CHAPITRE 111 — LE PSEUDO-SIGER DE BRABANT
mant pas explicitement \ C'est d'ailleurs ce que Le Clerc avait justement observé -,
Mais que peuvent bien être ces actes de Sorbonne qui ont ainsi influencé Echard ? Lui-même semble nous mettre sur la piste. A propos du legs d'un autre manuscrit, fait à la Sorbonne par un membre de cette institution, il écrit : Quorum 7iltiinus (codex) ex legato Guidonis Britonis socii^ qui ex actis gymnasii apud D. d^EstoiUlly socium servatis et a D. Hemeraeo collectis floruit a 12"] 4 ad 128"] l Echard nous livre certainement ici une de ses sources d'information touchant la Sorl^onne et les Sorbonistes. Mais les acta gymnasii auxquels il a fait souvent appel sans les désigner plus explicitement sont-ils la compilation d'Héméré qui, au temps d'Echard, se trouvait entre les mains d'un autre membre de Sorbonne, chez lequel il l'a consultée ? On l'a cru, mais il n'en est rien.
Claude Réméré, docteur de Sorbonne et chanoine de l'église de Saint-Quentin, prit le bonnet de docteur en 1614, devint bibliothécaire de Sorbonne en 1638, et occupa ce poste pendant six ans. Il est connu par divers travaux d'érudition ^.
Nous avons pensé tout d'abord que l'élucubration utilisée par Echard devait être les Sorbonae Origines, ouvrage demeuré inédit et dont la bibliothèque nationale de Paris possède un exemplaire ^. Au cours de nos premières recherches, nous avions été confirmé par une indication de Petit-Radel, qui, dans sa biographie de Robert de Sorbon, lui adjoint Siger comme un de ses premiers compagnons en se basant sur les Origines de Sorbonne d'Héméré qu'il semble avoir consultées, mais dont il n'indique pas le dépôt ^ Contrairement à notre attente, nous n'avons pas retrouvé
' Sigerus de Brabantia et Bernerus de Nivella erant S. T. magistri et socii Sorbonici ea aetate scriptis etiam clari, qui in suspicionem erroris vénérant, quam tamen piirgarint, cum in communione Ecclesiae obierint, multosque codices Sorbonae legarint, inter alios Sigerus primam partem Summae S.Tiiomae, primam Secundae, quodlibeta, et Quaestiones disputatas de potentia Dei, Bernerus primam Secundae et secundam Secundae (p. 395 a).
' Hist.litt., I. c, p. 111.
' Le long, Bibliothèque historique de la France, p. 72 ; Nouvelle Biographie générale, XXIII, col. 898, Paris, 1858.
^ Fonds latin, 5493.
" Hist. litt., XIX, 291. Petit-Radel n'a vraisemblablement pas consulté Héméré, ce qui paraît par sa manière vague de le citer et surtout par le fait qu'Héméré ne fait pas mention de Siger. C. CipoUa (Giornale storico, VIII, 129) et Cl. Baeumker (Die Impossibilia, 69, note 4) ont cru à la fausse indication de Petit-Radel. Baeumker, sur l'indication de Denitte {Chart. Univ. Paris., I, p. 350, n. 2), reconnaît qu'il faut se défier de l'autorité d'Héméré, mais il a tort de croire que celui-ci n'a pas de renseignements sûrs touchant Siger de Courtraj et* qu'il en fait un contemporain de Robert Sorbon.
76 SIGER DE BRABANT - Ire PARTIE
dans le travail de l'ancien bibliothécaire la mention d'un Siger au temps de la fondation du célèbre collège. Divers personnages y figurent, sans aucun titre légitime d'ailleurs, comme Guillaume de Saint-Amour, Eudes de Beauvais, Laurent d'Angleterre, et d'autres, mais non un Siger quelconque. Ce qui nous incline encore plus à croire que Siger de Courtrai n'est pas mentionné par Réméré au xiii^ siècle, c'est qu'il en fait effectivement mention sous la date du 30 mai 1341, indiquant le legs des huit volumes de saint Thomas fait à la Sorbonne par Siigerus de Ciiriraco \ Les renseignements d'Héméré sont donc absolument conformes à ceux fournis par L. Delisle et provenant d'autres sources authentiques. Il nous fallait donc chercher ailleurs que dans l'ouvrage d'Héméré les Ada qui avaient induit Echard en erreur. Nous n'avons pas eu de peine à les reconnaître dans le manuscrit 1021 de la BibUothèque de l'Arsenal. On trouve, en elfet, sous cette cote une compilation historique en trois sections avec le titre général de Domus ei &ocietatis Sorbonicae hisioi'ia '^. C'est là que gît, croyons-nous, la notice biographique qui a dès l'origine égaré l'histoire sur le compte des deux Siger. Ce travail est l'œuvre de Charles Meusnier, vers le milieu du \\u^ siècle. 11 ne nous paraît pas douteux que c'est de là qu'Echard a tiré ses renseignements, et que c'est cette élucubration qu'il désigne sous l'appellation de Ada gymnasii^ en parlant de Siger. Il est aisé maintenant, par un simple examen de la notice consacrée par Meusnier à Siger de Courtrai, de voir par quel procédé elle a été composée, et d'y retrouver les divers éléments qu'on y a combinés à tort. Cela est d'autant plus facile que l'auteur pousse la conscience jusqu'à nous indiquer l'origine de chacune de ses informations '.
L'observation générale qui se dégage de la notice de Meusnier, c'est que, contrairement à ce qui s'est passé depuis V. Le Clerc qui avait absorbé
• Fol. 106.
' Le ini. 1022 contient une copie du m6me ouvrage.
' Nous donnon» ici intégralement et d'une seule pièce la notice pour qu'on en puisse mieux juger. (Ms. 1021, p. 261-262.)
Sigeni* vel Sigucrus de Curtraco urbe. in comitatu Flandriae sita, in qua notus (natiM), et ecclcsiae beatae Mariae decanus factus, cognomen quoque pro hujus temporis contuetudine a praedicta urbe obtinuit.
ScripHit multa ex quibun in mcam devenere notitiam :
l» Liber de modin nignificandi qui hin verbis incipit... (Juottiattt ^rdiiifndticn, ms, 767.
2^ Summa totiua logicac, quae quidem reperitur in indice libri ms. 757, cum praece* dentl libro ; aed dcfîciunt (p. 262] muiti quatrmionr.s, solumquc supcrest tractatus de fallaciis.
00 Dicitur quoque cum Guillelmo de Sancto Amore et aliis scripsibse librum de