‹ Silhouettes canadiennesChapitre 12 sur 36 · Marie Gyertz · texte numérisé non relu

Marie Gyertz

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4N SILUOIKITES CANADIENNES

C'est plus de trois ans après leur arrivée à Québec que les [Jrsulinea purent enfin s'établir dans leur monastère de la Haute Ville.

Ce monastère à trois étages et long de quatre-vingt-douze pieds, passait pour la plus belle maison du pays. Mais il était bien loin d'être terminé. Les planchers de haut n'étaient pas faits. On avait simplement posé des madriers bruts sur les poutres. Et pas de poêles, seulement des cheminées !. . .

Malgré les grands feux qu'on y faisait, les religieuses pensèrent mourir de froid, pendant le premier hiver, et la Mère Saint-Joseph, si délicate, contracta de graves maladies.

Ses parents n'avaient point tardé à regretter leur héroïque sacrifice. Ce qu'on leur rapportait de la situation de la Nouvelle-France et de la cruauté des indigènes les épouvantait. Ils mirent tout en œuvre pour décider leur fille à repasser en France, mais la souffrance continuelle n'avait point refroidi son ardeur ; toutes les instances, toutes les supplications la trouvèrent inébranlable. " Quand je devrais vivre toute ma vie de la sagamité des sauvages, je ne ferai pas un coup si lâche," disait-elle.

L'évêque de La Rochelle, son oncle maternel, avait résolu de la rappeler quand même, mais ses lettres le touchèrent tellement qu'il la laissa libre.

" Elle désirait avec une sainte passion l'affermissement de la colonie et il lui semblait qu'elle portait dans son cœur tous les Français et tous les Sauvages. Elle ressentait leurs biens et leurs maux plus que tout ce qui l'eût pu toucher en

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surpasse infiniment en douceur toutes les intimités humai et Marie de la Troehe avait joyeusement supporté [< rations irrévocables, l'exil, les accablants travaux, Lefl D

de toutes sortes. Mais il esi hien rare qu'à ses bienaimés Notre-Seigneur ne fasse pas porter tout le poids <!<■ la croix.

Cinq ans avant sa mort, un jour qu'elle était en oraison, elle fut ravie en esprit et son âme lui fut montrée sous la figure d'un château d'une admirable beauté qui n'avait d'autre couverture que le ciel. Tout rayonnant de gloire, Notre- Seigneur se tenait à l'entrée. " Ma fille, lui dit-il, garde le dehors, moi je garde le dedans." Il lui tendit les bras, mais un crêpe qu'il abaissa les sépara et il lui dit qu'elle ne vivrait plus que de foi et de souffrances. •

En effet, la lumière et la joie intérieures lui furent retirées, la maladie qui la minait depuis longtemps s'aggrava et des complications aussi étranges que douloureuses survinrent. Sa vie devint un vrai martyre. Elle n'en continua pas moins à suivre sa règle, se levant presque toujours dès quatre heures du matin, même par les grands froids.

L'incendie de la nuit du 30 décembre 1650 ajouta encore beaucoup à ses épreuves. Par une sorte de miracle, personne ne périt dans les flammes, mais rien ne fut sauvé, et les

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62 MI.HOIKTTKS CANADIENNES

La petite maison de Madame de la PeKrie, à cent pas du

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après Le désastre, les (Jnulines *'y réfugièrent. C'est là

que la Mère Saint-Joseph allait passer les quinze dernier! mois de sa vie et boire la lente et horrible lie de son calice de souffrances et de pauvreté.

La maison n'avait que trente pieds sur vingt. In local si exigu ne permettant pas d'avoir des cellules, il fallut r< DÎT aux expédients du couvent de la Basse-Ville. On cloua des planches le long des murs et les lits des religieuses s'alignèrent à double rang. Le reste de l'installation fut à l'avenant ; mais les Ursulines ne tardèrent pas à reprendre leurs néophytes, et malgré la fièvre et les maux qui la dévoraient, la Mère Saint-Joseph continua de se dévouer à leur instruction.

C'est seulement le 2 février 1652 que, vaincue par la douleur, elle prit le lit. Ce lit, fait d'un matelas placé sur deux planches, elle ne le devait plus quitter et la souffrance sous toutes ses formes allait y consommer son union avec le Crucifié.

" Outre les douleurs et les fatigues de sa maladie, dit Marie de l'Incarnation, elle recevait de très grandes incommodités du lieu où nous étions logées. Il était fort petit . . . le bruit des sandales de bois sur un plancher de bois, les clameurs des enfants, les allées et venues de tout le inonde, le bruit de la cuisine dont nous n'étions séparées que par de simples planches, l'odeur de l'anguille qui infectait tout, de sorte que, durant la rigueur du froid, il fallait tenir les fenêtres ouvertes, pour purifier l'air ; la fumée de la chenu-

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