INTRODUCTION
En rééditant le présent ouvrage, nous avons estimé qu'il serait plus pratique de constituer une partie spéciale avec les textes placés originairement en appendices. L'accroissement notable de ces textes dans la nouvelle édition nous en faisait d'ailleurs presque une nécessité. Cette transformation nous oblige concurremment à placer ici, en tête de cette Seconde Partie, les observations et les renseignements relatifs aux matériaux qui y sont édités.
Nous présenterons successivement : le mode de publication des textes, la liste des pièces éditées, la description des manuscrits qui les renferment, et une étude sur l'écrit d'attribution incertaine intitulé De erroribtis Philosophorum.
Touchant le mode d'édition des textes, on observera tout d'abord que les textes, primitivement transcrits dans leur orthographe originale, le sont maintenant sous une forme moderne qui en facilite la lecture. Les textes nouveaux ont subi la même opération pour maintenir un caractère homogène à la publication.
Nous avions pensé mettre au pied des pages l'indication des sources imprimées auxquelles correspondent les citations d'auteurs dans les textes édités. Nous y avons renoncé, dans l'impossibilité de recourir à quelques ouvrages inédits ou très rares, cités surtout dans le De erroribtis Philosophorum. Nous attirons, en passant, l'attention des personnes qui se serviront de ce matériel littéraire sur ce fait, que les divisions des écrits d'Aristote dans les traductions du moyen âge, et par suite celles de leurs
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commentaires, ne correspondent pas toujours à nos divisions modernes : telles, par exemple, les divisions de la métaphysique.
Notre mode de notation des variantes, quand il existe plusieurs manuscrits du texte édité, s'écarte des usages ordinaires qui, à notre avis, manquent de brièveté et laissent beaucoup d'imprécision. La méthode que nous avons adoptée présente le maximum de simplicité et d'exactitude. Nous constituons d'abord le texte courant avec la leçon qui paraît la meilleure, et nous renvoyons en note la leçon non utilisée. Les manuscrits sont désignés par une lettre qu'on trouve placée au-dessous du titre de chaque écrit, à côté des manuscrits employés. Nous nous servons, pour indiquer la nature des variantes, des signes plus (-f), égale (=), moins (— ). Ainsi, le texte mis en variante étant désigné par une lettre, P par exemple, le signe + indique que le mot, ou les mots qui suivent ce signe sont en plus dans P et prennent place après le mot du texte courant affecté du renvoi. Le signe = indique que le mot qui suit doit être substitué au mot du texte courant marqué par le renvoi. Le signe — , suivi d'un chiffre, veut dire que l'on doit retrancher le même nombre de mots du texte courant pour avoir la leçon du manuscrit indiqué. Quand les variantes sont un peu compliquées, le signe — suivi d'un chiffre, lequel est accompagné lui-même du signe = suivi à son tour de plusieurs mots, a pour signification de faire retrancher du texte courant le nombre de mots déterminé par le chiffre qui suit — , et d'y faire substituer les mots qui suivent =.
Les pièces réunies dans le présent volume, et qui forment la base documentaire de notre étude sur Siger de Brabant et VAverroisme latin an XIII' siècle^ sont au nombre de dix. Elles se classifient naturellement en deux groupes : les écrits de Siger de Brabant, et les compositions relatives à rhistorique de raverroïsme.
Le premier groupe, le plus important en étendue, se compose de sept écrits, en y comprenant le traité De necessitate et contingentia catisarum, de doctrine averroïste, mais d'attribution incertaine. C'est tout ce que l'on connaît présentement de l'œuvre littéraire de Siger de Brabant.
Nous reproduisons dans cette seconde édition quatre écrits de Siger, tels que nous les avons donnés dans la jjremière. Ce sont ceux qui portent en titre : Quaeslioues logicalcs (\)p. 53-(»l) ; (Juaestio utrum liaec sit vera : Homo est animal nullu homitte existcnte (pp. i\'6-li)) ; Quacstiones naturales (pp. 96-107) ; De anima intellectiva (pp. 143-171).
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Le traité De aeternitaie miindi (pp. 129-142) est publié maintenant dans un autre état. Dans notre première édition, il a été reproduit d'après le ms. Paris, nation, lat. 16222. Mais au cours de l'impression, ayant découvert un second texte dans le ms. 16297 du même fonds, nous en avions tiré des variantes utiles (pp. 118-120). Nous émîmes à cette occasion, touchant la nature de ce second exemplaire, un jugement que nous ne croyons pas pouvoir maintenir intégralement. Partant de ce fait que le texte du second manuscrit porte, par rapport au premier, des différences rédactionnelles qui ne sont pas d'ordre paléographique, et impliquent une retouche de la composition, nous avions écrit : « La copie du ms. 16297 est inférieure et présente des divergences très nombreuses, non quant aux idées, mais quant à la rédaction. Elles sont de telle nature qu'il est manifeste que les deux leçons ne peuvent provenir d'un texte unique... Il n'y a pas de doute que la rédaction du De aeternitaie mundi du ms. 16297 ne soit celle d'un écolier. On voit, en effet, fréquemment, qu'il cherche à abréger les formules, et omet ce qui ne lui paraît pas très utile, afin de pouvoir suivre plus facilement la dictée du maître. 11 supprime, par exemple, d'ordinaire cette formule qui revient souvent dans le texte du ms. 16222, que l'on affirme telle chose selon l'opinion des philosophes. Nous devons aussi signaler la particularité que le ms. 16297 réunit ensemble la première et la seconde partie de la question, et donne le titre de seconde et de troisième à ce qui est, pour nous, la troisième et la quatrième » (p. 118). Toutes ces observations subsistent, il est vrai, mais nous devons en donner une autre interprétation. Un examen plus attentif de cette deuxième rédaction nous a convaincu que les différences d'avec la première sont le fait, non d'un écolier, mais du maître lui-même, qui a revu son travail sur la reportatio de sa leçon, représentée par la leçon du ms. 16222. Deux étudiants, en etfet, reproduisant la même leçon n'auraient pu y introduire des différences qui vont jusqu'à un changement dans les divisions de la question et la fusion de deux parties en une seule. En outre, quand on examine le résultat de ce travail, on voit très bien qu'il a été opéré fort habilement, en vue de simplifier la marche de l'exposé, et de donner un caractère plus fini à l'œuvre ; choses toutes qui ne peuvent être que le fait du maître. Quant à la suppression des nombreuses répétitions, pour dire que l'on expose telles idées en se conformant aux philosophes, il est aisé d'en entendre la cause quand on connaît le procédé des averroïstes. Nous avons vu en effet, dans la Première Partie de notre travail, que les maîtres averroïsants abritaient leurs idées les plus audacieuses derrière cette considération qu'ils parlaient selon les philosophes. On conçoit dès lors que dans une leçon orale, comme celle