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LE GENERAL CADORNA II

che déclarée, une muraille humaine s'est avancée du côté du Trentin, du cô.té du Frioul et de la Garnie. Cette province d'Udine, qui était, dans l'opinion générale, sacrifiée à l'avance, comme impossible à défendre, a vu s'évanouir, dans quelques heures, le cauchemar de l'invasion. La menace de l'offensive autrichienne a été annihilée en 24 heures; et la porte ouverte entre Udine et la mer, par laquelle les batail Ions de la double monarchie — selon le plan du général Conrad von Hoetzcndorf — devaient se précipiter, a été solidement barrée par une armée, outillée de tous point...

C'est ainsi que l'Italie est entrée dans la guerre mondiale.

La ville, d'où sont partis, depuis les pre mières heures de la campagne, les ordres, qui devaient pxrmrttrr le développement heureux des opérations italiennes, est sise sur la limite

occidentale de la zone, que les plans autrichiens menaçaient...

Un grand salon d'attente aux parois toutes blanches, inondées de lumière, pénétrant par les larges baies, au travers desquelles on aperçoit la balustrade grise d'un long balcon, que des arbres séculaires couvrent l'été de leur ombre; puis, le cabinet du commandant suprême de l'armée italienne. Un grand bureau en bois massif dans le fond. Au centre de la pièce, une longue table, sur laquelle sont déployées ou enroulées des cartes, toutes marquées de chiffres, de traits rouges, jaunes ou bleus. Entre les deux fenêtres qui donnent sur le parc, l'ogive d'une grenade autrichienne de 305 s'élève sur un socle en bois : derrière, un coffre renfermant deux clefs vieilles, énormes, rouillées, les clefs de la forteresse de Monfalcone... Aucun autre ornement. Tous ceux qui ont eu, ou qui ont encore une part quelconque de responsabilité dans l'armée de plusieurs millions d'hommes, que l'Italie a, pour la première fois depuis son unification, rassemblée

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SOUS ses drapeaux, sont passés par cette pièce, où, calme, assis la plupart du temps à l'un des coins de la grande table qui est au centre, le général Cadorna cause, discute ou dicte ses ordres.

Le général est un modeste; simple de formes, sobre de mots, austère et poli à la fois. Il a le regard ferme de celui qui voit et suit de loin un grand projet ; et qui, cependant, connaît l'importance des détails. On devine en lui, dès le premier abord, dans ses gestes et dans sa démarche, une volonté décidée, servie par la vigueur du corps.

Ses soixante ans n'ont pas encore blanchi ses cheveux, ni fait fléchir sa taille. Rien en lui du masque conventionnel et traditionnel du général de parade ; il n'a ni les lignes, m l'expression de dureté qui passaient autrefois comme indispensables pour le génie du commandement. Cela ne l'a pas empêché de montrer, dans des cas difficiles, toute la ténacité nécessaire. Cette ténacité, il l'a déployée, surtout, pour p>ermettre aux armées italiennes

de passer de l'état de chaos, dans lequel il les avait trouvées, à l'état organique, dans lequel nous les avons vues aborder leurs tâjches.

Lorsque, au mois d'avril 191 5, dans une entrevue décisive, à la veille de prendre des engagements diplomatiques d'une importance capitale, M. Salandra demanda au chef de l 'état-major son avis suprême, il reçut cette réponse : « Fixez votre date... »

A la date fixée, la mobilisation de l'armée italienne avait été faite silencieusement d'après une nouvelle méthode : l'appel des hommes par des billets individuels de façon à convoquer, non pas l'ensemble d'une classe, mais les élé ments qui, dans chaque catégorie, apparaissaient comme pouvant faire partie d'une armée de choix, capable de donner par son élan l'exemple à ceux qui suivraient. Cette armée se trouvait rangée le long des Alpes Orientales et près du bassin de l'Isonzo.

Au mois de décembre 1914, l'artillerie italienne était encore dépourvue de ses pièces essentielles de tout calibre : les magasins, vidés.

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lors de la guerre de Libye, n'avaient pas été remplis; la cavalerie était insuffisante. Passons sous silence les constatations qu'une commission d'enquête, nommée spécialement au mois d'octobre 1914 pour les munitions, eut à relever.

Au jour fixé, les canons Déport, perfectionnés dans certaines parties, se trouvaient à leurs places en nombre plus que suffisant : des pièces de 300 et plus les encadraient. Des masses de chevaux étaient venus, en grande partie, des prairies de l'Amérique du Sud. La mobilisation industrielle avait permis aux usines, qui semblaient les moins préparées à ce rôle (comme, par exemple, dans le Piémont, les grandes fabriques de chapeaux), de fournir, en abondance, des munitions.

Armée d'élite avons-nous dit, mais armée insuffisante comme nombre, au moment où les hostilités éclatèrent, pour entreprendre la tâche audacieuse, que le général Cadoma s'était proposée... On saura plus tard toute la hardiesse géniale du chef, qui ne pouvant dispos<*r que

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de troupes de couverture, avec des services, à peine suffisants pour le temps de paix, avec des bases encore en formation ; et alors que la masse principale de l'armée commençait seulement à se constituer à l'intérieur du pays, se lança, quelques heures après la déclaration de guerre, à l'attaque de l'ennemi, dans un secteur, où des informateurs sérieux prétendaient, que quatre ou cinq corps d'armée au complet avaient été massés dans les derniers jours, par l'Autriche.

Dans un conseil de chefs, convoqué quelques semaines avant, le général Cadorna avait expliqué les principes, sur lesquels il se basait pour entreprendre une action offensive. Attendre l'attaque autrichienne, c'était, pensait-il, se laisser imposer la guerre de tranchées sur le territoire italien. Il fallait donc, par un coup d'audace, en employant tous les moyens disponibles, transporter, d'un seul coup, la guerre hors d'Italie, établissant le front de combat le plus loin qu'on pourrait, rectifiant ainsi immédiatement la frontière là où elle était le plus faible; en arrachant, en même temps, à l'ennemi,

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les passages des Alpes, par lesquels il pouvait le mieux réaliser ses menaces.

Ainsi fut fait. Et pendant, que les faibles contingents de couverture, confiants dans la parole du chef, se lançaient au delà de la ligne de frontière, un travail immense de création, de formation, de renforcement se produisait derrière eux.

Le long des routes, par lesquelles les bataillons audacieux avaient opéré leur avance, la masse de l'armée véritable venait prendre sa place, se soudant rapidement aux premiers tronçons. Une vague énorme d'énergie et d'enthousiasme, suscité par la simple volonté d'un homme, emportait tout, poussait les hommes et les choses... « Ce fut, raconte un témoin, un miracle de technique militaire. >»

On en sait les résultats.

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Le général Cadorna est d'une famille de soldats, originaires de cette terre du Piémont, qui a précédé tous les autres Etats de la Péninsule dans le culte des armes. C'est un duc de Savoie en effet, Emmanuel-Philibert, qui brisant le premier la tradition des armées de métier, institua douze régiments provinciaux qui permirent à son duché de s'enorgueillir, le premier en Italie, du titre de puissance militaire.

Tout le secret de la fortune de la maison de Savoie et de l'ascension de ses princes du rôle de chefs d'un petit Etat à celui de souverains de l'Italie unifiée se trouve dans la fidélité avec laquelle le Piémont, à travers les révolutions des pays voisins, sut garder intacte son organisation militaire.

Le mérite de l'avoir conservée doit être surtout attribué à un groupe de familles aristocratiques, chez lesquelles le rude métier des armes était devenu un devoir traditionnel.

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L'une de ces familles est celle des Cadoma. Ses derniers rejetons avaient transféré leur résidence à Pallanza, sur le lac Majeur, à la limite du Piémont et de la Lombardie.

Le grand-père du généralissime actuel s'était battu contre les armées françaises, lorsqu'à la fin du dix-huitième siècle, les bataillons de la Révolution envahirent le Piémont. Fidèle à ses lois, il refusa de servir le gouvernement, instauré sur les ruines du trône. Son oncle Charles, ami intime de Gioberti, partageait les idées catholiques et libérales qui caractérisaient la première phase de l'activité intellectuelle du célèbre patriote. Ministre de Charles-Albert, de qui il avait reçu l'acte d'abdication, le soir de la bataille de Novara, en 1849, président de la Chambre piémontaise avec le premier cabinet Cavour, Charles Cadoma se signala plus tard, lorsque l'unité de l'Italie fut constituée, par son ardeur à défendre, dans toutes les occasions, la thèse de " l'Eglise libre dans l'Etat libre >«.

Le père du généralissime, le général Raphaël,

fut chargé de commander la petite armée, à laquelle on confia la tâche de marcher, en 1870, sur Rome.

En qualité de major de l'armée piémontaise, Raphaël Cadorna avait combattu à la tête de ses hommes dans la guerre de Crimée, à côté des Français. L'on serait tenté aujourd'hui de dire, qu'il y avait dans cette fraternité d'armes que nous montre l'histoire du père, une sorte de présage du destin du fils.

Entré à dix ans au Collège militaire de Milan, à quinze ans, à l'Académie de Turin — la grande école qui a donné à l'Italie nouvelle ses meilleurs chefs militaires — Luigi Cadorna en sortit premier, trois ans plus tard, avec le grade de lieutenant.

Il passa dans le corps de l'état-major, fréquenta les cours supérieurs de l'Ecole de guerre, puis, sa préparation achevée, il fut attaché au commandement de la division militaire de Florence, dont son père était le chef. Le général Raphaël Cadorna fut choisi peu après, en septembre 1870, pour l'expédition de Rome.

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C'était une bonne occasion pour le fils de se familiariser un peu avec la voix du canon ; mais son père ne lui permit pas de le suivre. C'était, — affirma-t on, — pour ne pas se laisser accuser de favoritisme. C'étaient, — prétendent d'autres, — des scrupules d'une autre nature.

Nommé capitaine en 1875, ^^ futur généralissime consacra ses loisirs à la rédaction d'une série de monographies sur les différentes zones de la frontière italienne ; monographies intéressantes, non seulement par la connaissance minutieuse du terrain, mais encore par la clarté, avec laquelle il y développe les conceptions de la défensive et de l'offensive, dans les hypothèses des batailles à venir.

C'est à ce temps-là que remonte aussi une étude, publiée dans la Kivista militare, sur la guerre franco-allemande de 1870 ; pages sobres, où le dédain des vieilles méthodes de guerre est nettement avoué ; mais où le souci de l'objectivité savante n«' réussit pas à étouffer des frémissements de sympathie pour les vaincus : ces vaincus qui avaient été les camarades

de son père en Crimée et les libérateurs de la Lombardie...

En 1886, Cadorna fut attaché au commandement d'un corps d'armée, dont le général Pianell était le chef.

Pianell, qui fut commandant militaire de la Vénétie pendant vingt-six ans, de 1867 jusqu'à 1898, est célèbre dans l'histoire récente de l'armée italienne, comme le dernier et le plus actif des chefs qui aient pourvu à la préparation de la défense de la frontière du côté de l'Autriche. C'était un général de premier ordre, sorti de l'école militaire de la Nunziatella de Naples ; le meilleur,- sinon le seul, des hommes de guerre, formés dans cette armée des Bourbons qui, après de longs déboires, sut néanmoins clore par une page héroïque, — le siège de Gaëte, — son histoire.

Ceux, qui l'ont connu, ont gardé le souvenir

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d'un caractère très difficile, raide, sévère, méfiant; il n'accordait pas volontiers sa confiance. Luigi Cadorna réussit à la gagner dès leur première entrevue. Pianell lui confia des études et des travaux de grande importance au sujet de la défense de la frontière. Il le prenait toujours avec lui dans ses excursions fréquentes sur les Alpes et il tenait compte de ses jugements, de ses appréciations. Même, lorsqu'arriva pour Cadorna l'époque de sa promotion à l'état-major divisionnaire, le général Pianell voulut le garder près de lui, et il resta à Vérone.

Pendant six ans, de 1886 à 1892, Vérone fut le centre des plus importantes manœuvres militaires. On y envoyait de tous les points de l'Italie des jeunes divisionnaires, pour lesquels manœuvrer sous les yeux du terrible Pianell valait l'épreuve du feu. La présence de Luigi Cadorna à côté du chef sévère en sauva beaucoup ; pour tous, il se transformait en habile collaborateur.

Nommé colonel en 1892, Cadorna, qui avait alors quarante -deux ans, reçut le cuinmande-

ment d'un régiment de bersaglieri. On s'y souvient encore de la discipline inflexible qu'il y faisait régner.

Major général, six ans plus tard, Cadorna publia un manuel de règlement pour les officiers de l'infanterie, qui est — les compétents l'affirment — un modèle du genre. Il se trouvait à la tête du corps d'armée de Naples, lorsque le général Saletta, chef d'état-major, ayant atteint la limite d'â.ge, se retira.

Le nom du général Saletta est attaché à l'une des phases les plus brillantes de la pénétration italienne en Ethiopie ; mais il reste fameux, aussi, dans les annales de l'armée italienne, en raison d'un épisode fâcheux, qui indique jusqu'à quel point l'alliance avec les Empires du centre empêchait les chefs militaires de songer aux éventualités, qui sont aujourd'hui une réalité.

Une dame Siemens avait réussi à acquérir sur l'esprit du chef d'état-major une grande influence. Elle était la sœur des propriétaires d'une des plus importantes entreprises de cons-

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tructions électriques de l'Allemagne. Pendant longtemps, son intimité avec le général Saletta avait paru étrange, mais personne n'en soupçonnait le véritable caractère. Ce fut seulement lorsque, le général étant mort, Mme Siemens, devenue son héritière universelle, prétendit s'emparer des volumineux papiers laissés par lui, que le soupçon des moyens, employés par les empires alliés pour surprendre les secrets les plus délicats de l'organisation militaire de l'Italie, entra dans les esprits. Pendant longtemps, le cas de Mme Siemens fut le thème des conversations des cercles romains ; il y eut une instruction judiciaire et fies polémiques de journaux. Puis tout rentra dans le silence; Mme Siemens put tranquillement continuer à séjourner tantôt à Rome, tantôt dans les stations climatériques de l'Italie.

D'autres polémiques avaient éclaté le jour de la retraite du général Saletta pour le choix <lo son successeur. I.In conseil consultatif de gêné raux avait désigné, comme le plus apte à lui surcéder, le général C'adrirna. ce fut un autre,

le général Pollio, qu'on nomma. On jasa longtemps sur les causes qui avaient empêché le fils du chef de l'expédition de Rome d'être mis à la tête de l'armée italienne. On parla de cléricalisme et de jacobinisme...

Le général Cadorna resta en dehors de ces polémiques. Il saisit même la première occasion pour se rendre chez le général Pollio et lui offrir, avec un absolu désintéressement, sa collaboration.

Plus tard, la nouvelle d'une démission probable du général Cadorna se répandit. Un conflit avait éclaté entre lui et le ministre de la guerre. Des réformes, qu'il avait rêvées, étaient rendues impossibles par un refus de crédits. La menace de sa retraite lui permit d'obtenir gain de cause.

A Vérone, il avait pu connaître et étudier, pas à pas, tous les coins de la frontière autrichienne; et lorsque la préparation de la campagne actuelle commença, dans les conseils de généraux, chargés d'en établir les lignes définitives, il étonna ses interlocuteurs par la prompti-

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tude, avec laquelle il indiquait les différentes positions créées ou à créer, énumérant avec une sûreté impeccable les difficultés et les avantages naturels du moindre passage. Cette promptitude d'esprit est aidée par une mémoire prodigieuse. Un jour, à Rome, on discutait, dans un conseil des ministres, la question délicate de la défense du port de Gênes. Le général Cadorna fut prié de prendre part à la réunion. M. Giolitti présidait : l'ex-président rappelait plus tard la stupéfaction, qu'il éprouva, lorsqu'il entendit le général Cadorna citer des détails et des chiffres sur le port, sans le moindre secours de notes. La question de la défense de Gênes, qui traînait depuis des années, fut exposée par lui avec une telle clarté, qu'elle pût être résolue en deux heures.

La doctrine du général Cadorna se trouve résumée dans l'ouvrage Atiacco frontale e ammaestramento tattico, dans lequel il a réuni les (( Règles pour l'emploi des grandes unités et règles pour les combattants ».

Cet ouvrage a été imprimé au mois de février 191 5, mais son auteur l'avait dicté en 1898. Le petit volume, au titre doré, relié en toile couleur pourpre, se trouve aujourd'hui dans les mains de tous les officiers sur le front italien. Le général y a mis comme préface les paroles suivantes : « Je désire fermement que le contenu de ce manuel soit assimilé rapidement et mis en œuvre par tous les officiers. » Sans prétendre fen donner ici l'analyse, il n'est pas inutile, cependant, de reproduire les idées fondamentales, développées dans le volume :

Il n'est pas possible, dit le général Cadorna, d'obtenir un vrai succès dans la guerre, si on n'associe pas la ferme discipline des cœurs avec la discipline bien

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harmonisée des intelligences. La première rend la masse docile et obéissante dans les mains des chefs; la seconde rend ces chefs capables de guider l'action avec l'unité de vues et avec les méthodes, indispensables pour atteindre les résultats utiles.

Il insiste sur la nécessité d'une doctrine de tactique unique pour tous les chefs de l'armée, qu'il n'hésite pas à rendre responsables de son application :

Elle doit devenir, dit-il, le plus tôt possible le patrimoine intellectuel commun à tous nos cadres ; toutes les manœuvres devront être développées, dès aujourd'hui, selon les préceptes qui sont contenus dans ce manuel ; et tout ce que les différents règlements de tactique peuvent contenir en opposition avec ce qui se trouve indiqué dans ce manuel doit être considéré comme abrogé.

Les officiers commandants, à tous les degrés, doivent inspirer à leurs subordonnée le plus vif intérêt et la plus grande énergie d'exécution. Je m'assurerai moi-même personnellement que tout se fasse selon les règles que j'ai indiquée».

Ailleurs, c'est une exposition vigoureuse rt synthétique des moyens d'offensive contre des positions fortifiées :

L'attaque contre les positions <( préparées », doit se dérouler dans ses lignes générales comme le <( combat de rencontre », mais avec plus de lenteur. Cette lenteur sera proportionnée à l'importance de la force de résistance, que la position présente, soit par sa valeur naturelle, soit par son organisation de défense. Il faut donc procéder d'une façon systématique, avec méthode et sans impatience. Une attaque peut durer plusieurs jours. Une attaque de front, si elle est dirigée et menée selon les règles qui ont été ici établies, présente toutes les probabilités d'aboutir, comme dans le passé, à une issue heureuse.

Les troupes devront éviter, par tous les moyens, de se découvrir. Partout, où le terrain n'offre pas un abri suffisant, on avancera la nuit. Là, où l'avance est possible, elle devra être protégée par des travaux de sape : il faudra préparer, entre une position et l'autre, des couloirs couverts. Et chaque position devra être consolidée par des tranchées.

Et il conclut en affirmant, que les moyens pour obtenir la victoire sont au nombre de deux : la supériorité du feu de l'artillerie et la marche en avant irrésistible, à savoir l'attaque à la baïonnette. On peut dire, que dans ses lignes, tous les enseignements de la guerre européenne étaient proposés, nets et précis comme un ordre, aux chefs et aux soldats de l'armée,

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qui devait bientôt venir joindre ses énergies à celles qui combattent le bon combat pour la justice et pour la liberté de l'Europe.

Aussitôt déclarée la guerre à l'Autriche, une circulaire du généralissime fut adressée à tous les chefs des corps. 'L'Esercito Italiano, en la signalant, annonçait qu'elle avait été accueillie avec enthousiasme à tous les degrés de la hiérarchie et avec un véritable sentiment de discipline :

Elle a, ajoutait-il, donné un ciment solide à notre vigoureux organisme de guerre, qui a déjà commencé à frapper fort et bien sur toute l'étendue du front. Dans cette circulaire, le commandant suprême exprime ses instructions essentielles : il veut qu'en tout lieu et qu'en tout temps, une discipline de fer règne souverainement dans toute l'armée, car c'est la condition indispensable pour atteindre la victoire, que le pays attend avec confiance et que son armée doit lui donner, .\ucunc tolérance, jamais, pour n'importe quel motif, ne doit rester impunie; il faut la frapper avec une rigueur exemplaire, dans sa racine, quel que soit le degré et quelle que soit la situation de celui qui a toléré une manifestation quelconque contre la discipline. Tous les officiers ont compris les paroles sévères, sages et patriotiques du maître.

« Paroles sévères », et sans fleurs de rhétorique, en effet, celles qui sortent de sa plume. Le style c^ est V homme...

Ses admirations militaires et littéraires se confondent ensemble. Napoléon, son maître pour la science de la guerre, l'est aussi en matière littéraire.

Quelqu'un discutait récemment avec lui de Clausevitz, de son ouvrage classique sur la guerre. Le général avouait n'avoir pu résister à la fatigue de la lecture, qu'il avait pourtant entamée (il comprend très bien l'allemand) ; et comme un officier observait que la fatigue était payée, dans ce cas, par le profit, car le livre renferme, dans une synthèse organique, toutes les doctrines, tous les enseignements de Napoléon sur la guerre. — « Oh ! je préfère alors lire Napoléon ! » conclut le général.

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Le ferment secret de ses qualités de cœur et de caractère se trouve dans l'harmonie et la di^ité de sa vie privée. C'est là aussi l'une des meilleures raisons de l'influence qu'il exerce sur ses hommes. Un des témoins les plus intimes de son existence, le P. Giovanni Semeria, a pu ainsi parler de lui. (r)

« Il s'est préparé à la guerre et au pouvoir surtout moralement, car ce qui frappe chez lui les visiteurs si rares d'une heure, et les intimes de chaque jour, c'est l'importance qu'il donne au facteur moral. Un grand soldat doit cXu avant tout et surtout un homme honnête, un qalantuomo. Je le sais, entre le code moral militaire et le code moral bourgeois, il y a des f)etites nuances. Telle vertu délicate qui, au point de vue familial, est très appréciée, très soulignée, on y glisse un petit peu dans la

(1) G. Semeria. Conférence sur Les surprises it notre guerre : Revue hebdomadaire, 7 avril 1917.

caserne. On peut être Napoléon sans être le modèle des pères de famille. Mais chez nous, l'esprit familial est fort, presque rude encore et, nos soldats, nos poilus, qui eux-mêmes, lorsqu'ils sont pères de famille, croient de leur devoir de garder l'amour du foyer et l'honneur, l'honneur surtout, nos poilus aiment à apprendre, que leurs chefs ont le culte d'une fam.ille sur laquelle ne plane aucun soupçon. Dans cette volonté qu'on appelle souvent une volonté d'acier, j'ai surpris une tendresse émouvante pour ses enfants, ce qui ne l'a pas empêché de laisser au régiment, sans le moindre privilège, son fils unique et bien-aimé. C'est encore de la vertu, de la morale, oui, mais nos poilus aiment à apprendre que la loi militaire est réellement égale pour tout le monde, le fils du paysan et le fils du chef.

(( Cette haute moralité éclate dans sa conception du pouvoir. Aucune jouissance et toute la responsabilité, toutes les responsabilités. » (i)

(i) Je trouve dans un numéro de la Tribuna, de Rome, du 24 juin 191 5, cette lettre de soldat :

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Marié en 1181, à la marquise Jeanne Balbi de Gênes, il en eut quatre enfants, dont deux filles: l'une qui est un écrivain distingué, et l'autre qui est entrée dans la vie religieuse.

Le jour de la déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche, des femmes de l'aristocratie florentine frappaient à la porte du couvent

(( Je vous écris étant encore sous l'impression intense, éprouvée il y a quelques heures. Je suis allé à la messe, qu'on a célébrée aujourd'hui dans la

grande église de Il n'y avait là que des soldats

et des officiers, l'entrée étant défendue aux civils. L'église était pleine de soldats de toutes armes, ainsi que d'officiers.

« Avant la célébration de la messe, le père Semcria, le fameux prédicateur de Caldirovi. monta en chaire et il nous adressa un sermon de circonstance, dont la note prédominante était l'amour pour notre Italie, pour notre terre sacrée, qui, plus que les autres, a le droit d'invoquer la protection du Dieu des armées. Les paroles vibrantes du P. Scmcria enflammèrent le cœur de tous les soldats qui, à la fin du sermon, éclatèrent en vivats retentissants. Plus que des applaudissements, cela semblait un hurlement de guerre.

<< On célébra, ensuite, une mcbsc très courte, servie par des soldats in uniforme. La messe achevée, la fuulc, de l'autel jusqu'à la porte, se

de Sainte Marie Auxiliatrice de Florence: elles demandaient à voir sœur Maria Cadorna, la fille aînée du général, qui dépense là son énergie dans les œuvres de bienfaisance. Elles portaient à sœur Maria, avec les fleurs cueillies dans leurs jardins, leurs vœux pour la victoire.

rangea des deux côtés pour laisser ouvert un passage étroit, à travers lequel défila tout l'état-major. Le premier qui descendit les degrés de l'autel, ce fut Cadorna ; le sous-chef d'état-major Porro le suivait à un mètre de distance; puis ce fut toute une foule de généraux et d'attachés militaires étrangers.

« Cadorna traversa lentement l'église, en fixant dans les yeux tous les soldats qui se trouvaient sur son passage. Il était pâle et son regard était fier et sévère, mais il avait des éclairs de bonté; c'était comme le regard d'un père qui se pose, orgueilleux et confiant, sur ses enfants. Lorsque l'état-major quitta l'église, l'orgue entonna avec un mouvement large et solennel l'hymne de Mameli, que les soldats reprirent en chœur. Moi aussi je le chantais. Je vous affirme, que j'ai éprouvé une des plus belles joies de mon existence... »

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