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Plus une âme est noble, plus la bassesse et l'injustice la révoltent. L'odieuse conduite des associés dut soulever dans l'âme d'Hébert des tempêtes d'indignation. Mais sa constance fut immuable, et il poursuivit ses travaux avec intelligence. Il avait fait venir des pommiers de Normandie, et il avait planté des vignes qui lui donnaient d'excellents fruits. Ses champs, visiblement bénis du ciel, se couvraient de riches moissons.
C'est probablement sur le conseil de Champlain qu'il demanda au vice-roi de confirmer la concession de dix arpents qui lui avait été faite. Dans sa requête, Hébert alléguait qu'il était le premier chef de famille établi dans la Nouvelle- France — qu'il avait tout quitté, tout sacrifié, pour travailler à l'établissement de la colonie. Le vice-roi répondit en lui donnant en fief noble une grande partie du terrain de la ville actuelle de Québec. Hébert est donc le premier seigneur de la Nouvelle-France.
En 1621, il maria sa fille Guillemette à Guillaume Couillard, arrivé au pays en 1613. Couillard était charpentier et au service de la Compagnie. Mais, au foyer inspirateur
1. Il faut croire, dit Faillon, que cette vexation ôt ait aussi notoire que criante, puisqu'elle entra dans les motifs de l'édit royal de K»27, qui supprima la Compagnie des Marchands de Rouen et de Saint-Malo.
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i terre poussaient drues et hautes. Mais Hébert, ort, U robuste, ne devait pas jouir du fruit de ses labeurs. Au mois de janvier 1627, il tomba sur la glace et les suites de cette chute le mirent bientôt à toute extrémité.
Ses cruelles souffrances et la vue de la mort ne troublèrent cependant pas la paix de son cœur. Il régla ses affaires avec sérénité et au contentement de tous les siens.
Chez l'héroïque défricheur, il y avait de l'apôtre. " Je meurs content, disait-il, puisqu'il a plu à Notre-Seigneur de me faire la grâce de voir mourir des sauvages convertis. J'ai passé les mers pour les venir secourir plutôt que pour aucun intérêt particulier, et je mourrais volontiers pour leur conversion, si tel était le bon plaisir de Dieu. Je vous supplie de les aimer comme je les ai aimés et de les assister de tout votre pouvoir. Dieu vous en saura gré et vous en récompensera en paradis. . . Ils sont créatures raisonnables comme nous. . . Ils peuvent aimer Dieu comme nous. Par vos bons exemples, par vos prières, il faut leur apprendre à le connaître."
Le Père Le Caron lui administra les derniers sacrements, qu'il reçut avec ferveur. Hébert réunit sa femme et ses enfants autour de son lit et leur recommanda de s'entr'aimer véritablement, de vivre toujours en parfaite union, comme l'ordonne la loi divine.
" Cette vie est courte, dit-il, et celle à venir est éternelle. Je suis prêt d'aller devant Dieu, mon juge, auquel je dois rendre compte de toute ma vie. Priez-le pour moi afin que je sois du nombre des élus."
Puis, levant la main, il bénit sa compagne de vie, il bénit ses enfants et s'endormit dans la paix du Seigneur. C'était le 25 janvier 1627.