‹ Silhouettes canadiennesChapitre 17 sur 36 · M. Faillon · texte numérisé non relu

M. Faillon

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En attendant, elle s'occupait beaucoup <1<^ jeunes filles el faisait à Troyes, un bien considérable. Au bon sens le j)lus clair, le plus ferme, à l'énergie laborieuse, à une piété ite, elle joignait la grâce, la tendresse, la gai

Sou confesseur admirait en elle un harmonieux ensemble des dons les plus rares, les plus heureux.

Ne pouvant s'expliquer qu'on l'eût refusée chez les Carmélites et les Clarisses, il en vint à croire que Marguerite Bourgeoys devait fonder un nouvel institut pour l'éducation de la jeunesse.

Il jugeait bien, mais ce n'était pas en France que le nouvel institut devait naître, et Dieu qui destinait Marguerite à l'apostolat lointain, la préparait à sa rude mission par d'immenses grâces.

Chaque fois qu'elle communiait, Notre-Seigneur se plaisait à répandre en son cœur des torrents de flammes et de délices. Il daigna même se montrer à elle dans l'hostie.

Ravie de sa beauté, elle vécut ensuite comme un ange qui viendrait sur terre habiter un corps mortel, n'usant plus des choses nécessaires à la vie qu'avec dégoût. C'était, dit M. Faillon, la disposition où Dieu voulait faire entrer cette grande âme, pour la rendre capable d'exécuter les desseins qu'il allait lui manifester en l'appelant à Ville-Marie.

La lutte entre la civilisation et la barbarie y était toujours terrible et Ville-Marie devait coûter encore bien des années d'alarmes, d'efforts, d'angoisses et de combats.

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partageai! pas cette gaieté, on sentiment extraordinaire de respect et de confiance le pénétrait. A peine eut-il vu, eut-il entendu Marguerite qu'il eut en elle une foi profonde, absolue. Il comprenait que cette jeune fille était un grand don de Dieu à sa colonie naissante, et, sans hésiter, il lui demanda si elle consentirait à se dévouer à l'œuvre de Montréal. " Oui, dit-elle, si mes supérieures l'approuvent, j'irai avec bonheur à Ville-Marie."

Fort surprises de ce dénouement, les religieuses protestèrent, mais sans succès. La décision du héros était prise. Alors, dit M. Faillon, ces généreuses femmes, craignant d'être à jamais déçues de leurs espérances, s'adressèrent à Marguerite et lui dirent qu'elle devait leur être fidèle, lui donnant ainsi à entendre, qu'ayant été invitée par les religieuses de la Congrégation à les suivre au Canada, elle ne devait y aller qu'en leur compagnie. Mais Marguerite répondit agréablement :

" Il est vrai, j'ai promis de vous accompagner si vous alliez dans ce pays ; mais je n'ai pas promis, si vous tardiez trop, de ne pas y aller sans vous."

Les autorités religieuses approuvèrent la décision de Marguerite. Mais elle avait espéré emmener une compagne. La

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Cependant, comme elle était très sensée el très humble, elle n'osait trop croire à la réalité <!<• L'apparition*

" Après cette apparition, dit-elle, comme je craignais les

illusions, je pensai que si cela était de Dieu, je n'avais que faire de rien porter pour mon voyage. Je dis en moi-même :

" Si c'est la volonté de Dieu que j'aille à Ville-Marie, je n'ai besoin (rancune chose."

Il faut bien se souvenir qu'alors le Canada était sauvage, qu'on n'y trouvait rien des nécessités de la vie. Ceux qui venaient s'y établir avaient donc grand soin de se pourvoir de tout. Madame de la Peltrie avait frété un vaisseau de son bagage et de celui des religieuses Ursulines.

Mais au lieu de faire provision de bardes, de meubles, de comestibles, Marguerite se prépara au grand départ en distribuant aux pauvres ce qu'elle possédait. Elle ne garda même pas le peu d'argent qu'elle avait, et quitta Troyes (en février 1653) n'emportant ni blanc ni maille, mais seulement un petit paquet qu'elle pouvait porter sous son bras.

Marguerite Bourgeoys fit le voyage de Troyes à Paris dans la voiture publique, en compagnie de M. Cossard, son oncle, et de Madame de Chuly, sœur de Maisonneuve.

Celle-ci allait dire adieu à son frère. Comme tout le monde à Troyes, elle ignorait le dessin de Marguerite. Ce dessein était resté un profond secret.

Mais une fois en chemin, Marguerite Bourgeoys dit ouvertement qu'elle n'allait à Paris que pour prendre la route du Canada, où elle devait passer avec M. de Maisonneuve.

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Cependant Maisonneuve la rejoignit a Nantes. Il avaft

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Bourgeoys. Il la lui montra et son angoisse s'en accrut.

Tout éplorée, n'en pouvant plus, elle se rend à une église où le Saint-Sacrement était exposé. Là, prosternée, elle proteste à N'otre-Seigneur avec une grande abondance larmes, que son unique désir est de connaître et d'accomplir sa volonté, fallût-il sacrifier mille fois sa vie. Elle se relève consolée, inondée d'une joie toute céleste. " En un instant. dit-elle dans ses mémoires, toutes mes peines furent changées ; je reçus là, une très forte impression et une très grande assurance qu'il fallait faire ce voyage, et je revins de l'église avec une entière certitude que Dieu voulait que j'allasse en Canada."

Cette illustre bienfaitrice de notre pays partit sans autres ressources que sa confiance en Dieu. Elle n'emportait pas un denier pour le voyage. Les plus grands parmi les saints ne l'ont pas surpassée en détachement. Son abnégation n'était pas moins admirable et l'indélicatesse de ses compagnons de voyage la mit à une longue et cruelle épreuve.

Comme Marguerite ne buvait pas de vin, le propriétaire du navire, M. Lecocq — chez qui elle avait logé à Nantes — avait eu l'attention de faire porter sur le vaisseau quelques barriques d'eau douce pour son usage.

Certains, à bord, jugèrent bon de s'en emparer, et, durant

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indicible soin."

La volonté de cette femme étonnante triompha du mal de mer. Nuit et jour elle fut auprès drs malades, leur rendant tous les services, les consolant, les instruisant, leur distribuant avec une céleste joie tout ce qu'elle recevait de la charité de Maisonneuve et du capitaine.

Cependant, au Canada, on avait appris que Maisonneuve était en route avec une recrue de cent huit hommes. Et comme on ignorait qu'il lui avait fallu relâcher, on s'inquiétait en voyant qu'il n'arrivait pas et chaque jour les craintes devenaient plus vives.

A Québec et à Ville-Marie, il y eut prières publiques, exposition solennelle du Saint-Sacrement.

Torturée par l'angoisse, Mlle Mance descendit à Québec pour avoir des nouvelles. La situation était terrible ; les bandes infernales, plus redoutables que jamais.

Au printemps, des hommes, envoyés à Montréal par le gouverneur-général Lauzon, n'osèrent pas s'approcher du fort. Convaincus qu'il n'y restait plus un Français, ils se tinrent au large, observant de loin ; puis ils descendirent annoncer que les Iroquois avaient pris Ville-Marie.

La sinistre nouvelle avait été vite démentie par ceux de Montréal qui avaient cru à une barque fantôme.

Mais six cents Iroquois venaient de bloquer Trois-Rivières. Les colons avaient repoussé ces démons incarnés, et cependant si un secours n'arrivait pas, si Le vaisseau de Maisonneuve s'était perdu, c'en était fait de la Nouvelle-France. Chacun le comprenait.

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Pendant ce temps, Maison neuve était aux prises avec Lau- Bon qui voulait retenir Bes hommes à Québec el refusait de

fournir des barques, encore qu'il y fût obligé.

Maisonneuve triompha de toutes Les résistances, de toi] les ruses. La recrue s'embarqua bientôt pour Montréal et, afin qu'on ne retînt aucun de ses hommes, le fondateur de Montréal partit le dernier.

A Ville-Marie, avec une impatience ardente, on attendait le chef, absent depuis deux ans. Quand les barques parurent, la joie de la petite garnison devint exubérante, indescriptible. Celle des arrivants ne fut guère moindre On était enfin au terme du voyage.

A perte de vue sur l'île royale, la forêt inviolée étalait son feuillage doré, rougissant. Et il nous semble que Marguerite Bourgeoys dut frémir d'une émotion sacrée lorsqu'en ce décor de sauvage solitude, au bord des eaux luisantes, sous le ciel radieux, elle aperçut le fort qui abritait le germe de Ville-Marie, la merveilleuse cité chrétienne rêvée.

Ce jour-là, au berceau tant de fois ensanglanté de Montréal, il y eut grande fête. L'arrivée de la recrue donna comme une illusion de sécurité. Les colons réfugiés au fort regagnèrent joyeusement leurs maisons abandonnées depuis des années, et tout le monde se mit à l'ouvrage avec un entrain admirable. On défricha des terres, on bâtit des mai- - ; l'hôpital fut agrandi et fortifié.

La croix portée par Maisonneuve sur la montagne, après l'inondation de 1642, avait été enlevée par les Iroquois On

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On avait vite le crâne dégarni de sa peau, et à Ville-Marie,

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armes. Marguerite Bourgeois ne semble avoir jamais en le moindre souci du danger, et partout où il y avait quelque

bien à faire, on la \ oyait accourir.

Vénérée de tous, elle l'était particulièrement de Maisonneuve. Le héros lui ouvrait toute son âme et c'est elle qui l'engagea à faire le vœu de chasteté.

Aux heures (rabattement, ne devait-il pas chercher aup d'elle la consolation, la confiance ? Que de fois, sans doute, il l'entretint de ses craintes, de ses espérances, des rêves de beauté et de gloire que son mâle esprit caressait pour sa ville. Le cher projet de bâtir une chapelle à la Vierge dut être discuté bien souvent, au foyer du fort, durant les longues soi- On ne saurait dire avec quel zèle Marguerite Bourgeoys poursuivit ce dessein, ni ses patientes, ses saintes industries.

Si Dieu glorifiait toujours devant les hommes l'ardente bonne volonté, comme il l'a fait une fois d'après une gracieuse tradition, au frontispice de la chapelle de Notre-Dame de Bonsecours, un ange aurait écrit : " Marguerite m'a bâtie."

Jeanne Loysel, la première enfant qui vécut à Montréal, lui fut confiée à l'âge de quatre ans. Jean Desroches vint ensuite, et le 30 avril 1657, peu après l'arrivée des Sulpiciens qui amenèrent quelques familles, la Sœur Marguerite ouvrit une école. Mais combien rudes et humbles furent les commencements de son œuvre !

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tel, (jui était notaire apostolique, m'a confié Ba fi'!»- (ju'il aimait beaucoup. M'avant demandé comment doua vivrions a Ville-Marie, je lui montrai le contrat qui me mettait en possession de l'étable qui avait servi de colombier et de Logis pour les bêtes à cornes ; et ne voyant rien pour subsister, il me dit : Eh bien ! voilà pour loger, niais pour le reste «pie ferez-vous ? De quoi vivrez-vous ? Je lui dis que nous travaillerions pour gagner notre vie, et que je leur promet ta toutes du pain et du potage ; ce qui lui tira les larmes des veux et le fît pleurer. Il aimait beaucoup sa fille, mais ne voulut pas s'opposer aux desseins de Dieu sur elle. Il prend conseil de l'évêque de Troyes, M. Malier du Moussay, car il était bon serviteur de Dieu ; et, sur la réponse affirmative du prélat, il accède aux désirs de sa fille. On passa en son étude le contrat d'engagement, ainsi que celui de ma Sœur Crolo, qui avait eu le désir de venir avec moi, dès mon premier voyage. Par ce contrat, elles s'engagèrent pour demeurer ensemble et faire l'école à Ville-Marie."

Ces jeunes filles et deux autres qui se dévouèrent aussi à l'instruction ds enfants de la colonie, ne songeaient pas à former une communauté. Mais Dieu les avaient choisies ; l'œuvre de Marguerite Bourgeoys devait se perpétuer chez nous, et dès 1658, dans ce poste de Montréal, toujours en péril, l'étonnante femme fonda la Congrégation de Notre- Dame sous la sauvegarde de la Reine du Ciel.

Un des associés de la Compagnie de Montréal, touché du zèle de la Sœur Bourgeoys, lui offrit un fonds considérable pour assurer un revenu à la congrégation naissante. Mais la magnanime fondatrice refusa absolument de l'accepter afin de ne fonder son œuvre que sur Dieu, et de pratwpicr aussi 'parfaitement que possible la pauvreté qu*éUe arait votu

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