tome III, p. 155; Kunz, p. 57. — M. Duquet établit d'une manière positive, p. 76, que le mur blanc dont il est question dans la plupart des documents était à la partie sud de l'usine Lecrosnier et non du parc au nord-est, comme cerlains récits allemands donneraient à le croire. Il est possible qu'une confusion se soit établie entre le mur bl.inc et le cliàteau blanc, situé dans le parc, que monlionue le iilan annexé à l'ouvrage du major Kunz. Le général Ducrot place ce mur commo M. Duquel.
3. Kunz, p. 57. — Il est donc fort injuste d'écrire comme Francis Garnier, le Siège de Paris, Journal d'un officier de marine, p. 107 : « On dit que les soldats qui composaient la colonne Lavoignet sont restés couchés sous le feu et ont refusé de se porter en avant. » M. Uu([uet, p. 89, enchérit encore en mentionnant " la làche'.é » de certaines de nos troupes
eflfort dirigé de ce côté aurait eu très probablement raison des défenseurs du mur blanc, presque entièrement isolés entre les troupes du commandant Lamothe-Tenet et celles du général Lavoignet. » Malheureusement, nos réserves restent immobiles \
C'est en vain que, vers 10 heures, Trocliu fait avancer une batterie à hauteur de la Suiferie, pour battre le mur blanc-. En quelques instants elle y pratique une brèche large de 35 pieds. Mais les grenadiers prussiens se jettent dans le fossé en arrière et continuent de tenir ferme.
Nos obus sont tout aussi impuissants contre la partie sudest du Bourget, que défend la 4" compagnie du régiment Reine-Elisabeth. Un demi-peloton jeté en avant est refoulé dans la fabrique de pommade, nos tirailleurs arrivent à 300 pas, même à 200 pas de la lisière, sans pouvoir aller plus loin^
D'ailleurs, notre artillerie elle-même contribue à arrêter nos colonnes. Ceux de ses obus qui dépassent le mur blanc viennent tomber au milieu des fusiliers-marins et des soldats du ISS'' engagés dans le village. Ils s'y croisent avec les projectiles venant des lignes allemandes. De plus, le fort d'Aubervilliers, qui a ordre d'arrêter les renforts ennemis, a un tir incertain et plusieurs de ses lourds obus arrivent parmi nous. De même pour une batterie située à Drancy^. L'élan de notre attaque n'en peut être que fort ralenti.
Pourtant les fusiliers-marins qui descendaient la grand'-