‹ Siége et prise de Caen par les Anglais en 1417Chapitre 5 sur 15 · POPULATION DE LA VILLE DE CAEN AUX XIV®. BT XV®. SIBCLBS · texte numérisé non relu

POPULATION DE LA VILLE DE CAEN AUX XIV®. BT XV®. SIBCLBS

Je crois être resté au-dessous de la vérité en évaluant à 40,000 âmes la population de la ville au commencement du XV. siècle. J'ai pour garantie un document officiel du XIV». En 1363 , une rixe élevée entre les habitants de la ville et les gens d'armes de la garnison, devint une bataille furieuse dans laquelle vingt gentilshommes des troupes royales furent tués. Quelque temps après, le roi Charles Y accorda aux bourgeois de la ville une lettre d'abolition pour cette sédition. Un fragment de

cette pièce existe encore dans le chartrier de la ville. On y lit (f°. 16 ) : « et en ce avoit eu tel rumour quil si estoit assemblé plus de quarante mille personnes , demourans et habitans en ladite ville. » Or ^ il est vraisemblable que la population entière ne se trouvait point réunie sur le théâtre de la lutte. D'un autre côté, si, en 1363 , c'està-dire peu de temps après le désastre de 13ii6, la population était de plus de ^0,000 âmes, elle n'avait assurément pu décroître pendant la longue paix qui précéda l'an 1^17.

REGLEMENT CONCERNANT LA FABRICATION PBS DRAPS ET SER- GES , A CABN , CONFIRMÉ PAR CHARLES Y. 1367.

" Charles , par la grâce de Dieu , etc , sçavoir faisons que nous avons reçeu la supplicacion des Drapiers et ouvriers de draps et sarges de la ville de Caen , contenant, comme en plusieurs bonnes villes de nostre Royalme et aultres ou l'en œuvre de draperie et choses semblables, soit ordenné que chascun drap soit de certaine moison (mesure) et signé de certain signet de plomb , pour eschiver toutes fraudes et desfauts que l'en y pourroit commettre , en ladite ville de Caen ou l'en œuvre d'ancienneté grant foison du mestier de draperie y et de sarges, n'a eu jusques a ore aucunes ordennances de moison, ne poinct de signet de draps et es sarges qui y sont faicts et faictes, ou (au) grant dommage du pueple et de ceulx qui les acheptent, qui cuident (pensent) que iceulx draps et sarges soient tous d'une moison en long et

en lès ; et il y en a plusieurs qui sont mendres que les aultres.

« Et pour pourveoir à ce, et aussy aux fraudes et desfauts que l'en y pourroit commettre , lesdits supplians ont avisé certaine ordennance sur ce^ sçavoir :

« Que chascun drap faict en ladite ville de Caen et es fauxbourgs d*icelle, ait XXïV verges de long ;

« Les grants sarges V verges et demie de long et IV verges et demie de lé ;

« Les moyennes ayent V verges de long et IV de lé ;

« Et les petites, IV verges de long et III et demie de lé;

a Et les pannois III verges et III quarts de long et III verges de lé ;

« Et aussy que lesdits draps et sarges soient signés et signeez aux deuK bouts de certain signe de plomb , qui sera ordenné sur ce ; et que doresenavant nous aurons et prendrons sur chascun drap, ii deniers tournois et sur chascune sarge ung denier, qui seront levés en nostre main et à noslre proulfit par celuy qui portera ou mettera ledit signet.

« Et que chascun an seront ordeunés trois desdits supplians dudit mestier, lesquels , avant que ledit signe y soit mis, visiteront bien et duement tous les draps et sarges faicts et faictes en ladite ville et verront s'ils seront de bonne et loyal fachon , et des moisons dessus dites ; et se il y en a aucun qui ne soient bons et loyaux, ou qui ne soient de moison, ou que Ten porte hors sans estre signés dudit signet , ils seront fourfaicts et nous seront acquis.

« Pour quoy. Nous, considérans, etc., louons, approuvons, ratifions et confirmons ladite ordennance^ etc.

« Par le Roi , signé G. de Montagu. Paris , mars 1367. »

Bibliothèque impériale , fonds Colberl , vol. XXX.

On voit, par cette ordonnance, qu'en 1367 la draperie de Caen était depuis long-temps florissante et avait acquis alors assez d'importance pour mériter l'attention et Tintervention du pouvoir central. Quant à la matière première, elle Tavait en abondance sous la main, et mettait même en œuvre des laines de qualité supérieure, si Ton en juge par une clause du testament de Henri de Tilly, seigneur de Fontaine-Henry, qui, au XïïP. siècle, légua à l'abbaye d'Ardennes des moutons et des chèvres de Séville :

« Dédit etiam abbatîe de Ardena haracium (un haras) et boves et oves et capras de Sevilla, »

Ce testament très-curieux est cité presqu'en entier par M. de Caumont, au t. P^ de la Statistique monumentale du Calvados,

J'ai dit que l'industrie de la draperie ne s'était jamais relevée, à Caen, du coup que lui porta l'invasion anglaise. Je trouve , à la vérité , au XVIII*. siècle , un règlement pour les drapiers de Caen. Cela prouve, qu'à cette époque, on essaya d*y ressusciter cette fabrication, mais sans grand succès. Aux XVP. et XVIP. siècles, de Bras et Huet, qui énumèrent minutieusement toutes les industries de Caen, ne parlent pas des drapiers.

Page 1