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Le plus souvent, l’anesthésie du dentaire inférieur n’est révélée qu’incidemment à la faveur d’un examen méthodique de la sensibilité faciale.
a) Tabès. — Dans un article consacré à l’étude du tabès buccal, M. Lebourg montre l’importance de l’hypoesthésie ou de l’anesthésie qui ne manquent jamais à côté des autres signes du tabès buccal.
Cette hypoesthésie ou anesthésie (signe de Vincent) existerait même à quelque degré à la période ataxique de la maladie.
L’anesthésie à la douleur, première en date, se complète ultérieurement d’une anesthésie au tact.
Un malade de Baudet était incapable de tenir une cigarette entre les lèvres, il la laissait tomber faute de sentir sa présence.
Selon l’auteur, ces troubles sensitifs buccaux auraient « autant de constance sinon autant de valeur qu’un signe d’Argyll ou qu’une abolition de réflexes achilléens », pour le tabès et que la ponction lombaïre et la recherche des altérations des divers nerfs craniens pour la méningite.
b) Tumeurs rachidiennes.
Le signe de Vincent constaté en dehors de toute cause locale susceptible de comprimer le nerf (tumeur locale, félure) doit faire penser à une lésion du système nerveux, et un examen général est à pratiquer.
MM. les Professeurs Henri Roger et Paillas ont rencontré le signe de Vincent surtout dans les cancers ostéophiles, dans les cancers du sein ou de la prostate.
Le signe de Vincent coïncidait, ou, plus souvent, précédait la constatation d’une métastase rachidienne.
Nous donnons ci-dessous le résumé des observations de MM. Roger et Paillas (1):
() Prof. Henri ROGER et PaiLcas: Unité Médico-dentaire, n° 2 février 1938,
Et
Observation I. — Il s’agit d’une vieille femme présentant depuis un mois une paresthésie de la lèvre inférieure. Aucun autre symptôme, à part une métrite hémorragique sénile, sur l’origine de laquelle le gynécologue hésitait.
Plus tard, la terminaison par une pleurésie hémorragique en signa la nature. Et les auteurs de conclure: « Aujourd’hui le signe de Vincent nous aurait aiguillé plus rapidement vers la néoplasie ».
Observation II. — Le malade est un homme de 67 ans et vient consulter pour des algies diffuses siégeant aux épaules, aux bras, à la région dorsale et prédominant sur les cuisses.
Aucun signe objectif. À cause du teint anémique, on suspecte un néoplasme. À cause de la toux on pense à la bacillose pulmonaire. L’examen radiologique ne confirme aucune de ces hypothèses. Or, en explorant la sensibilité de la face, on constate une hypoesthésie nette du mentonnier, et les recherches sont dirigées du côté du néoplasme.
La numération globulaire révèle une anémie à 3.000.000. L’examen radiologique de la colonne lombaire montre une éburnation des corps vertébraux avec plages assez décalcifiées, aspect caractéristique des métastases rachidiennes, habituellement consécutives chez l’homme au cancer de la prostate.
Envoyé chez l’urologue qui l’a déjà examiné pour sa prostate il y a deux ans, le malade revient avec cette réponse:
« Si, il y a deux ans la prostate dure et ligneuse était à peine suspecte, il existe actuellement une tumeur nettement infiltrée du lobe droit. »