‹ Silhouettes canadiennesChapitre 4 sur 36 · SILHOUETTES ( \\ A · texte numérisé non relu

SILHOUETTES ( \\ A

fortune rar les borda du Saint Laurent. Avec son aide, Champlain, en 1608, axait fondé Québec.

Depuis L'exploration de 1608, au fond de sou âme, l'immortel marin avait nourri Le rêve d'un établissement à ce1 droit, et Le rêve était réalisé. Le drapeau de la France flot tait sur ['Habitation, au pied de La montagne.

Mais la Compagnie formée pour aider Champlain ne son geait qu'aux énormes profits du commerce des fourrures.

Dans la crainte de faire fuir Le gibier, ces marchanda férus du gain — ne voulaient pas laisser faire Le moindre déboisement. Ils entravaient si bien Champlain, qu'en 1617 Québec n'était encore qu'un petit poste de trafiquants perdu dans l'immensité des bois.

Aucun colon n'avait pu passer en la Nouvelle-France1. Il n'y avait encore d'ensemencé qu'un étroit jardin autour de ['Habitation. Champlain le cultivait de ses mains. A son arrivée, en 1608, il y avait semé du blé et du seigle, et, en Kill, à son retour de France, il y avait planté des rosiers.

Avec quelle joie l'héroïque fondateur avait vu les grains pousser, les rosiers fleurir ! Partout dans les reconnaisces son regard d'explorateur interrogeait le sol. Il aimait à dire — comme Jacques Cartier — qu'il y avait, au Canada, " terre aussi bonne qu'il est possible de voir ". Mais qui ouvrirait la voie aux défricheurs ? Qui oserait attaquer l'épaisse-forêt, gardée par la cupidité insatiable ?

Champlain savait parfaitement quels cruels mécomptes Louis Hébert avait essuyés en Acadie. Mais il l'avait vu à l'œuvre. Il connaissait sa générosité, sa grandeur d'Ame, son courage indomptable. C'est à lui qu'allait son espoir.

1. Pierre Desportes, Nicolas Pivnt et Abraham Martin vivaient de

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De Monts avait promis de faire concéder à Louis Hébert, dix arpents de terre à Québec ; et en faisant valoir ses connaissances médicales, les services qu'il pourrait rendre, Champlain obtint son passage sur le vaisseau de la Compagnie.

Ils s'embarquèrent à Honfleur, le 14 mars 1617 : Hébert avec sa femme et ses trois enfants, Guillaume, Anne et Guillemette ; Champlain avec deux missionnaires, le Père Joseph Le Caron 1 et le Père Huet.

La traversée fut affreuse et très longue. Les tempêtes et

1. Entre tous les missionnaires de cette époque héroïque, c'est sans contredit l'une des plus belles et des plus sympathiques figures. Illustre par sa naissance, "il avait eu l'honneur, dit Sagard, d'enseigner au roi Louis XIII, lui-même, les premiers rudiments de la foi ". Envoyé par ses supérieurs à la mission du Canada, il se dévoua avec un zèle incroyable à la conversion des sauvages. . . Il fut le premier à réduire les langues sauvages aux règles de la grammaire et à composer leurs dictionnaires. Il demeura attaché à l'Eglise du Canada tout le temps de la première mission des Récollets ; il en fut le chef à deux reprises, et il l'était encore lorsque le Canada fut pris par les Anglais en 1629 ; puis, lorsque notre pays fut rendu à la France en 1632, et que les Récollets furent empêchés par des influences plus ou moins mystérieuses d'y revenir, il éprouva tant de chagrin de ne pouvoir reprendre ses travaux apostoliques, qu'il en mourut. Un dernier trait achèvera d'esquisser cette noble figure : le Père Joseph le Caron a été le premier maître d'école du Canada — L'abbé Gossei.ix.

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humble, etj en débarquant sur la Pointe, Hébert n'aperçut que YHabitation1 et quelques cabanes sauvages. Ailleurs le cap penchait jusqu'à la grève ses bois charmant le feuillage voilait la petite chapelle - bâtie au bord de l'eau, dans un enfoncement.

Malgré la sécurité, la facilité relative des communications et tant d'autres avantages, la tâche du défricheur reste fort dure. Pour s'enfoncer dans la forêt, pour y faire jaillir le pain de la terre, il faut un véritable courage. S'il en est encore ainsi aujourd'hui, qu'était-ce donc alors, quand la Nouvelle-France comptait environ cinquante âmes et n'était qu'une forêt sans bornes habitée par des peuplades féroces ? Et quelle trempe devait avoir notre premier colon pour tout sacrifier à la Nouvelle-France naissante, pour en faire sa patrie d'adoption !

Comme Champlain, Hébert comprenait qu'aussitôt VHa-

1. L' " Habitation " consistait en trois corps de logis, à double étage, attenant les uns aux autres. Au-dessus du premier étage régnait une galerie qui se prolongeait autour d'un préau entouré d'un solide enclos percé de meurtrières. Une tourelle carrée ou campanile, destinée probablement à servir d'observatoire, se dressait au milieu de cette place. Toute V " Habitation " était environnée d'un fossé et d'un mur d'enceinte, flanqué de plates-formes armées de trois ou quatre canons. — L'abbé Casorain.

2. Cette chapelle, mère des innombrables églises du Canada, était en bois brut et avait été construite en moins d'un mois, deux ans auparavant.

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Awr quel intime contentement Hébert battit Le briquet et alluma le premier feu dans l'âtre ! Bien douce fut cette heu- La flamme du foyer, les milles petites voix qui bruis- B&ient «Luis le bois embrasé mettaient la joie dans toui Cœurs. Au Lieu de la toile des tentes trempée de rosée, on it enfin un toit solide, le bien-être de l'abri et de la chaleur. Les meubles, apportés de Paris, reparaissaient au jour. On oubliait qu'on était en pleine barbarie, dans une t sans bornes qui n'avait d'ouvert que les marges de la mer et des rivières.

L'œil vif et gai, Mme Hébert allait et venait, plaçant les meubles, rangeant le linge dans les armoires, disposant sur le dressoir sa belle vaisselle d'étain, et, près du feu, les casseroles de cuivre.

C'est avec une émotion profonde que le Père Joseph Le Caron bénit la demeure du pionnier de l'agriculture. Il lui semblait célébrer l'alliarfce de l'homme avec la terre canadienne. Par delà il voyait, comme en un rêve, les travailleurs du sol, tous ces vaillants défricheurs qui, la hache à la main, s'enfonceraient dans la forêt pour y fonder un foyer ; et il offrait à Dieu leurs rudes labeurs et leurs héroïques misères. Ne semble-t-il pas qu'il dit à Hébert :

" Que vos fatigues, que vos travaux soient bénis . . . Que vos sueurs soient fécondes. . . Puissiez-vous avoir bientôt beaucoup d'imitateurs . . . La terre est la vraie richesse, le dur travail est la loi de la vie ; que votre bras s'arme de vaillance et que votre courage jamais ne défaille. . . N'oubliez pas que Dieu est votre Père, que partout et toujours, ses anges vous gardent. . . Ce jour est vraiment pour moi un jour heureux : sur cette terre sauvage j'ai vu une grande et douce chose : j'ai vu un vrai foyer ! "

Une fois sa famille convenablement logée, Louis Hébert prit la hache et, autour de son humble logis, il attaqua la

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