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douceur de sa voix, la caresse de son regard, l'aménité de ses manières, le soin particulier de sa personne, sont des raisons assez suffisantes pour qu'il faille insister sur son succès d'artiste auprès des modèles féminins : Laura de Dianti n'aurait pas hésité à se montrer à lui dans le triomphe de sa nudité, qu'immortalisa le Titien.
Il purifie involontairement ses modèles. N'est-ce pas à lui que l'abbé ***, vicaire à Saint-François-de-Sales, disait :
— Après tout, peindre des danseuses n'est pas un mal — ne sont-elles pas des anges! Mais ils ont brûlé leurs ailes.
Ce n'est pas seulement les danseuses qu'aime à faire vivre sur la toile celui qui semble s'en être fait le peintre attitré. Il a le souci d'autres labeurs. Les portraits occupent une grande place dans sa vie. Il les peint avec tendresse, à la grande joie des élégantes qui lui confient le soin délicat de leur aimable personne !
Sans être taxé d'ingratitude, il se croit autorisé et au delà à s'affranchir de cette spécialité qui finirait par tourner à la tyrannie. C'est à la campagne, chez lui, à Wissant, dans sa maison du bord de la mer qu'il se repose des tarlatanes et des maillots couleur de chair.
Là, les modèles du corps de ballet de l'Opéra sont oubliés... momentanément, et, durant trois longs mois, Pierre Carrier-Belleuse fait du nu en plein air, cherche à pénétrer et à rendre les délicatesses des vraies chairs blondes couchées sur le sable fin et blond aussi de la dune.
Eugène Chaperon.