LA PRODUCTION DE « LAS PALOMAS
Combien d'or a-t-on extrait de Las Palomas depuis la découverte faite par Huaquila en 1884? La somme est difficile à calculer dans un pays d'où Tor s'échappe et passe la frontière en contrebande, où ses acheteurs dissimulent, où le produit des bonanzas est dissipé au cours des ferias trop fréquentes qu'organisent les municipalités du dis-
trict et qu'exploitent les joueurs professionnels de Nogaies, de Guaymas et d'Hermosillo. Mais Texamen des vieux travaux fournit des éléments à Tenquête. On sait, par exemple, qu'au cours de la longue bonanza du Huaquila, le rendement minimum par tonne de gravier était de 8 dollars. On a exploité le Huaquila sur plus d'un kilomètre de longueur et sur une largeur* qui varie entre 300 mètres et 50 mètres. On peut estimer l'étendue des travaux souterrains, en cette partie du placer, à 100.000 mètres carrés. La hauteur moyenne des tailles est d'un mètre seulement, car les gambusinos abattaient le gravier dans la posture la plus incommode, assis ou à plat ventre, non par goût, mais par nécessité ; ils savaient que le gros or est au fond, au contact du bed-rock, et que, dans la couche supérieure, ils ne trouveraient que de Tor fin; leurs machines ne recueillent que le gros or; un abatage de 2 mètres en hauteur eût fait perdre un temps précieux. Us entendaient les coups de barre de leurs voisins ; ils se pressaient pour n'être pas distancés sur un point quelconque de leur lot. Cette hâte fébrile les empêchait de piquer, de fouiller le bed-rock qui^ sur 30 ou 40 centimètres d'épaisseur, contient dans ses fissures les plus belles pépites. On peut donc admettre que l'ensemble des tailles du Bas Huaquila, à la hauteur an cimetière, a fourni 100.000 mètres cubes, moins les piliers qu'il fallait laisser pour ne pas être écrasé (le quart environ de la masse totale) — en
somme 75.000 mètres cubes, qui, à 1.350 kilogrammes par mètre cube, font un peu plus de dOO.OOO tonnes. Les autres chantiers, à 3 et 4 kilomètres plus à Test (le Hondo, la Mesa Dura) et les petits chantiers isolés occupent, eux aussi, une dizaine d'hectares et ont fourni 100,000 tonnes. La teneur moyenne a été de 8 dollars au moins par tonne. Ce sont donc, en quinze ans, 8 millions de francs qu'a produits le placer, 8 millions enfuis sans laisser aucune trace^ pas une route, pas une maison, pas un puits à'eB.\i. Quelques ffambusinos ontacquisdes ranchos et fait souche de bourgeois, mais les autres, qui furent tout aussi heureux à leur heure, vivent au jour le jour, pauvres comme devant. Ceux-là ne peuvent attribuer leur incuraWe misère qu'à leur imprévoyance et à leur intempérance, aussi natives, au$si naïves ici qu'à la Côte de rOr, chez les nègres de Guinée.
11 faut dire que l'exploitation de ces 20 hectares n'a pas été économique. Songez que 200.000 tonnes de gravier, sans compter les conglomérats des descentes, ont été hissées à bras dans des paniers jusqu'à la bouche de 6 ou 700 puits d'extraction! Ce n'est pas très moderne.
Il s'agit de reprendre avec méthode la suite de ces travaux trop primitifs, d'appliquer à Za^Pa/omasles procédés californiens.