Siège de Québec en 1759 [microforme]
[Journal Précis de ce qui s’es! passé de plus intéressant en Cunada, depuis la nouvelle de la flotte de M. Canon, tenu par M. Jan CLaupe PANer, ancien Notaire de Québec.]
10 mai 1959—A sept heures du soir, il se répandit à Québec un bruit que M. de Bougainville était arrivé : cela était vrai. Il débarqua effectivement chez M. de Bienne, garde-magasin, envoya chercher M. l’Intendant chez M. Péan, eut une conférence avec lui et ne débita aucune nouvelle, sinon qu’on apprendrait de grands évinements.
M. de Bougainville était embarqué dans la frégate La Chézine, capitaine Ducios, détachée de la flotte de M. Canon, à deux cents lieues de France.
14 mai—La dite frégate mouilla en rade.
15—Arriva le sieur Dinel, second de M. Canon, commandant la frégate Le Muchaux, que je conduisis chez le munitionnaire. À son arrivée, il nous annonça l’heureuse arrivée de la flotte de M. Canon, dont partie à l’île aux Coudres, partie au Pot à l’Eau-de-vie, à l’exception de trois bâtiments dont ils étaient inquiets et qu’ils avaient vu donner dans le Golfe, qui étaient : le Duc de Fronsac, le Rameau et la Nouvelle Rochelle. Vous ne pouvez douter de la joie que cette nouvelle nous donna.
20—Cette flotte arriva à bon port, à l’exception des trois ci-dessus. Ces navires au nombre de trois frégates et quinze marchands (navires) ne nous ont apporté
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qu'environ neuf à dix mille quarts de farine, autant de lard, mais beaucoup de boissons et marchandises sèches pour le munitionnaire ; les pacotilles particulières les plus fortes ont été celles de M. Monnier et Lez, et Martin, en vins et eau-de-vie,
28—Arriva le Duc de Fronsuc richement chargé et dont on désespérait.
29—Arriva Dufy Charest, commandant la frégate ie Soleil Royal, de Bayonne, chargé en farine, pois, bled-d’Inde et eau-de-vie.
ler juin — Arriva l’Afalante, frégate armée à Rochefort avec la flûte la Marie, et la frégate la Pomone, de Brest, avec la Pie ; le tout chargé de munitions de guerre,
Par toutes les gazettes et les dépositions des prisonniers faits du côté des pays d’en Haut, nous fûmes certains que nous serions attaqués, et que le siége de Québec était décidé.
6-—Je parlai au capitaine de la flûte la Marie, qui confirma notre idée, ayant rapporté qu’en passant au nord de St, Barnabé (île St. Barnabé), il avait vu sept gros vaisseaux mouillés, qui étaient vers le Sud, quoique le vent fût bon On se flatta en vain que c’était la flotte venant des Iles, nous, ne sçûmes que trop vite que c'était la première divi. ion (de celle) des Anglais qui était devant pour intercepte: les secours de Québec.
7— Nous eûmes avis par M. Aubert qu’il y avait sept vaisseaux anglais riouillés à St, Barnabé.
8—M. de Léry, détaché pour aller à Kamouraska, nous
annonga que les sauvages avaient, assuré. qu’il y avait plus de. soixante voiles.
A la fin de mai, M. de Montcalm arriva à Québec; son arrivée nous annonça la certitude d’un siége. M, le général (c’est sans doute, le. général de Lévis), ne tarda point à le suivre. Depuis.la fin, de, Mai jusqu’à la fin de Juin. on: a fait des. travaux considérables à Québec. On & garni toutes, les
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batteries ; on en a établi une au Palais; on a fait des retranchements considérables à Beauport, depuis le Saut Montmorency jusqu’au passage de la Petite T'vière, sur laquelle on a établi un pont de bateaux, et où sont campés
cinq bataillons de troupes réglées, avec (celles de) la Colonie et la Milice,
Tous les navires, à l’exception des frégates et flûtes du Roy, furent désarmés et destinés à faire des brûlots. La flotte de M. Canon montera et sera conduite à bon port à Ste. Anne de Batiscan, ainsi que le St. Augustin de Bilboa, et l’Afalante, par M. Vogorties ; la flñte La Pie, par M. Sauran, et le Duc de Fronsuc, auprès du Richelieu.
On construit deux bateaux, armés de quatre canons de 24, appelés “ tracassiers,” sept bateaux montés d’un canon de 24, et une batterie flottante de l’invention de M. Gayot, montée de douze pièces de canon, dont quatre de 24, quatre de 18, et quatre de 12. Tous ces ouvrages, ainsi que les brûlots et grande quantité de cajeux, seront prêts avant que l’ennemi se soit trouvé devant la ville.
Nous apprîmes que les Anglais avaient fait leur descente à l’Isle aux Coudres, et s’y étaient établis.
9—I1 s’est fait un détachement d’environ 60 sauvages Abénakis, et de 60 Uarnadiens, commandés par M. de Niverville ; le sieur Desrivières, qui arrivait de France, fut avec lui en qualité de volontaire.
Les sauvages s’amusèrent à l’Isle d'Orléans à manger des bœufs et des moutons qu’on ÿ avait laissés : l’Ile d'Orléans ayant été abandonnée avec une précipitation qui ne fait pas honneur à celui qui était chargé de ce faire. Il en fut de même de la côte du Sud depuis la Rivière-du-Loup jusqu’à la Pointe Lévy.
Le sieur Desrivières, qui ne voulait point revenir sans rien faire, se détacha avec sept Canadiens de l'Isle au Coudres, qui s’étaient réfugiés à St Joachim, et s’en fut dans Plste, où il se mit en embuscade. ;
10—I1s ont pris trois jennes gens, dont un petit fils du commandant de la flotte des sept gros vaisseaux ; un gardemarine et un autre officier passant à cheval par leur ambuscade pour aller placer le pavillon anglais sur une éminence, qui euren! leur chevaux tués sous eux et furent faits prisonniers.
12—Ces trois jeunes gens furent amenés à Québec, dont, le petit fils du commandant ayant été tiré à part, se trouva parler bon français.
Îl« furent interrogés, et par leurs dépositions ils nous annoncèrent le siége de Québec; qu’ils devaient avoir vingt-cinq vaisseaux de ligne, douze frégates, et denx cents bâtiments de transport; qu’ils devaient avoir vingt mille hommes de descente : qu’on regardait comme sûre la prise de Québec, pensant que toutes nos réglées (troupes réglées) étaient à Carillon, où elles seraient battues par trois mille hommes qui devaient se joindre à la flotte ; et ils comptaient cette opération déjà faite.
Ces jeunes gens furent traités honorablement pendant sept à huit jours à Québec, et ensuite on les envoya avec distinction aux Trois-Rivières, Ils louèrent l’adresse des Canadiens d’avoir tué leurs chevaux sans leur avoir fait de mal.
14—Nons apprîimes qu’ils (les Anglais) avaient voulu descendre deux berges à la Baie St. Paul, qui avaient été repoussées par les habitants.
Depuis le 14 jusqu’au 20 juin, il fut fait différents préparatifs pour rece voir les ennemis dont nous avions appris que plus de soixante voiles avaient fait la traverse.
21—Trois frégates parurent à la vue de Québec, et mouillèrent à la vue de l’anse du Fort et au Trou (Trou de St. Patrice, [le d'Orléans).
24—Gros nord-est ; il s’est perdu un gros bâtiment sur la batture proche l’Anse du Fort; mais ils ont sauvé la
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cargaison. Sept autres petits bâtiments de transport échuuèrent dans le Trou, dort la majeure partie perdue. 1 est à observer que les officiers anglais ont mouillé leurs gros vaisseaux où nous avions coutume de mouiller des vaisseaux marchands ; étant ous mouillés au sud de la Pointe de Lévy vis-à-vis de l’église jusqu’à la batture de Beaumont.
“ Placard de par Son Excellence James Woife, Major- Général d’Infanterie, Commandant en chef des Troupes de Sa Majesté Britannique sur la Rivière St. Laurent :
“ Le Roy mon maître, justement irrité contre la France, a résolu d’en rabattre la fierté, et de venger les insultes faites aux Colonies Anglaises ; s’est aussi déterminé à envoyer un armement formidable de mer et de terre que les habitants voient avance: jusques dans le centre de leur pays. Îl a pour but de priver la Couronne de France des établissements les plus considérables dont elle jouit dans le Nord de l'Amérique.
‘ C’est à cet effet qu’il lui a plu de m’envoyer dans ce pays à la tête de l’armée redoutable actuellement sous mes ordres. Les laboureurs, colons et paysans, les femmes, les enfants, ni les ministres sacrés de la religion ne sont point l’objet du ressentiment du Roi de la Grande-Bretagne ; ce n’est pas contre eux qu’il élève son bras ; il prévoit leurs calamités, plaint leur sort, et leur tend une main secourable.
“ [l est permis aux habitants de venir dans leurs familles, dans leurs habitations. Je leur promets ma protection et je les assure qu’ils pourront, sans craindre les moindres molestations, y jouir de leurs biens, suivre le culte de leurs religions ; en un mot, jouir au milieu de la guerre de toutes les douceurs de la paix: pourvu qu’ils s'engagent à ne prendre directement ni indirectement aucune part à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes. Si, au contraire, un entêtement déplacé et une valeur imprudente e inutile leur fait prendre les armes, qu’ils s’attendent à souffrir tout ce que la guerre offre de plus cruel. Il leur est aisé de se représenter à quel excès se porte la fureur d’un soldat
effréné ; nos ordres seuls peuvent en arrêter le cours, et c’est aux Canadiens, par leur conduite, à sé’ précurer cet avantage, Ils ne peuvent ignorer lear situation présente; une flotte formidable bouche le passagé au secours dont ils pourraient se flatter du côté de l’Europe, et une armée nombreuse lés presse du côté du' Continent. Le parti qu’ils ont à prendre ne paraît pas douteux ; que peuvent-ils attendre d’une vaine et aveugle opposition ? Qu'ils en soient eux-mêmes les juges. Les cruautés inouies que les Français ont exercées contre les sujets de la Grande-Bretagne établis dans l’Amérique pourraient servir d’excuses aux réprésailles les plus sévères ; mais l’Anglais réprouve une barbare méthode. Leur religion ne prêche que l’humanité, et son cœur en suit avec plaisir l# précepte.
& Si la folle espérance de nous repousser avec succès porte les Canadiens à refuser la neutralité que je leur propose et leur donne la présomption de paraître les armes à la main, ils n’auront sujet de s’en prendre qu’à eux-mêmes lorsqu'ils gémiront sous le poids de la misère à laquelle ils se seront exposés par leur propres choix. Il sera trop tard de regretter les efforts inutiles de leur valeur martiale lorsque pendant l'hiver ils verront périr de famine, etc., tout ce qu’ils ont de plus cher. Quant à moi, je n’aurai rien à .me reprocher. Les droits de la guerre sont connus, et l’entêtement d’un ennemi fournit les moyens dont on se sert pour ie mettre à la raison.
“ Jl est permis aux habitants du Canada de choisir; ils voient d’un côté l’Angleterre qui leur tend une main puissante et secourable ; son exactitude à remplir ses engagements, et comme elle s’offre à maintenir les habitants dans leurs droits et leurs possessions. De l’autre côté, la France, incapable de supporter ce peuple, abandonner leur cause dans le moment le plus critique, et si pendant la guerre elle leur a envoyé des troupes, à quoi leur ont-elles servi? A leur faire sentir avec plus d’amertume le poids d’une main qui les
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opprime au lieu de les secourir. Que les Canadiens consultent leur prudence ; leur sort dépend de leur choix.
Donné à notre Quartier Général, à la Paroisse Ste Laurent, Isle d'Orléans, le 27e juin 1759.
Depuis le 27 jusqu’au 29, il se fit différents préparatifs pour envoyer sept brûlots, dont trois gros vaisseaux marchands, et les autres goëlettes et bateaux, Le commandant des brûlots, le sieur Oclouches, commandait le navire marchand l’Américain. Le même jour, il fut décidé par un Conseil que le sieur Oclouches irait brûler ou faire chasser les trois frégates qui étaient d’avant garde, et que ies autres, après qu’elles auraient levé l’ancre, iraient mettre le feu à la flotte de soixante voiles qui était mouillée sur trois lignes au-dessus du Trou (le Trou de St. Patrice.)
Le projet était beau, mais bien mal exécuté. Le sieur Oclouches mit le feu après avoir dépassé la Pointe Levy, au sud d’icelle, et les trois frégates étaient mouillées au nord ; elles appareillèrent pourtant et furent prendre son brülôt qu’elles échouèrert sur Beaumont.
Des six autres, il n’y en eûrent que quatre qui mirent le feu entre les deux pointes, dont le sieur Dubois le meilleur, —qui mit le feu au premier et qui sauta,—les deux autres le mirent à la vue de Québec, de sorte que les Anglais qui furent, dans le commencement, consternés, criaient hourrah! et se moquaient de nos opérations.
830— Les ennemis parurent à la vue de Québec et mouillèrent deux frégates et un bateau dans le bassin (le port) hors de g l portée du canon. Il est bon d’observer que, depuis l’arrivée de la flotte anglaise, caacun fut à son département. et la 8 ; P ; compagnie de réserve ne fut point oubliée.
ler Juillet. —Les Anglais députèrent un officier dans un canot de la frégate, qui fut arrêté au millieu du bassin par deux canots qui furent au devant de lui. Jls leur remirent une lettre par laquelle ils donnaient avis qu’ils avaient pris
plusieurs dames acadiennes à Miramichi, dont madame Pomeray, madame St. Villemin étaient du nombre, ainsi que madame Beaumont, sa fille et sa bru, qu’ils avaient renvoyées et qu’ils étaient prêts de renvoyer les autres, et s’informèrent des trois prisonniers de l’île aux Coudres.
Le même jour, le Chevalier Le Mercier fut chargé de la réponse qu’il porta à bord de la première frégate qui avait été envoyée au devant de lui. Elle contenait, que M. le général ne doutait point de la politesse de l’Amiral pour les dames ; qu’il le remerciait ; qu’il avait traité les prisonniers avec distinction, et qu’aussitôt que l’Amiral aurait la bonté de l’informer de son départ, qu’il les lui renverrait.
Il est à observer que les Anglais s'étaient emparés de l'Isle d'Orléans, où ils paraissaient avoir fait leur descente générale, et s’y campèrent. Le même jour nous apprîmes que M. de Léry, qui avait été détaché pour faire évacuer les habitants de la côte du sud, avait été surpris avec ses habitants par des Anglais qui étaient descendus à Beaumont; malgré leur surprise, ils se jeterent sur leurs armes, tuèrent deux Anglais et se sauvèrent. Nous n’avons perdu que deux hommes qu’on ignore s’ils sont tués ou prisonniers. M. de Léry a perdu son épée et plusieurs papiers qu’il avait étalés sur une table.
Depuis le 20 juin jusqu’au ler juillet il nous est descendu environ 300 Outaouais, et 400 Iroquois et Abénaquis.
Sur la nouvelle de la descente des Anglais à Beaumont, M. Charest, zélé patriote, demanda à M. le Général du monde pour aller au devant des Anglais, et empêcher leur établissement à la Pointe-Lévy. On lui fit réponse qu’il pouvait y aller s’il le jugeait à propos. Il y fut avec environ vingt habitants de la Pointe-Lévy; il fut fort surpris en arrivant à son manoir d’y voir des Anglais sur le grand chemin, qu’il prit d’abord pour des habitants. Il ne se déconcerta point ; quoiqu’il vît environ quatre cents hommes, il se rallia avec environ quarante hommes, firent feu sur eux
et en tuèrent dix sans perdre un seul homme. Il se.replia dans les bois, envoya demander des balles et de la poudre ; on lui en envoya en bref; il fit une petite fusillade et fut obligé de se replier le même jour. Les Anglais qui paraissaient avec toutes leurs forces à l’île d'Orléans n’avaient pas encore mis à la Pointe-Lévy trois mille hommes. M. Charest ne demandait que mille à douze cents hommes pour empêcher leur établissement. Ses demandes réitérées furent nulles.
8—11 y fut avec environ trente habitants de la Pointe-Lévy et le sieur Legris, volontaire, et trente sauvages abénaquis. Ils firent coup; en tuèrent environ trente. Les sauvages rapportèrent huit chevelures et amenèrent un prisonnier. Les sauvages, par (manque de) prudence, perdirent quatre hommes en s’en revenant dans le chemin du Roy où il y avait plus de————homines en bataille.
Le même jour, il était décidé dans le Conseil qu’il partirait la nuit quinze cents hommes pour la Point--Lévy, mais ce malheureux prisonnier dérangea par sa déposition ce projet dont nous craignions les suites fâcheuses,
Le prisonnier déposa qu’ils avaient environ mille hommes de troupes réglées et que la même nuit ils devaient faire leur descente à Beauport.
Tout le camp ainsi que la ville retourna, en conséquence, au bivouac toute la nuit ; rien ne se trouva si faux.
4—On s’aperqut d’un grand mouvement dans la flotte, pendant la nuit, et il se fit un grand transport de la Pointe Lévy à l’Isle d'Orléans.
Le sieur Charest proposa en conséquence d’aller à la découverte ; il y fut effectivement la nuit du 4 au 5, avec le sieur Legris et douze habitants ; il en revint le 5, et rapporta que le camp de la Pointe-Lévy, établi entre le moulin et l’église, était presque évacué ; qu’il n’y avait que quelques postes avancés et qu’il pouvait y avoir au plus 800 hommes.
Il demanda du monde inutilement, ou la liberté d’en prendre de bonne volonté, on ne voulut point lui en accorder. Pour preuve de sa mission, il prit et apporta avec le sieur Legris, quatre havre-sacs du camp ennemi.
5—On s’aperçu à la ville que les ennemis faisaient des établissements considérables, malgré le peu de monde qu’ils avaient, et qui n’était point interrompu. On vint rapporter que les sauvages outaouais y furent mais sans succès, au nombre de 100, ayant trouvé des forces considérables, et ayant tué seulement quelques Anglais.
6 et 7—Ces ouvrages continuèrent, et on vit clairement qu’ils établissaient une batterie à la Citière, vis-à-vis le château, de douze pièces de canon et de 7 mortiers de 10 à 13 pouces, et un retranchement au-dessus, avec fossés et palissades pour contenir 200 hommes. Le 7, la nuit, le sieur Charest fut de nouveau à la découverte. Le 8 il rapporta qu’il avait vu le commencement de ces ouvrages de près; qu’il pouvait y avoir environ 300 travailleurs et 500 hommes armés pour les soutenir.
Un Anglais ci-devant pris à Chouagen, et qui avait servi un officier anglais chez Chalou, profita d’une pirogue étant au bord de l’eau , et étant en sentinelle, dit à son camarade qu’il allait quérir du poisson dans les pêches, et comme on s’aperçut qu’il voulait déserter, deux canots furent au devant de lui et le regurent. Ii dépasa qu’il n’y avait qu'environ 800 hommes à la Pointe-Lévy ; qu’on venait d’y charroyer du canon, et que deux régiments ‘ Royal Américain” qui avaient été mis à terre à la Pointe-Léÿy, n’avaient voulu ni travailler ni se battre, disant qu’ils n’avaient point été payés depuis treize mois, qu’on leur avait dit qu’on ne les transportait en Canada que pour leur donner des établissements ; qu’il devait se faire une descente de 1500 hommes à St. Joachim, quidevaient venir par les bois, lesquels se joindraient au gros de l’armée qui devait demeurer à Beauport ; que les Anglais qui n'étaient que 10,000, attendaient de la Martinique 6,000
de renfort,
.On vit activement les berges se ranger à la vue de l’Ange-Gardien, avec deux batteries qu’ils avaient fait mouiller dans le chenal au Nord. Ils avaient quatre gros bâtiments pour favoriser leur attaque ; qui tirèrent sans aucun succès peudant quatre heures.
On fit plusieurs décharges de coup de canon et de bombes sur les travaux de la Pointe Lévy, mais je crois, assez inutiles.
Le même jour, on s’aperçut que les Anglais tentaient une descente par le Sault de Montmorency, à marée basse. Les sauvages outaouais s’y portèrent de bonne volonté au nombre de 200, avec quelques Canadiens. Il se présenta un détachement de 100 hommes anglais qui furegt presque détruits ; ils (les Anglais} se replièrent sur 800 hommes qui furent fusillés par les sauvages où ils (les Anglais) perdirent du monde. Ce second parti ayant replié, les sauvages les poursuivirent avec le casse-tête, mais s’étant trop engagés en faisant des chevelures, ils reçurent environ 4,000 coups de fusils. Ils ne perdirent que trois hommes ; cinq blessés ; un de leurs interprètes nommé Hause Le Fleau, tué, et deux Canadiens. On fit sur le champ un détachement du camp de M. de Lévy pour garder le passage du Sault par le haut. Le même jour on fit passer de la ville un mortier dû camp de M. de Lévy, qui joua à huit heures du soir, et qui obligea les vaisseaux anglais de se retirer avec les deux premiers.
Le même jour il nous vint trois déserteurs de St. Antoine, qui, suivant leur ordinaire pour être bien reçus, nous firent des contes à rire. L’un dit que Louisbourg était repris par les Français, et que la flotte anglaise était dans l’inquiétude et allait se rassembler pour partir. L’autre que le Roy de Prusse avait perdu dans une bataille 20,000 hommes ; que la Reine de Hongrie était maîtresse de la Silésie et les Français de l’Électorat d’Hanovre. Enfin, le dernier, que l’Amiral Saunders avait donné au général Wolfe jusqu’à la fin de ce mois pour faire les derniers efforts. Je crois que c’est sur cette déposition que nous pouvions le plus compter.
Le 10 s’est passé à tirer nos batteries sur le camp de la Pointe-Lévy ; il n’a point paru que cela ait empêché leurs opérations, quoiqu’on ait continué le feu la nuit. Le même jour, il se fit une petite escarmouche au Sault, où il y a eu environ vingt Anglais de tués; nous n’avons perdu qu’un sauvage.
Le même jour, il est arrivé au camp un déserteur anglais, à 9 heures du soir, qui a passé de l’Isle d’Orléans à l’Ange- Gardien, et a passé dans le bois où il y a trouvé le Curé qui
l’a amené. Il ne rapporte rien.
Le 11, on a découvert les batteries des Anglais entièrement
établies. Les chèvres y étaient posées pour placer les canons. Sur le midi on les a vu charroyer leurs canons.
Il fut détaché du camp sous Beauport un parti de 500 Canadiens, 100 homimnes de troupes de la colonie, et 60 volontaires de divers régiments, commandés par M. Dumas, pour passer à la Pointe-Lévy et s'emparer de la batterie des Anglais; ce parti n’a pas passé le même jour ; on en informa le général.
12—Le parti se trouva augmenté d’environ 350 hommes de la ville, de bonne volonté, du nombre desquels étaient 17 hommes de la compagnie de réserve, commandés par M. Glemet. M. Duchesnay a fait excuse d’y aller.
Ce détachement se rendit à Sillery dans le jour. Il partit sur les neuf heures du soir pour traverser, et ils traversèrent henreusement. A peine l’avant-garde marchait-elle, que quelques écoliers* (écoliers du séminaire de Québec) et étourdis firent feu au haut d’une coulée sur leurs amis. On dit que, de cette fausse alerte, il en déserta environ 600. Ayant monté et gagné une seconde côte, quelques soldats de Roussillon (du régiment ‘ Royal Roussillon”) firent une nouvelle alerte en criant à ceux qui étaient à la queue que la
* Voir Journal de Knox, vol. I, p. 829.
cavalerie anglaise murchait: ce qui occasionna encore un repliement. Enfin, de ce beau parti, il ne se trouva que M. Dumas, avec la compagnie de réserve et environ 300 hommes, qui approchèrent d’une portée et demie de fusil du retranchement des Anglais,
Cette même nuit, les Anglais commencèrent à neuf heures du soir à canonner Québec et à bombarder la ville ; de demi-heure en demi-heure, ils tiraient cinq coups de canon et autant de bombes. Une galiotte devant la Pointe-Lévy en jeta quelques-unes. Elie se tenait ainsi que plusieurs autres vaisseaux sur une même ligne.
13—Les Anglais continuèrent le bombardement.
14— Le détachement commandé par M. Dumas rencontrant le domestique de M. Lefebvre, y a été tué par nos gens.
Le 15, le bombardement a continué à Québec ; la Paroisse et les Jésuites ont été les plus endommagés ; les maisons du sieur Amiot, à la basse-ville, criblées de coups de canon; l’église de la basse-ville, plusieurs boulets.
16—Les Anglais jetèrent un pot à feu sur la maison de Chevalier ; le feu y prit, se communiqua à celle de M. Moran, delà à celle de Chennevert, à celle de Girard, derrière celle de Cardoneau, Dacier, de Madame de Boishébert. Toutes ces maisons ont été consumées par le feu. Celle de Cardoneau, le plafond resté du rez de chaussée a tenu bon. Les voutes n’ont point été endommagées ; elles sont riches. Que Dieu les préserve d’accident !
17.—Collet, marchand, officier de la batterie de M. Parent, qui est devant sa maison, a été tué d’un boulet, ainsi que Gauvreau, tonnelier. Un nommé Pouliot, de Ste. Foye, écrasé d’une bombe qui l’a anéanti Deux hommes blessés, qui sont Brassard et Dufour.
Les Anglais avaient fait une batterie de 50 pièces de canon au Sault.
Le même jour, dans la nuit, il a été tué par les sauvages Outaouais, à différentes actions, environ 60 hommes au Sault Montmorency. Ils ont fait trois prisonniers qui rapportent qu’à la Pointe-Lévy il n’y avait pas plus de 700 hommes ; qu’ils étaient environ 7,000 à l’Ange Gardien ; qu’ils étaient inquiets de trente vaisseaux qu’on disait en rivière.
18.—A minuit, il y a eu une alerte. Un vaisseau à deux ponts, trois frégates et deux bateaux ont passé devant la ville à la faveur d’une nuit obscure. Une frégate s’est échouée sur la Pointe-Lévy. On pense qu’elle ne pourra se relever. Ces vaisseaux ont été mouiller à l’Anse des Mères. Ils ont détaché une frégate por reconnaître un brûlot, le seul qui nous restait. L’ayant reconnu, et n’y trouvant personne, ils ont détaché une berge qui y a mis le feu. Ils gardent nos cajeux qui devaient être prêts depuis quinze jours et qui ne sont point encore chargés.
La même nuit, le sieur Villegoint, officier, est arrivé à Québec, venant de Miramichi avec M. Boishébert et environ 300 hommes, tant Canadiens, Acadiens, que sauvages d’en-bas.
Le matin, M. Dumas a été détaché avec environ 600 hommes pour observer leurs mouvements, et 100 hommes ont porté quelques canons de campagne. On a aussi envoyé un courrier pour avertir nos frégates et bâtiments, mouillés au Platon, et quatre, vis-à-vis de Batiscan.
20.—Les Anglais ont détaché des berges portant environ 1,200 hommes de Grenadiers, Ecossais et Montagnards, qui ont été descendre vers le moulin et l’église de la Pointe-aux- Trembles, dans la nuit, sans être aperqus.
Le même jour le feu a continué de la part des ennemis à canonner et bombarder la ville.
21.—A trois heures et demie du matin, les douze cents hommes ont monté à la Pointe-aux-Trembles. Ils ont regu une fusillade d’environ 40 sauvages, où ils ont perdu six à
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