‹ Silhouettes canadiennesChapitre 3 sur 36 · M II IOI i · texte numérisé non relu

M II IOI i

— Rien de grand ne se fait sans beaucoup de souffrance, dit Le religieui après quelques instants de silence. La seul france est la pierre angulaire. Toute autre base serait ruineuse . . . Ce serait une base de nuages . . . Ali ! monsieur de Champlain, je voudrais bien que nous pussions voir le I nada dans deux ou trois cents ans !

— Eh ! qu'y verrions-nous ? demanda le marin ému et souriant.

— Ce que nous y verrions, dit lentement le missionnaire ? La Croix partout adorée, la forêt transformée en villes florissantes, en campagnes prospères, et, dans ce beau grand pays neuf, un peuple jeune, parlant la vieille langue française.

Loris BEBERT

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Henri IV nomma Pierre de Monts Lieutenant-général de

l'Acadie, et lui accorda le privilège exclusif de la traite, mais >a bienveillance ne fit pas davantage.

Comme les frais de l'entreprise excédaient fort les moyens

de M. de Monts, une compagnie de marchands fut formée. On recruta des soldats, des colons, cent-vingt artisans et l'on fréta quatre vaisseaux. Plusieurs gentilshommes étaient de l'expédition et Pontgravé, le vieil ami de Champlain, commandait l'un des navires.

Champlain avait déjà exploré les Antilles et le Saint-Laurent, mais la curiosité des terres inconnues le possédait toujours et il accepta avec grand plaisir l'invitation de M. de Monts. Saintongenois comme lui.

1. Il y avait alors en France un vif mouvement vers le Nouveau- Monde, et malgré 1rs désastres des premières tentatives, des hommes considérables se préoccupaient de la colonisation. Aymard de Chattes, gouverneur de Dieppe, à qui étaient échus les privilèges de Chauvin, avait formé un plan grandiose de colonisation ; son grand sens, son prestige à la cour en assuraient le succès. En 1603, il chargea Pontgrave et Champlain de l'exploration du Canada "où il voulait se porter en personne et s'établir à demeure pour y consommer le reste de ses ans ervice de Dim et du roi". Le commandeur de Chattes mourut au mois d'août 1008, quelques semaines avant le retour de ses envoyés. 1'. Monts, gouverneur de Pons et très bien en cour, obtint sa commiset porta d'abord ses vues vers l'Acadie; Poutrineourt était issu d'une famille féodale de la Picardie ; plusieurs de ses ancêtres s'étaient distingués dans les Croisades.

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Cet épouvantable hiver avait fort abattu M. de Mont* : il voulait abandonner l'entreprise. Les secours d'honniK •>

et de mres que Pontgravé lui amena de France, au mois de

niai, ranimèrent son courage. L'abandon de l'île funi s'imposait. Mais Pierre de Monts tâtonna. Il aurait voulu tblir dans un pays chaud et perdit un temps précieux en explorations infructueuses. L'été finissait, quand Champlain et Poutrincourt le décidèrent à transporter sa colonie sur les bords de la baie de Fundy 1, à l'endroit que Champlain avait nommé Port-Royal 2, et jamais choix ne fut plus heureux.

L'immense rade était commode et sûre. De belles rivières traversaient la contrée et la luxuriante végétation sauvage attestait la fertilité du sol. C'était un pays charmant et Champlain disait qu'il ne pensait pas avoir jamais oui nulle part un si agréable gazouillis et ramage d 'oiseaux.

Le lieutenant-général était calviniste, mais suivant la coutume française il fit élever une grande croix ainsi qu'il avait fait dans l'île abandonnée. L'espérance charmait toutes les fatigues, elle entr'ouvrait devant les colons les plus belles perspectives, et catholiques et protestants se mirent à l'œuvre avec entrain.

Les épreuves n'avaient point découragé Louis Hébert. A l'automne, il passa en France, mais pour revenir à Port-

1 M. de Monts l'avait nommée "Baie Française 2. Aujourd'hui " Annapolis ".

ses enfant». A ur, qu'il aux

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venir une chaloupe d'aussi loin.

Quand il arrivait à Port-Royal, après une absence un peu

Longue, il voulait qu'on le saluât de quelques COUpS de canon, connue le lieutenant-général du roi. Memberton avait le putation de L'emporter sur tous les BaUVageS en finesse et en

ruse. Il agit pourtant toujours loyalement avec les Fran-

et son amitié leur fut précieuse. Mais L'oeuvre de Port- Royal, sans cesse entravée par l'envie et par L'intrigue, devait aboutir à un lamentable désastre.

De Monts avait rendu de grands services à Henri IV pendant la ligue et comptait sur sa bienveillance. Les marchands de Rouen et de Saint-Malo finirent pourtant par l'emporter et le roi lui retira le monopole du commerce des fourrures. Dépouillé de son privilège, M. de Monts se trouvait dans l'impuissance absolue de poursuivre son entrepris» . Il délia ses hommes de leurs engagements et tous s'embarquèrent pour la France. Les sauvages en pleurs reconduisirent les Français jusqu'au vaisseau en les suppliant de revenir.

De Monts avait englouti à Port-Royal une grande partie de sa fortune. Ses mécomptes l'avaient dégoûté de l'Acadie et quand le roi, mieux inspiré, lui rendit le privilège de la traite, il passa tous ses droits à son associé Poutrincourt.

Celui-ci déploya une activité, une intelligence admirables. Au mois de mai 1610, il débarquait à Port-Royal avec une petite colonie. Le lendemain de son arrivée, Poutrincourt, dit Lescarbot, mit une partie de ses gens en besogne au labourage de lu terre. Louis Hébert n'avait pas

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L'incendie de Port-Royal ruinait complètement Poutrin-

court 1. Il ne pouvait songer à rien reconstruire. Et, peu après [e désastre, La plupart des colons repassèrent en France.

L'âme en deuil de tous ses beaux espoirs, Louis Héberl parcourut une dernière fois ses champs défrichés avec tant de fatigues. Un lien mystérieux attache le cultivateur au sol. La rupture lui en était cruelle. Cette fois, il n'espérait plus revenir. Il abandonnait pour toujours ce qu'un travail acharné avait conquis de la forêt. Les fils de la Vierge argentaient ses labours d'automne ; les grillons chantaient dans le chaume flétri. Mais jamais plus il ne verrait le blé vert pousser le long des sillons. Le fruit de ses labeurs lui échappait. Il fallait dire adieu à la terre acadienne qu'il aimait, où il avait cru s'établir pour jamais.

Oh ! l'amertume de ses pensées, la tristesse de son âme devant les ruines. Avec quelle joie il avait vu s'élever la vaste habitation maintenant en cendres. Sur cette plage lointaine, dans ce décor de sauvage solitude, cette maison fruste s'illuminait à ses yeux des splendeurs d'une grande pensée. Avec quel bonheur il revenait à ce foyer national où le repos était si bon, après les rudes journées, où la voix de l'océan couvrait les causeries et berçait le rêve . . . Rêves

1. De retour en France, Poutrincourt reprit le service et deux ans plus tard il mourut au champ d'honneur. Son fils Biencourt, héritier de ses droits, força plus tard l'Angleterre à l'indemniser des pertes que le pirate Argall lui avait causées.

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