‹ Siège de ParisChapitre 69 sur 326 · DÉMONSTRATION DE DUCROT · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION DE DUCROT

Intervention de Dncrot. — Offensive de Bellemare. — Combat d'artillerie. — Offensive des Allemands. — Retraite. — Résultats.

Depuis le matin, Diicrot tient ses troupes massées entre Drancy et Bondy. A la fusillade vive et prolongée du Bourget, il distingue sans peine que La Roncière rencontre une résistance imprévue. « D'après les instructions^ », la 2" armée ne doit se porter en avant qu'après la prise du Bourget, au signal d'un drapeau liissé sur le clocher. Elle marchera sur le chemin de fer de Soissons, puis sur Le Blanc-Mesnil, Aulnay et Sevran.

Il est presque superflu de dire quelle imprudence il y a à faire dépendre toute l'action d'un accident de guerre, tel que la prise du Bourget. Le meilleur moyen de la faciliter, d'ébranler fortement l'ennemi, serait de prendre l'offensive sur la ligne de Merlan à La Courneuve. Attendre placidement le résultat du combat à notre extrême gauche pour engager le gros de l'armée est inexplicable. Ce n'est certes pas ainsi que procéderait Trochu s'il avait la moindre foi dans le succès. Visiblement, il combat parce qu'il y est forcé, parce que ses collègues et la population de Paris tout entière l'exigent. Rien de plus.

1. Ducrot, tome III, p. 159. — Le génûral ne spéciQe pas de qui viennent ces instructions. Ce ne sont ni celles de la 2^ armée pour le 21 décembre (Ducrot, loine IH, p. 391), ni le dispositif du corps d'armée de Saint Denis (Ibid., p. by»). Les premières sont ainsi conçues, en ce qui touclie ce point ppjci.d : « Lorsque ces premiers mouvements auront été e.\écutés, et que nous serons mailres du terrain depuis Le Bourget jusqu'au point ou la route des Petits-Ponts traverse le cliemin de fer. . . nous reprendrons i'oll'ensive ». 11 s'agit sans doute de prescriptions verbales données au conseil de guerre du îO décembre. TrociiU (Œuvres poslUumes, tome I*"', p. isil écrit : 1 Préalablement à la bataille, nous n'aurions à enlever à l'ennemi, pour assurer à notre gauche un point d'appui, qu'une seule position, Le Bourget. »

Quoi qu'il en soit, Ducrot, se rendant compte de la situation et voyant les renforts ennemis affluer vers Le Bour^et,

pense très justement qu'il faut agir sans retard. N'attendant pas les ordres de Trochu, resté sur la routa de Lille, il porte en avant la division Bellemare, à cheval sur la route des Petits-Ponts, et déploie de l'artillerie au nord-est de Drancy (9 heures'). Il serait beaucoup plus naturel de jeter au delà de la ligne de Soissons les divisions Berthaut et Courty, les plus rapprochées du Bourget. Sans doute on assurerait ainsi la prise de ce village, tandis que l'offensive prise par Ducrot à son centre ne peut exercer qu'une influence très indirecte sur la droite prussienne ^

Après une courte fusillade, les francs-tireurs du général de Bellemare enlèvent la ferme de Groslay', qui est aussitôt mise en état de défense par les sapeurs du génie ; ils refoulent les tirailleurs embusqués le long du Moleret et bordent le chemin de fer de Soissons. La brigade Colonieu, qui suit à petite distance, vient garnir l'intervalle entre le petit bois de Groslay et le chemin de Drancy au Blanc-Mesnil, en se bornant à observer la ferme de Nonneville^. La brigade Foui'nès est en deuxième ligne, entre Groslay et l'Alouette. En même temps, la division Mattat et la brigade Reille, traversant le canal de i'Ourcq, viennent s'établir en réserve à l'ouest de la route de Bondy à Drancy. Les francs-tireurs du général Mattat et la compagnie des Tirailleurs parisiens les

1. Ducrot, tome III, p. i')9. — L'iiistoriqne de la division Bellemare porle s"» 35 (A. Duquel, p. 98).

2. A. Duquel, p. 99. — Le général Trochu écrit : « Tardivement informé do réchec de la colonne Lavoignet, ne sachant rien encore do la situalion du commandant Lamothe-Tenet, surpris et mécontent de l'immobilité de la division Berthaut, réserve principale (j'ignorais que l'amiral de La Roiiciore, sans doute assuré du succès de ses troui)es, lui avait prescrit de ne s'engager que sur son appel), j'envoyais à cet oincier général l'ordre d'agir san.^ délai ». Ducrot ne fait aucune mention de ce fait, qui paraît très vraisemblable. En tout cas, Berthaut n'engagea fjue son ariillerie.

3. Ducrot, tome III, p. I5;i ; les -i* et 3" bataillons du 136" entre Groslay et le petit bois de ce nom, détachant 2 compagnies pour observer la forme do Nonneville; le !<"■ bataillon du 13(J« et le régiment du Mori)ilinn derrière le remblai du cliemln de fer, entre Groslay et le chemin du Blanc-Mesnil à Drancv.

couvrent vers l'est, en se reliant dans la direction de Bondy aux troueps de l'amiral Saisset'.

La division Faron est en réserve à l'ouest, vers la Patte d'oie de Bobigny, avec Susbielle à sa gauche. Plus en arrière encore, la garde nationale occupe Pantin, Xoisy-le-Sec, ]\Ierlan, Rosuy, Neuilly-sous-Bois. On voit avec quelle timidité se prononce notre mouvement. Nulle part la 2^ armée n'a été en contact avec l'ennemi. Pourtant, elle dispose d'un effectif numérique de beaucoup supérieur au sien. Mais il est surt)ut échelonné en arrière. Ainsi que l'a dit M. Duquet, le 21 décembre pourrait être à juste titre nommé « la journée des réserves"». Il semble que l'unique préoccupation du commandement soit d'engager un minimum de combattants.

En même temps qu'une partie de la division Belleraare, Ducrot déploie un grand nombre de batteries. C'est, en avant de Drancy et le long du chemin de fer, l'artillerie divisionnaire des généraux Berthaut et Courty, afin de contrebattre les pièces prussiennes vers Le Blanc-Mesnil et de tirer contre des colonnes en marche sur Le Bourget. Deux batteries de 4 (division Bellemare) s'établissent derrière le remblai à l'est du chemin du Blauc-Mesnil à Drancy, avec les mêmes objectifs. Quatre autres batteries^ sont à l'ouest du Moleret, tirant sur Aulnay, sur les pièces en avant et sur Xonneville.

En deuxième ligne, deux batteries de 7 de la réserve générale prennent position sur une éminence à droite de Drancy. C'est un total de 84 pièces qu'il serait facile d'accroître dans de très fortes proportions, car l'artillerie des divisions Mattat, Faron, Susbielle, la réserve générale, une grande partie des réserves des 1" et 2^ corps restent inactives.

Le feu commence à 11 heures sur toute la lisme. «Les

Page 1