‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 51 sur 68 · PIERRE PRINS · texte numérisé non relu

PIERRE PRINS

Par les prés, par les bois, au bord des rivières, il va, long, long, le sac au dos, ouvrant l'immense compas de ses jambes, aspirant comme un parfum enivrant l'arôme subtil des champs; le vent dans les cheveux, il sourit au soleil, attentif à la fuite des nuages, aux scintillements de pierreries des herbes emprismées de rosée, l'oreille tendue au murmure des roseaux, là-bas, vers l'étang.

Cet échassier grisé de belle lumière a, dans son corps extraordinairement maigre, beaucoup d'un Don Quichotte tout blanc : barbe en pointe, moustaches en croc. L'ivresse des bonnes promenades durant les journées que les fêtes rendaient libres — car il s'occupait de sculpture industrielle, en semaine, et vivait à l'attache — a fait de lui un peintre. Pierre Prins, à l'âge de qua rante ans, trouve donc un prétexte à ses excursions folles à travers la campagne! Et, dans le fond, le Don Quichotte qui est en lui ne l'est pas seulement d'image et d'allure extérieure. Il se trahit par un besoin de lutte et de naïveté qu'il convient de souligner.

La lance devint alors l'appuie-main, l'armet de Manbrin se mua en un chapeau de paille, et les moulins à vent auxquels s'attaqua son pinceau, pour être de vrais moulins, n'en représentaient pas moins à ses yeux, s'il s'agissait de les rendre sur la toile, une victoire aussi difficile à remporter que celle du chevalier de la Manche contre les prétendus géants. Il n'est pas plus aisé de redresser les torts de notre triste humanité que de peindre les effets fugitifs du ciel et ses rapports avec les terrains et les eaux!

Mais, après des années de bons combats, Pierre Prins est arrivé

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