Le Livre de la Sagesse, XVII
2. Texte : no accursed ihing within lus soul. — Accursed thing, chose maudite, condamnable, exécrable. Expression biblique que Ostervald traduit par interdit. — Vov. Josué, VI, 18; VII, 1, H, 13, i:i; et XXII, 20. (N. du Tr.)
se sentant obligé d'accepter le blâme et l'avertissement comme un service fraternel, n'en éprouva aucun ressentiment. Il n'eut que du chagrin en voyant les doutes que William entretenait à son égard. A cela vint s'ajouter une certaine inquiétude, lorsqu'il décou vrit que la conduite de Sara envers lui commençait à trahir une étrange fluctuation : tantôt elle faisait des efforts pour lui montrer une plus grande affection; tantôt elle laissait apercevoir des signes involontaires de répulsion et de dégoût. Il lui demanda si elle désirait rompre leur engagement; mais elle dit que non : leur engagement était connu de l'Église et avait été confirmé dans les réunions pieuses. Pour le rompre, il eût fallu une enquête sévère, et Sara n'avait aucune raison à donner, qui pût être sanctionnée par le sentiment de la communauté. A cette époque, le doyen des diacres tomba dangereusement malade. Gomme il était veuf et sans enfants, il fut soigné nuit et jour par plusieurs des plus jeunes frères ou sœurs de la congrégation. Silas et William venaient fréquemment veiller à leur tour pendant la nuit, l'un remplaçant l'autre à deux heures du malin. Le vieillard, contrairement à l'attente de tous, semblait être en voie de guérison, quand une nuit Silas, assis au chevet du malade, s'aperçut que la respiration de celui-ci, qui était ordinairement perceptible, avait cessé. La chandelle était presque brûlée : il dut la soulever pour voir distinctement le visage du diacre. Cet examen le persuada que le vieillard était
mort, — mort depuis quelque temps, car ses membres étaient roides. Silas se demanda s'il ne s'était pas endormi, et regarda l'horloge : il était déjà quatre heures du matin. Comment se faisait-il que William n'était pas venu? Rempli d'inquiétude, il alla chercher du secours. Bientôt, plusieurs amis, le pasteur entre autres, se trouvèrent rassemblés dans la maison. De son côté, Silas retourna à son travail, regrettant de ne pas avoir rencontré William afin de connaître le motif de son absence. Mais, à six heures du matin, comme il songeait à aller chercher son ami, William arriva, et le pasteur avec lui. Ils venaient inviter Marner à se rendre à la Cour de la Lanterne, — à l'assemblée des membres de la congrégation. Comme il demandait la cause de cette convocation, on lui répondit simplement : « Vous verrez. » Aucune autre parole ne fut prononcée, avant que Silas fût assis dans la sacristie, en face du pasteur et sous les regards fixes et solennels de ceux qui, à ses yeux, représentaient le peuple de Dieu. Alors le pasteur, sortant un couteau de sa poche, le montra à Silas et lui demanda s'il se rappelait où il avait laissé ce couteau? Silas répondit qu'il ne se souvenait pas de l'avoir laissé autre part que dans sa poche; toutefois, cette étrange interrogation le fit trembler. On l'exhorta alors à ne pas cacher son péché, mais à le confesser et à se repentir. Le couteau avait été trouvé dans le bureau placé près du lit du diacre défunt, à l'endroit où avait été déposé le petit
sac contenant l'argent de l'église, et que le pasteur lui-même avait vu le jour précédent. Quelqu'un avait enlevé le sac; et qui pouvait-ce être, sinon celui à qui le couteau appartenait? Pendant quelque temps, Silas resta muet d'étonnement. Puis il dit :
« Dieu me justifiera; je ne sais rien au sujet de la présence du couteau dans cet endroit, ni de la disparition de l'argent. Cherchez sur moi ; cherchez dans ma demeure : vous ne trouverez que trois livres sterling et cinq shillings fruit de mes économies, somme que je possède depuis six mois, comme William le sait. »
A ces paroles, William fît entendre un murmure de désapprobation, mais le pasteur dit à Silas :
« Les preuves contre vous sont accablantes, mon frère Marner. L'argent a été pris cette dernière nuit, et il n'y avait pas d'autre personne que vous avec notre frère défunt; car William Dane nous déclare qu'une indisposition soudaine Ta empêché d'aller veiller à son tour comme à l'ordinaire. Vous-même, vous avez dit qu'il n'était point venu; de plus, vous avez négligé le corps du défunt.
— Il faut que j'aie dormi, dit Silas, ou bien que j'aie été sous l'influence d'une manifestation spirituelle semblable à celle dont j'ai été l'objet aux yeux de vous tous, de sorte que le voleur doit être entré et sorti tandis que je n'étais pas avec mon corps, mais sans mon corps V Cependant, je le dis de nouveau,