‹ Sierras mexicaines: mines et mineursChapitre 13 sur 27 · LA FONTE ÉLECTRIQUE · texte numérisé non relu

LA FONTE ÉLECTRIQUE

Il y a vingt ans, le 9Q pour 100 de Tor et de l'argent du Mexique était produit près des mines, dans des usines locales d'amalgamation ou de lixiviation* Vers 1890, rétablissement des grandes voies ferrées du plateau central permettait déjà de faire quelques remises de minerais aux fonderies américaines. Puis, des gîtes de plomb ayant été mis en exploitation dans le Chihuahua, le Coahuila et le Nuevo Léon — les grands dépôts de carbonates de plomb argentifère de la Sierra Mojada, entre autres — ces remises prirent une telle importance que les industriels du Colorado craignirent de perdre^ avec le contrôle du plomb, le monopole qu'ils s'étaient attribué sur la fonte des minerais de quartz et obtinrent du Congrès de Washington rétablissement d'un droit protecteur contre les minerais plombeux du Mexique. Et ce fut heureux pour le Mexique. Bientôt des fondet*ieô fonctionnèrent à Monterrey, à San Luis

Potosi, à Aguascalientes, à Torreon, à Velardena, à Ghihuahua, tout k long des cliemins de fer. Sous leur impulsion, la production des mines s'est augmentée dans de telles proportions que ces usines sont encombrées de minerais de quafrtz auroargentifère et manquent de plomb pour les fondre, non pas que le plomb soit rare au Mexique, mais parce que peu de mineurs s'attachent aux gîtes de plomb. On y trouve parfois un succès rapide, (citons Almoloya, Naica, Santa Eulalia, Cabrillas, où des carbonates et des galènes, exceptionnellement riches en argent, ont été rencontrés en amas) ; mais le type ordinaire du gîte de plomb exploitable ne donne que 20 ou 25 onces d'argent et ne vaut que par le grand abatage et une excellente administration. Aussi, la plupart des compagnies préfèrent-elles exploiter des filons de quartz, dont les teneurs en métaux précieux sont beaucoup plus fortes et où I on espère rencontrer la colonne très riche, la bonanza, ce rêve éternel des mineurs. Il y a donc rareté de plomb disponible et, par suite, renchérissement du prix de fonte.

Cette difficulté se complique par la situation des fonderies, forcément établies à portée du coke américain et du plomb des Etats mexicains du nord. En sorte que le développement est retardé dans beaucoup de districts de TOuest et du Sud, riches en mines, mais privés de communications avec la zone favorisée.

Ueureiisernent, on se passera bientôt de coke 0t

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de plomb. On fondra à rélectricité et au cuivre, et Ton trouvera des forces hydro-électriques et des gîtes cuivreux dans les -régions les plus reculées,, les plus mal situées au point de vue des conditions actuelles.

Le cuivre est plus épars que le plomb sur le territoire mexicain; ses gîtes sont mieux distribués pour l'adaptation du service de la fonte aux besoins des mines auro-argentifères. En outre, la valeur du [cuivre permet d'exploiter certains gisements qui n'ont aucune teneur en or ou en argent

— Agua Blanca, le Boleo^ Inguaran, par exemple

— ou qui [contiennent un des métaux précieux en faible proportion — la Cananea^ Nacosari, etc. ; tandis que le bas prix du plomb ne permet Texploitation de ce métal que lorsqu'il est franchement argentifère.

En somme, il s'agit de multiplier les fonderies et de les disperser sur toute la surface du pays ; il s'agit de foridre au cuivre et à l'électricité.

Le 85 pour 100 des métaux précieux, au Mexique, se trouve dans des gangues quartzeuses. Les minerais de basse et de moyenne teneurs sont traités sur place par broyage, suivi d'amalgamation, de lixiviation ou de cyanuration. Les minerais de choix, trop riches pour subir les risques du traitement local, sont expédiés à une fonderie. D'autre part, beaucoup de mineurs sans capitaux et de compagnies débutantes n'ont pas de moulin et se contentent de trier et d'expédier leurs mine-

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rais riches. On peut donc admettre qae le 66 pour 100 de For et de l'argent du Mexique est produit par la fonte. Le peu d'importance relative du traitement sur place est indiqué par cet exemple :

Pendant vingt-neuf jours de travail, en octobre 1906, la mine Esperanza (district d'El Oro, Etat de Mexico) a fourni 13.810 tonnes à son moulin et expédié 6.401 tonnes à la fonderie d*Aguascalientes ou en Europe. Le résultat a été :

Valeurs en or et en argent.

En barre, produites au moulin, . . $293.716

En concentrés ... ... 153.142

Retours de la fonderie 1.057.278

Esperanza est pourvue d'une usine de broyage, de concentration et de cyanuration du dernier modèle et, pourtant, elle a dû passer, pour les deux tiers de sa production, par les exigences des fondeurs.

Le problème se pose en ces termes : se débarrasser, au meilleur marché possible, de la silice des gangues, soit sous forme de tailings, au moulin local, soit sous forme de scories, à la fonderie.

A la fonte au plomb, on ne peut faire passer la silice, dans la charge, que pour un tiers du poids total et^ comme le plomb fond à une températui'e

^^Êmm.

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relativement basse (3^2»), l'opération est assez lente.

A la fonte au cuivre, la charge peut supporter la moitié de son poids en silice et, le point de fusion étant beaucoup plus élevé (1.270''), l'opération va deux fois plus vite. En sorte qu une fonderie au cuivre peut traiter trois fois plus de quartz auro-argentifère qu'une fonderie au plomb de mêmes dimensions.

Autre remarque :

La matte cuivreuse peut absorber beaucoup plus d'or et d'argent que la matte plombeuse. Une fournée au cuivre marche bien avec moins de Ipour 100 de cuivre, en poids; tandis qu'une fournée de l'ancien type exige, au moins, 7 pour ÎOO de plomb. On comprend qu'une matte cuivreuse, sept fois plus riche en métaux précieux qu'une matte plombeuse et valant, par son propre métal, six fois plus, est expédiée au raffinage à meilleur compte.

Les fonderies mexicaines suivront, l'une après Tautre, l'exemple de l'usine d'Aguascalientes et remplaceront le plomb par le cuivre. Les ressources en cuivre du Mexique sont telles que la production des Etats-Unis, quatre fois plus forte, actuellement, que celle du Mexique, sera, peutêtre, atteinte et dépassée, avant dix ans. AuxEtats- Unis, le cuivre ne se rencontre que dans quatre ou cinq régions : au lac Supérieur, dans le Montana, le Utah et TArizona, et, au train dont va l'exploi-

talion américaine, ces gisements, si puissants qu'ils soient, seront bientôt épuisés. Au Mexique, le cuivre a été trouvé partout, sauf au Yucatan et dans le Tabasco, et partout, autour de ses gîtes, sont groupées des mines d'or et d'argent, tributaires désignées des fonderies futures. En .vingt, en trente endroits, de grandes forces hydro-électriques pourront être utilisées. Sur tous les points du pays, l'exploitation des filons auro-argentifères deviendra facile et économique, et la production des deux métaux précieux et du premier des métaux industriels suivra une marche ascendante dont on ne peut entrevoir la fin.

Jusqu'au temps de la fonte à Télectricité et au cuivre, le plomb sera aussi nécessaire au Mexique moderne, que le mercure Tétait au Mexique d'autrefois. Heureusement, les gîtes de carbonates et de galènes plus ou moins argentifères, sont nombreux entre le Texas et le Guatemala. Si Ton parle de disette de plomb, c*est que, autour des usines, le plomb a été épuisé et qu'il faut, maintenant, le chercher plus loin. Les mineurs s'obstinent à exploiter les types à gangues de quartz et à les expédier à la fonderie, afin d'épargner les frais d'installation d'un moulin et de ses accessoires. Or, le quartz est la substance la moins fusible et l'une des plus dépourvues d'affinités chimiques qui se puisse imaginer. « Il a fourni », dit Lapparent, « l'écume des scories réfractaires qui flottait, avant tout autre matière, sur le globe en fusion. » Les fondeurs, encombrés de cette sorte de mar-

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chandise, élèvent déplus en plus le prix du traitement.

Les mineurs se plaignent, crient au monopole, adjurent don Porfirio d'y mettre fin. L'un d'eux écrivait de Parral : « Pour payer les automobiles à cent chevaux des membres du Trust, on nous prendra jusqu'à notre dernier burrol »

Ces plaintes sont-elles justes et, d'abord, y a-t-il, au IVJexique, un trust des fonderies, un corps privilégié de fondeurs? La American Smelting and Refining C^, contrôlée par MM. Guggenheim, a des installations à Aguascalientes, à Velardena, à Chihuahua et à Monterey. Quels privilèges a-t-elle que n'ont pas la Monterey Smelting ^ la Metallurgica Smelting de San Luis Potosi, la Torreo7i Smelting^ les fonderies de Mapimi, de Mazapil?

Pourquoi les gens de Parral ne s'entendent-ils pas pour établir chez eux un grand moulin, avec pans, concentrateurs, cuves de lixiviation, decyanuration et le reste? Une tonne de minerai contenant 1 kgr. 50 d'argent vaut ^ S7. Expédiée de Parral à la fonderie, elle subit d'abord le décompte de 9 1/2 pour 100, ce qui la réduit à $ 51.58, puis le décompte de ^ 35 pour frais de transport et de traitement. Reste au mineur ^ 21.02. ,

La même tonne traitée au moulin, à Parral, fournirait, au moins, 80 pour 100 de sa teneur, soit 45.60, dont il faudrait déduire 8 pour 100, au plus, pour le traitement. Resterait au mineur g 37.

Prenons une tonne d'une teneur de 4 kilos, va-

lant g 152. A la fonderie : déduction faite du 9 1/2 pour 100 et de ^ 35, restent J 102.56. Au moulin, déduction faite de 204)our 100 de perte et de $ 8, restent J 113.60.

Pour les minerais de basse teneur, le compte est encore en faveur du moulin. Une tonne de 600 grammes d'argent vaut ^ 20.63. Le transport et le traitement à la fonderie coûtent J 18. Le mineur reçoit J 2.63 et, Textraction coûtant 8 6, il perd § 3.37. La même tonne, au moulin, produirait ^ 18.24 — 8, soit $ 10.24 — ft 6. Le mineur gagnerait § 4.24.

Qu'on envoie à la fonderie les types très riches, soit. Que Dos Estrellas expédie à Monterey des rainerais valant 2 ou 3 mille piastres par tonne, c'est tout simple, car la perte au traitement ordinaire se multiplierait, en un tel caSj par un très gros chiffre. Mais les mineurs de Parral et autres camps ne sont pas tous, tant s'en faut, des Pedro Alvarado et des Fournier. Qu'ils s'arrangent 1

D'autre part, les fondeurspourraient encourager, plus qu'ils ne le font, la recherche et le développement des gîtes de plomb. Nous avons dit quelles fortunes se font avec les carbonates et les galènes de Santa Eulalia et d'Ahnoloya. Les actions de Penoles, émises à J 100, sont cotées g 2.000 ; celles de Naïca, émises à $ 300, valent ^ 60.000.

Comment en un or pur le J)lomb s'est-il changé ?

C'est que le développement du réseau fern permet d'attaquer des gîtes abondants, à basse teneur, dont les mineurs ne se souciaient pas plus, naguère, que de la roche même de la montagne. Le chemin de fer de M. Stillwel ouvrira bientôt, entre Chihuahua et Presidio- del Norte, une zone où d'immenses affleurements donnent à Fessai 20 ou 26 pour 100 de plomb et 4 ou 5 onces d'argent. De telles masses valent bien un sondage. Plus loin au nord, sur la même ligne et dans la même formation géologique — une formation exactement semblable à celle de Leadville,^ de Santa Eulalia, d'Almoloya — se trouvent les dépôts de carbonates de Cuchillo Parado.

Au centre du Coahuila, la Sierra Mojada, reliée par un embranchement au Central, fournit, depuis quinze ans, des carbonates aux usines du Torreon et d'El Paso.

Les mieux placées, au point de vue du plomb, des grandes fonderies mexicaines, sont celles de Monterey. Les mines de San Pedro, San Pablo, Zaragoza, Roble, Denver and Philip, San Salvador, à 10 ou 12 kilomètres au sud, leur fournissent réguhèrement des minerais donnant 15 à 30 pour 100 de plomb et 10 à 12 onces d'argent par tonne, avec de bonnes teneurs en fer et en chaux. Grâce à elles, l'usine de MM. Guggenheim peut traiter, par jour, trois ou quatre mille tonnes de minerais siliceux venus de tous les points dii pays. La tonne de chaux vaut seulement ^ 0.75, à Monterey, que

de, nouveaux embranchements vont mettre en communication directe avec les charbonnages de Felipe, Hondo etEsperanza. Au sud-ouest, jusqu'à Saltillo, la région se développe; les mines de Buena Vista et de Santo Domingo augmentent leurs expéditions de galènes; Cabrillas qui, en 1903, n'envoyait à la fonderie que cent tonnes par mois, a été louée par Tusine de Torreon et fournit maintenant 5.000 tonnes, dont Torreon cède la moitié à Monterey, en échange d'une quantité égale de minerais de Santa Eulalia.

L*embranchement de Monterey à Matamoros ouvre un autre district de plomb, celui de Cerralvo, qui permettra, avant deux ans, de doubler le nombre des fours.

Toute cette Sierra Madré Orientale, moins riche que la Sierra Madré Occidentale en minerais siliceux, abonde en minerais de fonte. Loin au sud, dans TEtat d'Hidalgo, à Zimapan, est la fameuse Loma de Toro, décrite par Burkart, amas énorme de rognons de galène, de toutes grosseurs, dont un seul a donné 13 tonnes de plomb. Ces rognons sont disposés en couches, superposées dans un massif calcaire.

C'est dans le même district, au Cardonal, que le vanadium a été découvert, en 1801, par Del Rio, dans un gîte de carbonate de plomb.

Selon Castillo, les gîtes de plomb, au nord de Zimapan, figurent, pour leur abondance, parmi les premiers du monde.

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Dans le Gaanajoato, le Cerro de la Campechana (district de Léon) est ane masse schistease, qae traversent des zones ou cintas de galène presqoe pure, d'une couleur bleue intense, où la présence du sélénium a été constatée.

Dans le Queretaro^ autour des mines del Doctor et dans la Sierra de Cadereyta, les affleurements de plomb sont nombreux.

Dans le Jalisco, on en trouve au Bramador, à Cuale, Etzatlan, Hostotipaquillo, Tamazula.

Dans le Puebla, à Tehuacan et Matamoros Izucar.

Dans rOaxaca, dans les districts d'Etla, Tehuantepec, Tlaxiaco, Villa Alla, Choapam.

Le plomb natif, dont les musées de minéralogie ne possèdent que de rares spécimens^ venus de rOuralet de Madère, a été trouvé à Zomelehuacan, dans TEtat de Veracruz, sous forme de plaques, enclavées dans des galènes en minces feuillets.

Nous n'avons pas parlé des gîtes, innombrables au Mexique, où le plomb est mélangé de zinc ou d'antimoine. Les fondeurs n'utilisent pas ce genre de minerai , que les procédés de concentration récemment découverts permettront bientôt d'exploiter.

Nous avons nommé quelques-uns des gîtes de plomb de fonte, plus ou moins argentifère, parce qu'on parle de « crise des fonderies », de « famine de plomb ».

Une famine de plomb au Mexique ! C'est aussi vraisemblable qu'une famine de charbon à Cardiff ou de pétrole en Californie.

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