‹ Siége de Sébastopol. Journal des opérations du génie, publié avec l'autorisation du ministre de la guerre; (volume 2)Chapitre 14 sur 64 · BATTERIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

BATTERIES ANGLAISES

Attaque» àe gauehe.

Batterie 'n* 1 . 2 canons de 32; 2 obusiers de 10; 3 obusiers de 8;

1 canon Lancastre; A mortiers de 13 12 pièces.

— î. 1 mortier de 8 1

— 3. 5 canons de 32; 4 mortiers de 13. . 9

A reporter 22

Report 22 pièces.

Balierie n« 4. 5 canons de 32; 1 obusier de 10; 3 mortiers de 13., 9

— 7. 6 canons de 32 ^

— ' 8. 8 canons de 32 8

— 9. 2 canons de 68; 2 obusiers de 8 4

— iO. 2 canons de 32; 5 obusiers de 8 7

— 11. 2 canon^ de 68 ; 6 obusiers de 8 ; i canon Lancastre. 9

— 12. 4 mortiers de 10 4

— 13. 4 mortiers de 13; 3 mortiers de 10; 1 mdnier de 8.. 8

— 14. 5 canons de 32; 6 obusiers de "^ 11

— 15. 11 mortiers de 10 11

— 16. 7 canons de 32 7

— 17. 2 canons de 32 -. . 2

Total 108

Batteries n" 1 àr>.

Attaques 4e droite.

2 canons de 68; 1 canon de 32; 2 obusiers de 10;

2 obusiers de 8. • 7 pièces.

2 mortiers 4e 10 a .... . 2

3 mortiers de 10; 2 mortiers de 8 5 ,

7 obusiers de 8 7

3 mortiers de 13i .;......,... 3

3 mortiers de 13 .,,.... 3

2 mortiers de 13;' 1 mortier de 10. ., 3

4 canons de 32. ...;... 4

1 canon de 68; 5 canons de 32; 2 obusiers de 10;

1 canon Lancastre 9

3 mortiers de 13 3

4 mortiers de 8 . * * . . 4

6 canons de 32 6

7 mortiers de 13. . 7

2 mortiers de 10 2

2 canons de 32. . . , 2

2 obusiers de 8 2

2 obusie» de 8. ..*.., 2

Total 71

Les attaques anglaises comprenaient donc 179 bouches à feu. Ainsi les alliés ouvrirent leur feu avec un ensemble de 814 pièces. Jamais on n'avait vu un pareil déploiement de moyens destruc-

teure. Aussi le prince Gortchakoff dit-il dans son rapport que ce teu infernal occasionna des dégâts considérable?» dès la Journée du 5 sept^nbre, aui défenses du bastion du mât» de la lunette Schwartz et de la batterie Bielkina.

Parfois les batteries des assiégeants cessaient leur feu pour faire croire aux Russes que nos soldats allaient s'élancer des tranchées ; puis, lorsqu'on supposait que l'ennemi avait porté ses réserves vers les points d'attaque, le feu de toutes les batteries était repris subitement arec une nouvelle ardeur.

Les pertes des Russes, depuis l'ouverture du feu des attaques de droite {17 août) jusqu'au 8 septembre, furent très-grandes. D'après leurs propres rapports, ils perdirent 1,500 hommes dans la journée du 17 août, 1,000 hommes par jour jusqu'au 21 août, et 5 à 600 hommes par jour du 22 août au 5 septembre. Du 5 au 8 septembre, jusqu'au moment de l'assaut, les Russes perdirent 51 officiers et 3,917 hommes mis hors de combat, non compris les artilleurs, qui certain^nent furent les plus maltraités. Cest donc une perte déplus de 18,000 hommes en vingt et un jours 1 Dans cette période, les Français ne perdirent que 3,815 hommes.

L'armée russe subissait les conséquences du système de défense qu'elle avait adopté ; n'ayant opposé à nos attaques que de petites sorties au lieu de grands retours offensifs, elle s'était laissé envelopper par un réseau de tranchées. Aujourd'hui, elle ne peut se soustraire au feu concentrique de nos batteries ; car, n'étant pas protégée par des escarpes en maçonnerie, elle est obligée de tenir toujours réunies de fortes réserves, pour repousser l'assaut dont elle est à tout instant menacée.

Le feu terrible et si soutenu des alliés ne pouvait laisser aucun doute aux assiégés sur notre intention de donner bientôt à la place un assaut décisif. Ils faisaienttoutes leurs dispositions pour le recevoir. De notre côté^ nous préparions les moyens de surmonter les

obstacles qui pourraient arrêter nos colonnes et les retmr sous le feu de la place. Le passage des fossés nous préoccupait surtout ; nous savions que sur certains points, et notamment devant l'ouvrage Malakoff, ils étaient larges et profonds. Après beaucoup d'essais, on s'était arrêté à nn système de ponts formés par des échelles juxtaposées qui pouvaient se jeter en moins d'une minute sur des fossés de 7 mètres de largeur, queUe que fût leur profondeur. Le parc du génie avait construit trente de ces ponts, et des soldats choisis avaient été exercés à les jeter sous la direction des oflBciers du génie. Des ponts plus solides avaient été préparés pour le passage de l'artillerie de campagne qu'on pourrait avoir à introduire dans la place. Enfin, les sapeurs qui devaient marcher avec les colonnes d'assaut étaient munis de tous les outils et engins qu'on avait jugés propres à ouvrir le passage.

Le 7 septembre, le 30* et le 35« régiment de ligne, et la 7* compagnie du l^** bataillon du !*'■' régiment du génie partent de Kamiesch pour aller rejoindre le l""** corps aux attaques de la ville. La brigade de Wimpffen de la division Camou (2* du 2* corps) part de la ligne de la Tchemaya pour se joindre aux troupes chargées de l'attaque du faubourg.

Une brigade de l'armée sarde, forte de deux régiments d'infanterie et d'un bataillon de bersaglieri, sous les ordres du général Çialdini, quitte ses campements de Kamara et vient s'établir près de la maison du clocheton, pour prendre part, avec les troupes du l*** corps, à l'attaque de la ville.

Journée du 8 'sepuiiibre. L'ouvrago Malakoff était incontestablement la clef de la place; mais la plus grande partie de l'armée russe prenant part à la défense, on ne pouvait se borner à attaquer ce seul point ; il fallait occuper l'ennemi partout et le menacer sur sa ligne de retraite du côté de la ville. Cependant, si on ne pouvait enlever et garder le fort * Malakoff, sur lequel allait se porter notre principal elTort, et qui était

bien retranché à la gorge, on ne devait pas espérer de se maintenir sur un autre point de Tencefnte ; il fut en conséquence décidé que, pour épargner le plus possible le sang des soldats dans cette lutte qui ne pouvait manquer d'être acharnée, l'attaque du grand redan par les Anglais et celle de la ville par le l^'^ corps n'auraient lieu que si les troupes du 2" corps étaient parvenues à s'emparer de Touvrage Malakoff.

Les généraux en chef prirent les dispositions suivantes (') t A la gauche, la division Levaillant (2* du l*'' corps), composée des brigades Trochu et Couston, fut chargée de l'attaque du bastion central et de ses lunettes ; ses troupes se massèrent dans les communications et les places d'armes de gauche de l'ouvrage du 2 mai. La division d'Autemarre (l^ du l^'^ corps), comprenant le$ brigades Niol et Breton, occupa la droite du même ouvrage et la parallèle du ravin de la ville ; elle devait pénétrer dans la place sur les traces de la division Levaillant, et s'emparer de la gorge du bastion du mât et des batteries de la terrasse. La brigade du général Cialdini, envoyée pour prendre part aux attaques delà ville, fut placée dans la quatrième parallèle et dans les communications de gauche qui font face au bastion du mât. Les Sardes devaient attaquer ce bastion par le flanc droit, dès qu'ôii serait entré dans le bastion central. Lés deux divisions Pâté et Bouat (3* et ¥ du 1*' corps) étaient placées en réserve, la première en arrière de la division Levaillant, la seconde en arrière de la division d'Autemarre. De plus, le général en chef avait mis à la disposition du général de Salles le 30* et le 35* de ligne, qui étalent venus de Kamiesch; ces régiments, placés à l'extrême gauche, assuraient fortement de ce côté la possession de nos lignes.

(*) Voir aux pièces justificalivcs, N" H, la composition de l'armée au 8 sq)lembrc. Le N» 12 donné la situation du corps du génie au 1" septembre. ^

. Les officiers et les troupes du génie qui devaient prendre part aux attaques de la ville étaient sous les ordras du général Dalesme, commandant le génie au 1" corps. Le lieutenant-colonel Ribot commandait le génie à l'attaque du bastion central; il avait sous ses ordres le capitaine Béziat et quatre brigades de 90 sapeurs com-^ mandées chacune par un officier.

L'assaut devant être donné à la fois à la lunette Scbwartz par le flanc droit, au bastion central par le saillant et la face gauche, et à la lunette Biellcina par la face gauche, trois compagnies d'infanterie marchant en tète étaient muniea de trente échelles de S'^SQ à 4 métrés de longueur. L'une des brigades de sapeurs , commandée par le capitaine Garnier et secondée par 180 travailleurs d'infanterie, devait jeter des ponts-^dielles sur les fossés. Une deuxième brigade, commandée par le sous-lieutaiant Thouzellier, et renforcée de 100 travailleurs d'infanterie^ formait tète de colonne de la division Levaillant. Une troisième brigade, sous les ordres du lieutenant Serval et venant à la suite de la colomie avec 80 travailleurs d'infanterie, était spécialement chargée dejetcar un pont et de pratiquer dea jpiassages pour six pièces de campagne tenues en réserve dans les carrières de l'ouvrage du 2 mai. JËnfin, deux brigades démineurs, aux ordres du capitaine Méréau» devaient marcher avec la colonne d'assaut, l'une en tète, l'autre en queue^ pour rechercher et détruire les dispositifs de mines de l'ennemi.

A l'attaque du bastion du màt> on avait pris des dispositions analogues. Trois brigades de sapeurs, renforcées par des détachements d'infanterie, devaient jeter des ponts sur les fossés et ouvrir le .passage aux colonnes d'assaut, et deux brigades 4e mineurs avaient été données au commandant Tholer pour rechercher partout et détruire les mines de l'ençiemi.

L'artillerie avait également adjoint aux colonnes d'attaque des . détachements de canonniers chargés d'enclouer ou de désenclouer

les pièces suivant le cas, et de les retourner au besoin contre Tennemi.

Outre la batterie qui se trouvait dans Touvrage du 2 mai, deux autres batteries de la 1'' division prenaient position près de la mai^ son du dodbeton, et une quatrième allait s'établir à rextrème gau«cbe, près du lazaret.

JLoè Anglais avaient pris aussi toutes leur3 dispositions pour attaquer le grand redan dès que le génëral^en chef de l'armée française ferait le signal convenu.

. Toutes les attaques étant subordonnées à celles. du firont de Malakoffr dont le succès importait avant tout, le général en chef avait adyoiiit aux troupes du général Bosquet toute l'infanterie de la garde impériale.

Le front de Malakoff devait être attaqué par trois colonnes. Celle de gauche, qui n'avait qu'une faible distance à parcourir hors des tranchées, devait s'emparer du fort Malakoff et s'y maintenir à tout prix. Celle dç droite devait enlever lé petit redan et puis toumer^ }a seconde enceinte des Russes. £nfln la troisième, qui partait d'un pomt plus éloigné, devait enlever la courtine du Iront, se porter sur la seconde enceinte et s'y maintenir.

L'attaque du fort Malakoff était confiée à la division de Mac-Mahott, (l''^' du ^^ corps), dont la 1'''' brigade était commandée par le colonel Decaen, du 7« de ligne, et la 2r par le général Yinoy. Cette division avait en réserve la brigade de Wimpffen (de la division Camou) et les deux bataillons de zouaves de la garde commandés par le colonel Jaunin*

La division Dulac (4* du i^ oorps), composée des brigades de Saint- Pol et Bisson» était chargée de l'attaque du petit redan (bastion n^ 2). E}le avait en réserve la lu'igàde de Marolles (2^ de la division d' Au-^ relie) et le batailton de chasseurs à pied de la garde impériale comniandé par le chef de bataillon de Comulier de Lucinière. Après l'en-

lèvement du petit redan, cette colonne devait pousser en avant pour déborder et tourner la gauche de la deuxième ligne de défense de Tennemi, en essayant de s'avancer par sa droite jusqu'à la maison en croix située entre les bastions n<"» 2 et 1, si Ton jugeait sur place que ce dernier ipouvement pût s'exécuter sans rien compromettre. La colonne du centre était composée de la division de la Motterouge (5^ du S"" corps) , dont les deux brigades étaient sous les ordres du général Bourbaki et du colonel Picard commandant le 91* de ligne. La réserve de cette division se composait des deux régiments de voltigeurs «t des deux régiments de grenadiers ^ la garde, sous le commandement direct du général de division MelUnet , ayant sous ses ordres les généraux de brigade de Failly et de Pontevès.

Les oflBciers et les troupes du génie qui devaient prendre part aux attaques du faubourg étaient sous les ordres du général f'rossard, commandant le génie au S"" corps.

Le chef de bataillon Ragon commandait le génie à la colonne de gauche ; il avait avec lui le capitaine Bonnevay et deux brigades de sapeurs de la compagnie du capitaine Atifroy.

Avec la colonne du centre marchait le capitaine Schœnnagel, ayant sous ses ordres le capitaine Laruelle et une brigade de sapeurs commandée par le lieutenant Pradelle.

Le chef de bataillon Rçhoux commandait le génie à l'attaque de droite; il avait sous ses ordres le capitaine Salanson et deux brigades de sapeurs de la compagnie du capitaine Heydt.

En outre, trois détachements de sapeurs et de soldats d'infanterie exercés à Tavance à la manœuvre des ponts étaient spécialement chargés, sous les ordres du commandant de Marsilly, de porter et de mettre en place les ponts-écbeliës pour lé franchissement des fossés. Le lieutenant Joyeux, avec une brigade de sapeurs, avait pour mission de pratiquer des ouvertures dans les parapets des tranchées

— I2i) — poup te passage de notre artillerie attelée, et d'ouvHr de même une Voiç dans la courtine de la première enceinte, si Ton jugeait que cette artillerie dût la franchir. Enfin, deux détachements de mineurs, dirigés par le capitaine Berrier, étaient attachés aux colonnes de droite et de gauche pour rechercher et détruire les moyens de transmission du feu aux mines russes.

Toutes les brigades de sapeurs étaient pourvues des outils et engins jugés, nécessaires pour ouvrir la marche aux colonnes d'assaut. Un certain nombre d'outHs à manche court, pouvant être portés à la ceipture, avaient en outre été distribués dans les corps pour qu'on eût immédiatement la possibilité de travailler dans les ouvrages conquis. Les officiers du génie et les sapeurs avaient. pris place dans les tranchées, à la droite du 2*" bataillon de chaque colonne.

L^artillerie avait, comme du côté de la ville, adjoint des détachements de canonniers aux différentes colonnes d'attaque. Une réserve de 24 pièces de campagne était placée près de la batterie Lancastre, et 12 pièces de Fartillerie de la garde impériale se tenaient prés de la redoute Victoria.

Le général d'Aurelle, avec sa 1'^ brigade, avait pris position sur les hauteurs à droite du ravin du carénage, et devait repousser toute entreprise que l'ennemi viendrait tenter de ce côté.

Le général Herbillon, qui occupait les positions de la Tchçmaya, avait reçu l'Oïdre de faire prendre les armes à ses troupes èi l'heure iSxée pour l'attaque. Le général en chef avait, en outre, fait descendre dans la plaine la brigade de cuirassiers du général, de Forton. Toutes ces dispositions avaient été concertées avec le général de La Marmora, et la division de cavalerie du général d'AUonville devait, dans la nuit du 8 au 9, se replier de la vallée de Baïdar pour venir prendre position près du pont de Kreutzen.

D'un commun accord, les deux généraux en chef français et anglais avaient arrêté l'heure de midi pour le départ des colonnes d'as-

saut chargées d'attaquer le faubourg Karabelnaya. Cette heure aTait phuieurs ayantages : les actions de vigueur ayant toujours eu lieu au point du jour ou un peu avant la nuit, on avait plus de chances de surprendre Tennemi en l'attaquant au milieu du jour, et dans le cas où l'armée de secours aurait voulu faire une tentative pour dégager la place, elle n'aurait pas eu le temps de se former pour se porter sur nos lignes avant la nuit.

Le gtoéral en chef de l'armée française établit son quartier géné^ rai dans la redoute Brancion. Pour éviter d'indiquer aux Russes le moment de l'attaque, on renonça aux signaux d'usage* Les montres dé tous les diefs de corps avaient été réglées sur celle du général en chef, elles colonnes d'attaque du général Bosquet devaient franchir les tranchées à midi précis. Dés qu'on serait maître du fort Malakoff, le drapeau anglais et le drapeau français, arborés sur la redoute Brancion, devaient être le signal de t'attaque pour les troupes anglaises et pour celles du !•' corps.

De leur cété, les Russes n'avaient rien négligé pour repousser l'assaut sur toutes les parties de Tenceinte. La défense de la ville (l''^ et 2* sections) avait été confiée au lieutenant général Sémiakine; celle du faubourg (3% 4* et 5« sections) au lieutenant général Khrouleff. Quatre bateaux à vapeur se tenaient prêts à se porter vers le fond du port , pour tirer sur les colonnes d'assaut de l'extrême droite.

Malgré les précautions prises par le général Frossard pour se couvrir des vues du côté nord du port, et le soin que l'on eut de faire suivre aux troupes des chemins qui dérobaient leur marche à l'ennemi, les grands mouvements qui eurent lieu dans la matinée du 8 septembre n'avaient pu échapper complètement aux Russes, et le général Gortchakoff fit prévenir les généraux qui étaient dans la place que les tranchées françaises regorgeaient de troupes. Les Russes s'attendaient donc à l'attaque du 8 et ne restèrent indécis

que sur l'heure à laquelle elle aurait lieu. Mais la vivacité extraor*diuaire du feu des batteries de la gauche, les efforts qu'avait faits notre artillerie pour ruiner les défenses du bastion du màt, .enfin l'arrivée d'une brigade sarde dans les tranchées» les avairat main-* (eous dans cette pensée que la principale attaque des alliés serait dirigée contre la ville. Us avaient porté de ce côté leurs plus puis*< sants moyens de défense et le général Osten-Sacken ne vouhit pas s'en éloigner.

Dans la matinée du 8 septembre, l'artillerie de nos attaques de gauche continua 1^ feu violent qu'elle entretenait depuis le 5. Aux attaques de droite, nos batteries tirèrent vivement aussi, comme elles te faisaient depuis longtemps. Vers huit heurea du matin, le génie lança sur le bastion central deux tonneaux chargés diacun de 100 kilogrammes de poudre, qui firrat explosion dans rintérieor de l'ouvrage. A la même heure, il fit jouer trois fourneaux, de 500 kilogrammes chacun, préparés ^ous le glacis du fort Sialakoff, un peu en avant de nos ch^siinements les plus avancés. Ces fourneaux, qui pouvaient détruire ou troubler les travaux du mineur russe, que Ton avait entendu prèa des tranchées, avaient surtout pour but de prouver aux troupes qui devaient frandiir le glacis que nos mineurs étaient maîtres du terrain.

A midi préds^ toutes les battues de ta droite cessèrent leur feu pour reprendre bientôt un tir plus allongé contre les réserves de l'ennemi. A la voix de leurs chefs, les divisions de Mac-Mahon, Dnlac et de la Mottwouge sortent des tranchées et se précipitent vers l'enoehite de la place. La 1^ brigade de la division de Mao-Afahon (1*^ régiment de zouaves suivi du 7« de ligne) court v^rs la face gauche du fort Malakoff. La profondeur du fossé et Fescarpement des talus n'arrêtent pas longtemps nos soldats : les premiers arrivés sautent dans le fossé et parviennent^ en s'aidant les uns les autres, à gravir l'escarpe ; les derniers profitent, pour passer le fossé, des ponts qui

Assaul.

ont été jetés par les sapeurs; tous ont bientôt franchi le parapet. Les Russes, surpris par cette brusque attaque^ sortent de leurs blindages et cQurentvers la tète du fort. Ils engagent avec nos soldats une lutte corps à eorps; à défaut de fusils, les / canonniers se font arme de pioches, de pierres, d'écouvillons; la garnison délateur fait par ses créneaux un feu meurtrier sur nos soldats. Mais les Russes, sont refoulés derrière les premières traverses, et le drapeau de la France est planté sur les parapets du fort Malakoff pour n'en plus être arraché.

A droite et au centre, les divisions Dulac et de la Motterouge s'é« talent emparé avec le même élan du petit redan et de la courtine, en poussant même jusqu'à la seconde enceinte en construction. A la vue de ce succès rapide, le général en chef fit les signaux convenus pour l'attaque du grand rèdan et pour celle de la ville, mais la fumée qui s'élevait du champ de bataille fit que le drapeau français ne fut pas aperçu, ce qui retarda l'attaque du général de Salles.

Les Anglais, dont l'attaque était dirigée par le général sir W. Codringtpn, avaient 200 mètres à franchir sous un terrible feu de mitraille. Cet espace ftit bientôt jonché de morts; cependant la colonne arriva au saillant du redan, franchit le fossé malgré sa grande profondeur et les feux de flanc les plus meurtriers, et pénétra dans l'ouvrage. Après un combat à la baïonnette, les Anglais restèrent maîtres du saillant, et les Russes se retirèrent en arrière de traverses éloignées. Malheureusement les assaillants avaient devant eux un vaste espace libre criblé par les ballea de l'ennemi, et les renforts qu'on leur envoyait, décimés dans le trsget, remplaçaient à peine les hommes mis hors de combat. Cette lutte acharnée dura près de deux heures, mais les Anglais durent évacuer le redan et rentrer dans leurs tranchées.

A l'attaque de la ville, les colonnes de la division Levaillaht, commandées par les généraux Couslon et Trochu, s'élancèrent des tran-

— i33 — chées à deux heures précises. La face gauche du bastion cenlral el le saillant de la lunette Schwartz furent assaillis en même temps; les porteurs des ponts-échelles furent en grande partie tués ou blessés dans le trajet, et sur d'autres points les échelles d'escalade se trouvaient trop courtes. Néanmoins, après une lutte très-vive, nos troupes pénétrèrent dans les deux ouvrages. Mais Tennemi, replié derrière 4es traverses, tenait ferme partout ; une fusillade meurtrière partait de toutes les crêtes. Les Russes rentrèrent bientôt en possession du bastion; nos troupes se trouvèrent alors en prise aux feux de mitraille partant de quelques embrasures de la face droite du bastion, et la face gauche, que l'on croyait éteinte depuis plusieurs heures, rouvrait son feu contre la colonne Couston. En outre, les Russes amenèrent en toute hâte quelques pièces de campagne qu'ils mirent en batterie sur différents points. Les généraux Couston et Trochù, qui venaient d'être blessés, avaient dû remettre leur câmmandement; les généraux Rivet et Breton étaient tués. Les Russes profitèrent du désordre qui se manifestait dans nos colonnes pour faire sur la lunette Schwartz un retour offensif qui entraîna l'abandon de cet ouvrage. H en résulta vers la tranchée un reflux qu'aucun effort ne put arrêter. Nos batteries reprirent alors leur tir contre l'enceinte, et forcèrent l'ennemi à s'abriter derrière les parapets. Le général de Salles faisait avancer la division d'Autemarre et préparait une nouvelle attaque ; mais en ce moment nous étions assurés de la possession dé l'ouvrage Malakoff, et le général en chef fit donner l'ordre au commandant du 1^^ corps de ne pas renouveler l'attaque de la ville.

Le sous-lieutenant Dr eyssé, chargé d'explorer les mines de l'ennemi, s'était jeté avec le sergent Charles et quatre mineurs dans le fossé de la lunette Schwartz ; mais ses quatre mineurs ayant été tués ou blessés, il se trouvait seul avec le sergent, et dut se retirer lorsque nos soldats évacuèrent l'ouvrage dont ils s'étaient un moment emparés.

Cependant Tattaque du faubourg passait par des phases diverses.

Dès le début du combat, le général Bosquet, frappé d'un éclat de bombe au côté, avait dû quitter le champ de bataille ; son commandement fut remis au général Dulac.

La brigade de Saint-Pol, ayant en tête le 17« bataillon de chasseurs à pied, avait enlevé le petit redan, ainsi que nous l'avons déjà dît. Les officiers du génie commençaient à organiser la gorge du bastion n**2 d'une manière défensive ; les chasseurs tournaient la deuxième ligne de défense de Fennemi ; lès ponts, rapidement mis en place, facilitaient le passage du fossé au 57* de ligne, qui suivait les chasseurs.

Au centre, la brigade Boùrbaki, ayant eii tête le 4« bataillon de chasseurs à pîed, avait attaqué la courtine ; le passage du fossé n'avait pas présenté de grandes difficultés, et la première enceinte étant franchie, l'ennemi avait été repoussé jusqu'à la seconde.

En ce moment les Russes,' amenant des pièces de campagne, envoyèrent une grande quantité de mitraille sur la colonne du centre, qui rétrograda vers la première enceinte. En même temps les batteries du bastion n^ let de la brisure de la courtine 1-2, les quatre bateaux à vapeur embossés à l'entrée de la baie du carénage et les batteries du nord couvraient le terrain conquis et la tête des tranchées de mitraille et de projectiles de toute nature. Un mouvement offensif des Russes contre le petit redan repoussa nos soldats, qui se replièrent dans cet ouvrage, et en sortirent pour regagner les tranchées, malgré les efforts tentés par les officiers pour les retenir. Le général de Saint- Pol fut frappé à mort au moment' où il quittait le bastion avec les officiers du génie et leurs travailleurs. Au centre, la plupart des troupes dépassèrent aussi l'enceinte dans leur mouvement de retraite, et rentrèrent dans la sixième parallèle ; mais elles ne tardèrent pas à se reporter en avant, soutenues par une réserve de voltigeurs de la garde, et, quoique le bastion restât au pouvoir de l'ennemi, elles se maintinrent définitivement dans le fossé et le long du parapet de la courtine.

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Dans un front bien tracé, cette position n'aurait pas été tenable ; mais heureusement le fossé de la courtine n'était vu que par l'extrémité de la face droite du bastion n"" % sur une longueur de deux ou trois mètres dans laquelle se trouvait percée une embrasure qui était dirigée vers la campagne.

On tenta à plusieurs reprises de rentrer dans le bastion n« 2, et la brigade du général de MaroUes fit un effort vigoureux pour le reprendre ; mais cet officier général fut tué dans cette tentative. Les tranchées étant remplies de blessés, la circulation y était diflBcile, il n'y avait plus d'ensemble dans les mouvements ; dès qu'elles sortaient des tranchées, les colonnes d'attaque étaient écrasées par les feux du bastion, que lea Russes occupaient avec de grandes forces, et en arrière duquel on voyait de nombreuses réserves.

Deux des batteries de campagne placées près de la batterie Lan^castre reçurent l'ordre de se porter vers la courtine, pour soutenir ces attaques; mais elles ne purent se maintenir devant le feu terrible des Russes, et après avoir tiré quelques coups de canon, perdant presque tous Jieurs canonniers et leurs chevaux, elles durent se retirer.

L'explosion d'un magasin à poudre blindé, situé derrière le parapet de la courtine près de l'ouvrage M alakoff, nous fit éprouver un peu plus tard des pertes nombreuses dans le fossé de la courtine et dans l'ouvrage Malakoff lui-même, où retombèrent des pierres et des bois. Le drapeau du 91* de ligne, profondément enterré, ne put être retiré que le lendemain ; l'oflicier qui le portait était mort en le tenant-fortement serré dans ses mains.

Le capitaine du génie Schœnnagel et la brigade de sapeurs du lieutenant Pradelle, marchant avec les premières troupes de la division de la Motterouge, étaient parvenus jusqu'à la deuxième enceinte. Ramené sur la courtine, le lieutenant Pradelle y maintint ses sapeurs; mais bientôt il eut le bras droit fracassé par un boulet, et peu après le capitaine Schœnnagel fut tué en franchissant le parapet.

Les sapeurs allèrent alors se joindre aux brigades employées à l'inlérieur de l'ouvrage Malakoff. Le lieutenant Joyeux, après avoir fait ouvrir des passages pour notre artillerie de campagne à travers les parapets des tranchées, se portait sur la courtine avec sa brigade de sapeurs pour y exécuter le même travail, lorsqu'une balle vint lui briser la cuisse.

Le fort Malakoff restait seul en notre pouvoir. La luttç y avait été acharnée. Le régiment russe dePraga, chargé de sa défense, fut repoussé, comn^ nous l'avons dit plus haut, par la l*"* brigade ïe la division de Mac-Mahon, derrière les premières traverses qui formaient une ligne presque continue en arrière de la tour Malakoff ijoir PL III) . (]ette seconde ligne de défense fut encore enlevée; mais les troupes du colonel Decaen furent arrêtées par d'autres traverses plus élevées qui formaient aussi un obstacle à peu près continu dans la partie où le fort a sa plus grande largeur.

Les Russes, renforcés parleurs réserves, «'y défendaient avw opiniâtreté. Nos soldats avaient tenté de gravir les talus Irès-roides des traverses et de pénétrer par les étroits passages qui les séparaient; ils avaient été repoussés à plusieurs reprises, lorsque la 2* brigade vint prendre part au combat.

Le 1'"' bataillon de chasseurs à pied, marchant en tête de cette brigade, était entré dans Malakoff sur les traces du V de ligne ; pMs, tournant à gauche» il en était sorti pour aller s^emparer de la batierie Gervais, dont il avait tué ou chassé les défenseurs ; lé âO"" et le 27^ de ligne s'étaient portés aussi sur le fort Malakoff à la suite de la l""^ bri-* gade. Mais le général Yinoy, ayant fait franchir le fossé de l'enceinte un peu plus à droite, avait conduit ses têtes de colonne sur le point où les traverses qui arrêtaient la l**^ brigade. venaient, du côté de l'est, s'appuyer au parapet ; de là il lança ses soldats sur la masse des Russes, qu'il prenait d'écharpe et de revers. La l*** brigade reprenant en ce moment ses attaques avec une grande vigueur, l'ennemi fut

repoussa; de traverse en traverse jusqu'à la gorge, où, après u« dernier combat corps à corps, il fut rejeté hors du fort.

Le général de Mac-Mahon, qui avait fait appeler ses réserves au moment de la plus grande résistance des Russes, vit arriver successivement les zouaves de la garde, la brigade du général de Wimpffen et un bataillon des voltigeurs de la garde ; ne voulant pas accumuler tant de troupes sous le feu de l'ennemi, il fit rentrer dans les tranchées le l*»* régiment de zouaves, qui avait le plus souffert.

Cependant les Russes, qui comprenaient que, s'ils nous abandonnaient le fort Malakoff, la place était perdue pour eux, firent les efforts les plus héroïques pour le reprendre. Ils formèrent trois fortes colonnes : la principale, montant par la grande rampe du faubourg, se porta directement sur la gorge du fort; une autre, prenant plus à droite, marcha par les versants de la batterie Gervais ; enfin la troisième, débouchant des ruines du faubourg, se porta vers la longue branche de l'est et la gorge du fort où se trouvait le général Vinoy • La lutte fut des plus acharnées. Les Russes vinrent se heurter contre une partie des âO'' et 27^ de ligne et du régiment des tirailleurs algériens soutenu par deux compagnies des zouaves de la garde; leur tête de colonne pénétra un moment jusqu'aux premières traverses du fort, mais presque tous ceux qui avaient pu franchir l'étroit passage de la gorge furent tués. Enfin, après plusieurs tentatives -désespérées dans lesquelles il avait entassé ses cadavres au sommet de la rampe, les deux autres colonnes étant aussi repoussées, l'ennemi dut reconnaître son impuissance à nous enlever sea propres fortifications; il se retira dans le faubourg et se contenta, à partir de trois heures, de nous inquiéter dans le fort Malakoff par une fusillade très-vive, partant des maisons les plus rapprochées, et par les feux de son artillerie.

La petite garnison de la tour, composée d'un officier et d'une soixantaine de soldats, tenait toujours, tirant par les créneaux sur tous ceux qui passaient à sa vue. Comme on n'avait pas eu le temps de la réduire.

— gasoil avait placé des sentinelles qui empêchaient d'approcher des créneaux ; mais, dès qu'on eut moins à se préoccuper des attaques extérieures, on amena un petit mortier au moyen duquel la porte de la tour fut enfoncée, et l'officier qui avait audacieusement continué son feu sur nos troupes, qui l'entouraient en si grand nombre, fut forcé de se rendre. C'est au moment où les soldats russes sortaient de la tour en déposant leurs armes que le magasin à poudre de la courtine vint à sauter ; nos soldats, enveloppés d'un nuage de poussière, vivant plusieurs de leurs camarades écrasés autour d'eux par les débris de l'explosion et supposant que le feu avait été mis aux poudres par les Rpsses, voulaient se venger sur ceux qui venaient de se rendre, mais les oJDQciers calmèrent bien vite leur exaspération, et la petite garnisop de la tour fut traitée avec les égards dus à sa bravoure.

Les troupes qui avaient combattu avec tant de bravoure au fort Malakoff avaient malheureusement éprouvé de grandes pertes. La division de Mac-Mahon, qui était montée à l'assaut avec un jeffectif de 199 officiers et 4,530 baïonnettes, avait eu 292 tués dont 29 officiers et 1,818 blessés dont 89 officiers, en tout 2,090 hommes hors de combat. Sur un effectif de 627 hommes, les zouaves de la garde avaient eu 311 tués ou blessés; la brigade de Wimpfften, forte de 2?100 hommes, avait eu 637 tués ou blessés.

D'après les rapports russes, le général Khrouleff dirigeait lui-même les retours offensifs contre Malakoff; mais, ayant été blessé, il dut remettre le commandement au général Lyssenko ; blessé bientôt après, le général Lyssenko le remit au général Touféroff qui fut tué; enfin le général de Martinau, qui commandait en dernier lieu, fut lui-même grièvement blessé.

Ainsi, les difficultés et l'importance de leur conquête, le courage opiniâtre de l'ennemi, rien ne manquait à la gloire de nos soldats.

Jusqu'après la prise du fort Malakoff les officiers du génie et les sapeurs avaient agi comme combattants au milieu du 1«^ régiment de

zouaves. Le succès une fois assuré, le commandant Ragon employa ses travailleurs à fermer solidement le passage de la gorge, à établir des gradins de fusillade le long des parapets regardant la place, à élever des traverses de défilement contre les coups les plus dangereux, à rechercher les dépôts de poudres, enfin à relier avec nos tranchées les ponts jetés sur le fossé. Pour aider à tous ces travaux, le général Frossard avait appelé les deux brigades de sapeurs de réserve aux colonnes de gauche et de droite. Vers la nuit on envoya encore un renfort de deux brigades de sapeurs. L'une d'elles alla, avec trois compagnies d'infanterie dirigées par le capitaine Boniïevày, re»connaltre Tes dehors du fort du côté de la place et fouiller les souterrains et abris pratiqués dans les fossés. Cette brigade rejoignit ensuite la seconde, occupée à établir une chaussée en remblai à travers le fossé, ainsi qu'à couvrir une large voie dans le parapet pour le passage de notre artillerie de campagne, qui vint, au milieu de la nuit, prendre position dans rintérieur de l'ouvrage. La plupart des Canons russes avaient été enCloués ; on en put pourtant utiliser qiielques-uns, qui, avec Tartillerie de campagne, devaient contraindre l'ennemi à évacuer tout le faubourg.

Vers le soir, la brigade du général de Wimpffen fut rappelée pour se porter dans la plaine de la Tchernaya. Dans la crainte des catastrophes qui, en cas d'explosion^ eussent pu résulter d'une trop grande agglomération de troupes, une partie de la division de Mac-Mahon fut rappelée dans lés tranchées, et la garde de l'ouvrage fut confiée à deux bataillons de la brigade Vinôy.

La journée avait été sanglante pour les alliés comme pour les Russes ; plus de vingt mille hommes gisaient sur le sol. Nous avions attaqué la place ^ur quatre points : au petit redan (bastion n''^), à Malakofif, au grand redan (bastion n** 3), et au bastion ceptral (bastion n*» 5). Partout nous avions franchi l'enceinte, et nous n'avions pu nous maintenir que dans le fort Malakoff; mais cette conquête était

décisive, et dès que les Russes eureot perdu Tespoir.de nous l'enlever, ils prirent la résolution d'abandonner toute la partie de la place qui se trouve au sud du port, c'est-à-dire le faubourg avec ses grands établissements maritimes et toute la ville, avec un armement de près de quatre mille bouches à feu. Enfin, pour ne pas laisser brûler leur flotte, les Russes étaient réduits à la couler. On peut donc dire que, ne pouvant prolonger leur défense de quelques jours encore qu'en sacrifiant une partie de leur armée , les Russes nous abandonnaient Sébastopol.

£n voyant l'intérieur de la place on s'est facilement expliqué que la prise du fort Malakoff ait amené ce grand résultat; mais avant qu'il se fût produit, on avait souvent contesté la nécessité des attaqqes de Malakoff,^ qui, après cinq mois d'un siège déjà bien pénible, étaient venues imposer à l'armée française un si grand surcroît de fatigues et de dangers.

Le mouvement de retraite des Russes s'annonça dans la soirée du 8. Ou vit des troupes et beauçpup de voitures passer le pont, se rendant sur la rive nord du port. Dans la nuit, des incendies se manifestant sur tous les points ne laissèrent plus de doute sur le pQrti que prenaient leb Russes d'évacuer la ville et de^ ne laisser que des ruines derrière eux. Des explosions successives, dont la première eut lieu à onze heures du soir, détruisirent les batteries, les magasins à poudre et à projectiles, et une partie des ouvrages de la place. Le général en chef &è crut pas devoir inquiéter la retraite des Russes ; on ne pou-* vait s'aventurer la nuit dans les rues d'une ville inconnue, lorsque les grandes explosions préparées par l'ennemi et les progrès de l'incendie qui faisaient à chaque instant sauter les nombreux magasins dans lesquels la garnison avait déposé ses approvisionnements de poudre pouvaient écraser nos troupes. Le général en chef dut se borner à attendre îe jour, en conservant ses positions. Au soleil levantr on put voir que les Russes repliaient le pont de radeaux et qu'ils avaient

441 coulé tous les vaisseaux mouillés dans le port, ne conservant que quelques bâtiments à vapeur pour embarquer les derniers défenseurs. L'incendie continuait à dévorer la ville, et plusieurs explosions eurent encore lieu dans la matinée. Quelques-unes firent périr des maraudeurs qui s'étaient introduite dans la place malgré la défense qui en avait été faite.

Les Russes effectuèrent leur retraite si précipitamment, qu'ils abandonnèrent une partie de leurs blessés qui périrent misérable-* ment avant que nous pussions les secourir. D'après leurs rapports, le pont ne servit qu'à évacuer les défenseurs de la ville ; ceux du faubourg furent emmenés par les bateaux à vapeur; les artilleurs et des tirailleurs volontaires occupaient les ouvrages de l'enceinte, et plusieurs régiments défendaient les barricades élevées dans ia ville. Dans la nuit du 8 an 9, l'epnemi fit sauter 35 magasins à poudre. Le 9, eurent lieu les explosions des batteries 7, 8 et 10. Le fort Saint-Paul sauta dans la soirée du même jour ; le temps manqua pour détruire le fort Nicolas qui était miné sur quelques points.

Nos pertes dans la journée du 8 septembre furent grandes et douloureused. Les généraux de Saint-Pol, de MaroUes, de Pontevès, Rivet et Breton furent tués ; les généraux Bosquet, MeHinet, Bourbaki et Trochu furent blessés ; cinq autres généraux reçurent des contusions. Il y eut, en outre, aux deux attaques : 1^ ofiSciers tués, parmi lesquels nous citerons les colonels Adam (du 27« de ligne), Dupuis (du 57« de ligne), de Kerguèm (du 49« de ligne) et Cavaroz (du 32« de ligne) ; les lieutenants-colonels Magnan, chef d'étatmajor de la 4^ division du ^^ corps, Cassaigne, aide de camp du général en chef, Delaville, chef d'état-major de la 5* division du 2« corps, et Huguenot de l'artillerie ; le chef de bataillon de Cornu* lier de Lucinière, des chasseurs de la garde, et le chef d'escadron d'état-major Lefebvre ; 245 officiers blessés et 20 non retrouvés ; 1,489 sous-offieiers ou soldats tués, 4,259 blessés et 1,400 non

Perles des ailicâ au 8 septembre.

retrouvés. En tout 7^567 hommes hors de combat. Ces pertes^ répartissent comme U buit entre les deui attaques : à celle de la ville, U y eut 154 tués dont 23 officiers; 1,418 blessés dont 118 officiws; 546 disparus dont 15 officiers; en tout 2,118 hommes hors de combat ; à celle du faubourg^ 1,480 tués dont 122 officiers ; 3,095 blessés dont 136 officiers ; 74 disparus dont 5 officiers ; en tout 5,449 hommes hors de combat. Dans le corps du génie, le capitaine Scboennagel fut tué et le lieutenant Joyçux mortdlemwt blessé ; le chef de bataillon Foumier, les capitaines An&ous et Laruelle, le lieutenant Pradelle et le sous-lieutenant Hennequin furent blessés; le général Frossard, le lieutenant-colonel Ribot, le chef de bataillon Ragon, les capitaines Salanson et Regad, et le lieutenant Damarey furent contusionnés. Dans les troupes du génie, il y eut24 tués, 126 blessés et 2 disparus*

Les pertes des Anglais s'élèvent à 385 tués dont 29 officiers ; 1,886 blessés dont 124 officiers, parmi lesquels les généraux. Warren et Shilley ; 176 disparus dont 1 officier; en tout 2,447 hommes hors de combat.

La brigade sarde qui devait coopérer à l'attaque du bastion du mât a eu 4 hommes tués et 36 blessés dont 5 officiers.

La journée du 8 septembre coûta donc en tout iaux alliés 10,054 hommes hors de combat (^).

Pertes des Basses. Les peitos dos Russos, daus la jouméo du 8, s'élèvent d'après leurs rapports k 2,684 tués dont 59 officiers; .6,058 blessés dont 232 officiers; 1,185 contusionnés dont 47 officiers; 1,763 disparus dont .24 officiers; en tout 11,690 honmies mis hors de combat, non compris les pertes de Tartillerie. Parmi les officiers se voient les généraux de Bussau, Touféroff et Lyssenko, tués ou mortellement

(i) Vmr pour les perles totales de rarmée française pendant le siège les pièces JosU* ûcatives,NM3.

blessés; les généraux Kfirouleff, de Martînau et Zouroff blessés, et le général Nossoff, contusionné.

Ainsi s'est terminé ce siège mémorable dont la durée n'a pas été moindre de onze mois (334 jours) et dans lequel les moyens de la défense et ceux de l'attaque ont atteint des proportions jusqu'ici inconnues (*).

Les Russes ayaient une garnison dont ils faisaient varier à vo-

(^> Frappés de la longueur du siège de Sébastopol^ quelques officiers étrangers ont émis ropinion que les escarpes revétoes en maçonnerie né sont pas.d^une utilité incontestable dans la défense des places fortes.

Sébastopol^ vaste camp retranché défendu par des fortifications de campagne à grand profil^ tirait sa principale force d*un armement tel qu*on n'en peut rencontrer que dans un grand arsenal maritime^ et d'une année nombreuse qui a toujours conservé ses libres cammu^ nications avec Fintérieur de la Russie.

Si l'enceinte eût été pourvue de Wnnes escarpes revêtues^ s'il avait fallu y faire brèche pour pénétrer par des passages difficiles en arrière desquels nos tètes de colonne auraient rencontré une armée^ Sébastopol eût été une forteresse inexpugnable.

Que l'on compare en effet les travaux d^attaque de Sébastopol à ceux d*un siège ordinahre^ on verra que au 8 septembre 18^5^ Jour du dernier assaut, on n*avait exécuté, iq[>rè8 les plus grands efforts, que les cheminements qui précèdent le couronnement du chemin couvert; on n'était donc pas encore entré dans la période des travaux les plus difficiles et les plus meurtriers d*un siège, et il n*y avait pas lieu de s'y engager, puisque lès fossés et les parapets de Tenceinte n'étaient pas infranchissables, ainsi que l'événement l'a prouvé. La difficulté était de vaincre l'armée russe sur un terrain préparé de longue main pour sa défense tout autant que de surmonter Tobstacle matériel delà fortification. Nos places d*armes étant étv blies à 30 mètres des ouvrages assiégés, on avait pu choisir l'insUnt du combat et s'élancer à Timproviste sur rennemi que les feux de notre artillerie avaient forcé de s*abriter jusqu au dernier moment sous ses nombreux blindages ; aller plus loin, c'eût été provoquer l'armée russe à prendre Kinitiative de l'attaque.

L'absence des murs d*escarpe, qui auraient mis U place à Tabri de l'escalade, n'exerçait pas moins dinfluence sur k défense, car les assiégés étaient forcés d'avoir en penntnenee, à la gorge des ouvrages, de fortes réserves prêtes à r^ussa^ l'assaut dont ils se sont vus menacés dès le conmiencement du siège.

Enfin, il est à remarquer que ces réserves, qui ont été décimées nuit et jour par les feux concentriques de nos batteries, pouvaient sortir de l'enceinte par de larges débottchés sans passer par les étroits défilés que forment les ponts-levis des places revêtues; elles étalent

lonté la force et la composition et un matériel presque illimité. Le nombre de leurs bouches à feu en batterie ne peut être estimé à moins de 1,200, et même de 1>500 si on tient compte de celles qu'ils avaient établies sur la rive nord du port, et de celles qui ariiaient les bateaux à vapeur dont le feu a produit plusieurs fois de grands effets sur nos attaques. Malgré le grand nombre de pièces mises hors de service pendant la durée du siège et l'immense jopiahtité de projectiles que les Russes nous ont lancés, ils étaient encore largement approvisionnés, car les alliés ont trouvé dans la place 3,839 pièces d'artillerie, plus de 500,000 projectiles, et 262,000 kilogrammes de poudre épargnée par l'incendie (*> !

A la première ouverture du feu (17 octobre 1854) le nombre des pièces servies par rartillerie française de terre et de mer était de 53, mais ce nombre s'est constamment accru et a atteint un maximum de 601 bouches à feu qui étaient en batterie lors de l'assaut ^. L'artillerie anglaise, qui avait au début 73 pièces en batterie, en avait 194 à la fin. L'artillerie française a lancé , pendant la durée du siège, 510,000 boulets, 236,000 obus, 350,000 bombes, et 8,000 grenades, fusées, etc. ; en tout 1,104,000 coups, qui ont consommé plus de 3,000,000 de kilogrammes de poudre. En estimant à environ 400,000 le nombre de coups tirés par les Anglais, on voit que les alliés ont fait pleuvoir sur Sébastopol environ un million et demi de projectiles de toute nature. Le nombre de cartouches d'infanterie brûlées par l'armée française, pendant toute la durée de la guerre

donc une menace permanente pour les assiégeants qui se trouvsûent exposés à voir leurs trancbées inopinément envahies par la mineure partie de Tarmée rosse.

On ne se trouvait donc, ni d'un côté ni de Tautre/ dans une position analogue à celle que présente le siège d'une place forte qu^me bonne escarpe en maçonnerie met à l'abri de rinsulte.

(*) Voyez pièces justificatives, N* iS.

(«) Voir aux pièces justificatives, N« 16, le détail de ces bouches à feu.

d'Orient, s'élève à plus de 25 miUions ; les cartouches à balle sphérique entrent à peine pour moitié dans ce diiffre.

Les trayaux d'attaque exécutés par le corps du génie sont aussi remarquables par leur grand déyeloppement que par les difficultés d'exécution. Il fallait cheminer dans un terrain de roc et sous le feu d'une formidable artillerie. Souvent la trandiée, commencée pénibl^nent et avec de grandes pertes pendant la nuit, était bouleversée dans le jour par le canon de-la place avant qu'on efit pu épaissir son parapet.-

Au moment de l'assaut, les ch^ninemçnts des Français présentaient un déyeloppement de 37 kilomètres aux attaques de la ville et de près de 30 kilomètres aux attaques du faubourg, Si on ajoute les 13 kUomètres de cheminements anglais devant le grand redan, c'est un développement total de 80 kilomètres ou de 90 lieues ! Pojar exécmter les cheminements des attaques françaises, on a employé ^iviron 80,000 ^[abions, sans compter ceux qui ont été repris dans les tranchées et reportés en avant, 60,000 fascines et plus d'un million de sacs à terrç (^>.

Quant aux travaux de mines (^), on a exécuté aux attaques de la ville, 1,251 mètres courants de puits, galeries ou rameaux ; on a fait jouer 116 fourneaux et ^ foug^sses-pierriers qui ont exigé une consommation de 65,795 kilogrammes de poudre ; 176 mineurs et 67 auxiliaires d'infanterie ont été mis hors de combat dans la guerre souterraine. Le développement des galeries de la défense construites devant nos attaques du bastion du mât et du bastion central ne s'élève pas à nu)ins de 5,360 mètres. C'est un travail immense qui atteste l'incessante activité des Russes et la grandeur des moyens dont ils pouvaient disposer. Il prouve une fois de plus que, comme

(«) Voir aux pièces justificatives^ N* 47, le matériel du génie envoyé à Farinée d'Orient. («) Voir pièces justificatives, N*» 48.

nous l'avions espéré, lès attaques de la ville sont restées jusqu'au dernier moment leur princfpale préoccupation ; si les efforts de leurs mineurs s'étaient partagés entre les fronts de la ville et celui de Malal^off, Us nous auraient causé de bien plus grands embarras (^>.

Les travaux si diflSciles et si périlleux exécutés par le corps du génie lui ont fait essuyer des pertes sans exemple dans l'histoire des sièges : 31 de ses officiers ont été tués ; 56 ont été blessés ou contusionnés ; 6 sont morts de nialadie. Parmi les tués on compte lé général Bizot qui commandait le génie de Tannée^ le lieutenantcolonel Guérin, 7 chefs de bataillon, 16 capitaines, 3 lieutenants et 3 sous-lieutenants W. Cette rude épreuve n'a jamais ébranlé la constance des officiers du génie, et leurs soldats ont suivi ce noble exemple. Deux compagnies en étaient à leur quatrième capitaine, les trois premiers ayant été tués, et elles n'en montraient pas moins d'ardeur. Dans les travaux de sape et de mine, les sous-offiders et soldats se sont montrés infatigables, et dans les actions de vigueur ils ont toujours fait preuve de la plus grande intrépidité.

(<) Voir aux pièces justificatives^ N<» 19^ une note sur les travaux souterrains des Russes.

^^) r.e tableau complet des pertes en officiers du corps du génie se trouve aux pièces jnsilficatives, N® 14.

Le corps du génie anglais a fak aussi de très-grandes pertes pendant le siège : dles se sont élevées à 14 officiers tués et 15 blessés; 54 sapeurs tués et 77 blessés.

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