ÉVÉNEMENTS ET OPÉRATIONS
om oit som la prise de Sébastopol.
L’incendie qui dévorait Sébastopol et les explosions qui se succédaient depuis Ja nuit du 8 au 9 septembre n’avaient pas permis d'inquiéter la retraite des Russes ; ils empêchèrent également d’occuper la ville aussitôt après sa complète évacuation. Les plus belles habitations étaient devenues la proie des flammes, et on ne pouvait eu approcher sans danger; car, pour éviter l’accumulation des poudres pendant le siège, les Russes en avaient fait des dépôts dans un grand nombre de caves. On se contenta de faire entrer, dans la journée du 9 septembre, de petits détachements chargés de maintenir l’ordre et d’empècher les maraudeurs de pénétrer dans la place. Le 9, à midi, le grand pont traversant le port était complètement replié, et les Russes faisaient sauter le fort Alexandre et les magasins à poudre de la quarantaine. Le fort Paul ne sauta que dans la matinée du 10. Le fort Nicolas resta intact ; les Russes avaient commencé à établir des fourneaux de mine dans une partie de cette immense construction, mais le temps leur avait mauquépour achever leur œuvre de destruction. Le 12, les bâtiments à vapeur le Wladimir ; la Crimée, la Kkèrsonète, la Iiessurahie, le Gromonosselz, l 'Elborouz, le Danube, le Turok et le Grosny furent coulés. Ainsi fut consommée la ruine totale de la marine russe de la mer Noire qui, au-: début de la guerre, comprenait 19 vaisseaux, 18 navires de rang inférieur, 12 bateaux à vapeur et GO chaloupes canonnières.
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Le 10 septembre, le général Bazaine lui investi du commandement supérieur de Sébastopol avec une brigade d’infanterie sous ses. ordres. Le chef de bataillon du génie Chardon fut nommé commaudiiul du génie de la place.
Il avait été convenu entre les deux généraux en chef que la ville resterait entre les mains des Français, et que le faubourg Karabelnaya serait occupé par les Anglais. Quant au matériel et aux approvisionnements de tout genre abandonnés par les Russes, Ils devaient être partagés, d’après les dispositions d’une convention antérieure, proportionnellement à l'effectif des deux armées, les Sardes comptant dans l'armée anglaise (0, Lue commission anglo-française s'occupa aussitôt d’opérer le recensement de tous les objets qui pouvaient figuier dans ce partage. On trouve aux pièces justificatives, .V IÔ, un extrait de l'inventaire dressé par cette commission.
L'artillerie désarma les batteries du siège, ne conservant que les batteries n“k 21, 22, .MJ et il des attaques de droite qui avaient de l'action sur la rive nord du port.
Dès le 10 septembre, on s’était occupé de rechercher les emplacements les plus convenables pour établir quelques batteries près du poi l, tant dans la ville que dans le faubourg. Ces batteries, qui furent prèles en peu de jours, génèrent les établissements russes sur la rive nord du port, y allumèrent quelques incendies, et lancèrent des bombes jusque dans l’intérieur du fort du Nord. De leur côté, les Russes se hâtèrent de construire de nombreuses batteries, et ils commencèrent à répondre à notre feu à partir du 21 septembre. Ils établirent en même temps sur la rive du poil des tirailleurs qui rendaient
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l’abord de nas batteries Tort dangereux. Cela nous obligea d’entreprendre des communications couvertes pour arriver à nos batteries, et de construire quelques masques dans les rues de la ville. Vers la lin du mois, le tir des Russes avait pris beaucoup d’extension et ils répondaient à notre feu à raison de deux coups pour un, sans cependant nous faire grand mal. Cette lutte d’artillerie engagée entre les deux rives du port attira sur la ville un grand nombre de projectiles qui y gênèrent beaucoup la circulation et ne permirent d'y laisser que les troupes nécessaires au service. Dès que les Russes supposaient que nous voulions utiliser un édifice, ils s’empressaient de le rainer. C’est ainsi que fut brûlée par leurs bombes une belle église qui dominait toute la ville et que l’incendie avait épargnée.
On ne pouvait donc songer à profiter des ressources que présentait encore la ville pour y loger une partie de l'armée pendant l’hiver, mais on en pouvait tirer des matériaux, principalement des bois de chauffage. La ville, divisée en lots, fut partagée entre tes différents corps de l’armée qui s'empressèrent d’enlever tout ce qui pouvait être utilisé, soit pour leur baraquement, soit comme bois de chauffage.
Les Russes ayant détruit de leurs propres mains la ville et une partie des forts, les gouvernements alliés décidèrent qu’on ferait aussi sauter les docks et les forts Nicolas et Alexandre, ce qui consomma la ruine complète de Sébastopol.
Le général commandant le génie fit faire, par les officiers sous ses ordres, un lever à grande échelle de la place de Sébastopol et une triangulation qui permit de coordonner entre .eux les différents levers de détail.
Dans la prévision de l’occupation de la ville pendant l’hiver, on entreprit le comblement des tranchées à partir de leur tète, et l’on fit retirer et transporter au parc le matériel susceptible d'ètre réemployé. ‘ .
De nombreux travailleurs lurent occupés à achever la construction • '* ■ • 57 .
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désalignés de Kamiesch dont les redoutes lurent armées au moyen du matériel russe trouvé à Sébastopol.
Lee partie de l’année fut employée à améliorer et à recharger la route qui, partant de Kamiesch, arrivait au camp du moulin en passant par le grand quartier général : c’était l’artère principale de no* communications. On fit en outre trois nouvelles routes : la première allait du grand quartier général à Sébastopol: la seconde, s’embranchant sur celle de Kamiesch près du grand quartier général des Anglais, descendait dans la vallée de la Tchernaya par le col de Balada va, et, passant sur les hauteurs de Fédoukhine, arrivait au pont de. Traktir ; enfin la troisième partait de Balaclava pour aller rejoindre la route Woronzoff. Tonies ces routes étaient bordées de fossés et ' bien empierrées. D’autres routes encore durent être faites pour assurer les communications avec les troupes de la vallée de Baïdar. L’armée française exécuta en Crimée phis de 100 kilomètres de routes.
Indépendamment de 4050 baraques qui avaient été expédiées de Franco au commencement de la campagne, le service du génie (U acheter à Constantinople, à Smyrne, et sur ta cèle d’Asie entre Scutari et Sinope, toutes les planches qu'on put trouver ; le ministre de la guerre en fit expédier aussi de Marseille. On établit toutes les ambulances sous des baraques couvertes d'un double rang de planches, et on planchéia le sot d'un certain nombre de lentes destinées à recevoir les malades s’ils devenaient trop nombreux pour pouvoir être tous logés dans des baraques. On fit des ecuries en planches pour 12,500 chevaux, l'expérience de l’hiver précédent ayant prouvé qu'ils ne pouvaient pas supporter le froid lorsqu'on les laissait en plein air W. On compléta les magasins qui contenaient les vivres de
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l'armée. Enfin, ou construisit des baraques pourvues de poêles, les unes à l usage des états-majors, les autres destinées à servir de chauffoirs pour les ofliciers et les soldats de tous les corps.
La ville de Sébastopol était couverte par le port, mais notre droite o^m»» e*tn«mw était exposée aux attaques de l’armée russe. Le premier corps alla s’étajdir dans la vallée de Baïdar, occupant aussi les hauteurs qui séparent cette vallée de celle du Jielbek ; la division Levai liant seule était restée dans son ancien camp pour assurer le service de la place.
Le deuxième corps, qui occupait la ligue de la Tchernay a et le plateau dinkcrmaiin, était renforcé par les Piômontais les Turcs, et avait lecorps.de «serve en seconde ligne. La garde impériale avait repris *’•’
sou ancien campement prés du grand quartier général.
Le 1” novembre, lorsque l'approche de l'hiver vint rendre tout mouvement impossible, tant de la part des alliés que de celle des • ■ Russes, la plus grande partie du premier corps reçut Tordre de revenir dans ses anciennes positions sur le plateau de Khersoaèse, où .
*' les troupes trouvaient plus de ressources contre les rigueurs de °; l’hiver. ...
Alin d'inquiéter les Russes sur leur ligne de retraite, le général en • chef envoya, dans le courant de septombre, la division de cavalerie du général d'Àllonville renforcer la garnison d'Eupatoria quise composait alors de 17,850 Turcs et Égyptiens sous les ordres du muchir Àjuned-Pacha. Le général d’Aiionville eut le commandement supérieur des troupes . 11 résolut, dès sou arrivée à. Eupatoria , de desserrer le blocus étroit dans lequel les Russes tenaient lé garnison. Le 35 septembre il fit une reconnaissance, et 4e 29 il s’avança jusqu'à Djoiçhak, attaqua la cavalerie russe, commandée par 4e général kerff, prés du village de Kouglni, et, après un brillant combat, en- • • leva à l’ennemi 3 canons, il obusiers, 13 caissons, «ne forge de campagne, 100 prisonniers et 250 chevaux, line autre reconnaissance , faite le 7 octobre, s’avance jusqu'à 28 kilomètres d'Eupatoria et . Y ■ • 57.. . ..
ramène 500 tètes de bétail , des chevaux et des ctjameaux. Le 5 novembre, le général d’Allonville enlève encore aux Russes 270 bœufs, 3,450 moutons, 50 chevaux, 10 chameaux et 20 voitures.
‘ Du côté de Kertch, toutes les troupes françaises se concentrèrent
te 22 septembre au cap Paul, laissant aux Anglais la garde du fort de Yénikalé. Le 24 septembre, les troupes alliées traversèrent le détroit de Kertch et s’emparèrent, sans coup férir, de Taman et de Fanagoria. On en retira les matériaux nécessaires pour construire des abris d’hiver, et on détruisit les établissements d’où l’ennemi aurait pu venir attaquer nos positions à l’époque où le détroit est gelé.
Eipédiboô 4i Xiafcoro. Une autre expédition plus importante eut lieu en octobre contre les forts qui défendaient le liman du Dniéper, espèce de lac communiquant avec la mer Noire par un étroit passage et recevant le Dniéper et le Bug. Le Dniéper est une des grandes voies fluviales de la Russie , et non loin de son embouchure se trouve la vilfe de Kherson, centre de commerce important et capitale du gouvernement de la Tauride. En remontant le Bug, on trouve à environ 11 kilomètres de son embouchure et au confluent de l’Ingoul la ville de Nikolaïeff, port militaire et arsenal de construction de la marine. Les approvisionnements expédiés de Nikolaïeff à l’armée de Crimée étaient transportés par eau à Kherson où ils prenaient ensuite la route d’Aleschki à Pérèkop. L'entrée du liman du Dniéper était défendue, au sud de la passe, par le fort de Kinburn, barrant complètement une étroite langue de terre sur la pointe de laquelle se trouvaient en outre deux batteries en terre ; le fort d’Olchakoff domine cette passe au nord. On résolut de s’emparer de Kinburn pour permettre à nos bâtiments de pénétrer dans le liman et de menacer à la fois Kherson • et Nikolaïeff, ou au moins d'intercepter toute communication par eau entre ces deux villes. Le général Bazaine, qui fut remplacé dans le commandement de Sébastopol par le général Levaillant, reçut le commandement de 4,000 hommes de troupes de débarquement ;
‘ 4,500 Anglais étaient sous les ordres du brigadier général Spencer. Les deux escadres, commandées par les amiraux Bruat et Lyons, appareillèrent le 7 octobre, se dirigeant d’abord, pour tromper la surveillance des Russes, vers le port d’Odessa en vue duquel elles se réunirent le 9 et où elles jetèrent le plus grand effroi ; elles arrivèrent le 14 devant Kinbum. Les troupes françaises et anglaises débarquèrent le 15 sur l’isthme, à l’est du fort, sous la protection de canonnières qui, ayant forcé la passe, avaient été prendre position dans le liman, et s'occupèrent immédiatement à se retrancher pendant qu'une canonnade de peu d'importance s’engageait entre le fort russe et les bombardes des escadres. Le temps ayant été contraire pendant la journée du lendemain, ce n’est que le 17 que tes escadres réunies purent commencer à agir efficacement contre le fort de Kinbum.
A neuf heures un quart du matin, trois batteries flottantes françaises, cuirassées de fer, ouvrent leur feu contre le fort, à une distance de 900 à 1,200 mètres. Les bombardes et les canonnières françaises et anglaises viennent bientôt se joindre à elles. Les vaisseaux des deux flottes, ainsi que les frégates dont quelques-unes ont forcé la passe du liman, s’embossent à leur tour vers midi à environ 1,600 mètres, et lancent sur le fort où leurs feux se concentrent une grêle de boulets et d’obus. Les remparts ne sont plus tenables, et les maçonneries, qui se trouvent de mauvaise qualité, présentent en peu de temps, par l'action des batteries flottantes, plusieurs brèches dans tes fronts sud et ouest; les casernes et les établissements intérieurs deviennent la proie des flammes. Du côté de terre, des chasseurs à pied embusqués derrière des abris dirigent leur feu sur les servants des pièces russes tirant à barbette, et deux pièces de campagne envoient des boulets et des obus dans les fossés extérieurs où s’était réfugiée une partie de la garnison, écrasée de toutes parts par cet orage de projectiles. A une heure et demie, le.
» fort ne tirant plus, l'escadre cessa son fou pour envoyer des parte- , •
mcntaires au gouverneur de Kinburn, le général Kokonowitcb, qui se rendit avec 40 officiers et 1 ,H7!J soldats. On occupa aussitôt le fort, ’
• et l’on s'efforça d’arrêter les progrès de l’incendie en faisant la part
du feu : on parvint ainsi à sauver d'une entière destruction un magasin à poudre et une partie des établissements russes. On trouva dans le fort 174 pièces d'artillerie. - • i
Le 18, les Russes iirent sauter eux-mêmes la batterie Nicolas, «ituée de l’autre côté du liuian, sur la pointe basse du promontoire que . " couronne le fort d'Otcbakoff. •
Rien ne s'opposant plus à l’entrée des navires dans le liman du Diùéper, les canonnières pénétrèrent le 19 jusqu'à l'embouchure des . deux ileuvos ; le 20 on remonta le Bug jusqu’à environ 5 milles, mais une batterie russe établie à la pointe de Volojsk empêcha d aller plus loin. . ,
Les escadres rentrèrent à Kamiesch dans les premiers jours de novembre , laissant une station navale devant le fort de Kinburn,
* dont la garde fut confiée au 95* de ligne.
Armistice «l part. L'entrée de l'hiver mil lin à toute opération des armées alliées.
Il fallait attendre le retour du printemps potnr reprendre les hosti- ' ’ • lUes, dans le cas où les efforts de la diplomatie pour rétabiirla paix
auraient échoué. Mais le premier acte du grand congrès qui s’ouvrit à Paris, le 25 février 1850, fut la conclusion d’un armistice qui sus- • -pendit toute hostilité, et bientôt la paix signée à Paris, le 30 mars, . par les plénipotentiaires de ia France, de l'Angleterre, de la Tur- . . ' quie, de la Sardaigne, de la Russie, de L’Autriche et de la Prusse, vint terminer celte guerre qui avait jeté un nouveau lustre sur nos armes.