eanons de 31; Q obusiers de
— 15. Il mortiers de 10, 11
— 16. 7 canons de 31 7
17, 2 canons de 31 S
Total H»8
4tiaqae« 4e drelle*
Baiieries II** 156. 1 canons de 68; 1 canon de 31; 1 obusim de 10;
1 obusiers de 8. . . 7 pièces.
— 7. 1 mortiers de 10 2
— K. .3 mortiers de 10; 2 mortiers de 8 5
— î). 7 obusiers de 8 7
lU. 3 mortiers de 13., 3
— 11. 3 mortiers de 13 3
— 11. 1 mortiers de 13; 1 mortier <k* 10 3
— 13. I canons de 31 4
— 14. I canon de 68; 5 canons de 31; 1 obusiers de 10;
1 canon Laiicastre 9
•— 15. 3 mortiers de 13 3
— 16. 4 mortiers de 8 4
— 17. 6 eanons de 31 6
— 18. 7 mortiers de 13 7
— 19. 2 mortier* de 10 , 2
— 20. 2 canons de 32 2
— 21. 2 obusiers de 8 2
— ±2. 2 obusiers de 8 2
Total 71
Les attaques anglaises comprenaient donc IT'J bouches à feu. Ainsi les alliés ouvrirent leur feu avec un ensemble de 814 pièces. Jamais on n'avait vu un pareil déploiement de moyens destruc-
leurs. Aussi le prince Gortchakolî dit-il dans sun rapport que ce leu infernal occasionna des dégâts considérables, dès la journée du 5 septembre, aux défenses du bastion du mât, de la lunette Schwartz et de la batterie Bielkina.
Parfois les batteries des assiégeants cessaient leur feu pour faire croire aux Russes que nos soldats allaient s’élancer des tranchées ; puis, lorsqu’on supposait que l'ennemi avait porté ses réserves vers les points d’attaque, le feu de toutes les batteries était repris subitement avec une nouvelle ardeur.
Les pertes des Russes, depuis l’ouverture du feu des atta<|ue^ de droite (17 août) jusqu’au 8 septembre, furent très-grandes. D’après leurs propres rapports, ils perdirent 1 ,500 hommes dans la journée du 17 août, 1,000 hommes par jour jusqu’au août, et 5 à 600 hommes par jour du 22 août au 5 septembre. Du 5 au 8 septembre, jusqu’au moment de l'assaut, les Russes perdirent 51 oificiers et 3,917 hommes mis hors de combat, non compris les artilleurs, qui certainement furent les plus maltraités. C'est donc une perte déplus de 18,000 hommes en vingt et un jours I Dans celle période, les Français ne perdirent que 3,815 hommes.
L'armée russe subissait les conséquences du système de défense qu'elle avait adopté ; n’ayant opposé à nos attaques que de petites sorties au lieu do grands retours offensifs, elle s’était laissé envelopper par un réseau de tranchées. Aujourd'hui, elle ne peut se soustraire au feu concentrique de nos batteries ; car, n’étant pas protégée par des escarpes en maçonnerie, elle est obligée de tenir toujours réunies de fortes réserves, pour repousser l'assaut dont elle est à tout instant menacée.
Le feu terrible et si soutenu des alliés ne pouvait laisser aucun doute aux assiégés sur notre intention de donner bientôt à la place un assaut décisif. Ils faisaient toutes leurs dispositions pour le recevoir. De notre côté, nous préparions les moyens de surmonter les
obstacles qui pourraient arrêter nos colonnes et les retenir sous le feu de la place. Le passage des fossés nous préoccupait surtout : nous savions que sur certains points, et notamment devant l'ouvrage MalakolT, ils étaient larges et profonds. Après beaucoup d'essais, on s’était arrêté à un système de ponts formés par des échelles juxtaposées qui pouvaient se Jeter en moins d'une minute sur des fossés de 7 mètres de largeur, quelle que fût leur profondeur. Le parc du génie avait construit trente de ces ponts, et des soldats choisis avaient été exercés à les jeter sous la direction des officiers du génie. Des ponts plus solides avaient été préparés pour le passage de l'artillerie de campagne qu'on pourrait avoir à introduire dans la place. Enfin, les sapeurs qui devaient marcher avec les colonnes d’assaut étaient munis de tous les outils et engins qu’on avait jugés propres à ouvrir le passage.
Le 7 septembre, le 30" et le .35' régiment de ligne, et la 7' com- |fagnie du l" bataillon du 1" régiment du génie partent de Kamiesch pour aller rejoindre le 1" corps aux attaques de la ville. La brigade de WimplTen de la division Camou (2‘ du 2* corps) part de la ligue de la Tchemaya pour se joindre aux troupes chargées de l’attaque du faubourg.
Tne brigade de l'armi-e sarde, forte de deux régiments d’infanterie et d’un bataillon de bersaglieri, sous les ordres du général Cialdiui, quitte ses campements de Kamara et vient s’établir prés de la maison du clocheton, pour prendre part, avec les troupes du 1" corps, à l’attaque de la ville.
j»urn«s.i8«is»n.i.rf. L’ouvragc MalakofT était incontestablement la clef de la place;
mais la plus grande partie de l’armée russe prenant part à la défense, on ne pouvait se borner à attaquer ce seul point ; il fallait occuper l’ennemi partout et le menacer sur sa ligne de retraite du cûté de la ville. (Cependant, si on ne pouvait enlever et garder le fort .MalakolT, sur lequel allait sc porter notre principal clTort, et qui était
bien relranché à la gorge, on ne devait pas espérer de se maintenir sur un autre point de l’enceinte ; il fut en conséquence décidé que, pour épargner le plus possible le sang des soldats dans celte lutte qui ne pouvait manquer d’être acharnée, l’attaque du grand redan par les Anglais et celle de la ville par le 1" corps n’auraient lieu que si les troupes du 2' corps étaient parvenues à s’emparer de l’ouvrage Malakoiï.
Les généraux en chef prirent les dispositions suivantes '.'J :
A la gauche, la division Levaillanl (2' du 1" corps), composée des brigades Trochu et Couston, fut chargée de l’attaque du bastion central et de ses lunettes ; ses troupes se massèrent dans les communications et les places d’armes de gauche de l’ouvrage du 2 mai. La division d’Autemarre (1" du 1" corps), comprenant les brigades >iol et Breton, occupa la droite du même ouvrage et la parallèle du ravin de la ville ; elle devait pénétrer dans la place sur les traces de la division Levaillant, et s’emparer de la gorge du bastion du mât et des batteries de la terrasse. La brigade du général Cialdini, envoyée pour prendre part aux attaques de la ville, fut placée dans la quatrième parallèle et dans les communications de gauche qui font face au bastion du màt. Les Sardes devaient attaquer ce bastion par le flanc droit, dés qu’on serait entré dans le bastion central. Les deux divisions Pâté et Bouat (3* et 1* du I" corps) étaient placées en réserve, la première en arrière de la division Levaillant, la seconde en arrière de la division d’.Aulemarre. De plus, le général en chef avait mis à la disposition du général de Salles le 30* et le 35* de ligne, qui étaient venus de Kamiesch ; ces régiments, placés à l’extrême gauche, assuraient fortement de ce côté la possession de nos lignes.
<•> Voir aux pièces justillcalivi'x, .V il, la romposilion de l’armce au S se|)lemlire. I.e N" li donne la situalion du corps du gcnic au I*' M'iHcinbrc.
Les officiers el les troupes du génie qui devaient prendre part aux attaques de la ville étaient sous les ordres du général Dalesme, commandant le génie au 1" corps. Le lieutenantrcolonel Ribot commandait le génie k l’attaque du bastion central ; il avait sous ses ordres le capitaine Béziat et quatre brigades de 30 sapeurs commandées chacune par un officier.
L’assaut devant être donné à la fois à la lunette Schwartz par le flanc droit, au bastion central par le saillant et la face gauche, et à la lunette Bielkina pur la face gauche, trois compagnies d’infanterie marchant en tète étaient munies de trente échelles do S^ôO à 4 mètres de longueur. L’une des brigades de sapeurs , commandée par le capitaine Garnier et secondée par 180 travailleurs d'infanterie, devait jeter des ponts-échelles sur les fossés. Une deuxième brigade, commandée par le sous-lieutenant Thouzellier, et renforcée de 100 travailleurs d'infanterie, formait tète de colonne de la division Levaillant. Une troisième brigade, sous les ordres du lieutenant Serval et venant à la suite de la colonne avec 80 travailleurs d’infanterie, était spécialement chargée de jeter un pont et de pratiquer des passages pour six pièces de campagne tenues eu réserve dans les carrières de l'ouvrage du 2 mai. Lnlin, deux brigades de mineurs, aux ordres du capitaine Méreau, devaient marcher avec la colonne d’assaut, l’une en tète, l'autre en queue, pour rechercher et détruire les dispositifs de mines de l'ennemi.
A l’attaque du bastion du mât, on avait pris des dispositions analogues. Trois brigades de sapeurs, renforcées par des détachements d’infanterie, devaient jeter des ponts sur les fossés et ouvrir le passage aux colonnes d’assaut, et deux brigades de mineurs avaient été données au commandant Tholer pour rechercher partout et détruire les mines de l’ennemi.
L’artillerie avait également adjoint aux colonnes d’attaque des détachements de canonniers chargés d'enclouer ou de désenclouer
les pièces suivant le cas, et de les retourner au besoin contre l’ennemi.
Outre la batterie qui se trouvait dans l'ouvrage du 2 mai, deux autres batteries de la 1^' division prenaient position près de la maison du clocheton, et une quatrième allait s’établir à l’extrême gauche, près du lazaret.
Les Anglais avaient pris aussi toutes leurs dispositions pour attaquer le grand redan dès que le général en chef de l’armée française ferait le signal convenu.
Toutes les attaques étant subordonnées à celles du front de MalakoiT, dont le succès importait avant tout, le général en chef avait adjoint aux troupes du général Bosquet toute l'infanterie de la garde impériale.
Le front de MalakolT devait être attaqué par trois colonnes. Celle de gauche, qui n'avait qu’une faible distance à parcourir hors des tranchées, devait s’emparer du fort MalakolT et s’y maintenir à tout prix. Celle de droite devait enlever le petit redan et puis tourner la seconde enceinte des Russes. Enfin la troisième, qui partait d’un point plus éloigné, devait enlever la courtine du front, se porter sur la seconde enceinte et s’y maintenir.
L'attaque du fort MalakolT était confiée k la division de Mac-Mahon, (r* du 2' corps), dont la brigade était commandée par le colonel Decaen, du 7* de ligne, et la 2* par le général Vinoy. Cette division avait en réserve la brigade de WimpITen (de la division Camou) et les deux bataillons de zouaves de la garde commandés par le colonel Jannin.
La division Dulac (4* du 2* corps), composée des brigades de Saint- Pol et Bisson, était chargée de l’attaque du petit redan (bastion n°2). Elle av ait en réserve la brigade de Marolles (2* de la division d’Aurelle) et le bataillon de chasseurs à pied de la garde impériale commandé par le chef de bataillon de Cornulicr de Lucinière. Après l’en-
lèvemeiil du pelil redan, celle colonne derail pouss<>r en avaiil pour d«'*bordcr et tourner la gauche de la deuxième ligne de défense de l'ennemi, en essayant de s’avancer par sa droite jusqu'à la maison l'n croix silucHî entre les bastions n“* 2 et i, si l’on jugeait sur place (|iie ce dernier mouvement pût s'exécuter sans rien compromettre.
Jjt colonne du centre était composée de la division de la Molterouge (5' du 2' corps) , dont les deux brigades étaient sous les ordres du général Bourbaki et du colonel Picard commandant le !H" de ligne. La réserve de cette division se composait des deux régiments de voltigeurs et des deux régiments de grenadiers de la garde, sous le commandement direct du général de division Mellinet , ayant sous ses ordres les généraux de brigade de Failly et de Ponlevès.
Les officiers et les troupes du génie qui devaient prendre part aux attaques du faubourg étaient sous les ordres du général Frossard, commandant le génie au 2* corps.
Le chef de bataillon Ragon commandait le génie à la colonne de gauche ; il avait avec lui le capitaine Bonnevay et deux brigades de sapeurs de la compagnie du capitaine .\ufroy.
Avec la colonne du centre marchait le capitaine Schœnnagel, ayant sous ses ordres le rapitainc I.aruelle et une brigade de sapeurs commandée par le lieutenant Pradelle.
F.e chef de bataillon Renoux commandait le génie à l’attaque de droite ; il avait sous ses ordres le capitaine Salanson et deux brigades de sapeurs de la compagnie du capitaine Heydt.
En outre, trois détachements de sapeurs et de soldats d’infanterie exercés à l’avance à la manœuvre des ponts étaient spécialement chargés, sous les ordres du commandant de Marsilly, de porter et de mettre en place les ponts-échelles pour le franchissement des fossfe. la? lieutenant Joyeux, avec une brigade de sapeurs, avait pour mission de pratiquer des ouvertures dans les parapets des tranchées
pour lo passago do notro artillorio atlel<^e, d d’ouvrir de nit^me une voie dans la courtine de la première enceinte, si l’on jugeait que cette artillerie dût la franchir. Enfin, deux détachements de mineurs, dirigés par le capitaine Berrier, étaient attachés aux colonnes de droite et de gauche pour rechercher et détruire les moyens de transmission du feu aux mines russes.
Toutes les brigades de sapeurs étaient pourvues des outils et engins jugés nécessaires pour ouvrir la marche aux colonnes d’assaut. Un certain nombre d'outils à manche court, pouvant être portés à la ceinture, avaient en outre été distribués dans les corps pour qu’on eût immédiatement la possibilité de travailler dans les ouvrages conquis.
Les olïlcicrs du génie et les sapeurs avaient pris place dans les tranchées, à la droite du 2' bataillon de chaque colonne.
L’artillerie avait, comme du ctHé de la ville, adjoint des détachements de canonniers aux différentes colonnes d'attaque. Une réserve «le pièces de campagne était placée près de là batterie Lancastre, et 12 pièces de l’artillerie de la garde impériale se tenaient près de la redoute Victoria.
Le général d’Aurelle, avec sa 1" brigade, avait pris position sur les hauteurs à droite du ravin du carénage, et devait repous-ser toute entreprise que l’ennemi \ tendrait tenter de ce c«)té.
Le général Herbillon, qui occupait les positions de la Tchemaya, avait reçu l’ordre de faire prendre les armes à ses troupes à l’heure fixée pour l’attaque. Le général en chef avait, en outre, fait descendre dans la plaine la brigade de cuirassiers du général de Forton. Toutes ces dispositions avaient été concertées avec le général de La Marmora, et la division de cavalerie du général d’Allonville devait, dans la nuit du 8 auf), se replier de la vallée de Baïdar pour venir prendre position près du pont de Kreutzen.
D’un commun accord, les deux généraux en chef français et anglais avaient amHé l’Iieure de midi pour le départ des colonn«^s d'as-
saut chargées d'attaquer le faubourg Karabelnaya. Cette heure avait plusieurs avantages : les actions de vigueiu* ayant toujours eu lieu au point du jour ou un peu avant la nuit, on avait plus de chances de surprendre l’ennemi en l'attaquant au milieu du jour, et dans le cas où l’armée de secours aurait voulu faire une tentative pour dégager la place, elle n’aurait pas eu le temps de se former pour se porter sur nos lignes avant la nuit.
Le général en chef de l’armée française établit son quartier général dans la redoute Brandon. Pour éviter d’indiquer aux Russes le moment de l’attaque, on renonça aux signaux d’usage. Les montres de tous les chefs de corps avaient été réglées sur celle du général en chef, et les colonnes d’attaque du général Bosquet devaient franchir les tranchées à midi précis. Dès qu’on serait maître du fort MalakolT, le drapeau anglais et le drapeau français, arborés sur la redoute Brandon, devaient être le signal de l’attaque pour les troupes anglaises et pour celles du l" corps.
De leur cété, les Russes n'avaient rien négligé pour repou.sser l'assaut sur toutes les parties do l’enceinte. La défense de la ville (l" et 2' sections) avait été confiée au lieutenant général Sémiakinc; celle du faubourg (3*, 4* et 5' sections) au lieutenant général KhroulelT. Quatre bateaux à vapeur se tenaient prêts à se porter vers le fond du port , pour tirer sur les colonnes d’assaut de l’extrême droite.
Malgré les précautions prises par le général Frossard pour .se cou>Tir des vues du côté nord du port, et le soin que l’on eut de faire suivre aux troupes des chemins qui dérobaient leur marche à l’ennemi, les grands mouvements qui eurent lieu dans la matinée du 8 septembre n’avaient pu échapper complètement aux Russes, et le général GortchakolT fit prévenir les généraux qui étaient dans la place que les tranchées françaises regorgeaient de troupes. Les Russes s’attendaient donc à l’attaque du 8 et ne restèrent indécis
que sur l’heure à laquelle elle aurait lieu. Mais la vivacité extraordinaire du feu des batteries de la gauche, les efforts qu’avait faits notre artillerie pour ruiner les défenses du bastion du mât, enün l'arrivée d'une brigade sarde dans les tranchées, les avaient maintenus dans cette pensée que la principale attaque des alliés serait dirigée contre la ville. Us avaient porté de ce côté leurs plus puissants moyens de défense et le général Osten-Sacken ne voulut pas s'en éloigner.
Dans la matinée du 8 septembre, l’artillerie de nos attaques de gauche continua le feu violent qu'elle entretenait depuis le 5. Aux attaques de droite, nos batteries tirèrent vivement aussi, comme elles le faisaient depuis longtemps. Vers huit heures du matin, le génie lança sur le bastion central deux tonneaux chargés chacun de lüO kilogrammes de poudre, qui tirent explosion dans l’intérieur de l'ouvrage. A la même heure, il lit jouer trois fourneaux, de 500 kilogrammes chacun, préparés sous le glacis du fort Malakoff, un peu en avant de nos cheminements les plus avancés. Ces fourneaux, qui pouvaient détruire ou troubler les travaux du mineur russe, que l’on avait entendu près des tranchées, avaient surtout pour but de prouver aux troupes qui devaient franchir le glacis que nos mineurs étaient maîtres du terrain.
A midi précis, toutes les batteries de la droite cessèrent leur feu pour reprendre bientôt un tir plus allongé contre les résencs de l’ennemi. A la voix de leurs chefs, les divisions de Mac-Mahon, Dulac et de la Motlerouge sortent des tranchées et se précipitent vers l’enceinte de la place. La 1" brigade de la division de Mac-Mahon (!*' régiment de zouaves suivi du 7* de ligne) court vers la face gauche du fort Malakoff. La profondeur du fossé et l’escarpement des talus n'arrêtent pas longtemps nos soldats ; les premiers arrivés sautent dans le fossé et parviennent, en s’aidant les uns les autres, à gravir l’escarpe ; les derniers profitent, pour passer le fossé, des ponts qui
AüMUI.
oui été Jetés par les sapeurs; tous oui bientùl franclii le parapet. Les Russes, surpris par cette brusque attaque, sortent de leurs blindages et courent vers la tète du fort. Us engagent avec nus soldats une lutte coiqis à corps ; à défaut de fusils , les canonniers se font arme de pioches, de pierres, d'écouvillons ; la garnison de la tour fait par ses créneaux un feu meurtrier sur nos soldats. .Mais les Russes sont refoulés derrière les premières traverses, et le drapeau de la France est planté sur les parapets du fort .Malakoif pour n’en plus être arraché.
A droite et au centre, les divisions Dulac et de la Molterouge s'étalent emparé avec le même élan du petit redan et de la courtine, en poussant même Jusqu'à la seconde enceinte en construction. A la vue de ce succès rapide, le général en chef lit les signaux convenus pour l'attaque du grand redan et pour celle de la ville, mais la fumée qui s'élevait du champ de bataille fit que le drapeau français ne fut pas aperçu, ce qui retarda l'attaque du général de Salles.
Les Anglais, dont l'attaque était dirigée par le général sir W. Codrington, avaient 200 mètres à franchir sous un terrible feu de mitraille. Cet espace fut bientèt Jonché de morts; cependant la colonne arriva au saillant du redan, franchit le fossé malgré sa grande profondeur et les feux de flanc les plus meurtriers, et pénétra dans l'ouvrage. Après un combat à la baïonnette, les Anglais restèrent maîtres du saillant, et les Russes se retirèrent en arrière de traverses éloignées. Malheureusement les assaillants avaient devant eux un vaste espace libre criblé par les balles de l'ennemi, et les renforts qu’on leur envoyait, décimés dans le trajet, remplaçaient à peine les hommes mis hors de combat. Cette lutte acharnée dura près de deux heures, mais les Anglais durent évacuer le redan et rentrer dans leurs tranchées.
A l'attaque de la ville, les colonnes de la division Levaillant, commandées par les généraux Cx)Uston cl Trochu, s’élancèrent dos Iran-
clic«!s à deux hum es précises. La l'ace gauche du basliuii ceiilral el lu saillant de la lunette Schwartz furent assaillis en même temps ; les porteurs des ponts-échelles furent en grande partie tués ou blessés dans le trajet, et sur d'autres points lc‘s échelles d'escalade se trouvaient trop courtes. Néanmoins, après une lutte très-vive, nos troupes pénétrèrent dans les deux ouvrages. Mais reiinemi, rejdié derrière des traverses, tenait ferme partout ; une fusillade meurtrière parlait de toutes les crêtes. Les Russes rentrèrent bientôt en possession du bastion; nos troupes se trouvèrent alors en prise aux feux de mitraille partant de quelques embrasures de la face droite du bastion, el la face gauche, que l'on croyait éteinte depuis plusieurs heures, rouvrait son feu contre la colonne Couslon. En outre, les Russes amenèrent en toute hôte quelques pièces de citmpagne qu'ils mirent en batterie sur dilTérenls points. Les généraux Couston et Trochti, qui venaient d'être blessés, avaient dif remettre leur commandement; les généraux Rivet et Breton étaient tués. Les Russes profilt-renl du désordre (|ui se manifestait dans nos colonnes pour faire sur la lunette Schwartz un retour offensif qui entraîna rabandoii de cet ouvrage. Il en résulta vers la tranchée un reflux qu'aucun elTort ne put arrêter. Nos batteries reprirent alors leur tir contre l'enceinte, et forcèrent l’ennemi à s'abriter derrière les parapets. Le général de Salles fais lil avancer la division d'Autemarre et préparait une nouvelle attaque ; mais en ce moment nous étions assurés de la possession de l'ouvrage Malakoff, cl le général en chef fit donner l'ordre au commandant du 1" corps de ne pas renouveler l'attaque de la ville.
Le sous-lieutenant Dreys.sé, chargé d'explorer les mines de l'ennemi, s'élailjeté avec le sergent Charles et quatre mineurs dans le fossé de la lunette Schwartz ; mais ses quatre mineurs ayant été tués ou blessés, il se trouvait seul avec le sergent, et dut se retirer loi'sque nos Mildals évacuèrent l'ouvrage dont ils s'étaient un moment emparés.
tjependant l'attaque du faubourg passait par des phases diverses.
Dès le début du coiiibat, le général Bosquet, frappé d'un éclat de bombe au célé, avait dù quitter le champ de bataille ; son commandement fut remis au général Dulac.
La brigade de Saint-Pol, ayant en tête le 17* bataillon de chasseurs à pied, avait enlevé le petit redan, ainsi que nous l’avons déjà dit. Les ofllciers du génie coinmeiu,aient à organiser la gorge du bastion n‘2 d’une manière défensive ; les chasseurs tournaient la deuxième ligne de défense de l’ennemi ; les ponts, rapidement mis en place, facilitaient le passage du fossé au 57* de ligne, qui suivait les chasseurs.
■\.u centre, la brigade Bourbaki, ayant en tète le -i* bataillon de chasseurs à pied, avait attaqué la courtine; le passage du fossé n’avait pas présenté de grandes dillicultés, et la première enceinte étant franchie, l’ennemi avait été repoussé jusqu’à la seconde.
En ce moment les Russes, amenant des pièces de campagne, envoyèrent une grande quantité de mitraille sur la colonne du centre, qui rétrograda vers la première enceinte. En même temps les batteries du bastion n" 1 et de la brisure de la courtine 1-2, les quatre bateaux à vapeur embossés à l’entrée de la baie du carénage et les batteries du nord couvraient le terrain conquis et la tète des tranchées de mitraille et de projectiles de toute nature, l’n mouvement offensif des Russes contre le petit redan repoussa nos soldats, qui se replièrent dans cet ouvrage, et en sortirent pour regagner les tranchées, malgré les efforts tentés par les olliciers pour les retenir. Le général de Sainl- Pol fut frappé à mort au moment od il quittait le bastion avec les olliciers du genie et leurs travailleurs. Au centre, la plupart des troupes dépassèrent aussi l’enceinte dans leur mouvement de retraite, et rentrèrent dans la sixième parallèle ; mais elles ne tardèrent pas à se reporter en avant, soutenues par une réserve de voltigeurs de la garde, et, quoique le bastion restât au pouvoir de l’ennemi, elles se maintinrent définitivement dans le fossé et le long du parapet de la courtine.
Dans un front bien tract'*, cette position n'aiirail pas ('•K* tenabli*: mais heureusement le fosse* de la courtine n’était vu que par l’extrémité de la face droite du bastion n“ 2, sur une longueur de deux ou trois mètres dans laquelle se trouvait percée une embrasure qui était dirigée vers la campagne.
On tenta à plusieurs reprises de rentrer dans le bastion n* 2, et la brigade du général de ^[arolles fit un effort vigoureux pour le reprendre ; mais cet olTider général fut tué dans cette tentative. Les tranchées étant remplies de blessés, la circulation y était difficile, il n’y avait plus d'ensemble dans les mouvements ; dt>s qu’elles sortaient des tranchées, les colonnes d’attaque étaient écrasées par les feux du bastion, que les Russes occupaient avec de grandes forces, et en arrière duquel on voyait de nombreuses résen es.
Deux des batteries de campagne placées près de la batterie Lancastre reçurent l'ordre de se porter vers la courtine, pour soutenir ces attaques; mais elles ne purent se maintenir devant le feu terrible des Russes, et après avoir tiré quelques coups de canon, perdant presque tous leurs canonniers et leurs chevaux, elles durent se retirer.
L’explosion d’un magasin i> poudre blindé, situé derrière le parapet de la courtine prés de l’ouvrage MalakolT, nous fit éprouver un peu plus tard des pertes nombreuses dans le fossé de la courtine et dans l’ouvrage MalakolT lui-mème, où retombèrent des pierres et des bois. Le drapeau du IM* de ligne, profondément enterré, ne put être retiré que le lendemain ; l’officier qui le portait était mort en le tenant fortement serré dans scs mains.
Le capitaine du génie Schœnnagel et la brigade de sapeurs du lieutenant Pradelle, marchant avec les premières troupes de la division de la Motterouge, étaient parvenus jusqii’à la deuxième enceinte. Ramené sur la courtine, le lieutenant Pradelle y maintint ses sapeurs; mais bientôt il eut le bras droit fracassé par un boulet, et peu
après le capitaine Schœnnagel fut tué en franchissant le parapet.
l^s siipoiirs alli'‘r<!iil alors s(f joiiulro aiiv liri^îiidis t'm]>l(iy«'M*s à l’iii- It rieur do l’oiivrapo MalakolT. Ii(‘ lieiitoiianl Joyoïix, après avoir fait ouvrir dos passages pour notre artillerie do campagne à travers les parapets des tranchées, se portait sur la courtine avec sa brigade de sapeurs pour y exécuter le même travail, lorsqu'une balle vint lui briser la cuisse.
Le fort MalakolT restait seul on notre pouxoir. La lutte y avait été acharnée. Le régiment russe de Praga. chargé de sa défense, fut repoussé, comme nous l’avons dit plus haut, par la 1” brigade de la division de Mac-.Mabon, derrière les premières traverses qui formaient une ligne presque continue en arriére delà tour MalakolT [Voir Pl. III). Lotte seconde ligne de défense fut encore enlevée; mais les troupes (lu colonel Decaen furent arrêtées par d’autres traverses plus élevées (|ui formaient aussi un obstacle à pou prés continu dans la partie oê le fort a sa plus grande largeur.
Les Russes, renforcés parleurs réserves, s’y défendaient avec opiiiiiUreté. Nos soldats avaient tenté de gravir les talus trés-roides des Iravorsi's et de pénétrer par les étroits passage» qui les sé|>araient ; ils avaient été repoussés à plusieurs reprises, lorsque la 2' brigade vint prendre part au combat.
Le 1*'’ bataillon de chasseurs ii pied, marchant eu tête de cette brigade, était entré dans MalakolT sur les traces du 7' de ligne; puis, tournant à gauche, il en était sorti pour aller s'emparer de la batterie (lorvais, dont il avait tué ou chassé les défenseurs ; le 20' et le 27' de ligue s’étaieut portés aussi sur le fort .Malakoll'à la suite de la 1" brigade. Mais le général Vinoy, ayant fait franchir le fossé de l’enceinte un peu plus il droite, avait conduit ses têtes de colonne sur le point oê les traverses qui arn'^taient la 1" brigade venaient, du côté del’esl, s’appuyer au parapet; de là il lam;a scs soldats sur la masse des Russes, qu’il prenait d’écharpe et de revers. La I" brigade reprenant ou CO moinont ses attaques avec une grande vigueur, l’ennemi fut
(li‘ IravonMî ou Iriivorso jusqu’à la gorge, où, après ou «lornior combat corps à corps", il fut rejeté hors du fort.
Le général do Mac-Mahon, qui avait fait appeler ses réserves au moment de la plqs grande résistance dos Russes, vit arriver successivement les zouaves de la garde, la brigade du général de WimpfTen et un bataillon des voltigeurs de la garde ; ne voulant pas accumuler tant de troupes sous le feu de l’ennemi, il fil rentrer dans les tranchées le I" régiment de zouaves, qui avait le plus soulVert.
C<‘pendant les Russes, qui comprenaient que, s'ils nous abandonnaient le fort MalakolT, la place était perdue pour eux, flrent les efforts les plus héroïques pour le reprendre. Ils formèrent trois fortes colonnes ; la principale, montant par la grande rampe du faubourg, so porta directement sur la gorge du fort ; une autre, prenant plus à droite, marcha par les versants de la batterie Gênais; enfin la troisième, débouchant des ruines du faubourg, se porta vers la longue branche, de l'est et la gorge du fort où se trouvait le général Vinoy. f.a lutte fut des plus acharnées. Les Rus.ses vinrent se heurter contre uiu' partie des 20' et 27' de ligne et du régiment des tirailleurs algériens soutenu par deux compagnies des zouaves de la garde; leur tète de colonne pénétra un moment jusqu'aux premières traversins du fort, mais presque tous ceux qui avaient pu franchir l'étroit passage de la gorge furent tués. Enfin, après plusieurs tentatives désespérées dans lesquelles il avait entassé ses cadavres au sommet de la rampe, les deux autres colonnes étant aussi repoussées, l’ennemi dut reconnaître son impuissance à nous enlever ses propres fortifications ; il se retira dans le faubourg se contenta, à partir de trois heures, de nous inquiéter dans le fort .Malakoff par une fusillade très-vive, partant des maisons les plus rapprochées, et par les feux de son artillerie.
La petite garnison de la tour, composée d’un officier et d’une soixantaine de soldats, tenait toujours, tirant par les créneaux sur tons ceux qui passaient à sa vue. Gonimeon n'avnit pas eu le temps delà réduire.
on avait placé des sentinelles qui empêchaient d’approcher des créneaux ; mais, dès qu’on eul moins à se préoccuper des attaques extérieures, on amena un petit mortier au moyen duquel la porte de la tour fut enfoncée, et l’oflicier qui avait audacieusement continué son feu sur nos troupes, qui l’entouraient en si grand nombre, fut forcé de se rendre. C'est au moment où les soldats russes sortaient de la tour en déposant leurs armes que le magasin à poudre de la courtine vint à sauter ; nos soldats, enveloppés d’un nuage de poussière, voyant plusieurs de leurs camarades écrasés autour d'eux par les débris de l’explosion et supposant que le feu avait été mis aux poudres par les Russes, voulaient se venger sur ceux qui venaient de se rendre, mais les officiers calmèrent bien vite leur exaspération, et la petite garnison de la tour fut traitée avec les égards dus à sa bravoure.
Les troupes qui avaient combattu avec tant de bravoure au fort MalakolT avaient malheureusement éprouvé de grandes pertes. La division de Mac-Mahon, qui était montée à l’assaut avec un effectif de 10!) officiers et 1,520 baïonnettes, avait eu 202 tués dont 20 officiers et 1,818 blessés dont 80 officiers, en tout 2,000 hommes hors de combat. Sur un effectif de 627 hommes, les r.ouaves de la garde avaient eu 311 tués ou blessés; la brigade de Wimpffen, forte de 2,100 hommes, avait eu t>37 tués ou blessés.
D’après les rapports russes, le général Khrouleff dirigeait lui-mèm)‘ les retours offensifs contre Malakoff; mais, ayant été blessé, il dut remettre le commandement au général Lyssenko ; blessé bientêt après, le général Lyssenko le remit au général Youféroff qui fut tué; enfin le général de Martinaii, qui commandait en dernier lie\i, fut lui-mème grièvement blessé.
Ainsi, les difficultés et l’importance de leur conquête, le courage opiniâtre de l'ennemi, rien ne manquait à la gloire de nos soldats.
Jusqu’après la prise du fort Malakoff les officiers du génie et les sapeurs avaient agi comme combattants au milieu du 1" régiment de
zouaves. Le succès une fois assuré, le commandant Kagon employa ses travailleurs à fermer solidement le passage de la gorge, à établir des gradins de fusillade le long des parapets regardant la place, à élever des traverses de délilement contre les coups les plus dangereux, à rechercher les dépôts de poudres, enfin à relier avec nos tranchées les ponts jetés sur le fossé. Pour aider à tous ces travaux, le général Frossard avait ai)pelé les deux brigades de sapeurs de réserve aux colonnes de gauche et de droite. Vers la nuit on envoya encore un renfort de deux brigades de sapeurs. L’une d’elles alla, avec trois compagnies d'infanterie dirigt^s par le capitaine Bonuevay, reconnaître les dehoré du fort du côté de la place et fouiller les souterrains et abris pratiqués dans les fossés. Cette brigade rejoignit ensuite la seconde, occupée à établir une chaussée en remblai à travers le fossé, ainsi qu’à couvrir une large voie dans le parapet pour le passage de notre artillerie de campagne, qui vint, au milieu de la nuit, prendre position dans l’intérieur de l’ouvrage. La plupart des canons russes avaient été cncloués; on en put pourtant utiliser quelques-uns, qui, avec rartillcrie de campagne, devaient contraindre l’ennemi à évacuer tout le faubourg.
Vers le soir, la brigade du général de WimpITen fut rappelée pour se porter dans la plaine de la Tchernaya. Dans la crainte des catastrophes qui, eu cas d’explosion, eussent pu résulter d’une trop grande agglomération de troupes, une partie de la division de Mac-Mahon fut rappelée dans les tranchées, et la garde de l’ouvrage fut conliée à deux bataillons de la brigade Vinoy.
La Journée avait été sanglante pour les alliés comme pour h;s Russes ; plus de vingt mille hommes gisaient sur le sol. Nous avions attaqué la place sur quatre points : au petit redan (bastion n" 2), à MalakolT, au grand redaii (bastion n° 3), et au bastion central (baslion II» 5). Partout nous avions franchi l’enceinte, et nous n'avions pu nous maintenir que dans le fort MalakolT ; mais cette conquête était
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décisive, et dés que les Kiisses eurciil perdu l'espoir de nous l’eulex er, iis prirent la résolution d’abandonner toute la partie de lu place qui se trouve au sud du port, c'est-à-dire le faubourg avecses grands établissements maritimes et toute la ville, avec un armement de près de quatre mille bouches à feu. Enfin, pour ne pas laisser brûler leur Hotte, les Eusses étaient réduits à la couler. On peut donc dire que, ne pouvant prolonger leur défense de quelques jours encore qu'en sacrifiant une partie de leiu' armée , les Russes nous abandonuaient Sébastopol.
En voyant l'intérieur de la place on s'est facilement explique que la prise du fort Malakofl' ail amené ce grand résultat; mais avant qu'il se fût produit, on avait souvent contesté la nécessité des attaques de .Malakofi', qui, après cinq mois d'uu siège déjà bien pénible, étaient venues imposer à l'armée fran^-aisc un si grand surcroît de fatigm's et de dangers.
Lc‘ mouvement de retraite des Russes s'annonça dans la soirée du S. On V il des trou|ies et beaucoup de v oitures passer le pont, se rendant sur la rive nord du port. Dans la nuit, des incendies se manifestant sur tous les points ne laissèrent plus de doute sur le parti que prenaient les Russes d'évacuer la ville cl de ne laisser que des ruines derrière eux. Des explosions successives, dont la première eut lieu à onze heures du soir, détruisirent les batteries, les magasins à poudre et à projectiles, et une partie des ouvrages de la place. Le général eu chef fie crut |)as dev oir inquiéter la retraite des Russes ; un ne pouvait s'aventurer la nuit dans les rues d'une ville inconnue, lorsque les grandes explosions préparées par l'ennemi et les progrès de l'incendie qui fcii.saient à chaque instant sauter les nombreux magasins dans lesquels la garnison avait déposé ses approvisionnements de pondre pouvaient écraser nos troupes. Le général en chef dut se bornera attendre le jour, en cuiiservanl ses positions. ,Vu st»leil levant, on put voir que les Russes repliaient le pont d«‘ radeaux et qu'ils avaioni
cuulé luus les vaisseaux mouillés dans le port, ne conservant que quelques bâtiments à vapeur pour embarquer les derniers défenseurs. L’incendie continuait à dévorer la ville, et plusieurs explosions eurent encore lieu dans la matinée. Quelques-unes firent périr des maraudeurs qui s'étaient introduits dans la place malgré la défense qui en avait été faite.
Les Russes effectuèrent leur retraite si précipitamment, qu’ils abandonnèrent une partie de leurs blessés qui périrent misérablement avant que nous pussions les secourir. D’après leurs rapports, le pont ne servit qu’à évacuer les défenseurs de la ville ; ceux du faubourg furent emmenés par les bateaux à vapeur; les artilleurs et des tirailleurs volontaires occupaient les ouvrages de l’enceinte, et plusieurs régiments défendaient les barricades élevées dans la ville. Dans la nuit du 8 au 9, l’ennemi fit sauter 35 magasins à poudre. Le 9, eurent lieu les explosions des batteries 7, 8 et 10. Le fort Saint-Paul sauta dans la soirée du même jour ; le temps manqua pour détruire le fort Nicolas qui était miné sur quelques points.
Nos pertes dans la Journée du 8 septembre furent grandes et douloureuses. Les généraux de Saint-Pol, de Marolles, de Pontevés, Rivet et Breton furent tués; les généraux Bosquet, Mellinet, Bourbaki et Trochu furent blessés ; cinq autres généraux reçurent des contusions. Il y eut, en outre, aux deux attaques: liO officiers tués, parmi lesquels nous citerons les colonels Adam (du 27* de ligne), Dupuis (du 57* de ligne), de Kerguern (du 49* de ligne) et Gavaroz (du 32* de ligne) ; les lieutenants-colonels Magnan, chef d’étatmajor de la 4* division du 2* corps, Cassaigne, aide de camp du général en chef, Delaville, chef d’état-major de la 5* division du 2* corps, et Huguenet de l’artillerie ; le chef de bataillon de Cornulier de Lucinière, des chasseurs de la garde, et le chef d’escadron d’état-major Lefebvre ; 2i5 officiers blessés et 20 non retrouvés ; 1,189 sous-officiers ou soldats tués, i,259 blessés et 1,MX) non
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Pertes des «lliés au 8 t«[»lrfDLrc.
Cerln du Bu»s«9.
retrouvés. £n tout 7,ô67 hommes hors de combat. Ces pertes se répartissent comme il suit entre les deux attaques : à celle de la ville, il y eut 154 tués dont 23 officiers; 1,118 blessés dont 118 officiers; 510 disparus dont 15 officiers; en tout 2,118 homm^ hors de combat ; à celle du faubourg, 1,48U tués dont 122 officiers ; 3,095 blessés dont 136 officiers ; 71 disparus dont 5 officiers ; en tout 5,449 hommes hors de combat. Dans le corps du génie, le capitaine Schœnnagel fut tué et le lieutenant Joyeux mortellement blessé ; le chef de bataillon Fournier, les capitaines Ansous et Laruelle, le lieutenant Pradelle et le sous-lieutenant Uennequin furent blessés; le général Frossard, le lieutenant-colonel Ribot, le chef de bataillon Ragon, les capitaines Salanson et Regad, et le lieutenant Damarey furent contusionnés. Dans les troupes du génie, il y eut 24 tués, 120 blessés et 2 disparus.
Les pertes des Anglais s’élèvent à 385 tués dont 29 officiers; 1,886 blessés dont 121 officiers, parmi lesquels les généraux Warren et Shilley ; 176 disparus dont 1 officier; en tout 2,117 hommes hors de combat.
La brigade sarde qui devait coopérer à l'attaque du bastion du mât a eu 4 hommes tués et 36 blessés dont 5 officiers.
La journée du 8 septembre coûta donc en tout aux alliés 10,054 hommes hors de combat <').
Les pertes des Russes, dans la journée du 8, s’élèvent d'après leurs rapports à 2,684 tués dont 59 officiers ; 6,058 blessés dont 212 officiers; 1,185 contusionnés dont 17 officiers; 1,763 disparus dont 24 officiers; en tout 11,690 hommes mis hors de combat, non compris les pertes de l’artillerie. Parmi les officiers se voient les généraux de Bussau, Youféroff et Lyssenko, tués ou mortellement
1» Voir pour icr perte» lolales de l'arniéc fram.-aiw pendant te siège le» pièces jusliiH'aüvc», N" IS.
bl<*ss<^ ; Ips gr«^n<^raHx KhroulolT, de Marlinau et ZourolT blessés, et le général Nossoff, contusionné.
Ainsi s’est terminé ce siège mémorable dont la durée n’a pas été moindre de onze mois (3M jours) et dans lequel les moyens de la défense et ceux de l’attaque ont atteint des proportions jusqu’ici inconnues O.
Les Russes avaient une garnison dont ils faisaient varier à vo-
FrapfNS <!«» la loninirur du do quoique nffir'H'nt ftrangor» onf dmin
l'opinion quû U» escarpes rovéUiM ou ma^’Oiinerti' ne sont pa» d'une inconlOKtàl)lo «laiu» la défoiiso doü places furies.
St^ltaMofiol , vaslo oainp rcfranch»* défendu par de? forlincalions de campagne à grand profil, tirait ta piioripalo foreo d'un anoc'inont toi qu'on n’on peut rencontrer que dana un grand animal maritime^ el d’une armée nmubreu&t' qui a ituyours consmè son Ubrea eumiDU* nicaliniis avec Vinlérieur de la Uu.sf.ie.
Si reneelnto eût été pourme de bonnes escarpes revêtues, kII avait fallu y faire brèche |H)ur (léiu'irer par dos paanaies tliflicib^ arriére tlcsqueU iioa létos de <'oloni>e auraient rencontré une arm<V, StH>asto|>ol eût éu* une forteresse ine\piigna1de.
Que Ton compare en effet le» travaux d'allaqiie de S«*!ia<topol ceux tfun sMge ordinaire, 011 verra que an R acpiomlire 1R^>5, jour du «lernier assiiiit, on n’avait exéesté, aprt^a l<m plus grands efforts, que les cbemiuementK qui préeédcnl U* couronneineiil du chemin couvert; ou nV'iaii donc pas encore enlrt* dans la jM*ri<Mle des fravanx les pins difficiles et lt*s pins menrfriera «fini lûége. et il n'y arait pas lieu de s’y engager, puiaqiio les fosMs et les |iarapets do l'euceinle n'éiaienl pas iofraiidiissables, ainsi qiu' rê'vénement l'a prouvé. La difliculté était de vaineir l’armée nisse sur un terrain pn'‘pare de longue main pour sa défense tout aillant que de siinnonier l’obstacle matériel delà fortification, Nos plaivs d'armes é4atil établies à 30 métrés des ouvrages assiégés, on avait pu choisir l'inatant du combat et s'élancer à rimproviste sur l'ennemi que les feux de notre artillerie avaient foreé «le s'abriter jusqu au dernier moment sous ses nombreux blindages ; aller plu.s loin, c'eût etc provoquer l’armée russe è prendre rinilialive deratlaqiie.
L’abaeoce des murs d'escarpe, qui auraieui mis la place à l'abri do l'cscalade, n'exerçait pas moins d'inniience sur la défense, car les assiégés étaient forcés d'avoir en permaneoce, à la gorge des ouvrages, de fortes réserves prèles à repousser l’assaui dont ils se sont vus mensecs dés te commencement du siège.
Kntin, il est à remarquer que ecs résones, qui ont été décimées nuit et jour par les feux concTiiiriques de nus baueries, pouvaient sortir de l'encointe p«r de Ivges déboochés sans pasMT par les élroils défilés que fonnent les ponis-levîf; des places revêtues; elles étaient
lonté la force et la composition cl un matériel presque illimité. Le nombre de leurs bouches à feu en batterie ne peut être estimé à moins de 1,200, et même de 1 ,5(X) si on tient compte de celles qu’ils avaient établies sur la rive nord du port, et de celles qui armaient les bateaux à vapeur dont le feu a produit plusieurs fois de grands effets sur nos attaques. Malgré le grand nombre de pièces mises hors de service pendant la durée du siège et l’immense quantité de projectiles que les Russes nous ont lancés, ils étaient encore largement approvisionnés, car les alliés ont trouvé dans la place 3,839 pièces d’artillerie, plus de 500,000 projectiles, et 262,000 kilogrammes de poudre épargnée par l’incendie O I A la première ouverture du feu (17 octobre 1854) le nombre des pièces servies par l’artillerie française de terre et de mer était de 53, mais ce nombre s’est constamment accru et a atteint un maximum de 601 bouches à feu qui étaient en batterie lors de l’assaut L'artillerie anglaise, qui avait au début 73 pièces en batterie, en avait 194 à la fin. L’artillerie française a lancé , pendant la durée du siège,
510.000 boulets, 236,000 obus, 350,000 bombes, et 8,000 grenades, fusées, etc. ; en tout 1,104,000 coups, qui ont consommé plus de 3,000,000 de kilogrammes de poudre. En estimant à environ
400.000 le nombre de coups tirés par les Anglais, on voit que les alliés ont fait pleuvoir sur Sébastopol environ un million et demi de projectiles de toute nature. Le nombre de cartouches d’infanterie brûlées par l’armée française, pendant toute la durée de la guerre
tkiiic une menioe permanmlo pour le* Meiégeants qui se irouvuoiil exiioség à Toir leuiN tranehëes inopinément envahies par la majeure partie de l'armée rosse.
On ne ae IrouTaîl donc, ni d'un cdlé ni de l’auire, dans une position analogue ^ celle que présente le siège d’une place forte qu’une bonne escar|»e en maçonnerie met à l’abri de l’insulte.
Mi Voyez pièces jusUficaiives, i.1.
i*i Voir aux iiit'ces jusiifioaiives, >’• Ifi, le détail de ces bouches à fi'ii.
(rOrient, sVIève à plus de 25 millions ; les cartouches à balle sphérique entrent à peine pour moitié dans ce chiiTre.
L(!s travaux d’attaque exécutés par le corps du génie sont aussi n'marquables par leur grand développement que par les difilcultés d’exécution. Il fallait cheminer dans un terrain de roc et sous le feu d’une formidable artillerie. Souvent la tranchée, commencée péniblement et avec de grandes pertes pendant la nuit, était bouleversée dans le jour par le canon de la place avant qu'on eût pu épaissir son parapet.
Au moment de l’assaut, les cheminements des Français présentaient un développement de 37 kilomètres aux attaques de la ville et de près de 30 kilomètres aux attaques du faubourg. Si on ajoute les 13 kilomètres de cheminements anglais devant le grand redan, c’est un développement total de 80 kilomètres ou de 20 lieues ! Pour exécuter les cheminements des attaques françaises, on a employé environ 80,000 gabions, sans compter ceux qui ont été repris dans les tranchées et reportés en avant, 60,000 fascines et plus d’un million de sacs à terre é).
Quant aux travaux de mines on a exécuté aux attaques de la ville, 1,251 mètres courants de puits, galeries ou rameaux ; on a fait jouer 116 fourneaux et 20 fougasses-pierriers qui ont exigé une consommation de 65,795 kilogrammes de poudre ; 176 mineurs et 67 auxiliaires d’infanterie ont été mis hors de combat dans la guerre souterraine. Le développement des galeries de la défense construites devant nos attaques du bastion du mât et du bastion central ne s’élève pas à moins de 5,360 mètres. C’est un travail immense qui atteste l'incessante activité des Russes et la grandeur des moyens dont iis pouvaient disposer. Il prouve une fois de plus que, comme
ni Voir aux pièce» iuslilK-alivf*, N' 17, le maléricl du pcnic envoyé à l'année d Orienl. (« Voir pièces jusIiBcalivei.. N* IK.
nous l'avions (*sp»'îr<'?, Ins attaques de la ville sont restées jusqu’au dernier moment leur principale préoccupation ; si les eiTorts de leurs mineurs s’étaient partagés entre les fronts de la ville et celui de MalakofT, ils nous auraient causé de bien plus grands embarras (*>.
Les travaux si difficiles et si périlleux exécutés par le corps du génie lui ont fait essuyer des pertes sans exemple dans l'histoire des sièges : 31 de ses officiers ont été tués ; 56 ont été blessés ou contusionnés; 6 sont morts de maladie. Parmi les tués on compte le général Bizot qui commandait le génie de l'armée, le lieutenantcolonel Guérin, 7 chefs de bataillon, 16 capitaines, 3 lieutenants et 3 sous-lieutenants Cette rude épreuve n’a jamais ébranlé la constance des officiers du génie, et leurs soldats ont suivi ce noble exemple. Deux compagnies en étaient à leur quatrième capitaiae, les trois premiers ayant été tués, et elles n’en montraient pas moins d'ardeur. Dans les travaux de sape et de mine, les sons-officiers et soldats se sont montrés infatigables, et dans les actions de vigueur ils ont toujours fait preuve de la plus grande intrépidité.
Voir aux pit'ceB jiusiiftcaiivos, N* iO, une noie sur les ira>*au\ somorraiitf (ks Riis.^'s. rt) hv. ulilenu cumplpl deit perU's en officiers tin corps du nénie se irmive aux pitVes jiisUflcalivcs, N* H.
corps du génie anglais a fait aosai de trèa^andes perles ppndani le siège : elfes »o «ml élevm â 14 uffieiers liiés ei 15 h)essi>s; 54 sapeurs tués ei 77 blessés*