‹ Silhouettes canadiennesChapitre 5 sur 36 · ET · texte numérisé non relu

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tant le découragement l'envahir, il prit le sentier de la chapelle.

Cette pauvre petite chapelle de bois brut — la première demeure de Notre-Seigneur sur la terre canadienne — qu'elle

f chère à notre premier colon ! Que de fois il y vint tremper sa constance !

La forêt sans fin, à peine envahie, se dépouilla rapidement. Les feuilles mortes roulaient le long du cap, elles s'amoncelaient dans la clairière, et Hébert devait dégager les fenêtres et la porte de sa maison. Bientôt viendrait le froid vif, le froid aigu qui mord et brûle la chair. Courage ment, Hébert se préparait à l'hiver si long, si rigoureux. Les cordes de bois s'allongeaient ; les bûches s'entassaient.

Des sauvages hideusement tatoués, marchant avec une légèreté féline, rôdaient souvent aux alentours. Quand la fantaisie d'entrer à la maison leur venait, Mme Hébert dissimulait de son mieux ses frayeurs. La courageuse femme tâchait de s'habituer à leurs allées et venues ; elle se confiait en Dieu, en la prière qu'elle faisait avec son mari et ses enfants. Le soir, lorsqu'on avait tiré les verrous, fermé les épais volets, que son mari se reposait à la douce chaleur en écoutant le babil de ses enfants, elle avait l'illusion de la curité, elle oubliait les affreux sauvages, les dangers de l'isolement et se sentait heureuse de donner aux siens le bienêtre et la joie. Mais quand le vent déchaîné s'acharnait sur la maison et la forêt, que la nuit s'emplissait de plaintes éperdues, de sinistres hurlements, quel courage ne lui fallait-il pas ! Pour ces pionniers de la civilisation, de terrifiantes an-

LOUIS HEBEET 25

goisses aux souffrant -s inhérentes à la vie de*

France. \ fin de l'auto h sa fille Anne, qui

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Dans cette maison isolée

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26 SILHOUETTES CANADDBNKXfl

Le dimanche] toute la famille descendait l'abrupt sentier de la montagne pour assister à la messe. Des chaudii pleines de braises réchauffaienl L'humble petite chapelle, habillée de givre.

L'hiver se passa heureusement. Il y eut pourtant une vive alarme, et un incident regrettable qui remontait à deux ans faillit causer la ruine de l'œuvre de Champlain.

Les Français traitaient les sauvages avec une grande bonté, une patiente indulgence. Mais, en 1616, un matelot et Charles Pillet, serrurier de YHabitation> s'étant pris de querelle avec deux Montagnais, les avaient chargés de coups et jetés à la porte. A l'automne, Pillet et le matelot s'en allèrent chasser sur les grèves de Saint-Joachim. Ils disparurent mystérieusement, et, en 1618, on eut la preuve que les sauvages qu'ils avaient maltraités les avaient assassinés. Ce double meurtre, dit un historien de Champlain, n'était que le sanglant prélude du massacre qui se tramait dans l'ombre. Huit cents Algonquins-Montagnais, se réunirent aux Trois- Rivières, afin de surprendre les Français de Québec et de les exterminer. Un chef, qui portait un nom français — Laforière — révéla le complot au Frère Pacifique, qu'il aimait. Le bon Récollet, alors catéchiste aux Trois-Rivières, fit aussitôt avertir Beauchesne.

Il y avait à peine cinquante âmes à Québec, et la poudre manquait à VHabitation. Mais le commandant fut admirable de calme, et paya d'audace. Il assura aux sauvages, ca-

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28 >II IIOIKTTKS CANADIENNES

entions mesquines, on espérai! le dégoûter, le décourager, le décider A retourner en France. "() Dieu ! partout les gros poissons mangent Us petits9' ', écrivait le Frère Sagard, indigné de ces injustices.

Mais la fermeté d'Hébert fut inébranlable. Réduit à pi parer ses champs à la bêche, il bêcha, il piocha sans regarder à la fatigue ; et, dans ses sillons péniblement creusés, par un beau jour de mai, il jeta triomphalement la première semence.

Quand la clairière fumait à l'ardent soleil, avec quelle émotion Hébert devait regarder la terre brune où le grain dormait. Avec quelle joie, il vit poindre et croître la semence, se développer et mûrir les beaux épis barbus. " Le patriotisme fleurit en même temps que les champs se couvrent de moissons ", a dit quelqu'un. Pour Hébert, la pensée de res de repos, quand le silence, dans l'espace immense, laissait l'exil éternel s'adoucissait. Dans les beaux jours, aux heuentendre les plus douces voix de la vie, il aimait à s'asseoir sur les marches de pierre de sa maison, à songer à l'avenir, en regardant le sauvage Québec.

Et de la terre riche de l'humus des siècles, de la fumée des foyers, de l'horizon grandiose, du fleuve resplendissant, de la forêt ombreuse, des solitudes inconnues, une fraîche figure s'ébauchait, prenait corp3 : c'était la Nouvelle-France, la jeune patrie aux clartés d'aurore, aux mystérieuses destinées, à qui il avait tout sacrifié.

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