‹ Silas MarnerChapitre 11 sur 37 · Abréviation de Benjamin. (N. du Tr · texte numérisé non relu

Abréviation de Benjamin. (N. du Tr

2. Texle : 7 ha llad llover, chanson populaire, en Angleterre. (N. du Tr.)

riez; voilà ce que nous ferons. Il y a des choses autres que la vermine pour lesquelles les gens payeraient volontiers, afin d'en être débarrassés.

— Allons! allons! » fit l'aubergiste, qui comprenait que payer les gens pour leur absence était un principe social dangereux, « une plaisanterie est une plaisanterie. Nous sommes tous bons amis ici, je pense. Nous devons donner pour recevoir. Vous avez raison tous les deux, et tous les deux vous avez tort; voilà ce que je soutiens toujours. Je suis de l'avis de M. Macey ici présent qu'il y a deux opinions; et si l'on me demandait la mienne, je dirais que lui et Winthrop ont tous deux raison. Tookey a raison et Winthrop aussi; ils n'ont qu'à couper la poire en deux pour se mettre d'accord. »

Le maréchal fumait sa pipe d'un air assez farouche, avec un certain dédain pour cette discussion triviale. Lui-môme n'avait pas d'oreille pour la musique, et il n'allait jamais à l'église parce qu'il appartenait au corps médical, et qu'il pouvait être requis pour les vaches délicates. Mais le boucher, qui était musicien dans l'âme, avait écouté la discussion en formant à la fois des vœux pour la défaite de Tookey et le maintien de la paix.

« Assurément, » dit-il, entrant dans les vues conciliantes de l'aubergiste, « nous aimons notre vieux chantre. Il chantait si bien autrefois, et il a un frère qui a la réputation d'être le meilleur ménétrier des environs. Ah! c'est bien dommage que Salomon

ne demeure pas dans notre village, et qu'il ne puisse nous jouer un air quand nous le voudrions, n'est-ce pas, monsieur Macey? Je lui fournirais du foie et du mou de veau pour rien, sur ma parole.

— Oui, oui, dit M. Macey, au comble de la joie. Dans notre famille nous sommes réputés pour être musiciens depuis une époque aussi reculée qu'on la puisse mentionner. Mais ces choses disparaissent, ainsi que je le dis à Salomon toutes les fois qu'il vient par ici, — il n'y a plus de voix comme autrefois, et personne ne se rappelle ce que nous nous rappelons, excepté les vieux corbeaux.

— Oui, vous vous souvenez du temps où le père de M. Lammeter est venu dans ce pays, n'est-ce pas, monsieur Macey? dit l'aubergiste.

— Je le crois bien, reprit le vieux chantre, qui avait maintenant passé par la filière des flatteries nécessaires pour l'amener à commencer son récit. C'était un beau vieillard, aussi beau et même plus beau que le monsieur Lammeter actuellement existant. Il venait d'une petite distance du côté du Nord, autant que j'aie jamais pu l'apprendre. Mais personne ne sait quelque chose de positif sur cette région : seulement, son pays ne devait pas être bien loin au Nord, et il n'était sans doute pas très différent de celui-ci, car M. Lammeter a amené avec lui une belle race de moutons, de sorte que, dans cette région-là, il y avait certainement des pâturages et tout ce qu'il est raisonnable de trouver. Nous avons entendu dire

qu'il avait vendu ses propres terres pour venir aiïermer les Garennes. Cela semblait bizarre de la part d'un homme qui avait des propriétés à lui, de venir louer une ferme dans un pays qui lui était inconnu. Mais on a dit que c'était à cause de la mort de sa femme, bien qu'il y ait dans les choses des raisons que personne ne connaisse. Voilà à peu près ce que j'ai pu apprendre. Mais certaines personnes sont si instruite-, qu'elles vous trouveraient d'emblée cinquante motifs imaginaires. Pendant ce temps, la véritable raison est là dans un coin, leur crevant continuellement les yeux, et elles ne la voient pas du tout. Cependant on s'aperçut bientôt que nous avions un nouvel habitant qui était au courant des choses, tenait une bonne maison, et était très estimé de tout le monde. Et le jeune homme — c'est-à-dire M. Lammeter actuellement existant, et qui n'a jamais eu de sœur — se mit bientôt à faire la cour à Mlle Osgood, — c'est-àdire à la sœur de M. Osgood actuellement existant. C'était une personne joliment belle, vous ne sauriez vous en faire une idée. On prétend que sa jeune tille lui ressemble; mais c'est la façon de penser des gens qui ne savent pas ce qui est arrivé avant leur naissance. Quant à moi, je dois bien le savoir, car j'ai aidé le vieux pasteur, M. Drumlow, — je lai aidé à les marier. »

Là-dessus, M. Macey fit une pause. Il donnait toujours son récit par acomptes, s'attendant à être questionné, suivant la coutume.

« Oui, et quelque chose de particulier arriva, n'est-ce pa?, de sorte qu'il était probable que vous, monsieur Mncey, vous vous rappelleriez ce mariage? dit l'aubergiste d'un ton flatteur.

— Je le crois bien, même quelque chose de tout à fait particulier, » repondit M. Maccy, hochant la tête de cùté. « M. Drumlow... le pauvre vieux monsieur je l'aimais, malgré qu'il eût la tête un peu confuse, tant à cause de son âge que parce qu'il prenait une goutte de quelque chose de chaud quand l'office avait lieu le matin par un temps froid,... et le jeune M. Lammeter voulut à toute force se marier en janvier, — mois qu'il est certainement peu raisonnable de choisir, car le mariage n'est pas comme un baptême ou un enterrement qu'on ne peut remettre. Or, lorsque M. Drumlow... le pauvre vieux monsieur, je l'aimais... lorsque M. Drumlow arriva aux questions, il les fit en sens contraire, pour ainsi parler. Il dit : « Voulez-vous prendre cet homme pour votre « femme légitime? » Ensuite il demanda : « Voulez- « vous prendre cette femme pour votre mari légi- « time? » Mais le plus beau de l'affaire, c'est que nul autre que moi ne s'en aperçut, et que les fiancés répondirent tout de suite « oui », comme si j'avais moi-même dit Amen où il fallait, sans avoir écouté ce qui précédait ».

— Mais vous, vous saviez assez bien ce qui était en train de se passer, n'est-ce pas, monsieur Maccy? Vous ne fermiez pas vos oreilles, dites? fit le boucher.

— Juste ciel! » reprit M. Macey, faisant une pause, et souriant de pitié en voyant la pauvre imagination de son auditeur; mais j'étais tout tremblant, — j'étais, pour ainsi parler, comme un habit qu'on aurait tiré par les deux pans, car je ne pouvais pas arrêter le pasteur — je ne pouvais prendre cela sur moi. Cependant je pensais : « Et s'ils n'étaient pas bien mariés, parce que les mots sont de travers? » Puis ma tête se mit à travailler comme un moulin, car j'ai toujours été extraordinaire pour tourner et retourner les choses, et les examiner sous toutes leurs faces. Ensuite je me suis dit : « Ne serait-ce pas le sens plutôt que les mots qui rend le mariage indissoluble? » En effet, le pasteur était de bonne foi, et le marié et la mariée aussi. Et alors, quand je me suis mis à y réfléchir, j'ai vu que le sens comptait pour bien peu dans la plupart des faits, attendu que vous pouvez vouloir unir plusieurs objets ensemble et que votre colle peut être mauvaise; dans ce cas, où en êtesvous? J'en vins donc à cette réflexion : « Ce n'est pas le sens qui fait, c'est la colle. » Et j'étais aussi tourmenté que si j'avais eu trois cloches à sonner à la fois lorsque nous allâmes dans la sacristie, et qu'on commença à signer son nom. Mais à quoi bon tant de paroles? Vous ne pouvez pas vous imaginer ce qui se passe dans l'esprit d'un homme intelligent.

— Cependant, vous vous êtes contenu malgré tout, n'est-ce pas, monsieur Macey? dit l'aubergiste.

— Oui, je me suis contenu tout à fait, jusqu'à ce

que je fusse seul avec M. Drumlow. Alors, moi de tout divulguer, respectueusement toutefois, comme toujours. Le pasteur traita la chose légèrement, et dit: « Bah, bah, Macey, tranquillisez-vous; ce n'est ni le « sens ni les mots : c'est le registre des mariages « qui fait l'affaire, voilà la colle. » Ainsi, vous voyez qu'il résolut la question facilement. Les pasteurs et les docteurs savent tout par cœur, pour ainsi parler, et ils ne sont pas tourmentés par la préoccupation de distinguer le bon et le mauvais côté des choses, comme je l'ai été maintes et maintes fois. Et il est assez certain que le mariage a bien tourné. Seulement, cette pauvre dame Lammeter — autrefois Mlle Osgood — mourut avant que ses filles fussent grandes. Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne la prospérité et tout ce qui est honorable, il n'y a pas de famille plus considérée que celle-là. »

Tous les auditeurs de M. Macey avaient entendu cette histoire bien souvent. Ils ne l'écoutèrent pas moins comme un air favori, et à certains endroits ils cessèrent un instant de fumer leurs pipes, afin de pouvoir consacrer toute leur attention aux paroles qu'ils attendaient. Mais ce n'était pas fini. M. Snell, l'aubergiste, fit dûment la question qui devait amener la suite du récit :

« A propos, n'a-t-on pas dit que le vieux monsieur Lammeter possédait une jolie fortune, lorsqu'il vint dans ce pays?

— Oui, c'est jusle, reprit M. Macey; néanmoins,

M. Lammeter, actuellement existant, n'a pu faire autre chose que la conserver intacte, je crois bien. On a toujours dit que personne ne pouvait s'enrichir aux Garennes. Et pourtant il afferme la propriété à bon marché, attendu que c'est ce qu'on appelle un bien do fondation.

— Oui, et il y a peu de personnes qui sachent aussi exaclcment que vous comment cette terre est devenue un bien de fondation, n'est-ce pas, monsieur Macey? dit le boucher.

— Comment le sauraient-elles? répliqua le vieux chantre avec un certain mépris. Mais mon grandpère a fait la livrée des grooms de ce M. ClifT qui vint bâtir les grandes écuries des Garennes. Ce sont des écuries quatre fois aussi grandes que celles du squire Cass, car il ne pensait qu'aux chevaux et à la chasse, ce Cliff. C'était un tailleur de Londres qui, au dire de certaines personnes, était devenu fou à force de tromper les gens. Il ne pouvait pas aller à cheval. Grand Dieu! on prétend qu'il no serrait pas plus sa bête que si ses jambes eussent été une paire de pincettes. Mon grand-père a entendu raconter cela au vieux squire Cass maintes et maintes fois. Cependant, il voulait aller à cheval malgré tout, comme si le malin l'y eût poussé. Il avait un fils, un garçon de seize ans, et son père ne voulait pas qu'il fît autre chose que de se livrer continuellement à l'équitation, bien que le jeune homme s'effrayât de cet exercice, à ce qu'on rapporte. Tout le

Page 1