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monde disait que le père voulait dépouiller son lils de ce que celui-ci avait du tailleur, pour en faire un gentilhomme à force de le faire monter à cheval. Ce n'est pas que je ne sois tailleur moi-même ; mais, considérant que Dieu m'a placé dans cette condition, j'en suis fier, car les mots Macey tailleur ont été inscrits au-dessus de notre porte, avant même que l'effigie de la reine disparût de dessus les shillings *. Quant à CUIT, il avait honte d'être appelé tailleur. En outre, il était cruellement vexé de ce qu'on se moquait de sa façon de monter, et aucune personne de distinction du voisinage ne pouvait le supporter. Cependant, son pauvre garçon tomba malade et mourut. Le père ne vécut pas longtemps après. Il était devenu plus bizarre que jamais. On a rapporlé qu'il allait dans ses écuries en plein milieu de la nuit, une lanterne à la main, et y plaçait un grand nombre de chandelles allumées. Il en était arrivé à ne plus pouvoir dormir, et il se tenait là, faisant claquer son fouet, et regardant ses chevaux. On a dit également que c'était un miracle si les écuries n'avaient pas été réduites en cendres, avec les pauvres bêles qui y étaient, renfermées. Mais il mourut enfin dans le délire, et on trouva qu'il avait laissé ses propriétés — les Garennes et le reste — à une fondation de Londres. Voilà comment les Garennes sont devenues un bien de fondation. Toutefois, en ce qui concerne les écuries,
1. Allusion au retrait des shillings frappés sous la reine Anne, en 1102. (N. du Tr.)
Dinitiz
M. Lainmeter n'en fait jamais usage, car elles ont des proportions exorbitantes. Grand Dieu ! s'il vous arrivait de faire claquer les portes, il y aurait dans la moitié de la paroisse un retentissement semblable au bruit du tonnerre. »
— Oui, mais il se passe plus de choses dans ces écuries que ce que l'on voit en plein jour, n'est-ce pas, monsieur Macey? dit l'aubergiste.
— Oui, oui, passez près de là par une nuit noire, voilà tout, » dit M. Macey clignotant de l'œil mystérieusement , « et ensuite faites croire, si vous voulez, que vous n'avez pas vu de lumières dans les écuries, et que vous n'avez pas entendu le piaffement des chevaux et le claquement des fouets, ni des hurlements quand arrive la pointe du jour. Depuis mon enfance, on a toujours appelé cela le congé de Cliff, certaines personnes ayant prétendu que c'était, pour ainsi parler, un congé pendant lequel le malin cessait de le faire rôtir. Voilà ce que mon père m'a raconté, et c'était un homme de bon sens, bien qu'il y ait aujourd'hui des gens qui savent ce qui est arrivé avant qu'ils fussent nés, mieux qu'ils ne comprennent leurs propres affaires.
— Qu'est-ce que vous dites de cela, hein, Dowlas? » demanda l'aubergiste, en se tournant vers le maréchal qui grillait d'impatience de prendre la parole. « Voilà un fameux problème pour vous. »
M. Dowlas était l'esprit sceptique de la compagnie, et il était fier de ce titre.
« Ce que je dis? Je dis ce que dirait un homme de bon sens qui ne fermerait pas les yeux pour regarder un poteau indicateur, s'il avait besoin de voir son chemin, — je dis que je suis prêt à parier dix livres sterling avec toute personne qui voudra se tenir avec moi, durant n'importe quelle nuit où il fera beau temps, dans les pâturages devant les écuries des Garennes, — je dis que nous ne verrons pas de lumières et que nous n'entendrons aucun bruit, si ce n'est le souffle de notre nez. Voilà ce que je dis, et je l'ai dit maintes fois. Mais il n'y a personne qui veuille risquer un billet de dix livres sterling pour ces revenants dont on se croit si sûr.
— Mais, Dowlas, ce n'est pas malin, en vérité, de faire un pari dans ces conditions, dit Ben Winthrop. Vous pourriez tout aussi bien parier avec un homme qu'il n'attraperait pas de rhumatismes, s'il se tenait dans l'eau jusqu'au cou dans la mare par une nuit glaciale. Ce serait joliment amusant pour quelqu'un de gagner un pari en attrapant des rhumatismes. Les gens qui croient au congé de Cliff ne vont pas s'aventurer à s'approcher de l'endroit pour une affaire de dix livres sterling.
— Si M. Dowlas veut connaître la vérité sur ce sujet,» dit M. Macey, avec un sourire sarcastique, et en se frappant les pouces l'un contre l'autre, « il n'a aucunement besoin de parier; qu'il aille se tenir là tout seul, personne ne l'en empêchera. Alors, il pourra faire savoir aux habitants de la paroisse s'ils se trompent.
— Merci! je suis votre obligé,» dit le maréchal avec un grognement de mépris. « Si les gens sont sots, ce n'est pas mon alTaire. Moi, je n'ai pas besoin de connaître la vérité sur les revenants; je la connais déjà. Mais je ne suis pas opposé à un pari, pourvu que tout soit loyal et sincère. Que Ton parie avec moi dix livres sterlingqueje verrai le congé de C/i/T, et j'irai me tenir là tout seul. Je n'ai pas besoin de compagnie. Je ferais la chose aussi volontiers que je remplirais celte pipe.
— Ah, mais qui vous surveillera, Dowlas, pour s'assurer que vous y êtes? Le pari ne serait pas loyal, fit le boucher.
— Le pari ne serait pas loyal? répliqua M. Dowlas avec colère. Je voudrais bien voir quelqu'un se présenter et dire que je veux parier déloyalement. Allons! voyons! maître Lundy, je voudrais bien vous entendre dire cela.
— Très probablement que vous le voudriez, reprit le boucher. Mais ce n'est point mon affaire. Je n'ai pas de marchés à conclure avec vous, et je ne vais pas essayer d'obtenir une réduction sur votre prix. Si quelque personne désire vous faire une offre égale à votre estimation, elle le peut. Je suis pour la paix et la tranquillité, voilà.
— Oui, c'est ce que désire tout chien hargneux en train d'aboyer, aussitôt que vous le menacez d un bâton, dit le maréchal. Mais je n'ai peur ni d'un homme ni d'un revenant, et je suis prêt à parier loyalement. Moi, je ne suis pas un roquet qui détalc.
— Oui, mais voici ce qu'il y a là-dedans, Dowlas, » dit l'aubergiste, d'un ton de voix rempli de candeur et de tolérance : « 11 y a des gens, suivant moi, qui ne peuvent pas voir de revenants, lors même que ceuxci seraient plantés devant eux aussi visiblement que des piquets. Et il y a une raison à cela. Tenez, voilà ma femme/ par exemple, elle ne sent rien, quand même elle aurait sous le nez le fromage le plus fort. Je n'ai jamais vu de revenant moi-même; mais alors je me dis : « Très probablement, tu n'as pas l'odorat « nécessaire. » C'est-à-dire que je mets le revenant à la place d'une odeur ou bien vice versâ. Voilà pourquoi je suis pour les deux opinions. Comme je le dis, la vérité est entre elles. Si Dowlas devait aller se tenir pendant toute la nuit devant les écuries, et rapporter qu'il n'a pas vu la moindre trace du congé de Cliff) je prendrais son parti, et si quelque personne disait que, malgré cela, le congé de Cliff existe réellement, je prendrais aussi son parti, car l'odorat est ce qui me guide. »
L'argument analogique de l'aubergiste ne fut pas bien reçu par le maréchal, qui était un homme foncièrement opposé aux compromis.
« Bah! bahî » dit-il, avec une nouvelle irritation, en posant son verre, « qu'est-ce que l'odorat vient faire ici? Un revenant a-t-il jamais poché l'œil à quelqu'un? Voilà ce que je désirerais savoir. Si les revenants veulent que je croie en eux, qu'ils cessent d'aller se glisser furtivement dans les lieux obscurs
et solitaires; qu'ils viennent où il y a du monde et de la lumière.
— Gomme si les revenants voulaient qu'une personne aussi ignorante que vous crût en eux! » dit M. Macey, profondément écœuré de voir chez le maréchal cette grossière inaptitude à comprendre la nature des phénomènes concernant les' revenants.