‹ Siége de Sébastopol. Journal des opérations du génie, publié avec l'autorisation du ministre de la guerre; (volume 2)Chapitre 15 sur 64 · ÉVÉNEMENTS ET OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS ET OPÉRATIONS

OUI OHT SUIYI LA PRISE DE SÉBiSTOPOL.

L'incendie qui dévorait Sébastopol et les explosions qui se suc- ^'deSébSsiopoî!'*" cédaient depuis la nuit du 8 au 9 septembre n'avaient pas permis d'inquiéter la retraite des Russes ; ils empêchèrent également d'occuper la ville aussitôt après sa complète évacuation. Les plus belles habitations étaient devenues la proie des flammes, et on ne pouvait en approcher sans danger; car, pour éviter l'accumulation des poudres pendant le siège, les Russes en avaient fait des dépôts dans un grand nombre de caves. On se contenta de faire entrer, dans la journée du 9 septembre, de petits détachements chargés de maintenir l'ordre et d'empêcher les maraudeurs de pénétrer dans la place. Le 9, à midi, le grand pont traversant le port était complètement rq)lié, et les Russes faisaient sauter le fort Alexandre et les magiasins à poudre de la quarantaine. Le fort Paul ne sauta que dans la matinée du 10. Le fort Nicolas resta intact : les Russes avaient commencé à établir des fourneaux de mine dans une partie dé cette immense construction, mais le temps leur avait manqué pour achever leur oeuvre de destruction. Le 12, les bâtiments à vapeur le Wladimir, la Crimée, la Khersonèse, la Bessarabie^ le Gromonossetz, VEJborouz, le Danube, le Turok et le Grosny furent coulés. Ainsi fut consommée la ruine totale de la marine russe de la mer Noire qui, au début de la guerre, comprenait 19 vaisseaux, 18 navires de rang inférieur, 12 bateaux à vapeur et 60 chaloupes canonnières.

Le 10 septembre, le général Bazaine fut investi du jComitiaDdement supérieur de Sébastopol avec une brigade d'infanterie sous ses ordres. Le chef de bataillon du génie Chareton fut nommé commandant du génie de la place.

Il avait été convenu entre les deux généraux en chef que la ville resterait entre les mains des Français, et que le faubourg Karabelnaya serait occupé par les Anglais. Quant au matériel et aux appro^ visionnements de tout genre abandonnés par les Russes, ils devaient être partagés, d'après les dispositions d'une convention antérieure, proportionnellement à Teffectif des deux armées, les Sardes comptant dans Tarmée anglaise (^). Une commission anglo-française s'occupa aussitôt d'opérer le recensement de tous les objets qui pouvaient figurer dans ce partage. On trouve aux pièces justificatives, N"^ 15, un extrait de l'inventaire dressé par cette commission.

L'artillerie désarma les batteries du siège, ne conservant que les batteries n""' 21, 22, 36 et 41 des attaques de droite qui avaient de l'action sur la rive nord du port.

Dès le 10 septembre, on s'était occupé de rechercher les emplacements les plus convenables pour établir quelques batteries près du port, tant dans la ville que dans le faubourg. Ces batteries, qui furent prêtes en peu de jours, génèrent les établissements russes sur la rive nord du port, y allumèrent quelques incendies, et lancèrrat des bombes jusque dans l'intérieur, du fort du Nord. De leur c6té, les Russes se hâtèrent de construire de nombreuses batteries,; et ils commencèrent à répondre à notre feu à partir du 21 septembre. Ils établirent en même temps sur la rive du port des tirailleurs qui rendaient

<^) Les effectifs cerliflés par les cliefs d'éut-major des deux armées éUîent, le 8 septembre, de 126,705 hommes pour Tarmcc française et de 63,715 hommes pour rarmée anglosarde*

Tabord de nos batteries fort dangereux. Gela noas obligea d'entreprendre des communications couvertes pour jarriver à nos batteries, et de eoUstniire quelques masques dans les rues de la ville. Vers la fin du mois» le tir des Russes avait pris beaucoup d'extension et ils répondaient à notre feu à xaison de deux coups pour un, sans cependant nous faire grand mal. Cette lutte d'artillerie engagée entre les ^ux rives du port attira sur la ville un grand nombre de projectiles qui y gèn^^nt beaucoup la circulation et ne permirent d'y laisser que les troupes nécessaires au service. . Dès que les Russes supposairat que nous voulions utiliser un édifice, ils s'empressaient de le ruiner. C'est ainsi que fut brûlée par leurs bombes une belle église qui dmninait toute la ville et que l'incendie avait épargnée.

On ne pouvait donc songer à profiter des ressources que présentait encore la ville pour y loger une partie de l'année pendant l'hiver, mais on en pouvait tirer des matériaux, principalement des bois de chauflEàge. La ville, divisée en lots, fut partagée entre les diff^ents corps de l'armée qui s'empr^sèrent d'enlever tout ce qui pouvait être utilisé, soit pour leur baraquement, soit comme bois de chauffage.

Les Russes ayant détruit de leurs propres mains la ville et une partie des forts, les gouvernements alliés décidèrent qu'on ferait aussi sauter les^ocks et les forts Nicolas et Alexandre, ce qui consomma la ruibe complète de Sébastopol .

Le général commandant le génie fit faire, par les oflBciers sous ses ordres, un lever à grande échelle de la place de Sébastopol et une triangulation qui permit de coordonner entre eux les différents levers de dél^il.

Dans la prévision de l'occupation de la ville pendant l'hiver, on entreprit le comblement des tranchées à partir de leur tète, et l'on fit retirer et transporter au parc le matériel susceptible d'être réemployé.

De nombreux travailleurs furent occupés à achever la construction

Ttavmix da fénie.

des Itgiied de Kamtosch dont les redoutes furent années au «ndjmidu matérM rasse trouvé à S^mstopoL

Une pMtie de Tarmée fut employée k améliorer et à recbargor la route ifsàj partant de Kainescli, aniyait au camp du moBlSm eu p«K sant pw le grand quartier général : c'était Tartère principale tde ma communici^oos^ On fit en outre trois nouvelles routes : la prenière allait du grand ipmtîer général à Sébastopot; la seconde, s^eBlb^aK diant sur celle de Kanuesdi près du grand quartier général des An-glaia, descendait dans la vallée de ta Tchemaya par le col de Bata^ dava, et, passant sur les liauteni^ de Fédoutdiine, arrivait au pont de Traktir ; enfin la troisième partait de Baladava pour aller rejoMre la route Woromoff. Toutes ces routes étaient bordées 4e fcttéset bien empierrées. D'autres routes encore dureM être feitn puurasswer les conmiunications avec les troupes de la vallée de BaldMr. L'année française exécuta en Oimée plus de 100 Idlomètrea de routes.

Indépendamment de 2,950 baraques qxà avaient été expédiées de France au commencement de la campagne, le service du.géntefit acheter à Constantinoj^, à Smyme, ^ sur la côte d'Asie entre Scutari et Sinope^ toutes les planches qu'on put trouver ; le mmistre de la guerre en fit expédier aussi de Marseille. On établit toutes les am^ ^bulances sous des baraques couvertes d'un double rang de planches, et on plandiéia le sol d'un certain nonriNre de tentes destinées à recevoir les malades s'ils devenaient trop nombreux pour pouvoir être tous logés dans des baraques. On fit des écuries en planches pomr 12,500 chevaux, l'expérience de l'hiver précédent ayant pnmvé qu'ils ne pouvaient pas supporter le froid lorsqu'on les laissait en plein air (*>. On compléta les magasins qui contraaient le§ vivres de

<*) Le service de l-intendanoe abrtta ton» leg chevaux ei béies de gomme employés aux tnmft ofUi éen yKkw.

r^année. £sfia» «n eoaetruint de&baraques (KMuruo» de poêles, les uaes k Vus^tf des étal»«i^iorft, les autres destitaées à setyir de. clMiitf « fdirs pour le&«iffieier8 c« les Mktotrdelou» le» cerpe.

Lft vitte de Sébastopol était co«iv«rte p«r le port« mais ttotre droite opérations eitémMim. éttit exposée aux «^tacpies de Tarmée russe. Le pteniw eoqps alla s^étabUr dan» k vaUée de Biudur^ occiçaiit aiiMt tes lisHiAeiirs qui se* pateot eette vaUée de cette du Belbek î la divisioB LevaiUant seule était leetée dMs s«tt sndett eamp pMT astww' le smice de la place. I^edeuxiène corps, qw oceiqkait la Ugae d&la Tdk^nsijca et le plateatt d'InkenMU»> étaM renfoceé p«r tes PiéaaMitihHs et les Xurost, ^ avait te «orp» d«i réserve «i Beconde figMw La garde inqt^ïcde avait lepris soB mma caaiqpttaeat ptès d« graad ft»ticr gteéral.

La i" «oven^ve» lorsque; l't^^oche de l'hiver vint rendre tout umm\îiaimtjmip%8aià0r ^aâ de la part des alliés q«e de c«lte de» Busses, la pl«9 grande partie du premi^ cMp» reçut Tordre de re~ vMiir daa» ses aaeimuMs peakkms sur te plateaii ée Khersonèse» eè tes trevpes pouvaient pfais de ressources, eônitre tes rigueut& de FWirer.

Afin d'i Afiié^ ^ Russes sut leur ligne de retanute, te généra) en (Ât^envaya, dans le eowantdeseplraM^e, la A^cûtw de e«v4d«ne du général d'Ailoovitte jrenforœr la garnison dTEupatoria qni se e«nposait alors de 17,850 Turcs et Egjrptiûis sems tes ovdres du mnàkk Ahmed<-Pacha. Le général d'Altonvilte eut te oonmandemeal aup^ rieur des troupes. Il résotait, dès son arrirée à Supatoria, de desaer-^ rertebtocuB étroit da^ tequd les Busses tatatent ta garnison. Le ^ septoBlH« il SA une recoabidssance, et te fi9 il s'avança juaqu'è B^aldùik, attaqua la cavaterte nmt, c<nHn»Miée par lec gén^«l Korff, prés du viitage de Kougyi^ et, après un brittant otM^oat* eor tefvaà Te^ueni 9 oaaons, Seèusiers,. 12 cussons, une forge éecaaapagne, 16^ priseaoiers et S&O chevaux. Vue autre reeonnaissance , £aite te 7 octobre, s'avance jusqu'à SS kilomètres d'Eupatém et

ramène 500 tètes de bétail, des cbevanx et des chameaux. Le 3 novembre, le général d'AUonyilie enlève encore aux Russes 270 boeufs, 3,450 moutons, 50 chevaux, 10 chameaux et 20 voitures.

Du côté de Kertch, toutes les troupes françaises se concentrèrent le 22 septembre au cap Paul, laissant aux Anglais la garde du fort de Yénikalé. Le 24 septembre, les troupes alliées traversèrent le détroit de Kertch et s'emparèrent, sans coup férir, de Taman et de Fanagoria. On en retira les matériaux nécessaires pour construire des abris d'hiver, et on détruisit les établissements d'où Tennemi aurait pu venir attaquer nos positions à l'époque où le détroit est gelé. Bipédition de Kinburn. Une autro oxpéditioti plus importante eut lieu en octobre contre les forts qui défendaient le liman du Dnieper^ espèce de lac communiquant avec la mer Noire par un étroit passage et recevant le Dnieper et le Bug. Le Dnieper est une des grandes voies fluviales de la Russie , et non loin de son embouchure se trouve la viUe de Kherson, centre de conunerce important et capitale du gouvernement de la Tauride. En remontant le Bug, on trouve à environ 11 kilomètres de son entibouchure et au confluent de l'Ingoul la ville de Nikolaieiff, port militaire et arsenal de construction de la marine. Les approvisionnements expédiés de Nikolaïeff à l'armée de Crimée étaient transportés par eau à Kherson où ils prenaient ensuite la route d'Aleschki à Pérékop. L'enttrée du liman du Dnieper était défendue, au sud de la passe, par lé fort de Kinbtun, barrant complétemrat une étroite langue de terre sur la pointe de laquelle se trouvaient en outre deux batteries en terre ; le fort d'Otchakoff domine cette passe au nord. On résolut de s'emparer de Kinburn pour permettre à nos bâtiments de pénétrer dans le liman et de menacer à la fois Kherson et Nikolaïeff, ou au moins d'intercepter toute communication par eau entre ces deux villes. Le général Bazaine, qui fîit remplacé dans le commandement de Sébastopol par le général Levaillant, reçut le commandement de 4,000 hommes de troupes de débarquement;

— 4S3 — 4^500 Anglais étaient sous les ordres du brigadier général Spencer. Les deux escadres, commandées par les amiraux Bruat et Lyons, appareillèrent le 7 octobre^ se dirigeant d'abord, pour tromper la surveillance des Russes, vers le port d'Odessa en vue duquel elles se réumrent le 9 et où elles jetèrent le plus grand effroi ; elles airivèrent le 14 devant Kinbum. Les troupes françaises et anglaises débarquèrent le 15 sur l'isthme, à l'est du fort, sous là protection de canonnières qui, ayant forcé la passe, avaient été prendre position dans le liman, et s'occupèrent immédiatement à se retrancher pendant qu'une canonnade de peu d'importance s'engageait entre le fort russe et 1^ bombardes des escadres. Le temps ayant été contraire pendant la journée du lendemain, ce n'est que le 17 que les escadres réunies pinrent commencer à agir efficacement contre le fort de Kinbum.

A neuf heures un quart du matin, trois batteries flottantes françaises, cuirassées de fer, ouvrent leur feu contre le fort, à une distance de 900 à 1,300 mètres. Les bombardes et les canonnières françaises et anglaises viennent Mentôt se joindre à elles. Les vaisseaux des deux, flottes, ainsi que les frégates dont quelques-unes ont forcé la passe du liman, s'emb(»sent à leur tour vers midi à environ 1,600 mètres, et lancent sur le fort où leurs feux se con-^ centrent une grêle de boidets et d'obus. Les remparts ne sont, plus tenables, et les maçomieries, qui se trouvent de mauvaise qualité, présratent en peu de temps, par l'action des batteries flottahtes,^ plimeurs brèches dans les fronts sud et ouest; les casernes et les établissements intédeurs deviennent 4a proie des flammes. Du c6té de iOTre, des chasseurs à pied embusqués demère-des abris dirigent leur feu sur les servants des pièces russes tirant à barbette, et deux pièces de campagne envoient des boulets et des obus dans 1^ fossés extérieurs où s^était réfugiée une partie de la garnison, écrasée de toutes parts par cet orage de projectiles. A une heure et demie^ le

fort ne tirant plus, Tescadre cessa son feu pour «iBYoyer dea parle^ mentaires au goaveriieur de Kioburn, le général Kokosowitck^ ^faà se rendit avec 40 ofiiciers et 1»379 soldats. On occupa aussiftèt le fort» et l'on s'efforça d'arrêter les progrès de l'incendie en faisant k part du feu i on parvint ainsi k sauver d'une entière destruction un maga* sin à poudre et une partie des étabUssenents rusMS. On trouva dans le fort 174 pièces d'artillerie.

Le 18^ les Russes firent sauter eux<*mèines la batterie Nicolas» saluée de l'autre c6té du liman» sur la pointe basse du promoÉtoire que couronne le fort d'Otdiakoff.

Rien ne s'opposant plus âi l'entrée des navires dans^loMttavdu Dnieper» les canonnières pénétrèrent le 19 jusqu'à rettbouchwetdes deux fleuves ; le 90 on remonta le Bug jusqu'à ewàron S iniMss, mmés une batterie russe établie à la pointe de Volojsk empêcha d'aller ptas loin.

Lest escadres rentrèrent à Kamiesch dans les premers jours de noyembre» laissant une station navale devant te fort de KkrilMini» dont la garde fut confiée au 95"" de Kgne. Annisiice et paix. L'eatréo do l'hiver mit&i à tonte opératî<» des années alliées. Il fallait attendre le retour du printemps pour reprendre les bostflités» dans le cas où les efforts de la diplomitio poîir rétabUr hi paii auraient écboné. Mais le premior acte du gmd congrès qui s^ouvrit à Parîs^ le 25 février 1856, fut la conclusion #wi armistice qui si»^ pendit toute kotfiitté, et bientôt la paix signée à Paris, le 90 mars^ par les |riénipotentiaires de la Fr»ce, de TAngleterro, de Hi tkn^ quie, de la Sardàigne, de la Rusne, de rAnIridie et de la Prusse, vmtterminer cette guerre qid avait jeté un nouveau lustre stf nos armes.

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