OBSERVATIONS
sur les (ravmix de mines exécutés par les Rftsses.
IM. Xm, lig. l, el XIV, lig. 2.
Après la prise de la place, on a pu étudier les contremines auxqueUes les Russes avaient donné un si grand développement devant le. bastion du mât et devant le bastion central. Nous en avons fait faire le lever avec une grande e^^actitude; on les trouve représentées planche XIII, fig. 2, et planche XIV,
fig. 2-
Les Russes avaient trouvé en avant du bastion du mât un terraui semblable à celui dans lequel nous avions cheminé en partant de notre troisième parallèle; nous en donnons une coupe, planche IX, fig. 1 {coupe $uiv€tni UN). On peut y remarquer,' au-dessous de la couche d'argile qui contenait nos dieminements et le premier étage des galeries russes, une nouvelle couche calcaire de 6"*60 d'épaisseur, une couche d'aide de 0^80, une couche calcaire de 0*70, et en0n une couche d'argile de 0*80. C'est dans cette dernière que les Russes, partant sans doute de cet adage que dmu les mm$$ eelmi qui a le desêoue a h deuue, avaient étabU leur étage inférieur que l'eau avait envahi sur plu^eurs points.
En examinant la grande extension que; les Russes ont donnée à leurs contremines, il parait hors de doute qu'ils ont entreiM*is ces travaux dès le commencement du si^e, en même temps qu'ils perfectionnaient les fortifications supérieures. Le système général de leur tracé se compose d'écoutes perpendi^ culaires aux faces des ouvrisses, s'épanouissant en éventaO vers les saillants, et reliées presque partout par des transversales. S'ils n'avaient pas été gênés dans leur travail, le tracé des contremiqes du bastion du mât ne présenterait sans doute pas moins de régularité que celui du bastion central ; mais, à partir du moment où la lutte s'est engagée, on ne distingue plus aucun plan, il s'est produit dans la marche des mineurs russes un désordre incontestable. Cependant ils n'avaient pas comme nous à contourner des blocs de rocher impossibles à traverser, ils étaient libres de leurs mouvements dans la couche d'argile, et ne devenaient vulnérables que lorsqu'ils en sortaient pour aborder le talus de nos entonnoii-s. On est porté à supposer que chatiùe mineur tenant la
tête d'un cheminement marchait pom* son compte sans se préoccuper de la route suivie par ses voisins. Les inconvénients de cette absence de tout plan arrêté d'avance sont évidents : on a fait beaucoup de travail inutile, car, avec un développement bien moindre de rameaux, on pouvait avoir autant de têtes d'attaque ; il devait être souvent impossible de distinguer le bruit du travail de l'ennemi de celui d'un voisin dont on ignorait la position exacte ; enfin, on ne pouvait produire ime forte explosion contre les Français sans détruire quelque cheminement russe. ^ •
On ne saurait imaginer un terrain mieux constitué pour la défense par les mines que celui de Sébastopol, mais, dans tout autre ca9, ce dédde de rameaux aurait été attaqué avec de grands avantages.
Le système inférieur des mines russes était établi à une profondeur de 16 à 17 mètres au-dessous du sol. Il a exigé de gi-ands travaux et n'a pas été utilisé ; l'enceinte de la place n'avait pas assez de valeur poiu* le justifier. Cependant au 8 septembre, on travaillait encore aux mines inférieures, car nous avons trouvé des outils de mineurs dans plusieurs rameaux ; le fourneau de la tête était tout prêt à recevoir le feu, et il ne fallait plus qu'im petit nombre de joimipour en terminer trois autres. Le fomiieau chargé était d'environ 4,000 kilogrammes, et cependant, ayant 10 mètres d'^aisseur de roc au-dessus de lui, ce n'eût été qu*uû énorme camouflet, et son effet se serait réduit à nous enterrer quelques mineure et à rompre les couches de roc pour arrêter nos cheminements. Les Russes araient peut-être supposé que ces gros fourneaux joueraient dans nos entonnoirs au moment de Tassant lorsque des troupes nombreuses y seradent réumes, mais les entonnoirs du bastion du mât n'étaient pour nous qu'un champ de bataille réservé aux mineurs. Sans supposer que les coups partiraient d'une si grande profondeur, nous pensions bien que les Russes s'étaient réservé la faculté de faire jouer pluaeurs fourneaux dans nos entonnoirs à un moment donné ; et en effet , pour un foûmçau pr^ré le 8 septembre dans les mines inférieures , nous en ' wùûs trouvé 16 tout chargés dans lès mines supérieures. C'est donc avec raisftn qu'on s'est bien gardé de ftîre séjourner des troupes ncMttbreuses dans les entonnoirs qui fermaient la quatrième parallèle.
Les Russes descen^Udent àms les puits du fossé du bastion dû mftt par des rampes informes, et ^eâ:^ puits ét^ûent défendus par des blindages peu solides et mal 6tai>li8. Quelques galbes étaient grossièrement coffi'ées à leur ori^e, et le» rameaux l'étaient aussi à leurs extrémités voisines des attaques. Tout cda était exécuté avec beaucoup moins de soins que nous n'en mettons dans nos travaux, mais cette négligence dès détails est peut-être un indice de la rapidité
de Texécution qui, dans la guerre des fnines, est la première condittou à rem«< plir. '
On passait d^un étage à l'autre au moyen d'écbeHes posées ds^ des puits qui étaient verticaux jusqu'à 3 mètres environ au-dessous du sol des* galeries supérieures, et on continuait à descendre tians les galeries inférieures par des rampes taillées en escalier dans le rcic.
Les mineurs russes employaient ordinairement la pelle et la pioche pour fouiller leurs galeries ; pour travailler à la som^dine ou faire des ouvrages de détail, ils se servaient de langues dé bœuf coudées et de planes recourbées dont; quelques-unes , refennées sur elles-mêmes, formaient un cercle et ne portwent qu'un seul manche.
On a trouvé aussi daas les mines des tarières cylindriques et des tarières coniques, mais eHes sont faîtes avec si peu de swn et la machhie destinée à les manoeuvrer est sf imparfaite que, si on en juge par ces instruments, nous n'avons rien à envier aux Russes pourles mines forées.
Les ventilateurs des Russes étaient dé petites pompes à air jumelées, renferméeë daûs^deà boîtes peu volumineuses. Elles avrient été* fabriquées- Ô Londres. L'air était conduit par des tuyaux en tôle mince de 1*50 à l^SÔ de longueur, et de 0*06 dé diamètre, pesant diacun de 7 à 8 kilogrammes et s' ajustant" par emboîtement conique^ Les coudes étaient formés par des parties arrondies sans angles ; il y cii avait cte toutes les t^nvertures. Les Russes enlployaient encore à Taérage dé leurs galeries des tuyaux en caoutchouc de même diamètre que les tuyaux de tôle. ^
Nous avons trouvé la poudre des fourneaux renfermée dans des barils, des sac^ ou des caisses. Le même fourneau contenait souvent des uns et des autres ; les deux ou trois derniers sacs renfermaient chacun une boîte d'amorce électrique, qui diffère des nôtres en ce que le fil de platine y est remplacé par des morceaux de charbon cylindriques taillés en biseau et dont les deux lames se touchent par leur tranchant suivant deux plans perpendiculaires. Nous ne donnerons pas ici une description détaillée de ces boîtes d'amorces cpii ont été envoyées dans les trois écoles régimentaires du gépie.
Les Russçs faisaient leurs bourrages en sacs à terre, et ils les renforçaient par des masques en madriers, espacés de 2 en 2 mètres dans la moitié la plus rapprochée de la charge, et de 3 en 3 mètres dans l'autre moitié ; ces masques étaient consolidés par une pièce de bois verticale entaillée aux deux tiers de sa hauteur pour recevoir une jambe de force qui était fichée en terre ; dans les rameaux coifrés , des jambes de force semblables soutenaient en outre les
iiiontaïus du châssis contre lequel le maf^ue élàii appuyé. Os Innirrages, qui avaient une longueur égale au double de la ligne de moindre résistance répondant au fourneau oixlinaire, étaient faits avec un soin minutieux : les joints des sacs à terre étaient souvent bouchés avec des chiffons.
Les conducteurs électriques, formés généralement de trois fils de cuivre enduits de gutta-percha, passaient dans des entailles pratiquées à cet effet dans la partie inférieure des masques.
Plusieurs débris trouvés dans la place nous ont prouvé que la pile de Volta était employée pour donner le feu ; les deux ou trois boîtes d'amorce que contenait chaque fourneau doivent faire supposer qu'il y avait souvent des ratés.
Les fourneaux que nous avons trouvés chargés dans Tétage supérieur ne contenaient que de 50 à 1 80 kilogrammes de poudre. Eu égard à la ligne de moindre résistance, ce n* étaient que des camouflets ou des fourneaux sous-chargés. Ces fourneaux, s'ils avaient été plus fortement chargés, souillant nécessairement du côté de nos entonnoirs, auraient produit des fougasses bien dangereuses pour nos travailleurs et pour nos gardes de tranchées, sans toutefois attaquer sensiblement le talus de rocher presque à pic qui se trouvait du côté de la place. Aussi apportions -nous totis nos soins à arrêter l'ennemi par des puits faits d'avance sur tous les points où il paraissait vouloir sortir de son talus.
Les contremines entreprises en avant de l'ouvrage Malakoff n'ont dû être commencées que vers la fin du siège ; aucun foiumeau n'a pu jouer avant l'assaut du 6 septembre. Le développement total des galeries n'était que d'environ 500 mètres.