Silhouettes italiennes
Ce livre rassemble la série des silhoiiettes italiennes, parues dans le Correspondant, au cours de ces derniers mois.
Elles ont été tracées successivement au fur et à mesure du déroulement des phases de la guerre dans la Péninsule.
Il m'avait semblé bon d'évoquer là chaîne des événements autour des figures des hommes, qui ont été, là-bas, les maîtres de l'heure. Les péripéties de la lutte n'ont pas nui à leur éclat primitif. Leur popularité reste entière. Aussi bien, au moment même, où j'écris — et où l'Allemagne et l'Autriche, associant pour la pre-
mière fois, sur le front des Alpes, leurs plus redoutables moyens d'action, s'essayent à une tentative suprême — , les foules d'Italie, tranquilles, tournent vers Cadorna et ses collaborateurs leurs regards confiants.
C'est pour cela, que je n'hésite pas à présenter ces pages, ainsi réunies, au public français.
Paris, 2 avril 19 17.
LE GÉNÉRAL CADORNA
Le général Cadorna
Le 23 juin 1907, M. Rota, député d'une ville de la Vénétie, révélait, à Montecitorio, l'état de la défense de la frontière orientale italienne dans un discours qui fit sensation :
La préparation militaire, que l'Autriche est en train d'accomplir sur notre frontière avec des soins minutieux et inlassables — disait M. Rota — lui assure une supériorité si manifeste que. dans le cas d'un conflit, nos troupes se trouveraient dans une situation bien difficile.
Un délai dv. 24 heures suffirait à l'empire voisin pour transporter sur la lipnc de notre frontière plus de ioo.ooo hommes : son système de mobilisation le permet parfaitement.
Le ministère de la guerre autrichien a très bien travaillé : le gouvernement allif a fait son devoir. Nous, qui nous sommes bornés, jusqu'à présent, tout simplement à l'admirer, nous devrions commencer par l'imiter. Il est malheureusement trop vrai que,
lO SILHOUETTES ITALIENNES
jusqu'à présent, on n'a rien fait. Depuis la mort du général Pianell, nous avons presque oublié que nous avions une frontière orientale; les forts sont en nombre insuffisant et armés selon des méthodes anciennes; les lignes de chemins de fer sont insuffisantes elles aussi ; les garnisons, très réduites.
Dans la province d'Udine, la plus grande de la Vénétie, placée à l'extrême frontière, il y a quatre escadrons de cavalerie et trois bataillons d'infanterie et, pendant l'été seulement, un bataillon d'alpins. C'est tout. Et nous avons là-bas une partie de notre frontière qui traverse la plaine et qui est délimitée d'une façon bizarre, à travers les champs, par des poteaux.
L'Isonzo se trouve dans le territoire autrichien... Et c'est de ce côté-là, c'est par cette porte grande ouverte, que les barbares et les envahisseurs sont descendus plusieurs fois chez nous. La troisième Italie n'a pas su, jusqu'à présent, faire autre chose qu'enlever à Udine le siège du district militaire pour le transporter à Sacile. Si un conflit éclate, toute une noble province est condamnée à être abandonnée sans remède, quelle que soit la répercussion morale que cet abandon puisse avoir sur l'esprit du pays.
Tel était l'état des choses en 1907, tel il était à peu près au milieu de 19 14. Une préparation fébrile de neuf mois a permis à l'Italie de réparer tout un passé d'oubli. La guerre à l'Autri-