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l'une au œntre, partant de la batterie Lancastre et marchant à découvert, avait 1,-10() mètres à parcourir pour aller aborder l'ennemi sur un point qui n’était qu’à (XK) mètres de la place ; une seconde colonne, à droite, suivant le ravin du carénage, éprouverait peut-être de grandes difficultés pour monter la berge gauche de ce ravin , qui paraissait très-escarpée , et serait ensuite en prise aux coups des redoutes Sélingbinsk et Volhynie ; enftn la colonne de gauche, qui devait suivre le ravin Karabelnaya, serait exposée aux feux du grand redan (bastion n° 3) , dès qu’elle déboucherait du ravin pour aborder le mamelon. On devait supposer qu’il s’engagerait sur le mamelon une lutte très-vive, et au jour, en admettant qu’on s’y fût établi, n’y aurait-il pas de sérieuses difficultés pour soutenir les gardes des tranchées si l'ennemi faisait une grande sortie?
C’est ainsi que chaque résolution qui était à prendre dans l’attaque de Sébastopol venait révéler toutes les difficultés de l’entreprise. Il s’agissait ici de faire ce qui est ordinairement la première opération de tous les sièges, c'est-à-dire de rejeter l’ennemi dans la place alin d’ouvrir une parallèle à (XX) mètres de son enceinte, (âîtte parallèle devait être établie snr un mamelon dont le revers se dérobait aux vues de la place ; le terrain sur lequel on devait se porter n’avait qu'environ 1 ,000 mètres de largeur, et il était limité des deux côtés par des ravins profonds dans lesquels on était presque partout à couvert ; l’ennemi ne pouvait pas déborder nos flancs en dehors de ces ravins, puisque nous y étions déjà établis ; et cependant l’ouverture de cette parallèle pouvait amener une bataille sanglante qui ne nous rendrait peut-être pas maîtres du terrain que nous voulions conquérir. C'est qu’en effet on n’était pas dans les conditions d'un siège, car on attaquait une armée libre de ses mouvements et assez forte pour livrer bataille dès qu’elle jugerait que les circonstances du combat lui seraient favorables.
Le général en chef décida qu'avant d’attaquer le mamelon sur
Trdi«Bi des EuBüi-ÿ.
Nuit du 43 AU 43 mars.
ümeMure d« l« 4'' ptrillèk
dc^aul le moiueloti >rrl.
lequel les Russes se fortifiaient, on ferait des approches en partant de la batterie Lancastre, pour se procurer un point de départ pins rapproché et un lieu où l’on pût tenir des réserves à couvert.
Les Russes continuent à travailler à la lunette Kamtchatka pendant toute la Journée du il ; ce n'est que vers trois heures de l’aprèsmidi que la batterie anglaise o“ 9 ouvre son feu. Trois pièces de la batterie n° 1 du carénage, servies par des canonniers anglais, ouvrent aussi leur feu contre le nouvel ouvrage russe à six heures du soir, et le continuent pendant toute la nuit du 11 au lâ; mais on reconnaît au jour que les Russes ont activement travaillé malgré ce tir.
Pertes du 11 au lâ : 3 blessés.
Les chefs de bataillon du génie Malcor et .Masson, chefs d'attaque; trois brigades de sapeurs et 1,ÜU0 travailleurs d’infanterie.
Le colonel Frossard prend toutes ses dispositions pour ouvrir une parallèle entre la batterie Lancastre et le mamelon vert. A l'entn'e de la nuit, il va la tracer lui-mème, opération diflicUe sur un terrain qu’on ne peut pas approcher de jour, et où l’on n’a aucun point de repère pour se reconnaître pendant la nuit. Vers dix heures du soir, les travailleurs arrivent et ouvTent la parallèle sur près de 400 mètres de longueur.
Dans la même nuit , on entreprend aussi la communication en arrière, qui a 800 mètres de développement. Le travail n'est pas inquiété par l'ennemi, mais on est sur un terrain roclieux; au jour, la parallèle est k peine tenable et la communication est très-imparfaite ; cependant on y reste et on continue le travail.
Vers le point du jour, un prend possession d’un des contreforts de la berge gaucho du ravin du carénage, formant en avant de la droite de la parallèle un éperon d'où l’on plonge dans le ravin ; on commence, k la pointe de ce contrefort, la construction d'un petit poste qui prit plus lard le nom de poste (te lijyeron.
— tTI —
l/<‘ cliel lie balaillon du gônio de Sainl-Lauronl , chef d’altaqiio ; une brigade de sapeurs et travailleurs d'infanterie.
I.,es Russes font un feu tràs-vif au moment où on relève les travailleurs. On améliore la parallèle et on la couronne de sacs à terre; on améliore aussi la communication en arriére et on la prolongea jusqu’au petit ravin qui descend de la batterie Lancastre dans le ravin du carénage.
Pertes du lâ au 13 : â tués ; 8 blessés.
One brigade de sapeurs et 1,027 Iravailienrs d'infanterie. .voudu
On prolonge la parallèle ouverte la nuit précédente de 380 mètres à sa gauche, et on établit une embuscade en avant de la partie la plus saillante.
Les Russes, de leur cèté, ont éiabli dans la nuit deux embuscades à environ 150 mètres en avant de notre parallèle ; dans la matinée du 14, un coup de feu parti de l'une de ces embuscades blesse mortellement le capitaine du génie Guilhot.
Pertes du 13 au 14 : 2 tués; 21 blessés ; 1 disparu.
Le chef de bataillon du génie Dumas, chef d'attaque; une bri- -''«ii -fu '4 is gade de sapeurs, et 1,015 travailleurs d'infanterie.
Un peu avant la nuit, les deux embuscades russes qui so trouvent en avant de la parallèle sont enlevées par deux détachements du 100» de ligne. On trace en gabions une place d'armes destinée à reüer ces embuscades, mais on est forcé do renoncer à l'exécuter, l'ennemi étant revenu en force au moment où l’on y plaçait les travailleurs. Les Russes reprennent les deux embuscades et en construisent même trois nouvelles sur leur gauche.
A la gauche de la parallèle, on ouvre sur 200 mètres de longueur une communication en arrière pour descendre daj>s le ravin Karabelnaya, où l’on a commencé une coupure; ù la droite, on la prolonge vers le ravin du carénage au moyen d’une tranchée de 150 mètres de développement. Dans la partie centrale de la parallèle, on
Jouro^ do 15 mars.
Nuit du 15 au 46 mar«.
Oonimcnce la cnnslruclion de cinq traverses tournantes, n<'‘cessaires pour se détîler des vues du bastion du mât qui, quoiqu’il soit fort éloigné, pourrait envoyer dans cette direction des coups dangereux. On se consolide dans le poste de l'éperon.
Le chef de bataillon du génie Malcor, chef d'attaque; deux brigades de sapeurs et 1,185 travailleurs d'infanterie.
Au point du jour, les bateaux à vapeur russes et les ouvrages du plateau du carénage (redoutes Sélinghinsk et Volhynie) dirigent un feu très-vif contre le poste de l'éperon. Le mur en pierres sèches est promptement endommagé et les éclats blessent un assez grand nombre de travailleurs. Les Russes se disposaient à reprendre cette position ; mais les travailleurs, soutenus à temps, se maintiennent et établissent même sur la gauche un nouveau poste avantageusement situé dans un pli de terrain.
Vers la chute du jour, cinq détachements du 3* régiment de zouaves. composés chacun de 10 hommes commandés par un oflicier, et accompagnés de quelques sapeurs sous les ordres du lieutenant Mandagout, se portent en avant do la gauche de la parallèle sur les embuscades russes dont les défenseurs se retirent au pas de course. Une vive fusillade part de la redoute Kamtchatka et de la ligne de petits postes établie en avant; à c^es feux se joignent ceux du canon de la place. Néanmoins les sapeurs détruisent les embuscades.
Pertes du 14 au 15 : 15 tués dont 1 oflicier; 25 blessés dont 1 officier; 1 officier disparu.
l'ne brigade de sapeurs et 1,265 travailleurs d’infanterie.
On prolonge de 00 mètres la droite de la parallèle vers le ravin du carénage. A la gauche, on ou^Te une communication en arrière, dans le fond du ravin Karabelnaya, et on débouche en avant de la parallèle par deux boyaux placés sur le versant droit de ce ravin.
Malgré la fusillade que l'on a dirigée pendant la nuit sur l’emplacement des embuscades démoli»^, les Russes sont parvenus à en n'--
parer quelques-unes, et ils en ont construit deux nouvelles plus en arrière.
A l'attaque du plateau du carénage, on commence à creuser une tranchée-enveloppe destinée à protéger la batterie n" 6 en construction ; on établit une nouvelle embuscade en arrière, dans le ravin qui descend au fond du port.
Le chef de bataillon du génie Masson, chef d'attaque ; une bri- ao le nur.. gade de sapeurs et 1,200 travailleurs d'infanterie.
On perfectionne les travaux entrepris. Notre artillerie oblige les Russes à évacuer les deux nouvelles embuscades d'où ils tiraient sur le cheminement de gauche ouvert dans la nuit.
Une brigade de sapeurs et 721 travailleurs d'infanterie. Nou au «r, jo n mm.
On prolonge de 50 mètres le cheminement en avant de la gauclu? de la parallèle. On s'empare de nouveau des embuscades misses, mais on n’a pas pu les démolir complètement. Les Russes sont revenus les occuper; ils les ont remises en parfait état et en ont construit deux nouvelles.
Perles do 16 au 17 : 4 blessés.
Le chef de bataillon du génie de Saint-Laurent, chef d'attaque ; Xuii <io n m is mm. deux brigades de sapeurs et 700 travailleurs d'infanterie.
Pour que l’oii puisse continuer le cheminement de gauche, il est ni» »,
nécessaire de se rendre maître de deux embuscades russes fort rapprochées. Ces embuscades sont rapidement enlevées par deux compagnies du 3' régiment de zouaves; mais un quart d'heure après, les Russes, sortant de la redoute Kamtchatka aux cris de AiirraA / reprennent l’offensive, s'emparent des embuscades et viennent même attaquer la tète du cheminement, où ils jettent le désordre parmi les travailleurs. La garde de tranchée a vigoureusement repoussé les Russes, mais cette affaire nous a coûté une quarantaine d'hommes hors de combat.
Le travail n'a pu être repris qu'à deux heures du malin ; on con-
solide la lèle du dicmineiucnt qui est lrac«- eu cn'maillère, et on y construit un nouveau crochet en posant des gabions que l’on remplit de sacs à terre. A la droite de la parallèle on ou^tc, sur 250 Ires, une communication dirigée vers le poste du l’éperon : en même temps, on amorce ccUo communication stu- 20 mètres en partant de ce poste, à 70 mètres duquel on établit, en outre, une nouvelle embuscade.
Cette unit, les Anglais ouvTent la troisième parallèle de leur attaque de gauche.
Dans la matinée du 18, le lieutenant-colonel Vaissier, du 82' de ligne, est tué en conduisant lui-mèmu quelques hommes de son régiment pour renforcer le poste de l’éperon, dont la communication était encore incomplète.
Perles du 17 au 18 ; 0 tués dont 2 oITiciers; 01 blessés dont 7 ofliciers; 15 disparus dont 1 oflicicr.
Suit jn 18 tu 19 mirt. Le djef Je bataillon du génie, Dumas, chef d’attaque ; deux brigades de sapeurs et f^l travailleurs d’infanterie.
On acliève d’ou> rir, sur environ 2(X) mètres, ce qui restait à faire pour compléter la communication de la droite de la parallèle avec I(> poste de l’èperon. On termine l’embuscade commencée la veille, et ou en construit deux nouvelles entre celte dernière et la parallèle. On achève de prolonger la parallèle jusque dans le ravin du carénage par un dernier boyau du 125 mètres de longueur. Le ‘ cheminement de gauche, en avant de la parallèle, est prolongé d<>
23 mètres.
Les Kusses ont beaucoup travaillé à la redoute Kamtchatka, et ils ont relié par un épaulcment en terre rapportée les cinq embuscades établies devant la gauche de la parallèle, du 49 nur>. Les Russes perdent le contre-amiral Istomine , chef de l’une •h^s deux sections de défense du faubourg Karabelnaya; il a été altuint par un boulet en inspectant les travaux de défense. On voit
rennemi travailler à une caponnière descendant de la redoute Kamlehalka vers l'ouvrage MalakolT.
Le chef de bataillon du génie Malcor, chef d'attaque; deux brig.ides de sapeurs et 722 travailleurs d’infanterie.
Le terrain sur lequel on chemine est presque entièrement dépourvu de terre vègéUile; il faut enlever les couches de roc à la pince ou à la poudre, et former le parapet des tranchées en raclant le sol en avant et en arrière, ou avec des sacs à terre. Vers le milieu de la parallèle, on rencontre une veine de terre qui va droit sur la place; quoique celte direction soit peu favorable pour un cheminement, on y débouche en sape double , et on fait pendant la nuit trois portions de sape debout et trois crochets formant traverses. On se trouve ainsi porté à environ 60 mètres en avant de la parallèle.
On prolonge le cheminement de la gauche par un boyau de 20 mètres avec deux petits crochets .
Pertes du 19 au 20 : 1 blessé-.
Le chef de bataillon du génie Masson, chef d'attaque; deux brigades de sapeurs et d-il travailleurs d’infanterie.
On avance de -ii mètres à la sape double centrale; on prolonge de 18 mètres le cheminement de la gauche et on y fait un envehet.
Sur le plateau du carénage , on ouvre les boyaux de jonction de l'enveloppe de la batterie n" 6 avec la grande communication en arrière.
Les Russes achèvent la consiruclion et rarmemenl de la redoute Kamtchatka.
Le chef de bataillon du génie de Saint-Laurent, chef d’attaque; une brigade de sapeurs et 523 travailleurs d’infanterie.
Le cheminement eu sape double est prolongé de 1 10 mètres vers la place, au moyen de sept branches d’environ 16 mètres de longueur, reliant autant de crochets.
.\u cheminement de gauche, qui est toujours très-difficile sur un
Nuit Ju 19 «U 20 UMfo.
.Nutl du 20 au 21 man.
louruéi- du 21
Auil du 21 au 22 lom.
— 17ti —
roc presque nu, on prolonge la petite place d'armes, à la gauche de la quatrième branche, jusque vers l'escarpement du ravin. On débouche du crochet extrême en se dirigeant vers le milieu de l'inter- \alle compris entre les deux embuscades les plus voisines, qui sont à 50 mètres tout au plus. Ou pose, à cet <;lTet, 13 gabions de chaque côté , on les remplit et on les couronne de sacs à terre, sans creuser de tranchée. On amène un gabion farci de laine pour marcher de Jour eu sape pleine ; mais les Russes s'aperçoivent du mouvement des sapeurs qui roulent le gros gabion, et ils entretiennent, pendant un quart d'heure , un feu de deux rangs très-vif auquel la garde de tranchée ne répond pas. Cette fusillade s’est renouvelée quatre fois , à chaque nouveau mouvement des sapeurs , et ce n'est qu’à trois heures du matin que le gabion farci a pu être mis en place ; on a encore posé six gabions jusqu’au jour. Alors les trois embuscades qui gênaient le plus le cheminement ont été enlevées par trois détachements du H' zouaves, de 15 à 30 hommes, commandés chacun par un ollicier. Les Russes ont abandonné du même coup les autres embuscades de la première ligne. Le colonel Frossard a été contusiomié à la jambe par une balle, au moment de cette attaque.
Pendant les trois dernières nuits , l’artillerie de la place n'a presqu<^ pas tiré, les Russes craignant sans doute de provoquer notre feu pendant l’armement de la redoute Kamtchatka.
Pertes du 31 au 33 : 3 blessés.
Jouriivs Jy 2Î maie. Le chef de bataillon du génie Dumas, chef d'attaque ; une brigade de sapeurs et 1,0!W travailleurs d’infanterie.
Au cbeminement de gauche on avance d’environ 10 mètres. Ce travail a été fortement contrarié par les feux croisés de l'artillerie du bastion n° 3, de l’ou>rage MalakolT et de la redoute Kamtchatka, (|ui a ouvert son feu ; il y a eu 1 sapeur tué et 7 blessés.
£n tète de la sape double centrale on amorce ime place d’armes à droite et à gauche.
Nu»l du 22 au 23 nun.
Une brigade de sapeuiü el 51 i travailleurs d’infanterie.
Dès rentrée de la nuit on commence , à la gauche , à retourner les trois embuscades russes contre la place, et à les relier par une gabionnade rattachée à la tête du travail de la journée ; mais ces travaux sont interrompus par une grande sortie que l’ennemi fait contre nos tranchées, avec des forces que nous avons évaluées à H bataillons.
D’après les rapports russes, celte opération avait été conflée au général Khrouleff. La colonne principale, dirigée contre les Français, se composait de 11 bataillons du il* équipage de la marine et d'un détachement du 35* équipage. Deux autres colonnes se portaient sur les tranchées anglaises ; l'une, de 1 compagnies de volontaires grecs en costume albanais, avec â(M) chasseurs, sur la parallèle des attaques de droite; l'autre, de i à 500 hommes, sur les attaques de gauche.
Les Français avaient 500 travailleurs d'infanterie répartis sur divers points, et la garde de tranchée se composait de i bataillons : deux du 3* régiment de zouaves, dans la parallèle; un du 11° de ligne, en réserve dans le ravin du carénage; le quatrième, des grenadiers de la garde, beaucoup plus en arriére, à la batterie Lancastre. Ces troupes étaient sous les ordres du général d’Aulemarre, de service à la tranchée.
Vers dix heures du soir, les Russes débouchent des deux eûtes du mamelon vert; une fusillade très-vive s’engage el nous force à suspendre le travail. Le cheminement de gauche, que nous poussions si péniblement dans un terrain de roc, était gardé par deux compagnies de zouaves; le chef de bataillon du génie Dumas y court pour faire prendre les armes à ses travailleurs. C’est, en effet, sur ce point que se porte le plus grand effort des Russes. Vers onze heures, ils se précipitent sur ce cheminement que les zouav es el nos travailleurs défendent avec une grande bravoure; le commandant Dumas y est tué. L’ennemi s'empare des tètes de sape, cl les zouaves, qui ne peu-
(iUQilf fordt ru»»«.
veat pas trouver place dans les tranchées en arrière , rentrent dans la parallèle dont ils naasquaient les feux. L’attaque des Russes se porte alors sur la parallèle , dont la garde a été renforcée par l'arrivée du bataillon qui était en réserve dans le ravin du carénage ; mais, malgré leur grand nombre , il leur est impossible de la forcer : tous ceux qui en franchissent le parapet sont tués sur place. Le colonel Janin, du l*' zouaves, est blessé dans cette lutte opiniâtre. La colonne russe, repoussée de la parallèle française, se rejette sur sa droite dans le ravin Karabelnaya , arrive de l'autre côté de ce ravin, et entre dans la parallèle anglaise qui était mal gardée et sur laquelle s’étaient aussi portés les volontaires grecs; cette parallèle étant plus reculée que celle des Français, l'ennemi prend d’écharpe et de revers, par-dessus le ravin, toutes nos gardes de tranchée, et leur fait éprouver des pertes; mais l’obscurité ne lui permet pas de Juger des avantages do cette position , et la confusion rè^ne évidemment dans ses masses qui se groupent sans prendre de direction. Oe son côté, le général d'Autemarre, qui ne peut pas juger non plus des projets de l'ennemi, n’engage pas le bataillon de la garde impériale, sa seule résene, qu’il a fait avancer pour l’avoir sous la main. Après avoir renversé des gabions dans la parallèle anglaise et bouleversé notre tète de sape, l’ennemi se retire emportant ses blessés et une partie de ses morts, dont il laisse un grand nombre devant la parallèle française. Les Français poursuivent les Russes; mais ils sont bientôt arrêtés par l’artillerie de la place qui, dés qu’elle peut rouvrir son feu , couvre le terrain d’une grêle de boulets et d’obus.
A la sortie de droite, les Russes, après avoir traversé le ravin du laboratoire , pénétrèrent un moment dans la troisième parallèle de l’attaque de gauche des Anglais, où ils tirent quelques dégâts et enclouèrent un mortier ; mais repoussés bientôt par la garde de tranchée, ils rentrèrent dans la place.
Cette sortie, la plus forte que les Russes aient tentée pendant
l'hiver, n'eut pas le résultat qu'ils en attendaient, car les dégâts qu’ils flrent dans les travaux des alliés furent insigniOants, et elle leur fit éprouver de grandes pertes. Le rapport du prince Gortcbakoff annonce 387 tués dont 8 olBciers, et 1,0(>3 blessés dont 21 officiers, en tout 1,390 hom'mes hors de combat.
La perte des Français fut d'environ 600 hommes hors de combat ; celle des Anglais fut beaucoup moins grande.
Au cheminement central, quoique le travail eût été interrompu pendant la sortie, on ou>Tit une nouvelle branche de 12 mètres de longueur en avant de la place d'armes amorcée, et on prolongea cette place d'armes de 132 mètres sur la droite, en se dirigeant vers la deuxième des embuscades précédemment établies par les chasseurs.
Vers le malin, on commença à réparer les dégâts faits par les Russes dans le cheminement de gaucho dont les tètes de sape avaient été complètement rasées.
Pertes du 22 au 2^3 : 182 tués dont 13 officiers, parmi lesquels le chef de bataillon Banon du .3* zouaves ; 373 blessés dont 12 officiers ; 56 disparus dont 2 officiers ; en tout 611 hommes hors de combat.
Dans la sortie du 22 mars, les Russes avaient été reçus par nos soldats avec une grande bravoure. Ils devaient s’y attendre, mais ils n’avaient pu prévoir que la partie de la parallèle anglaise qu’ils allaient attaquer ne serait pas gardée. Cependant, malgré cette circonstance favorable, les efforts de leurs onze bataillons de troupes choisies étaient venus se briser contre la résistance de trois bataillons français. Ces faits viennent à l’appui de l’opinion généralement admise que les sorties de nuit ne doivent être faites qu’avec peu de monde. Quand une sortie de nuit trés-nontbreuse est portée à une certaine distance, comment diriger les troupes? Les soldats marchent sans voir le but qu’on veut atteindre; pendant le combat, ils ne peuvent pas juger du résultat obtenu, ils se désorientent et finissent
souvent par tirer les uns sur les autres; enlin les moins braves prolilent de l’obscurité pour se retirer du combat.
Il n'en est pas de même dans une sortie de jour, et c'est ici le moment de faire remarquer que les dillicultés et les dangers que présentait l’attaque de Sébastopol surpassaient de beaucoup ceux qu'on rencontre dans un siège ordinaire : nous ne voulons parler ni de l’armement gigantesque de la place, ni de ses approvisionnements inépuisables , mais seulement de la force relative de la garde de tranebée et de l'armée assiégée.
Vauban dit qu’avant lui on estimait qu'il fallait que l'armée assiégeante fût dix fois plus forte que l’armée assiégée, mais que de son temps on n'hésitait pas à attaquer une place à six ou sept contre un, parce que les sièges ayant moins de durée, on peut, avec ce nombre, arriver sans trop de fatigues pour les troupes à fournir une garde de tranebée égale aux trois quarts de la garnison et siiflisante par conséquent pour repousser les plus grandes sorties que peut faire l’a.ssiégé.
Or, à Sébastopol, la garnison était habituellement de 40,000 hommes, et elle imuvait être doublée à un moment donné, puisque l'armée de secours communiquait librement avec la place. D’après la régie ordinaire, il aurait donc fallu que la garde de tranchée fût tous les jours d’au moins 30,000 hommes, condition bien impossible à remplir, car indépendamment des travailleurs à fournir tous les jours pour les tranchées et les batteries, et des gardes nécessaires pour les lignes de circonvallation, il fallait des travailleurs pour la construction des routes, des hôpitaux, des magasins, pour le déchargement et le transport des vivres, du matériel et des munitions, et pour la confection et le transport des fascines et des gabions qu'on allait faire au delà de Balaclava.
(]’est en ne laissant presque pas de repos au soldat qu'on arrivait à fournir pour la garde de tranebée trois ou quatre bataillons à cha-
cune d<* nos allaqura qui, si^parées par do g;randos distances et dos ravins profonds, no pouvaient pas se secourir mutuellement. Cos batterios formidables qui pendant le siège ont cause de si grandes pertes à l’armée russe sur laquelle elles concentraient leurs feux, n’étaient défendues que par 2,000 ou 2,500 hommes, et le gros calibre du canon de la place avait forcé les alliés à rejeter leurs camps à des distances telles que si les Russes avaient fait une grande sortie au point du jour, ils auraient eu tout le temps de refouler la garde de tranchée et de détruire nos batteries avant qu’on eût pu réunir des troupes de secours et les amener sur le lieu du combat. Quoiqu’on eût cherché à remédier à ce danger en plaçant quelques troupes de réserve dans des plis de terrain entre les tranchées et les camps, nous étions cependant e.\posés tous les jouis à voir nos batteries attaquées par des forces décuples de celles qui les défendaient.
Les divers travaux de fortiOcation et d'armement exécutés par les Russes pendant le siège seront incontestablement admirés ; mais il n’en sera peut-être pas de même de leur système de défense. Une vaste tête de pont offrant des débouchés faciles, armée de 1,500 bouches à feu et très-bien fortifiée, mais dépourvue d’escarpes, ne nous parait pas devoir être défendue, comme l’a été Sébastopol, d’après les règles admises pour une place investie. De grandes sorties faites de jour auraient rendu le siège impossible; il n’en a été fait qu’une .seule, celle du 5 novembre 1854, mais elle n’était pas trèsnombreuse, et il est à remarquer surtout que l'attaque a eu lieu à dix heures du matin, pendant la bataille d’Inkermann, alors que le général Forey se tenait sur ses gardes avec toutes ses troupes
(•! Voici cc qii'oii trouve il ce sujet dans Cormoulaiiigiie au chapitre VI du iiuhnorial pour l’aiuque des places :
« Les jmnqiirs i^Unl rcsolues, le (tént*ral les jtanle!* de la Iramïii'p . savoir, l’infan-
du 33 «U ii our*.
JouriM^c <Iu 34 nurü.
Xuit du 34 tu»r<.
Le chef de bataillon du génie Malcor, chef d'attaque ; une brigad(; de sapeurs et 5t)0 travailleurs d'infanterie.
On continue le cheminement en sape double ; on prolonge par sa gauche la place d’armes qui protège ce cheminement, et on la rattache par sa droite à la deuxième embuscade. A la gauche, on continue les travaux de réparation, et on prolonge la place d’armes de gauche jusqu’au ravin Karabelnaya.
Le feu des embuscades russes étant constamment très-vif, on lance, au point du jour, IK) tirailleurs algériens avec deux officiers contre celles qui sont le plus rapprochées de la tète du cheminement de gauche ; deux de ces embuscades sont enlevées.
Pertes du 23 au 24 ; 10 tués ; 20 blessés dont 2 officiers.
Sur la demande du général Osten-Sacken, il y eut suspension d’armes, de midi à trois heures et demie, pour l’enlèvement des morts restés sur le terrain à la suite du combat de la nuit du 22 au 23.
Le chef de bataillon du génie Masson, chef d’attaque; une brigade de sapeurs et 617 travailleurs d'infanterie.
On prolonge de vingt-cinq gabions la place d'armes du cheminement de gauche, et de dix-huit gabions la tète de ce cheminement.
On prolonge la place d'armes en tète de la sape double centrale de ;)0 mètres vers la gauche et de 00 métrés vers la droite.
Perles du 21 au 25 : 2 tui-s; 7 blessés dont 1 officier.
U*iîej sur le d'éire au moiii;» auikû Turltr qui* les lrut& qiiarU de la garuttou, el la
cavalerie d’uu tiers {*lu8 iiombrcu&e que ecUe la place Il est des cas extraordinaires
qui n’cnlrenl point dans les principes ordinaires, comme, par exemple, lorsqu'il y a «ne ariiié^ entière reufenuèe dans une grande place assiégée, qui pK*sente une vraie baiaille à une garde de irancbce qui lui eiU iiirérieurc en force. Cn st'uiblabie siège n'est pas rai> .^ninable cl doit être toariiê en blocus : ainsi, nous laissons à d'autres île semblables dU- MTialions, cl nous umis renrcruiuns dans les cas ordinaires, où nous ne verrons jamais de sorties sur une {in iuièn* (taralièle portée à la distant e de 300 luises de la palist^de, lors> i^u'etle est établie selon les lums princi|»es de l'art, ou du moins ces sorties seront toujours lrtts>malirai<ée>. •
Le chef de bataillon du génie Fabré, chef d’attaque; une bii- <i» 4» ju *6 iun.. gade de sapeurs et 667 travailleurs d'infanterie.
Au cheminement de gauche , on prolonge la place d’armes jusqu’au fond du ravin Karabelnaya , et on commence , sur % mètres de longueur, une demi-place d’armes à droite de la télé de ce cheminement.
Au centre , on prolonge la placi* d’armes de 6.5 mètres vers le poste de l'éperon; à gauche de la sape double, on prolonge aussi la place d’armes , mais sa direction étant enfilée des ouvrages blancs, ce travail devra être rectifié.
Les Russes ont travaillé k épaissir le parapet de la tranchée qui réunit leurs embuscades devant la gauche de nos attaques.
Pertes du 25 au % : 3 tués; 8 blessés.
Le chef de bataillon du génie do Saint-Laurent, chef d’attaque; .nuh<iu le au tî luar». une brigade de sapeurs et 618 travailleurs d’infanterie.
On rectifie , sur 80 mètres de longueur, la partie enfilée de la place d’armes à gauche de la sape double; à la droite de cette place d’armes, on chemine vers le poste de l’éperon au moyen d'une sape double. On perfectionne les travaux du cheminement de gauche.
Les Russes consolident les tranchées reliant leurs embuscades et commencent une parallèle en arrière.
Pertes du 26 au 27 : 2 tués; 12 blessés dont 1 otlicier.
Le chef de bataillon du génie Malcor, chef d'attaque ; deux bri- nu.i du r; «u is ««r,. gades de sapeurs et 621 travailleurs d’infanterie.
On perfectionne le cheminement de gauche et on achève la communication qui, dans le fond du ravin Karabelnaya, conduit au dépôt de tranchée.
On prolonge de 65 mètres la place d'armes à gauche de la sape double centrale; on prolonge aussi la sape double marchant vers le logement de l’éperon.
.N«iU du 18 au 29 isar?.
^ull du 29 au 30 ümie.
Sur le plateau du carénage, on travaille à l’enveloppe de la ballerie n" 6, et on commence une tranchée destinée à relier cette batterie à la droite de la parallèle.
200 travailleurs ont été employés dans le ravin situé entre la batterie du fond du port et la redoute du phare, à faire des coupures et escarper les pentes pour arrêter l’ennemi , dans le cas où il tenterait de tourner la batterie des Anglais qui se trouve en avant de la tète du ravin.
Les Russes ont établi quelques embuscades nouvelles et prolongé une tranchée commencée entre la lunette Kamtchatka et le ravin du carénage.
Pertes du 27 au 28 : 3 tués; 15 blessés.
Le chef de bataillon du génie Masson , chef d’attaque ; deux brigades de sapeurs et 1,112 travailleurs d’infanterie.
On continue la sape double de l’éperon, celle du centre, et la place d’armes à gauche de cette dernière. Au cheminement de gauche, on prolonge la petite place d’armes de la tète de 7 à 8 mètres ; sur la berge gauche du ravin Karabelnaya, on ouvre un boyau de 50 mètres de longueur, jusqu'à une carrière qui sera transformée en place d’armes. Une vive fusillade a gêné ces divers travaux.
Sur le plateau du carénage , on achève de relier la batterie n“ G à la parallèle. 300 travailleurs commencent à établir un retranchement de GOO mètres de développement, barrant le ravin situé entre la batterie du fond «lu port et la redoute du phare. On entreprend également , au-dessous et à l’est de la redoute du phare , une coupure sur la route qui descend du camp anglais à la Tchemaya.
Pertes du 28 au 29 : 1 olllcier et 2 soldats tués ; 1 oflicier et IG soldats blessés.
Le chef de bataillon du génie Fabré, clief d'attaque; deux brigades de sapeurs et 1,219 travailleurs d’infanterie.
(3n continue la sape double de l’éperon et celle du centre ; on réunit
lu place d’arnuw à gaudie do la sapo conlralc avec la première parallèle. Les deux places d'armes, à gauche et à droite delà sape double , prennent le nom de deuxième parallèle.
Trois obusiers de montagne, placés dans la première parallèle et à la droite de la parallèle anglaise , ont tiré pendant toute la nuit contre la ligne des embuscades russes. Le capitaine d’artillerie Boissonnet, qui dirigeait ce tir, a été tué par l’explosion d'un caisson près duquel est venue tomber une bombe de la place.
Pertes du 29 au 30 : 3 tués dont 1 officier; 21 blessés.
Le chef de bataillon du génie Chareton, chef d’attaque; deux brigades de sapeurs et 1,119 travailleurs d’infanterie.
On continue et on perfectionne l’établissement de la place d’armes sur la berge gauche du ravin Karabelnaya.
Pertes du 30 au 31 ; 10 blessés.
Le chef de bataillon du génie Malcor, chef d'attaque; deux brigades de sapeurs et 1,1(KI travailleurs d'infanterie.
On prolonge la sape double centrale; on commence la construction du coffre de la batterie n" 7, en avant du centre de la première parallèle. Cette batterie doit recevoir 6 obusiers de 0"22 destinés à battre la redoute Kamtchatka.
On ouvTC un cheminement en avant de la place d'armes établie sur la berge gauche du ravin Karabelnaya.
Sur le plateau du carénage, ou continue les retranchements des ravins et on renforce la coupure de la route du pont d'Inkermann.
Pertes du 31 mars au 1" avril : 2 tués ; 23 blessés.
Les pertes du 2* corps s’élèvent, pendant le mois de mars, à 218 tués dont 18 officiers; 723 blessés dont 27 officiers; 75 disparus dont 4 officiers; en tout 1,(>U) hommes hors de combat.
Le nombre de travailleurs employés a été, en moyenne, de ;
52 sapeurs et 8.33 soldats d'infanterie par jouniée;
51 — 757 — par nuit.
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En ajoutant aux perles du 2' corps celles du 1" corps données plus haut (page l(>4), on obtient, pour le mois de mars, un total de 1,55!) hommes hors de combat.
Le nombre total des travailleurs a été, en moyenne, de :
sapeurs ou mineurs et 1,40!) soldats d'inlanterie par journée;
126 — 1,060 — par nuit.
Nous avons parlé des grandes diflicultés qu'éprouvait rartillerie pour faire arriver son matériel des ports de débarquement dans les tranchées; cependant, depuis la dernière ouverture du feu, le nombre de ses batteries avait été considérablement augmenté et on avait apporté le plus grand soin dans leur construction. Four que les épaulements puissent résister aux plus gros calibres de la place, leur épaisseur a été portée à 7 mètres , et dans ((uelques batteries à 8 métrés; les joues des embrasures et les talus intérieurs ont été revêtus avec le plus grand soin; les magasins d'approvisionnement ont été construits en dehors des batteries et solidement blindés. Ces travaux ont été longs et dilliciles. Souvent il a fallu aller chercher la terre au loin; dans les batteries du carénage, ou a été gratter le roc jusqu'à 1,200 mètres pour former le coffre des batteries. La terre, ce premier élément des travaux de l'attaque, manque presque partout.
Le 14 mars, l'artillerie française était pirète à engager de nouveau la lutte avec celle des Russes ; mais les travaux des Anglais , en retard sur les nôtres, forcèrent encore d'ajourner jusqu'au commencement d'avril la nouvelle ouverture du feu de toutes les batteries des alliés.
On supposait que ce grand feu d'artillerie des assiégeants, ruinant les défenses de la place, déterminerait les Russes à faire une nouvelle attaque par l'extérieur, comme celle d'inkermann au 5 novembre 1854; et pour être en mesure de la repousser en même
temps qu’on donnerait l’assaut , il avait été décidé qu’Omer-Pacha quitterait Eupatoriu, pour se joindre aux assiégeants avec une division turque et la division égyptienne qui se trouvait à Constantinople, ce qui donnerait un surcroît de forces de 15 ou 18 mille hommes d’infanterie et de 30 pièces de campagne.
Voici l’étal détaillé des batteries françaises qui, dans les premiers jours d’avril, étaient prêtes à ouvrir leur feu contre la place , avec un approvisionnement qui variait deOOO à 1,000 coups par pièce.