‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 16 sur 68 · EUGÈNE CHAPERON · texte numérisé non relu

EUGÈNE CHAPERON

Il n'était pas plus haut que ça, pouvant à peine, château branlant, faire quatre pas sans tomber sur son derrière, que de ses mains potelées, à fossettes, il tenait un grand crayon, presque une canne, et dessinait des chevaux à la queue en cor de chasse, telle la queue des loulous. Son père, le superbe et bon et talentueux maître peintre de décors de l'Opéra, Chaperon, le laissa faire.

Les chevaux et la trompette — oh! l'épouvantable torture pour les siens — et les petits soldats furent la seule préoccupation de ses jeunes années.

Il entre tout de suite à l'école des Beaux-Arts, dans l'atelier de Pils. Puis ce beau garçon à la taille de horse-guard, fait son volontariat d'un an dans le 4e dragons. Ce passage dans l'armée excite davantage sa manie de jouer au soldat et de le peindre. Pendant cette année de service, Eugène Chaperon couvre des albums entiers de croquis de caserne ou de manœuvres, ayant toujours dans les sacoches de son cheval de quoi noter un trait, ou surprendre une attitude.

Alors commence, dans les expositions, la longue théorie de ses toiles militaires, parmi lesquelles En batterie, la Douche au régiment et, tout dernièrement, le fameux Général Macard chargeant, le torse nu, à la tête de son état-major.

Chaperon est un convaincu et un consciencieux, amoureux de ses sujets, s'y consacrant tout entier. Il vit la moitié de son existence au son du clairon. Il n'est pas rare, l'hiver, de le voir dans la cour du quartier, d'un crayon sûr et rapide, malgré le froid, suivre le pansagrê ou les exercices du matin. Le printemps venu, fort de la permission des autorités militaires, il s'installe

dans une caserne des environs de Paris, mont Valérien ou Saint-Gloud, et alors dès l'aube il travaille, au milieu de ses modèles, déjeunant — pour les voir de plus près — à la cantine, les étudiant toujours.

A cette époque, on le rencontre souvent à cheval en tête d'un escadron, causant avec les officiers qui le traitent comme l'un des leurs. Il ne manquerait pas, pour rien au monde, une grande manœuvre!

Il y a quelques années, Chaperon fut enrégimenté pour la circonstance dans une brigade d'infanterie.

Un jour, après un bon nombre de kilomètres, comme il se trouvait un peu las, un cavalier lui prête un cheval tout harnaché. Le peintre enfourche la bête et suit la colonne aux côtés de l'officier.

Le général de *** passe sur la route et, voyant cela, crie d'une voix furieuse :

— Nom d'une langouste! Pourquoi, malgré ma défense, laisse-t-on chevaucher dans la colonne les ordonnances en bourgeois?

A la grand'halte, tout s'explique.

On présente l'ordonnance en bourgeois au général de *** qui l'invite à déjeuner, et, par surcroît, pour continuer les manœuvres, lui fait donner une monture digne du peintre militaire Eugène Chaperon, qui contribue à vulgariser la vie pittoresque du petit soldat français !

A IV s ivell that ends well!

T. Chartran.

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