‹ Signe de Vincent (d'Alger): Etude SémiologiqueChapitre 20 sur 22 · EVOLUTION DU SIGNE DE VINCENT · texte numérisé non relu

EVOLUTION DU SIGNE DE VINCENT

Les causes des modications sensitives de la lèvre inférieure telles que nous venons de les définir commandent non seulement de rechercher avec soin, mais encore de suivre le signe de Vincent dans son évolution. L'hypoesthésie et l’hyperesthésie sont la marque d’une atteinte légère du nerf dentaire inférieur.

Liés par exemple à une monoarthrite de prémolaire inférieure, ces phénomènes disparaissent habituellement en quelques heures, après suppression de la dent causale.

Parfois cette légère modification de la sensibilité, au lieu de s’atténuer s’exagère : c’est le prélude à une atteinte plus profonde du nerf. C’est ainsi que dans certaines nécroses extensives à évolution lente comme l’ostéo-radio-nécrose, on peut assister à des alternatives d’hypo ou d’hyperesthésie avant qu’apparaisse des semaines, voire des mois plus tard, l’anesthésie définitive.

De même l’hyperesthésie qui accompagne habituellement les ostéophlegmons des prémolaires inférieures peut se transformer brusquement, même après extraction de la dent infectée, en une anesthésie. L’ostéophlegmon a précédé alors l’apparition d’une ostéomyélite.

Il est encore très important de suivre l’évolution du signe de Vincent lorsque l’anesthésie est totale.

Dans les cas extrêmes, la destruction du nerf a été complète sur une grande étendue. On a pu même

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assister à l’élimination d’une portion importante du. nerf. L’anesthésie labiale peut être alors regardée comme définitive. Cependant, même dans ces cas extrêmes, la plage anesthésique n’est pas sans se modifier. On peut constater que sa surface se réduit lentement avec le temps. Il n’est pas exclu qu’elle puisse disparaître complètement.

En pratique, elle gêne peu les patients qui s’y habituent à la longue, bien que l’on puisse vérifier son existence des années après la guérison de la lésion osseuse responsable.

Parfois «enfin le retour à la sensibilité normale est annoncé par une sensation très caractéristique, commune à toutes les régénérations nerveuses. Le malade perçoit un picotement continu, une sensation de prurit dans la région de la terminaison nerveuse.

Ici le prurit labial est identique à celui éprouvé par le malade après une injection anesthésique à l’épine de Spix. Cette sensation apparaît plusieurs semaines après la fin des phénomènes de nécrose mandibulaire. Elle dure souvent très longtemps. Elle doit être interprétée comme un signe favorable, bien qu’elle inquiète les malades; elle précède, dans la règle, de quelques semaines le retour définitif de la sensibilité normale. C’est là ce que l’on observe habituellement après section du nerf par fracture mandibulaire ou par l’extraction d’une dent de sagesse traversée par le nerf. |

CONSIDERATIONS THERAPEUTIQUES.

Suivre l’évolution du signe de Vincent n’a pas seulement un intérêt pronostic, mais il a aussi une signification thérapeutique. Au début des accidents ostéomyélitiques il apporte un argument de plus à la nécessité d'obtenir un drainage profond de l'os, c’està-dire d’extraire rapidement la dent responsable des accidents, de pratiquer des incisions nécessaires et, au besoin, de faire une trépanation précoce de la table externe. — Ce sont là des indications évidentes commandées par bien d’autres considérations.

Au contraire, dans les ostéomyélites subaiguës et chroniques et dans certaines variétés de nécroses mandibulaires, la souffrance du nerf marquée par la douleur et le signe de Vincent est à peu près la seule indication sur laquelle se base le diagnostic opératoire. On conçoit aisément quelle est sa valeur, comment, traduisant exactement l’état d’activité ou de stabilité du mal, elle impose le débridement, la libération du nerf dont l’heureux effet a été bien mis en évidence dans les observations de MM. Ruppe et Lattes.

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