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Dieu, qu'ils sont désagréables au pied... Pour les « animaux et les hommes, au contraire, je n’ai plus de parti pris, plus aucun. Dieu sait si j'ai pu détester les . singes, les animaux à langue visqueuse comme le four- . milier, les rats; je les verrais sans ennui entrer main- … tenant par centaines dans ma chambre; et aussi d’ail- - leurs ce pauvre Bouguereau, et aussi cet hypocrite de
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Kessler, et Lantelme, et un grand blond dont je me.
souviens, mais cela c’est une autre histoire... La porte s’ouvrait. Ce n'étaient ni les fourmiliers,
ni les rats, ni le cortège des humains dont la présence *
l’agaçait, des aétrices aux députés, ce n'étaient pas
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non plus, hélas! les Bernardo de Rothschild. C'était « le doéteur avec sa morphine. Il essayait de la faire. :
taire.
— Je me tais. Mais ce grand blond, malgré tout,
jy reviens. Une brute, qui croyait tous les autres êtres
des brutes, ne les aimant que pour cela, et dispatais- "
sant le jour où il doutait de leur brutalité. Que n’ai-je pas commis pour retarder ce jour-là! Sous ses yeux,
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je touchais en brute à mes oiseaux, aux vertes, à moi- “
même. Dès que j'étais seule, j’essayais de réparer en embrassant et caressant comme je pouvais ces pauvres objets et cette pauvre femme. Mais cela ne vous intéresse point, Kleist. J’ai des projets sur vous. Voulezvous que nous fassions l’aveugle et le paralytique. Je nai plus rien devant moi, mais j’ai un petit passé.
On n'arrive jamais à la mort sans dot. Je voudrais |
vous léguer ce qui peut subsister de ces trente-six ans,
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et deux ou trois commissions. Je tiens à ce que vous «
habitiez parfois ma maison de Solignac. Vous hérite-
rez de moi, de moi-même; j’ai écrit dans ce papier.
deux ou trois de mes manies que je voudrais ne pas voit périr, car je n’ai pas de petits-neveux auxquels elles reviendraient naturellement, comme disait Heine dans sa troisième lettre, Je tiens à ce que vous soyez
à Paris pour l'Exposition coloniale de 1924. Celle des Âtts appliqués, je m’en moque. (Arts appliqués est | d’ailleurs une faute de français.) Je tiens à ce que …
tend
… toutes les fois que vous entendrez le mot Prémisses… — Elle passa ainsi le soir à séparer ce qui devait périr - avec elle et ce qu’elle devait planter dans le nouveau ” passé de Kleïst. Puis quand le chromo officiel de sa …. vie fut épuisé, quand les troupes alliées eurent défilé …— sous l’Arc de Triomphe, et quand il ne resta plus en elle que ses défaillances, ses erreurs, ses mauvaises … habitudes, elle se tut, gémit toute une nuit, ressembla soudain à la mort, ressembla pour la première fois à son fiancé futur et non passé et mourut...
… Ir était minuit. Tous les Français dormaient. Y com
pris le million de mères que la guerre a privées de … fils. Y compris, dans les dortoirs de la Légion d’hon- “ neur, groupées pour la surveillance autour de la … répétitrice qui ronfle sous sa tonnelle de mousseline, les « quatre élèves romantiques. La lune, pour une aussi - belle nuit, s’était arrangé à la paraffine des traits not-
maux. À peine un futur clairon s’exerçait-il dans les - jardins lumineux sut un clairon d’argent. Tout dor- « mait entre Rhin, Atlantique et Pyrénées, y compris, - car c'était le lendemain d’un dimanche d’éleétions « ct de sport, les nouveaux conseillers généraux et les
- nouveaux champions de longue paume. Y compris Monet, Bergson, Foch... Dans une proportion défavorable aux pyjamas et favorable aux chemises de
» madapolam, les huit cent mille fonétionnaires dot-
. maient, gloire et douceur de l'État. L'égalité de la
» nuit pénétrait par des millions de volets hermétique-
- ment clos et par cinq au six fenêtres ouvertes le peuple
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234 STEGFRIED ET LE LIMOUSIN le plus amoureux de l’égalité et le plus ennemi de l’air. « À peine une cloche mal attachée tintait-elle patfois en. reprenant son équilibre. Au douanier et au poète qui” veillaient encore, par respedt de la République ou du firmament, et qui recevaient debout les coups homicides de la nuit, la nature hypocrite affe@tait de se donner . elle aussi pour mortelle, mais ne consacrait à cettew politesse que l’effort minimum, une brindille er un craquement dans un silo, ce peu qui satisfait, 1 paraît-il, les douaniers et les poètes que consume à“ minuit l’idée d’une nature immortelle.. Tout dormait. Ÿ compris les acteurs et les a@rices encore maquillés” dans le dernier train de Bois-Colombes. Les trois cent mille concierges dormaient, mais avec des sursauts, consciences des maisons. Y compris le Loing dont on avait clos les écluses. Y compris, dans de grands cimetières inclinés à la lune, Pasteur, Debussy, Rodin...” Tout dormait... | Hormis moi, qui regardais Forestier endormi, dans” le wagon qui nous menait au Limousin. Devant la" première pente du Massif Central la locomotive souf-* flait. J'avais fermé le gaz, tiré les rideaux. Je mainte-* nais l'ombre sur mon ami jusqu’au moment où je* pourrais à la fois lui apprendre son nom et lui révéler” son département Haute-Vienne étincelant, car j'avais l décidé de tout dire aujourd’hui. Il dormait, comme | tous les Français. Je l’entendais parfois rêver dans sa. langue étrangère, je me penchais, je lui répondais dans la mienne, je ramenais le français sur lui comme * une couverture. Ce qui restait encore en lui de Siegfried aspirait à longue haleine cet air nouveau de la montagne. Ce qui restait en lui de Kleist maintenait-
“sur ses yeux que la mort de Geneviève avait adoucis - des-paupières encore rudes. Puis on cria le nom de la - première gare limousine, et, soudain, ce département que j'avais quitté à deux ans et que je croyais ignorer … me reçut comme son enfant. Mon père l'avait habité toute sa jeunesse, tous les noms propres que l’on pro- « nonçait chez moi avec amour et respect étaient pris … dans les almanachs, les annuaires, les journaux de ce pays, et jamais noms n’avaient contenu pour moi plus “de noftalgie et d’aventure que ceux qu’appelaient M maintenant à toute voix les employés, ou que je voyais «collés au flanc des gares comme des colis précieux «laissés pour moi en consigne, entre des arbres et des troupeaux dont mon cœur aussi reconnaissait la race, par mon père adolescent. Car, comme si l’on criait tout à coup dans le silence, aux arrêts de votre train, …les noms de celles que vous avez aimées ou désirées, on criait Argenton, Saint-Sébastien, Azérables! Dès … le sud de Châteauroux tous les bourgs dont je connaissais seulement par mon père les dates de foire et de “ frairie sottirent pour une si belle rencontré de leur réserve fixée par le préfet, et Eygurande, de son pre- “ mier jeudi mensuel, Saint-Sébastien de son troisième mardi, La Souterraine de son deuxième vendredi et « de son 28 février des années bissextiles vinrent me - saluer jusqu’au quai. Gargilesse, Crozant, pas un seul … de ces boutgs dont je ne connusse exaétement à quel … jour et à quelle saison se produisait vers lui la migta- «tion des génisses, des dindons et des poulins. À Sagnat, » j’aperçus dans l'étang la plus grande quantité d’eau “ que mon père ait jamais vue, car il ne connaissait
- pas la mer. À Razé, où mon père vit Monsieur Grévy,
236 SIEGFRIED ET LE LIMOUSIN une gare obscure, myStérieuse, accrochait pour la ‘première fois dans fnon esprit au train présidentiels le wagon de la solitude. Toutes les sonnettes des. gares sonnaient sans arrêt; en lisant ou en ptononçant leur nom, j'avais pressé sur un bouton électri- î qué que je ne savais plus apaiser et qui appelait pour $ moi de la bourgade et de la commune tous les person-
nages liés à elle dans ma mémoire, à Morterolles, le & père Arouet de Saint-Sauveur, l’athée, qui faisait ses £ enfants en janvier pour qu’ils naquissent en septem- ” bre, mais dont la femme n’avait que des grossesses | faccourcies ou prolongées; à Bessines, le cantonnier, le père Bénoche, qui avait sauvé un colonel en Crimée, un général au Mexique, et dont la vie était ratée, î disait-il, cat il lui restait à‘sauver un maréchal; au - Breuilh-au-Fa où l’on prend au filet les saunas] Monsieur Claretie qui avait emmené à la pêche mon … père, le jour où il eut juste un mètre, et qui l’éten- 4 dait près des poissons pour les mesurer, À Droux, où des renards qui mangeaient les baies sous des genévriers effrayèrent mon père quand il regagnait le col- : lège, après les arrière-petits-neveux de ces tenards, peut-être, des chiens aboyaient. A Ambazac, où le loup suivit son cheval, je vis, en me penchant, deux disques vert et rouge, un loup vairon. J’entrais dans le pays le plus légendaire pour moi après celui de Gulli- # vet, mais où les hommes avaient ma taille et où le j train passait. Tout ce qui a permis de prouver que l’itinéraire de Chateaubriand en Amérique était faux prouvait que la jeunesse de mon père était vraie. Ii y avait juste la place entre Fursac et Blond pour la chasse à courre des Lecointe. Je devinais le nom |
SIEGFRIED ET LE LIMOUSIN 237 M, © ï :
“d’arbres et de plantes presque inconnus pour moi, sar- rasin, merisiers, genévriets, tant chacun semblait placé “ou semé à la place exaéte que lui assignait la patole de - mon père; et, bien que chaque village offrit à mon regard un tassement nouveau, ce n’était pas sut une contrée nouvelle que j’éparpillais ces noms pour moi usés. Chacun fécondait son distriét d’une humanité et - d’une faune distinétes : Le Breuil, où les Lacôte, nou- “veaux venus du Bourbonnais, s'étaient brouillés avec “les Sillac, qui avaient servi le poulet avec le foie et la “tête, et où chez mon cousin Petit vivait un lynx appri- “voisé. Rancon, où était empaillé à la mairie un oiseau “porte-lyre et où le député auquel mon père donna son “premier vote affeéta toujours de croire qu’il avait voté pour l’adversaire. Rancon, premier synonyme pouf « moi de la beauté et de l'injustice. Fromental, avec sa “tortue, où les nouveaux riches appelés Frommenthal - s’empressent d’acheter des maisons de famille, et où il “vit un saltimbanque tomber de Ja corde raide et se “tuer, — premier synonyme pour moi de la mort. Pas un de ces bourgs ensoleillés pour lui et lunaires pour « moi dont le nom ne s’accolât ainsi à l’un des espoirs et Pune des déceptioris de la vie tels que je les avais + imaginés pour la première fois à huit ans. Quelquefois - des Stations, Larsac, Le Raynou, dont je ne lui avais jamais entendu parler, et l'air, le sol m’étaient dans “ cette zone sans saveur; mais atrivait soudain Saint- » Sulpice-Laurière, embranchement vers les trois villes » d’'Universités, où il dormait sur un banc dans ses . voyages d’examens, et où justement je voyais ce matin affalés une dizaine de collégiens à l’interseétion de - Bourges, de Clermont et de Poitiers, vers lesquelles
chacun, à l’aube, s’orienterait suivant sa force en” mathématiques ou sa faiblesse en latin, qu’un tépétiteur… empêchait de dormir les uns sur les autres par habi-" tude de les empêcher de copier. Plus encore que pars ce bruit, aux arrêts, d’eaux vives perpétuelles, ces odeurs nouvelles d’essences, cet accent de ma terre, : j'étais atteint par l’accent limousin des hommes, dans la nuit noire, cet accent du Midi que mon père repre-" nait dans ses surprises ou ses émotions, que je retrouvais ce matin dans la voix des chefs de gare, des hom-« mes d’équipe, du répétiteur, et qui me donnait l’impres-* sion de circuler dans une province surprise et émue..." Sur mon cœur, la pesée s’accentuait de l’air ancestral; # J'étais tout à ce sentiment de modestie vis-à-vis des” éléments et des humains que l’on ne peut éprouver” que dans le pays de ses pères, où ni les monuments ni les familles ne semblent avoir été créés spécialement pour votre passage, comme Chambord ou les Luynes, “ et, moins que le décor de notre vie, en figurent une” base inébranlable et quelque peu humiliante, avec ses” églises romanes où l’eau bénite n’a pas été changée , depuis votre baptême, ses chênes qui, en toute votre vie, ont pris trente cercles de 2 millimètres, et la” dynastie des Chausson-Bouillat. Cette force à vivre dix siècles, que l’on se sent en Toutaine, entre Cléry . et Montbazon, ce n’était plus guère ici que l’espoir ÿ d’une vieillesse robuste; cette immortalité gatantie que donne la Provence, ce n’était plus, entre Monta- « gnac et Ambazac, que la certitude d’une belle mott; et, peut-être, à mesure que l’allais m’approcher plus près de la ville de ma naissance et y reprendre mon 4 rang de simple pion dans le jeu qu’y jouent contte la”
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* mort les neuf familles Héclales, cet intervalle avec . l'éternité et la liberté allait-il encore se restreindre. . Que ma petite dignité d’homme me paraissait claire - aujourd’hui, à mi-chemin de Magnac-Laval où som- | meillait la lignée inconnue de mes petits-cousins, et du “ Dorat, avec mes belles-sœurs de belles-sœurs! Pour la . première fois, j'étais réduit à la taille où la page de : ma vie cadrait avec le transparent, et l’apparition infail- “lible de chaque nom attendu. — ‘Tiens, voilà Droux, … Pierre-Buffière n’est pas loin, — près de cet être qui a avait plus ni la jeunesse de son père ni la sienne. Fe Tiens, Folles et Bersac ont disparu, non, les voilà! — me donnait, plus encore que l'indication d’une + expérience réussie, la seule vraie estimation que j'aie “trouvée — justement, voilà Bellac! — de la condition humaine.
« Soudain, le train fut secoué d’un de ces légers - heurts qui passent au corps du voyageur la surprise du … mécanicien à la vue d’un mouton sur la voie, ou la “mort d’un bicycliste dans un passage à niveau. À notre gauche, le soleil se levait et d’un rayon horizontal transperçait le compartiment. Aux Stations, on entendait le début ou la fin du chant d’un coq, et, quand l'arrêt était habile, le chant entier. Du pardessus de Forestier, de ces vêtements qui allaient lui sem- « bler dans une heure la dépouille d’un autre, une | lettre avait glissé. C'était la dernière lettre de Kleist au prince de Saxe-Altdorf.
— —— Mon ami, disait-elle, adieu. Ce n’est pas que vous m’ayez peiné en préférant Hoffmann à Tieck. Ce n’est pas que je doute du récit de votre voyage en Sicile, et de ce rosier dont les racines enserraient le