‹ Silhouettes canadiennesChapitre 21 sur 36 · s considérables différai' • bourgs mu · texte numérisé non relu

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rages. I <s cabanes étaient vastes et en bois. M Toutes étaient remplies

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pioche. Pierre Boucher le comprenait. Il savait que le patriotisme prend corps avec la terre, m confond avec l'amour du sol, ei un grand projet le préoccupait.

Tour reconnaître les bons et utiles services du sauveur des Trois-Rivieres, L'intendant Talon lui avait donru

dé et accordé un morceau de forêt — cent quatorze arpents de front snr deux lieues de profondeur à prendre sur le Saint- Laurent, bornées des deux CÔtét par la seigneurie de Yarennes, pour jouir de la dite terre en tous droits de seigneurie et justice, et, de ce fief en bois debout, Pierre Boucher songeait à faire une paroisse modèle.

Plein de cette pensée, il visita sa sauvage seigneurie et la trouva à souhait. L'argent lui manquait absolument pour la mettre en valeur — Il avoue dans ses mémoires, qu'après avoir établi les colons qu'il avait amenés de France, il se trouva complètement ruiné — Mais il savait que la richesse est dans le sol, que la prospérité des familles comme des nations dépend surtout de l'agriculture, et son parti fut bientôt pris : il viendrait défrichir son domaine et y établirait son foyer. "La grandeur des actions humaines, a dît Pasteur, se mesure à l'inspiration qui les fait naître. Heureux qui porte en soi son idéal et qui lui obéit."

Lui-même écrivit quels motifs lui faisaient abandonner le gouvernement des Trois-Rivières pour se ffcer dans la forêt, et, au monastère des Ursulines de Québec, on conserve religieusement ce manuscrit intitulé : Raisons qui m'engagent à établir ma seigneurie des îles percées que j'ay nommée Bouclicrville.

Mre Raison. — C'est pour avoir un lieu dans ce pais consacré à Dieu, où les gens de bien puissent vivre en repos, et les habitants faire profession dVstre à Dieu d'une façon toute particulière. Ainsi toute personne scandaleuse n'a que faire de se présenter pour y venir habiter, si elle ne veut changer de vie, ou elle doit s'attendre à en estre bientôt ehassée.

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Le bien à faire, voilà ce que Pierre Boucher avait en vue.

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qu'il fit agréer au gouverneur-général sa résolution d'abandonner le gouvernement des Trois-Rivières, ei il <lut Lui en coûter de quitter cette ville naissante, on la gloire lui avait souri, où son* coeur avait tant de fois saigné, où la fraternité de la souffrance et du péri] avait formé (!»• ces liens qui mais De se brisent.

Les rivières, a dit Pascal, sont des chemins qui marchent. Pour les colons, il n'y avait pas d'autres routes à travers la forêt sans fin, et le déboisement se commençait le long des cours d'eau.

C'est à une vingtaine d'arpents de l'église actuelle, à l'embouchure de la Sabrevois dans le fleuve, que le fondateur de Boucherville attaqua la forêt. Le soir, après la dure journée, une belle flambée égayait la clairière et Pierre Boucher se reposait avec ses hommes en songeant aux moyens de mener son dessein à bonne fin.

Il savait quelle part d'illusion se mêle à l'espérance humaine, il connaissait les âpres difficultés auxquelles sa volonté allait se heurter. Mais il n'en avait pas moins suivi son idéal, et en regardant les étoiles qui s'allumaient dans la pureté du ciel il priait et confiait à Dieu son œuvre. Un océan d'arbres l'environnait, les rumeurs profondes se mêlaient au mumure de la rivière qui coulait tout près, à la mélodie des vagues le long du rivage, et parfois Pierre Boucher s'abandonnait à la douceur des rêves éveillés. Sur la pierre des foyers futurs, il voyait les grands feux s'allumer,

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portant d'immortelles traditions de foi, d'honneur et de patriotisme.

Encore que [es voyages fussent alors si Longs, si pénibles, Les plus grands personnages du paya visitaient Pierre Hou

cher. Le premier prêtre qui entra dans sa maison lut l'illustre Père Marquette. Accompagné de Louis Jolliet, il venait, avant de partir pour les missions de l'Ouest, faire ses adieux au fondateur de Boucherville.

Pierre Boucher avait le mâle bon sens supérieur au même, mais les aventures, alléchées d'inconnu et de danger, faisaient vibrer en lui des fibres bien profondes : ce dut être avec une émotion mêlée d'envie qu'il vit partir les deux immortels découvreurs.

Comme le glorieux fondateur de Montréal, Pierre Boucher avait mis ses colons sous la protection de la Vierge. Comme Maisonneuve aussi, il organisa une congrégation de Marie et, jusqu'à sa mort, il en fut le président. Les premiers prêtres desservants de la paroisse résidèrent au manoir, et une partie de la maison était à la disposition de la Sœur Bourgeoys qui venait, chaque été, enseigner le catéchisme et faire l'école aux enfants. Comme l'admirable femme devait applaudir aux efforts de Pierre Boucher ! Avec quel intérêt elle devait suivre ses travaux !

Il savait prendre le bon côté des choses ; la forêt qui s'avançait jusqu'au seuil de la maison ne lui semblait pas une ennemie. " Le gibier vient se faire tuer, dit-il dans r Histoire véritable et naturelle de la Nouvelle-France, le bois ne coûte qu'à bûcher et à apporter au feu, et plus on fait grand feu, plus on abat de la forêt et l'on se fait des terres nouvelles."

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le danger ne tarda point à r. L'ère de |>ai\ avait

omme un beau et vigoureui printemps, mais la Nouvelle- France, heureuse, prospère, déjà riche de sève, allait tarai ser des années terribles et subir des humiliations qu'elle n'avait point connues aux jours de ses pires dét r l'âge héroïque et militant.

Les colonies anglaises auraient voulu accaparer le trafic avec les indigènes, et, dans l'intérêt du commerce, Dongan, gouverneur de la Nouvelle-York, poussait les Iroquois aux hostilités. Se sentant soutenus, ces barbares envahirent et ravagèrent le pays des Illinois, alliés des Français, et lâchèrent leurs bandes sur divers points de la Nouvelle-France. Ces insolentes ruptures de la paix appelaient une prompte réparation, mais par l'impéritie absolue du gouverneur, M. de la Barre, l'expédition de 1683 contre les Cinq Cantons n'aboutit qu'à un traité déshonorant qui déconsidérait les Français aux yeux de leurs ennemis et de leurs alliés. L'indignation fut générale ; et le roi rappela promptement la Barre.

Le marquis de Denonville, qui le remplaça, avait du prestige, de la valeur, une grande réputation d'habileté. Son administration fut pourtant encore plus funeste. Il fit saisir les délégués iroquois qu'il avait fait inviter par un missionnaire, le Père de Lamberville, à venir traiter de la paix, et les envoya en France chargés de fers. Cet acte qui déshonora le nom français parmi les indigènes fut hautement blâmé dans le pays. Louis XIV désavoua le gouverneur ; les délégués revinrent. Mais les superbes Iroquois n'oublièrent point l'outrage.

Avec les forces dont il disposait dans l'expédition de 1687,

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gouverneur-général s'y trouvait. A la nouvelle de l'irruption, il perdit la tête et Ba faiblesse aggrava étrangn ment L'horrible catastrophe. Il tint les troupes sur la défen . il ordonna de ne pas s'exposer el par 8e veulerie lej Iroquois paradèrent en vainqueurs où il leur plût.

" Il n'v eut de chocs que sur quelques points, dit neau. Ces barbares parcouraient le pays laissant partout des traces sanglantes de leur passage. Da se portaient rapidement d'un lieu a un autre et cédaient lorsqu'ils rencontraient de la résistance pour se répandre là où ils n'en trouvaient point. Ils se promenèrent ainsi pendant deux mois et demi avec le fer et la n'anime, comme un incendie qu'excite un vent qui change sans cesse de direction."

Ce que souffrirent nos ancêtres pendant ces dix semaines de sanglantes parades, il est impossible aujourd'hui de s\n faire quelque idée.

La honte de l'inaction s'ajoutait à l'horreur du péril. Jusque-là, aux heures les plus désespérées, les plus terribles la Nouvelle-France avait fièrement gardé l'honneur. La force de cette faiblesse avait fait l'étonnement et l'admiration des Sauvages qui, maintenant, n'avaient plus que du mépris.

Aux alentours de Montréal, ils s'amusaient à torturer les prisonniers, ils avaient nargué et battu un détachement, mis tout le village de Lachenaye à feu et à sang.

Un sentiment d'amère et accablante humiliation se mêlait aux angoisses de tous les instants.

Le Canada était presque une colonie militaire ; dans les recensements on comptait les armes 1, comme dans les rôles d'une armée. Cinq cents hommes, dit un contemporain auraient mis les Iroquois en déroute. Mais Denon ville tenait

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