‹ Siège de SébastopolChapitre 22 sur 82 · ÉVÉNEMENTS ET OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS ET OPÉRATIONS

QUI m SOITI U FBUe DE SËBAnorOL.

L'incendie qui dévorait Sébastopol et les explosions qui se succédaient depuis la nuit du 8 au D septembre n'avaient pas permis d'inquiéter la retraite des Russes ; ils empêchèrent également d’occuper la ville aussitôt après sa complète évacuation. Les plus belles habitations étaient devenues la proie des llamrocs, et on ne pouvait en approcher sans danger ; car, pour éviter l'accumulation des poudres pendant le siège, les Russes en avaient fait des dépôts dans un grand nombre de caves. On se contenta de faire entrer, dans la journée du î) septembre, de petits détachements chargés de maintenir l'ordre et d'empêcher les maraudeurs de pénétrer dans la place. Le 9, à midi, le grand pont traversant le port était complètement replié, et les Russes faisaient sauter le fort .Vlexandre et les magasins à poudre de la quarantaine. Le fort Paul ne sauta que dans la matinée du 10. Le fort Nicolas resta intact : les Russes avaient commencé à établir des fourneaux de mine dans une partie de cette immense construction, mais le temps leur avait manqué pour achever leur œuvre de destruction. Le 12, les bâtiments à vapeur le Wladimir, la Crimée, la Khrrsonêse, la Bessar<ü)ie, le Gromonosselz, VElborouz, le Danube, le Turok et le Grosny furent coulés. Ainsi fut consommée la ruine totale de la marine russe de la mer Noire qui, au début de la guerre, comprenait 19 vaisseaux, 18 navires de rang inférieur, 12 bateaux à vapeur et (iO chaloupes canonnières.

Prixi «le

de Sel»a«>tM|iol.

Le lü sepleiubre, le général Bazaine fut investi du commandement supérieur de Sébastopol avec une brigade d'infanterie sous ses ordres. Le chef de bataillon du génie Chareton fut nommé commandant du génie de la place.

Il avait été convenu entre les deux généraux en chef que la ville resterait entre les mains des Français, et que le faubourg Karabelnaya serait occupé par les Anglais. Quant au matériel et aux approvisionnements de tout genre abandonnés par les Russes, ils devaient être partagés, d'après les dispositions d'une convention antérieure, proportionnellement à l’efTectif des deux armées, les Sardes comptant dans l’armée anglaise ('). Une commission anglo-française s'occupa aussitét d’opérer le recensement de tous les objets qui pouvaient ligurer dans ce partage. On trouve aux pièces justiOcatives, 15, un extrait de l’inventaire dressé par cette commission.

L’artillerie désarma les batteries du siège, ne conservant (|ue les batleries n°* âl, ââ, 3G et -il des attaques de droite qui avaient de l’action sur la rive nord du port.

Dés le 10 septembre, on s’était occupé de rechercher les emplacements les plus convenables pour établir quelques batteries près du port, tant dans la ville que dans le faubourg. Ces batteries, qui furent prêtes en peu de Jours, génèrenl les établissements russes sur la rive nord du port, y allumèrent quelques incendies, et lancèrent des bombes jusque dans l'intérieur du fort du Nord. De leur côté, les Russes se bâtèrent de construire de nombreuses batteries, et ils commencèrent à répondre à notre feu à partir du âl septembre. Ils établirent en même temps sur la rive du port des tirailleurs qui rendaient

Les cfTeulirb riniiUéi» }t;ir lu» diRfs» irirUiUiu;ijt)r iJeb liviu jriiiûcb clait'iil, le 8 Nt{4L-iu tri', «le iiü,7Uo tofmm's |H>ur ruriuce fraiiçaitk' ut de U.1,715 homiucM |HJiir i‘uriuée aiiglu* >;M’ilf.

l’abord de nos batteries fort dangereux. Cela nous obligea d’entreprendre des communications couvertes pour arriver à nos batteries, et de construire quelques masques dans les rues de la ville. Vers la fin du mois, le tir des Russes avait pris beaucoup d’extension et ils répondaient à notre feu à raison de deux coups pour un, sans cependant nous faire grand mal. Cette lutte d’artillerie engagée entre les deux rives du port attira sur la ville un grand nombre de projectiles qui y génèrent beaucoup la circulation et ne permirent d’y laisser que les troupes uécessaires au service. Dès que les Russes supposaient que noos voulions utiliser un édifice, ils s’empressaient de le rüiner. C’est ainsi que fut brûlée par leurs bombes une belle église qui dominait toute la ville et que l’incendie avait épargnée.

On ne pouvait donc songer à profiter des ressources que présentait encore la ville pour y loger une partie de l’armée pendant l’hiver, mais on en pouvait tirer des matériaux, principalement des bois de chauffage. La ville, divisée en lots, fut partagée entre les différents corps de l’armée qui s’empressèrent d’enlever tout ce qui pouvait être utilisé, soit pour leur baraquement, soit comme bois de chauffage.

Les Russes ayant détruit de leurs propres mains la ville et une partie des forts, les gouvernements alliés décidèrent qu’on ferait aussi sauter les docks et les forts Nicolas et iVIexandre, ce qui consomma la ruine complète de Sébastopol.

Le général commandant le génie fit faire, par les officiers sous ses Tmim iia ordres, un lever à grande échelle de la place de Sébastopol et une triangulation qui permit de coordonner entre eux les différents levers de détail.

Dans la prévision do l’occupation de la ville pendant l'hiver, on entreprit le comblement des tranchées à partir de leur tête, et l’on fit retirer et transporter au parc le matériel susceptible d’être réemployé.

De nombnnix travailleurs furent occupés h achever la construction

des lignes de Kamiescb dont les redoutes furent armées au mojeu du matériel russe trouvé à Sébastopol.

Une partie de Tsurmée fut employée à améliorer et à recharger la mate qui, parUnt de ifamiesoh, arrivait au camp du moalin eu passant par le grand quartier général : c'était l'artère priuctpale de nos oemmunicatioDS. On flten outre trois uouvelles roules : la première allait du grand quartier général à Sébastopol; la seconde, s'embranchant sur odle de kamieidi près du grand quartier général des Angla», descendait dans la vallée de la Tchemaya par le col de Baiaclava, et, passant sur les hauteurs de Fédoukhine, arrivait au pont de Tralriir ; enfin la tooisiérae partait de Baladava pour aller rejoindre la route Woronzoff. Toutes ces routes étaient bordées de fossés et bien empierrées. O'autres routes encore durent être faites pour assurer les communications avec les troupes de la vallée de Baidar. L’année française exécuta en (îrimée plus d<; 100 kilomètres de routes.

Indépeodamroent de â,1l30 baraques qui avaient été exjièdiées de France au commencement de la campagne, le service du génie fit acheter à Constantinople, àSmyrne, et sur la côte d’Asie entre Scutari et Sinope, toutes les planches qu'on put trouver ; le ministre de la guerre en fit expédier aussi de Marseille. On établit toutes les ambulances sous des baraques couvertes d'un double rang de planches, et on plancbéia le sol d’un certain nombre de tentes destinées à recevoir les malades s'ils devenaient trop nombreux pour pouvoir être tous logés dans des baraques. On fit des écuries en planches pour 12,500 chevaux, l'expérience de l’hiver précédent ayant prouvé qu'ils ne pouvaient pas supporter le froid lorsqu’on les laissait en plein air On compléta les magasins qui contenaient les vivres de

Le service de rinli'mlaiMC abrilu Ions lo> clicvaiiv »‘l de MMume ein^doves auv tram* ori* des rl\Tr»s.

l'armée. Enliu, oa construisit des baraques pourvues de poêles, les unes à l'usage des états-majors, les autres destinées à servir de chauffoirs pour les officiers et les soldats de tous les corps.

La ville de lÀébastopol était couverte par le port, mais notre droite opsr«iH>i»«uéneurei. était exposée aux attaques de l'armée russe. Le premier corps alla s'i‘tablir dans la vallée de Baidar, occupant aussi les hauteurs qui séparent cette vallée de celle du Belbek ; la division Levaillant seule était restée dans son ancien camp pour assurer le service de la place.

Le deuxième corps, qui occupait la ligne de la Tchernaya et le plateau d'inkerraann, était renforcé par les Piémontais et les Turcs, et avait le corps de réserve en s<;condc ligne. La garde impériale avait repris son ancien campement prés dn grand quartier général.

Le !•' novembre, lorsque l' approche de l’hiver vint «mdre tout mouvement impossible, tant de la part des alliés que de celle des Busses, la plus grande partie du premier corps reçut l'ordre de revenir dans ses anciennes positions sur le plateau de Kbersonése, où les troupes trouvaient pins de ressources contre les rigueurs de l’hiver.

Afin d'inquiéter les Husse.s sur leur ligne de retraite, le général en chef envoya, dans le courant de septembre, la division de cavalerie du général d'Allonville renforcer la garnison d'Eupaturia qni se composait alors de 17,HàO Turcs et Egyptiens sous les ordres du muebir Ahmed-Pacha. Le général d’Allonville eut le commandement supérieur des troupes. Il résolut, dès .«on arrivée à Enpatoria, de desserrer le blocus étroit dans lequel les Russes tenaient la garnison. Le 25 septembre il fit une reconnaissance, et le 2î) il s’avança jusqu’à Djokhak, attaqua la cavalerie russe, commandée par le général Korff, prés du village de Koughil, et, après un brillant combat, enleva à l’ennemi 11 canons. 3 obusiers, 12 caissons, une forge de campagne, 10!) prisonniers et 250 chevaux, l'nc autre reconnaissance, faite le 7 octobre, s’avance jusqu’à 21 kilomètres d’Eiipatoria et

ramène 500 tètes de bétail , des chevaux et des chameaux. Le novembre, le général d’Allonville enlève encore aux Russes 270 bœufs, 3,450 moutons, 50 chevaux, 10 chameaux et 20 voitures.

Du côté de Kertch, toutes les troupes françaises se concentrèrent le 22 septembre au cap Paul, laissant aux Anglais la garde du fort de Yénikalé. Le 24 septembre, les troupes alliées traversèrent le détroit de Kertch et s’emparèrent, sans coup férir, de Taman et de Fanagoria. On en retira les matériaux nécessaires pour construire des abris d'hiver, et on détruisit les établissements d'où l’ennemi aurait pu venir attaquer nos positions à l’époque où le détroit est gelé.

EiiMiUM <i« xiiburp. Une autre expédition plus importante eut lieu en octobre contre les forts qui défendaient le liman du Dniéper, espèce de lac communiquant avec la mer Noire par un étroit passage et recevant le Dniéper et le Bug. Le Dniéper est une des grandes voies fluviales de la Russie , et non loin de son embouchure se trouve la ville de Kherson, centre de commerce important et capitale du gouvernement de la Tauride. En remontant le Bug, on trouve à environ 11 kilomètres de son embouchure et au confluent de l’Ingoul la ville de NikolaïeiT, port militaire et arsenal de construction de la marine. Les approvisionnements expédiés de Nikolaïeff à l’armée de Crimée étaient transportés par eau à Kherson où ils prenaient ensuite la route d’Aleschki à Pérékop. L’entrée du liman du Dniéper était défendue, au sud de la passe, par le fort de Kinbum, barrant complètement une étroite langue de terre sur la pointe de laquelle se trouvaient en outre deux batteries en terre ; le fort d’OtchakolT domine cette passe au nord. On résolut de s’emparer de Kinbum pour permettre à nos bâtiments de pénétrer dans le liman et de menacer à la fois Kherson et NikolaïeiT, ou au moins d’intercepter toute communication par eau entre ces deux villes. Le général Bazaine, qui fut remplacé dans le commandement de Sébastopol par le général Levaillant, reçut le commandement de 4,(NX) hommes de troupes de débarquement;

-*,5U0 Anglais étaient sous les ordres du brigadier général Spencer. Les deux escadres, commandées par les amiraux Bruat et Lyons, appareillèrent le 7 octobre, se dirigeant d’abord, pour tromper la surveillance des Russes, vers le port d'Odessa en vue duquel elles se réunirent le 9 et où elles jetèrent le plus grand effroi ; elles arrivèrent le 14 devant Kinburn. Les troupes françaises et anglaises débarquèrent le 15 sur l'isthme, à l'est du fort, sous la protection de canonnières qui, ayant forcé la passe, avaient été prendre position dans le liman, et s’occupèrent immédiatement à se retrancher pendant qu'une canonnade de peu d’importance s’engageait entre le fort russe et les bombardes des escadres. Le temps ayant été contraire pendant la journée du lendemain, ce n’est que le 17 que les escadres réunies purent commencer à agir efficacement contre le fort de Kinbum.

A neuf heures un quart du matin, trois batteries flottantes françaises, cuirassées de fer, ouvrent leur feu contre le fort, à une distance de 900 à 1,300 mètres. Les bombardes et les canonnières françaises et anglaises viennent bientôt se joindre à elles. Les vaisseaux des deux flottes, ainsi que les frégates dont quelques-unes ont forcé la passe du liman , s’embossent à leur tour vers midi à environ 1,600 mètres, et lancent sur le fort où leurs feux se concentrent une grêle de boulets et d’obus. Les remparts ne sont plus tenables, et les maçonneries, qui se trouvent de mauvaise qualité, présentent en peu de temps, par l’action des batteries flottantes, plusieurs brèches dans les fronts sud et ouest ; les casernes et les établissements intérieurs deviennent la proie des flammes. Du côté de terre, des chasseurs à pied embusqués derrière des abris dirigent leur feu sur les servants des pièces russes tirant à barbette, et deux pièces de campagne envoient des boulets et des obus dans les fossés extérieurs où s’était réfugiée une partie de la garnison, écrasée de toutes parts par cet orage de projectiles. A une heure et demie, le

Armisliee et p«is.

fort ne tirant plus, l'escadre cessa son feu pour envoyer des parlementairt>s au gouverneur de Kinbum, le général Kokonowitch, <|m se rendit avec 40 officiers et 1,379 soldats. On occupa aussitôt le fort, et l'on s'efforça d’arrêter les progrès de l'incendie en faisant la part du feu : on parvint ainsi à sauver d’une entière destruction un magasin à poudre et une partie des établissements russes. On trouva dan.s le fort 174 pièces d'artillerie.

Le 18, les Russes firent sauter eux-mèmes la batterie Nicolas, située de l’autre côté du Uman, sur la pointe basse du promontoire que couronne le fort d’Otchakoff.

Rien ne s’opposant plus à l’entrée des navires dans le liman du Dniéper, les canonnières pénétrèrent le 19 jusqu’à l’embouchnre des deux fleuves ; le 30 on remonta le fing jusqu’à miviron 5 milles, mais une batterie russe établie à la pointe de Volojsk empêcha d’aller fflus loin.

Les escadres rentrèrent à Karoiesch dans les premiers jours de novembre, laissant une station navale devant 1e fort de Kinburn, dont la garde fut confiée au 95* de ligne.

L'entrée de l'hiver mit fin à tonte opération des années alliées. Il fallait attendre le retour du printemps pour reprendre les hostilités, dans le cas où les efforts de la diplomatie pour rétablir la paix auraient échoué. Mais le premier acte du grand congrès qui s’ouvrit à Paris, le 35 février 1856, fut la conclusion d’un armistice qui suspendit toute hostilité, et bientôt la paix signée à Paris, le 30 mars, par les plénipotentiaires de la France, de l’Angleterre, de la Turquie, de la Sardaigne, de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse, vint terminer cette guerre qui avait jeté un nouveau lustre sur nos armes.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

PIÈCES JUSTIFICATIVES

1* Dans les iiislructions doimocs au maréchal de Saint-Arnaud se trouve le l>assage suivant :

« Se renseigner exactement sur les forces fasses en Crimée ; si ces forces ne sont |>as trop considérables, débarquer dans un endroit qui puisse serv ir de base d'opérations. Le meilleur endroit paraît être Tliéodosie, atijonrd’liui Kaffa ; (pioique ce point de la côte ait l’inconvénient d’être à ftO lieues de Sébastopol, il olfre cependant de grands avantages : d’abonl .sa baie étant trè.s-vaste et trèssùre, il permet à tous les bâtiments de l’escadre d’y êtie à leur aise, ainsi qu’aux autres bâtiments qui viennent lavitaillerrarinée. En second lieu, une foisétaltli surce|K)i!tt, on |X‘ut en faire une véritable base d’opérations. En occupant ainsi l’exlréniité est de la Crimée, on refoule tous les renforts qui arrivent par la mer d’ Azof et [Kir le (iaucase. On s'avance vers le centre du pays, profitant de toutes ses res.sources. On occuiie Siniphéro|X)l, centre stratégique de la presqu’île j on SC dirige ensuite sur Sébastopol, et probablement sur cette route on livre une grande bataille. Si elle est |>erdue, on se retire en bon ordre sur kaffa, et rien n’est compromis ; si elle est gagnée, on met le siège devant Sébastoi»!, qu’on investit complètement et dont on obtient nécessairement la reddition au Iwul il’un temps assez court. »

(itfoniftHr mniverul du 11 acril 18S5.)

’i" On lit dans une lettre du maréchal de Saint-Arnaud, datée du 10 septembre 18.ÏS, â tord de la Ville de Parie:

« La reconnaissance sera faite demain H, et alors j'arrêterai le |>oint de débarquement, la baie de Kalamita ou Tbéodosie, dans la baie de KalTa, au sud de la Crimée. Demain je saurai te dire cela et t’indiquer & peu prés le jour où je prendrai terre en Cj-iiuée, soit i>ar une pointe vigoureuse sur Sébastopol, si elle est possible, soit par une campagne en règle débutant par l’est de la presqu’île, en m’emparant de Kafl'a, de Kcricb et d'Arabat L’occupation de ces points peut me donner une bonne base d'opérations. Regarde la carte avec attention, et tu comprendras avec plus de facilité mon projet. Là, je me fortifierai, j'attendrai mes renforts et mes vivres. Je soulèverai le pays autour de moi, et je profiterai do toutes les occasions jxmr joindre les Russes, les battre et m’avancer surSimpliéropol et Baktchi-Saral. C’est plus long, mais plus sûr pour les flottes, qui ont toujours un abri assuré dans la baie de KalTa. »

{Lelires du maréchal dt Saint-Àrnaud, tome 11, page iSO.)

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