‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 68 sur 68 · SJLHOUE T TES D'AU TIS TES · texte numérisé non relu

SJLHOUE T TES D'AU TIS TES

Les lavis à la sépia ne pouvaient guère satisfaire une impérieuse poussée vers un art fait d'àme et de beauté, ceci soit dit sans offenser MM. les ingénieurs.

Maxime Lalanne, au dessin un peu creux, de pensionnat de demoiselles, fut son premier maître (?). Vauthier ne se rappela, de cet enseignement, que la pratique de mettre en place un paysage. C'est déjà quelque chose. Mais il développe seul, ce qui lui est bien personnel, son sens juste de la couleur, d'une couleur faite de lumière vibrante, de franchise et de joie. Aussi M. l'ingénieur va vite. Il gagne au concours la décoration de la mairie de Bagnolet. Il s'installe devant les multiples aspects de Paris, peint les paysages de la grande ville en une série que l'Hôtel de Ville possède aujourd'hui.

Les ponts y figurent inévitablement. N'exposait-il pas, l'an dernier, la Cérémonie dit Pont Alexandre III?

Mais il peint aussi avec un rare bonheur de touche, une réalité et une manière amusante, les fêtes foraines dont il s'est fait l'interprète éloquent : telle cette Féie à l'Esplanade des Invalides figurant, l'an dernier, au Champ-de-Mars — côté des Artistes français.

A quand le pont aux ânes avec ses nombreux piétons ?

Quel succès il aurait, ce pont-là !

IN

AUGUSTE VIMAR

Haut, élégant en sa force, avec une tête superbe et douce, l'œil bleu attirant, le sourire épanoui, heureux, — homme d'épée, il aurait pu être dangereux, — passionné de cheval, musicien à souhait, il est riche. Puis, crac! tout d'un coup la ruine imprévue, la ruine aveugle, injuste, sans qu'il en soit cause.

Il accueille le malheur en gentilhomme, souriant et ferme et, peut-être même avec une pointe d'ironie.

Désormais, sans jeter un regard derrière lui, sans accorder un regret au passé aboli, il fait face au sort. N'avait-il pas charge d'âme, maison complète?

Tout Marseille, où il est né et qui l'aime et qui l'admire, connaît l'aventure.

Artiste jusqu'en ses fibres les plus intimes, au temps des jours fortunés, il dessinait les bêtes avec un rare esprit, une singulière intuition de leur nature et une science approfondie de leurs façons d'être.

L'art d'agrément devenait une arme dans ce féroce struggle for life.

C'était là l'avenir.

Il se mit au travail et les espérances se justifièrent presque aussitôt. Après Granville et ses Animaux peints par eux-mêmes; après Gratz, Oberlander, Reinieke, et toute cette spirituelle et cette solide école de Munich à laquelle Caran d'Ache a emprunté son amusante interprétation du cheval; après Frémiet, Steinlen, Willette et leurs chats il se crée une incontestable originalité, non pas d'animalier — le mot ne rend pas exactement

ma pensée — mais de « bêtier », tant pis pour le néologisme! Ses amis l'encouragèrent; parmi ceux-ci, Victorien Sardou, son cousin. Et alors, coup sur coup, cet émule de Toussenel illustre : V Arche de Noé, de Paul Guignon ; l'Illustre dompteur, du même; les Vertus et les Grâces des bêtes, du philosophe charmant Eugène Mouton, avec quel esprit et quelle finesse! C'est une véritable psychologie des bêtes qu'il a si bien, si longuement étudiées : le Figaro illustré en fait un de ses principaux collaborateurs. Les commandes affluent : May lui confie VOie du C apitoie, de Léo Claretie, pour paraître prochainement.

Puis le cadre s'élargit; la peinture, après l'aquarelle, le sollicite : il fait le portrait des chevaux et, partant, des amazones élégantes et des sportsmen aguerris. En sept années, il devient le peintre attitré, recherché, des gens de sport. C'est la fortune, maintenant, qui met les pouces: elle revient à celui qu'elle avait abandonné.

Tel est Auguste Vimar.

Aujourd'hui, sa longue barbe de fleuve, onduleuse et fine, a blanchi, mais sa vigueur est demeurée toujours jeune.

— Les bêtes ont du bon, dit-il à ses amis, le soir, alors que, pour se délasser des fatigues de l'atelier ou d'une longue séance en plein air, assis au piano, ses doigts d'âme chantent une mélodie de Schumann ou pleurent une valse lente de Chopin.

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