‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 46 sur 208 · CHAPITRE III — LE PSEUDO-SIGER DE BRABANT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III — LE PSEUDO-SIGER DE BRABANT

dans la personnalité principale de Siger de Brabant celle plus secondaire de Siger de Courtrai, c'est ce dernier qui, chez Meusnier, s'annexe le peu que l'auteur sait du philosophe Brabançon. La notice en effet ignore le nom d'un Siger de Brabant ; elle connaît simplement Siger de Courtrai, plus un Siger sans qualificatif, fourni originairement par Guillaume de Tocco, et qu'elle croit identique à son homonyme. Les détails de la notice, à l'exception de deux, appartiennent réellement à Siger de Courtrai.

Ainsi, l'auteur de la compilation sait que Siger de Courtrai a été doyen de l'église de Sainte-Marie de la même ville, maître en théologie et compagnon de la maison de Sorbonne, à laquelle il a légué un grand nombre de livres. Cela résulte des indications qui se trouvent à la fin de ces mêmes livres. Des renseignements semblables sont fournis par un ancien calendrier du prieur qui fait mention des écrits légués et de la fondation d'un anniversaire.

Tout cela est exact et conforme aux sources explorées par L. Delisle.

L'auteur tente aussi une énumération des œuvres de Siger de Courtrai. Celles qui sont venues à sa connaissance sont le Liber de modis signi- Jîcandi, qui portait de son temps dans la bibliothèque de Sorbonne le n" 757 ' ; la Summa totius logicae dont il ne reste plus que le traité De Fallaciis et qui fait partie du même manuscrit -.

Ces affirmations se vérifient encore ; mais il n'en est plus de même pour ce qui suit.

L'auteur ajoute, en effet, que Siger de Courtrai, à ce qu'on rapporte, aurait collaboré avec Guillaume de Saint- Amour et d'autres au De periculis novissimorum temponim. On peut consulter sur cela, dit-il, l'argument du traité de saint Tliomas d'Aquin Contra impugnantes religionem. On le voit,

periculis novissimorum temporum, qua de re videndus author argumenti operis D. Thomae contra impugnantes religionem.

Tempus mortis ejus incertum videtur ; tamen fato functus ante annum 1260'»ni, ut suspicari licet ex initio coUectionis canonicae quae Guillelmo a Sancto Amore tribuitur.

Extant in bibliotheca Sorbonica libri multi ex ejus legato, in quorum fine nominatur Siguerus decanus Curtracensis, in theologia magister et socius domus ; idem patet ex vetusto kalendario prioris in quo et horum librorum, quos legavit fit mentio, et pecuniae ab ipso datae pro anniversarii celebratione.

* C'est le ms. actuel Bibl. nat. lat. 16222 (antérieurement Sorbonne 940), fol. 1-7.

' Il faut ajouter à l'activité philosophique de Siger de Courtrai VArs priorum (ibid., 16130, f. 65), lequel n'était peut-être qu'une des parties de sa Somme de logique, ainsi que le De modis significandi. UArs priorum se trouve aussi à Bordeaux, 131, fol. 98-105. Il porte en titre: Sigeri de Brabanto ars priorum, et à la fin : Magistro Segero de Cultraco. Catal. des manuscrits des Bibl. pitbl. de France, XXIII, p. 71. Niglis A. Siger von Courtrai, Freiburg i. Br. 1903, ne connaît pas ce ms.

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c'est, comme nous l'avons montré plus haut, la donnée anachronique et fausse venue originairement de Guillaume de Tocco, relative à Siger de Brabant et incorporée ici à la biographie de Siger de Courtrai.

Pareillement, l'auteur de la notice nous dit, en cherchant à déterminer la date de la mort de Siger de Courtrai, que le temps en est incertain. Il semblerait cependant que Siger ait disparu avant 12G0, comme il résulte de ce qu'on lit au commencement de la collection canonique attribuée à Guillaume de Saint-Amour ^ Or, cette date erronée est une simple inférence tirée de la durée de la lutte de l'Université contre les Dominicains (1252-1259), après avoir admis à tort, avec Tocco, que Siger y avait pris part.

Nous ne nous arrêtons pas à montrer que les affirmations et les confusions d'Echard se réduisent exactement à ce que contient la notice, et qu'en conséquence, nous sommes en présence de la seconde et dernière source des confusions relatives aux deux Siger ^.

Ainsi, plus de doute désormais, la confusion entre les deux maîtres est l'œuvre de Charles Meusnier. Connaissant diverses données sur Siger de Courtrai, il a fait descendre celui-ci en plein milieu du xiii^' siècle, en lui appliquant le renseignement fourni par Guillaume de Tocco. Le biographe de Thomas d'Aquin avait lui-même placé par erreur beaucoup trop tôt l'activité de Siger de Brabant et avait fait intervenir ce maître dans des événements auxquels il était absolument étranger. C'est Tocco et Meusnier qui se partagent la somme des inexactitudes introduites dans la question.

En résumé, on le voit, on n'avait pas assez détruit. Il n'y a pas trace d'un Siger de Courtrai au xiif siècle. Quant à Siger de Brabant, il ne paraît pas avant 12G6. Tout ce que l'on a dit d'un Siger de Brabant, maître en théologie, sorboniste, ennemi des Ordres mendiants, contemporain de Robert de Sorbon et de saint Thomas d'Aquin au temps de la lutte de Guillaume de Saint-Amour, tout cela! est une fiction, un mythe, ainsi que .son prétendu thomisme dont nous parlerons plus loin. Jusqu'à présent, après inventaire fait, les comptes du célèbre maître es arts soldent par zéro au livre de l'histoire. Heureusement qu'après cette partie négative

' .MeiinnuT t<iit u I .«liuHion aux œuvres de (iuillaume de Saint-Amour, Opéra omnia i/ime reperiri potuiritnt, Clonstantiae, 10:}2, où les Collrctionvs < tithvliaie et aiiiO' nicat' Scripturciê- contni putudn pniidicaforrs occupent le Imitirme rang.

• On pourrait objecttr qu'Hchard ne fait nulle part allusion à la prétendue opposition de Siger contre les mendiants, comme le dit la notice ; mais qui connaît l'œuvre d'Echard sait que cet écrivain passe volontiers h pieds joints et par principe sur cette question, comme sur celle relative h l'opposition faite aux doctrines de saint Thomas d'Ac^uin.

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