‹ Siegfried et le limousinChapitre 19 sur 47 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

CErTE nuit-là, je rêvai. Au moment où j’apprenais à Kleist qu’il était Français, Eva me prouvait que j'étais Allemand. Pour éviter le scandale, Kleist prenait mon nom et je prenais le sien. L’aspeét du monde se modifiait pour chacun de nous à tel point, le sol sé boursouflant pour l’un quand il se dégonflait pour l’autre, que nous avions dû nous séparer. D’un chemin qu’il me disait de plus en plus droit et pavé, Kleist me ctiait que l’air devenait pour lui plus transparent* qu’on soudait ses raisonnements avec des charnières et ses passions avec des articulations, que les inseétes lui paraissaient plus menus, plus effilés, que le chant des oiseaux qu’il avait compris jusqu’à ce jour n’était plus à ses oreilles qu’un ramage, et dès qu’un corbeau | croassait, il me réclamait la traduétion; qu’il éprouvait enfin un désir indomptable d’absinthe et d’économies. Il m’appelait d’un mot assez vulgaire : Boche, et se hâtait vers Paris pour entendre enfin Mignon et Les Hyguenots. Les êtres humains dans ses environs avaient des pieds de plus en plus petits, tenaient de moins en moins au sol. Les édifices, les plantes, les animaux eux-mêmes avaient autour d’eux une gaine toujours Stylisée qui les protégeait d’un regard trop.

brutal, des chênes Louis XV ombrageaient des chiens Saint-Germain Henri Il; et si quelqu'un mourait sur. son chemin, il le saluait ‘profondément, disant pardon à la mort quand elle le bousculait. Moi, sur une co- ‘line qui menaçait à chaque in$tant de me rejeter comme le cercle tournant de Magic-City, je voyais, cramponné à l’arbre d'Adam lui-même, s “accoupler tous les contraires que j’avais jusque-là trouvés sépa- ‘rés, le pin au palmier, le phonographe au rossignol, la Sprée au Fleuve Bleu; je ne distinguais des hommes et des animaux que leur instrument de fécondation ou de destruétion, la trompe gigantesque des mouftiques, le formidable pistil des zinnias, l’h aspirée de mes compatriotes; parfois, j'étais pris de rage, c'était que la Zugspitze, la plus haute montagne allemande, n’eût que 2.963 mètres; parfois de ravissement, c'était que Louis II de Bavière pressait Wagner sur sa poitrine dont les décorations se collaient automatiquement à la poitrine de Wagner, — alors, je prenais une tendre blonde dans mes bras et la faisais mienne en pleurant. Puis, la colline arrivant à me désarçonner, car javais dû lâcher l’arbre en ce dernier événement, je m'éveillai avec une névralgie et des fourmis au pied, faibles agitations qui seraient sans doute de- - venues dans mon rêve le désir d’épouser Trieste ou de jouer du luth sous le rocher de la Lorelei, et la vie journalière, autrement compliquée, recommença pour moi avec les mouches efflées et le service à déjeuner en lézard.

Je n’eus point une seule fois, dans la semaine qui suivit, la chance de me trouver seul avec Kleist; son histoire était devenue légendaire, et les visiteurs

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abondaient. Le fait n’était pas isolé en Allemagne de ces pèlerinages autour d’écrivains sans production ou de peintres sans tableau. Il n’y à plus d'œuvres, ou à peu près, en ce pays; il n’y a plus que des auteurs. Disparus, ces Berlinois plus semblables à des silhouettes ou à des baudruches qui arrivaient à créer la vie et de lourds volumes, comme les femmes efflanquées, que personne jamais n’aima, à donner à la Prusse dix enfants. Disparus, les boutgeois dont l'Histoire se limitait à leurs allées à la brasserie et à leurs venues au bureau, mais qui écrivaient trente drames et des Paradis retrouvés. Plus mêmede ces romanciers philistins, inférieurs à leur œuvre, quelle qu’elle fût, comme le père Schwanhofer. Les romanciets allemands produisent le minimum de romans, les poètes, les tragédiens, des apparences de vers, des soupçons de tragédies; tous songent seulement à avoir les vies de romancier ou de poète les plus étonnantes, profitent du siècle qui s’y prête, et, grâce à la guerre, aux révolutions, aux vidtoires et aux défaites, accumulent les avatars en place de volumes et changent

plus souvent de continent que Gaœthe n’a chang“ d'étage. Si bien que kes biographies des artistes allemands sont toutes en ce jour infiniment plus captivantes que leurs ouvrages, en admettant que ceux-ci n'aient pas été complètement omis. De même que leur pays mettait sur sa carte de visite “ Premier Empire du Monde ”, ils ont écrit sur la leur le mot “ SchriftSteller ” ou le mot “Komponist”, sans songer plus que lui aux obligations intérieures que de tels mots exigent, et, trouvant trop lent sur eux et leurs semblables le travail déflagrant de la musique,

STEGFRIED ET LE LIMOUSIN. 15 de la Littérature ou des couleurs, lui préfèrent des agents plus rapides, comme la cocaïne, le trafic des bêtes fauves et les complots. À chaque devanture de librairie, on compte vingt biographies pour dix ouvrages et le public l’exige; toute l’Allemagne, chaque matin, se rue vers les noms propres nouveaux qu’a secoués la nuit, remplace avec délices les grands noms propres d’autrefois, Russie, France, Amérique par des mots individuels tels que loffé, Tannery ou Grane, personnages dont elle exige aussitôt de savoir la naissance, les voyages, et qui les aima. Il était déjà courant dans les écoles de demander aux élèves comment ils imaginaient la vie de Siegfried von Kleist avant sa blessute, et s’il ne l’avait défendu, un volume se serait publié de ses biographies, où il était deux fois fils de Liebknecht, deux fois Kleist lui-même, et un nombre infini de fois descendant de Gæœthe ou de Werther...

Je ne fus donc qu’à moitié surpris le jour où Eva vint me Re dans ma chambre, et me demanda qi j'étais.

Je commençais à me demander, moi aussi, qui était Eva. Tout ce que je savais d’elle jusqu’à ce jour, c’est qu’elle était belle, et, sous pas mal de rapports, assez différente des êtres féminins ses Sœurs, OCCupés en général, par ce siècle impossible, à se défendre des * intempéries des saisons, de leur propre lubricité, et de la cherté des taxis. Je savais aussi que la vue d’Eva à l’œil nu ressemblait pas mal à la vie des chrysanthèmes au cinématographe, et plus particulièrement de la vatiété Bourla. Ses cheveux s’ébouriffaient et se calmaient sans autte raison, semblait-il, comme au cinéma, que la contrainte de la durée. Ses mains jouaient

xo SIEGFRIED ET LE LIMOUSIN sans arrêt entre elles une comédie d’étamines, chacun des glissements de ses. yeux sur son visage, de son visage sut le fond de la toile, figurait un épisode dans cette lutte de la jeunesse avec une force qui, pour les films au ralenti plus encore que pour les accélérés, ressemble si fort au dépérissement et à la mort. Le parfum était à peine perceptible et comme suggéré, toujours comme pour les fleurs des projeétions. Parfois, ainsi que vous voyez s'épanouir soudain une pattie jusque-là invisible ou rigide du chrysanthème Bourla, un coin d’Eva fleutissait pour moi de façon imprévue. Ce jour-là, voyant mon admiration, elle tira la langue. |

— Qui êtes-vous? dit-elle. Quelle est votre biographie? Quels sont vos continents? ; Le jeu qui consiste en France à calculer combien

de départements vous connaissez chacun, ne se joue en Allemagne qu’avec les continents. On en inventa même de nouveaux pour compliquef le jeu : Mitropa, Gaelica… Ce que j'étais? J'étais quelqu'un qui ne connaissait pas l'Amérique, l’Asie, et, — demandet-elle à être un continent? — l'Irlande. Mais, tout ce qui peut vivre de femmes blondes à yeux verts aux environs de Seattle, de Trebizonde et de Dublin, j'étais quelqu'un qui les connaissait, L’ami de la femme du consul suédois de Cork, dont les yeux ne. furent verts qu’une année, pat bonheur celle de mon. séjour, ce n’était Pas, comme on l'avait prétendu, O’Sullivan Dolywood, c'était moi. Celui qui se brouilla avec Betty Schef, qui prétendait le faire asseoir du côté de son œil noir (ses yeux étaient vaitons), ce n’était pas, comme il fut publié, Oscat-

SIEGFRIED ET LE LIMOUSIN :13r Erick de Sumiprast, c'était moi. Celui qui eut de Rosine Ravarina un fils dont on ne vit jamais s’il avait les yeux de sa mère, car il mourut le premier jour, ce n’était pas Dante di Branginetti, c'était moi. Celui qui porta Nenetza Benge dans un grand papier, ce n’était pas Alcibiades Mevrondis, c'était moi. Et j'étais aussi, pour tout avouer, celui auquel le plus grand poète haïîtien avait dédié son meilleur poème, qui débutaïit par le vers devenu illustre : “ L’allègre pipirit a sonné le réveill..

— Haïti? dit Eva, qui m’écoutait sans trop d’impatience, mais qui eût désiré une biographie plus ordonnée, avec des dates. Haïti? Un de més cousins, Otto von Mueller, est tombé. du bateau entre Haïti et La Havane, et un requin l’a mangé... Pourquoi riez-vous? Il était très impoli de rire, mais au fond qui était à sa place, à mi-chemin entre Port-au-Prince et Cuba, du requin ou du fils Mueller? Famille entreprenante, mais imprudente, car le frère cadet était mort, lui aussi, dans un combat plus égal, à Brégy (Seine-et-Marne), où pas grand-chose ne l’appelait non plus, entre Vareddes et Dammartin. On pouvait, il est vrai, me faire aujourd’hui le même reproche et demander ce que je venais chercher à mi-chemin, — si je jugeai' . juste, — entre la haine et la sympathie d'Eva. Toutes — deux s'étaient rapprochées, car Eva m'avait pris ten- - drement les mains et'me regardait durement dans les yeux.

— Vous avez le front de votre père, lui dis-je. — Laissez le front de mon père. Si vous voulez tout savoir, et pour compléter cette circulaire du Major Schiffi qu’Ida vous a donnée, j’ai les hanches de ma

tante Schadow et de la Madeleine de Cranach, les dents de mon grand-père Curlus et de la sirène d’Adam Kraft, la poitrine de mon arrière-grand-mère Dorothée, et, celle, double, bien entendu, de Penthésilée. Mais vous, qui êtes-vous?

Je n'avais plus peur des femmes. Ma peur venait autrefois de ce que je les croyais rares et périssables. . Mais je savais, depuis la guerre, que c’est dans le cotps de l’homme, infiniment plus fragile, que se logent tous les aimants qui attirent le plomb, le fer, l'acier mortel. De toutes ces amies de jeunesse que j'avais eu de telles craintes d’abord d’effleurer, puis de palper, puis d’étrangler, aucun ne manquait encore à l'appel. À peine leur cohorte, pour user des mots poétiques chers aux sénateurs, quand ils disputent du vote des femmes, à peine leur cohorte s’étaitelle acquittée, par le don d’une jeune poitrinaire ou laide d’une vague de fond, de l’impôt le plus dérisoire. J'étais sûr de mourir avant Eva. Cela m’enleva tout scrupule.

— Votre nom? répéta-t-elle.

Je lui déclarai que mon nom était Chapdelaine ou,

plus exatement, Chapedlaine.

: — Mon cher Jean, disait-elle, jouons franc jeu. Zeten m'a rappelé, à propos, que je vous avais connu jadis. J’ai retrouvé vos initiales sur une de vos lettres à mon père, votre nom dans le catalogue de l’Univetsité, et jai obtenu du reteur votre feuille matricule. La voici... |

Elle me tendit, en effet, ma carte de 1906, sur laquelle il était écrit que j'étais né en Limousin, que j’habitais l’Ile-de-France, que javais étudié en Berry

(car à l'étranger je suis plus fier de mes provinces que de mes départements). Le reste de la carte était vide. À ces questions indiscrètes que posent les Universités allemandes au nom du ReGor magnificus sur votre puberté, ses manifestations, et sur vos vices, j'avais refusé de répondre, évitant ainsi de cofnpromettre, entre autres, l’Anjou, le Vivarais et la Saintonge. Je me félicitai de n’avoir pas commis d’indiscrétion dont Eva sûrement eût tiré avantage.

— Répondez-moi, dit Eva, et lâchez-moi, il y a danger.

Elle parlait en pylône életrique, et en effet, si j'en croyais Ida, Eva supportait des câbles assez chargés en volts, celui de la Consul, celui de la Thulé, ceux des Schutzcorps..

— Que faites-vous autour de Siegfried Kleist? Que machinez-vous contre lui?

ÂAssuré que vingt bonnes années après qu’on m’aurait enterré dans mon petit cimetière au fond d’un cercueil égal, pour la bonne ordonnance, au plus long . cercueil de mes aïeux, la belle Eva vivrait encore, chrysanthème Bourla à son déclin, sa fureur ne m’impressionna point. J'adore d’ailleurs les scènes entre jeune homme et jeune femme, dès qu’elles éclatent en Allemagne. Elles y correspondent à ce qu’est en Écosse le silence des deux fiancés dans la caverne, aux États-Unis à l’adoption par deux amoureux d’un petit de blaireau ou d’oiseaü rieur, en somme à toute contraction romantique de l’âme, et sur l'océan Indien, où l’on ne bouge point par paresse, et où l’on laisse faire les scènes par les éléments eux-mêmes, au typhon et au grand éclair. Il se consomme heureuse-

É 134 SIEGFRIED ET LE LIMOUSIN ment en Thuringe et en Souabe, à l’usage de ces débats, plus de cravaches, plus d’aumônières de velours, plus de baisers pour ennemis que dans le monde entiet. Surprenant les mains d'Eva déchaînée par un geste que je n’avais pas révélé dans ma feuille matricule au Reétori Magnifico, immobilisant ses genoux par une méthode que j’avais apprise d’ailleurs depuis l’Université, je limitais tout mon péril à ses dents et ses lèvres par la pratique assez connue, si vous voulez, en Picardie, et dénommée baiser. Assuré que cette amazone nourtirait encore de myrtilles et de quenelles sa hanche d'Adam Kraft et son sein de Penthésilée alors que depuis longtemps seraient plantés sur ma tombe les arbres différents que jai indiqués au hasard comme mes arbres préférés à mes amies, le petit catalpa, le laurier, le chêne-liège et le saule non pleureur, je l’embrassai.. J’avouais peut-être ainsi que je n'étais pas un Chapdelaine, Mais c'était la fin de la scène. Mais c'était ce qui correspond, en Écosse, aux appels de Miss Draper, le chaperon, pour le golf; aux États-Unis, à la morsure faite par le petit blaireau, et, sur l’océan Indien, à la mer calme, calme au-dessus des dix mille Chinois noyés dans la minute, sans vagues, mais éventrée de sillons comme un champ. Eva n’avait pas reculé. — Je ne sais si je hais tous les Français, dit Eva, perfectionnant l’exemple classique de la litote : je hais la France. Tous les soirs, je fais réciter à mes petites cousines la prière contre la France, que répandent nos ligues.

— Récitez, lui dis-je. On gagne des indulgences à toute heure,

BSIEGFRIPEDUET LE LIMOUSIN x;s Elle récita : :

“ Sainte Marie, Mère de Dieu, délivrez le ne de la race horrible des Français. Vous qui êtes pleine de grâces, vous qu’écoute le Seigneur, faites des lieux où ils prétendent vous vénérer, Lourdes et autres, des : lieux de cata$trophe et de ruine. Vous qui n’avez pas intercédé pour les Mèdes assassins, les honteux Carthaginois, laissez le Christ vengeur répandre sur eux son soufre et sa poix. Priez pour nous, pauvres pécheurs, qui allons reprendre nos armes pour chasser les Nègres du Rhin, les Annamites du Neckar, les Marocains de la Moselle, et, comme aux merveilleuses Vêpres siciliennes, massacrer les Français dans leurs culottes rouges, battre d’orties les Françaises enduites de leurs fards, et disperser leur engeance avec celle des Serbes et des honteux Roumains. Dites à sainte Catherine de laisser flamber leurs demeures. Dites à sainte Barbe de laisser exploser leurs mines. Que les cent mille bœufs livrés par nous empestent leurs troupeaux. Que les cent mille wagons livrés par - nous soient dans leurs attelages de trains les coursiers noits. Ainsi soit-il. ” Voilà! Il n’est pas un enfant bien né en Bavière qui ne récite cette invocation sut sa petite descente de lit alors que monte la lune derrière les vitraux.

Elle réfléchit :

— Que font les petits Français à pareïlle heure? — Ils disent aussi leur oraison. Vous voulez la. connaître?

Je récitai :

“ Saint Gabriel, nous te rendons ton glaive qui a vaincu le petit Hindenburg. Saint Michel, nous te

rendons ton bouclier qui a terrassé le petit Ludendotff. Saint Raphaël, nous te rendons ton casque auquel s’est brisé le casque du petit Guillaume. Quand le temps sera venu de pardonner aux petits Allemands qui ont détruit 789.000 de nos maisons, convenons d’un petit signe qui sera un petit enfant bavarois offrant de lui-même 10 petits pfennig à la France;

quand le temps sera venu de pardonner aux petits .

Allemands qui ont déporté nos sœurs, qui ont rasé nos cerisiers et nos pommiers, qui ont dévasté 3.337.000 de nos heétares, convenons d’un petit signe qui sera une petite fille hessoise refusant de dire le soir sa petite prière homicide, car, Archanges, en nous donnant la viétoire, vous nous avez enlevé le droit de haïr.” Parlons donc franchement, Eva; asseyez-vous, puisque nous avons dit nos Beredicite. Où avez-vous rencontré Siegfried pour la première fois?

Cette fois elle me répondit. Sa robe avait glissé et l’on voyait une épaule. Que voulaient dire les archanges par ce signe?

— À Sassnitz, à lPhôpital, dans la salle des soldats atteints à la tête et inconscients, prisonniers et alliés, où l’on m'avait mise parce que je sais pas mal de langues et que je traduisais leurs appels. C’était affreux. On aurait dit l’Europe. Au bout d’une semaine, -je comprenais la nationalité des cris, des râles. Jai vu Siegfried arriver le 4 mats 1915. Cette date est porté sur son livret, à la place de sa naissance.

— Et la nationalité des plaintes de Siegfried, à quoi l’avez-vous reconnue?

— Que voulez-vous dire?

— Je sais où l’on à ramassé Siegfried. C’est dans un bois où se battaient la légion étrangère et un régiment imi-allemand mi-autrichien. Toutes les nations du monde, ou à peu près, et même les neutres, ont laissé des blessés sur ce terrain. À quoi avez-vous reconnu que Siegfried était Allemand?

— Avant de s’évanouir, il avait crié Wasser.

— Aux troupes anglaises et françaises, avant lPassaut, on apprenait à dire, en Orient : “ Mahomet est son prophète ”, et en Occident : “ Vater mit Kindern ”, ou “ Wasser ”.

Se croyant acharnée à la discussion, mais l’étant surtout à la lutte, Eva s’était approchée avec tant de menace que son nez toucha le mien. C’est la déclaration de l’amour dans quelques îles malaises. Mais je me gardai d’exprimer tout haut cette réflexion frivole. Je men tins à une déclaration d’inimitié analogue à la première. Je n’infligeai pas à Eva le frotte: ment des deux oreilles, qui en Bechuanaland engage pour la vie deux êtres à vivre ensemble du produit de la chasse, ni du front et du menton, qui, dans la secte Dibamba, en Haut-Ogoué, connue de Zelten, signifie que vous mangerez du même homme et que vous êtes autorisé à inscrire sur le captif vivant, à votre morceau favori, un numéro réservant votre part. En-

serrant ses deux bras dans l’étau du Berry, comme

eût dit ma feuille matricule, je lui donnai le baiser,

si vous voulez, de Louveciennes. ”

__— Savez-vous, dit-elle, quand elle put parler toujours maintenue contre moi, quelle formule les étudiantes et les jeunes filles allemandes récitent et doivent copier neuf fois et adresser à neuf amies ?

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