C. DANNUNZIO
Le canaoni delta gesta d'Oltremare. (Trèves.éd. 1913.)
et réfléchie, elle fut, à partir du moment, où la famille royale aborda sur la terre anglaise, la consolation de son père, le sourire parmi les tristesses qui enveloppaient la maison. Passionnée pour l'étude, instruite au delà de ce que permet généralement son âge, elle fut la compagne constante, la confidente même du Comte. Jamais jeune princesse n'eut une vie plus volontairement austère. Elle passait chaque jour des heures entières à lire, et se tenait soigneusement au courant du mouvement intellectuel. Même lorsque d'autres soins plus graves vinrent compliquer son existence, elle n'abandonna jamais ses habitudes intellectuelles. A un certain moment, elle dut s'improviser institutrice de ses sœurs plus jeunes et de son frère, le prince Ferdinand. Elle se plaisait à leur faire réciter chaque matin leurs leçons et à corriger, tous les jours, leurs devoirs.
A Stowe House, sa pièce favorite était la bibliothèque. Quelqu'un, qui alla la visiter un jour et qui n'a pas perdu le souvenir de l'accueil simple qui lui fut fait, l'y surprit près
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d'une fenêtre, devant une petite table qui lui servait de bureau, et qu'éclairaient les rayons d'un soleil mourant à travers les hautes futaies du parc : elle lisait son auteur préféré, Pascal. Ce sont surtout les Pensées, qui ont trempé son âme.
Souvent, dans les allées de Stowe House, elle s'entraînait à côté de son père aux plaisirs de l'équitation et, dans les longues soirées solitaires, elle jouait avec lui à Valma ou aux échecs.
Une beauté réelle, une noble prestance contribuaient à mettre plus en valeur ses qualités morales. Le tsar Alexandre, aflirmait-on, demanda un jour sa main pour son fils, le futur empereur. Et le duc de Clarence, frêle figure, prématurément évanouie sous le ciel anglais, rêvait de l'avoir pour compagne. Mais la religion les séparait.
Un autre prince, Emmanucl-Philibcrl, duc rrAustc, (jiii était alors héritier présomptif du trône d'Italie, étant venu à Stowe House pour les funérailles du Comte de Pans, fut saisi par
la vision d'une figure, à laquelle le deuil et les larmes ajoutaient un charme de plus. Il était de deux ans plus â.gé qu'elle. Les négociations du mariage furent entamées avec le duc d'Aumale, qui aimait profondément la princesse, dont il était le parrain.
Les fiançailles eurent lieu au château de Chantilly. Pour écarter les soupçons politiques, répandus autour de l'événement, le prince italien rendit, le lendemain, visite au Président de la République, à l'Elysée, ce qui n'empêcha pas chroniqueurs et politiciens de jaser longtemps.
Le mariage eut lieu en Angleterre et le jeune couple alla résider à Turin. La nouvelle duchesse s'installa dans le palais de la Cisterna, où la princesse Maria de la Cisterna, mère du duc d'Aoste avait vécu, en quittant le trône d'Espagne, des heures plus calmes que celles de sa courte et amère royauté.
Il n est pas indiscret de dire, que les débuts de l'existence turinoise de la princesse française ne furent pas exempts de petits ennuis. L'aris-
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tocratie piémontaise, qui a conquis, par son patriotisme et ses vertus civiques, le droit de primauté parmi les aristocraties des provinces italiennes, parut choquée, au premier abord, par les manières sans apprêts, par la simplicité (( anglaise », que la jeune duchesse apportait dans la vieille maison.
Un détail parut scandaliser les descendants des anciens compagnons d'armes des ducs de Savoie : ce fut la transformation complète de l'intérieur du palais; les vieilles tapisseries lourdes, les meubles vénérables cédèrent la place à toute une installation de décor moderne, inspiré du home anglais. Ajoutons, en passant, que les réceptions luxueuses, pour lesquelles on s'attendait à voir s'ouvrir, tout de suite, les antiques salons, furent rares.
Mais, par contre, la duchesse d'Aoste avait organisé sa vie, dès les premiers jours, de fa(,"on à ne pas se laisser immobiliser par un protocole suranné. Tous les matins, à six heures et demie l'hiver, à cinq li(ur<s l'été, elle quittait sa demeure, et allait, à pied, faire sa visite aux
pauvres. Ses devoirs religieux occupaient une partie de la journée.
Elle ne craignait pas, du reste, de se montrer l'après-midi, à cheval dans les magnifiques allées du Valentino. Les manifestations artistiques de toute sorte l'attiraient également.
L'été, elle s'éloignait de Turin pour habiter la Mandria, un ancien domaine des ducs d'Aoste, aujourd'hui passé en d'autres mains. Les bienfaits qu'elle y répandait étaient nombreux : il y a encore à la Mandria une école qu'elle a fondée, organisée sur un programme par elle-même rédigé : c'est la première des écoles ménagères, érigées sur le type anglais en Italie. A côté des cours d'écriture et de lecture, il y a un cours d'oviculture, d'horticulture, de cuisine, etc. La duchesse y enseignait, parfois, en personne.
A Turin, elle ne tarda pas à gagner tous les cœurs par sa bonté et sa charité. On le vit bien, lorsqu'elle tomba gravement malade, en 1904. La population entière se rendit en masse suivre
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un triduum de prières, organisé au temple de la Consolata; trente mille personnes par jour se pressaient dans le sanctuaire. Elle avait donné aux Turinois l'exemple d'une vie supérieure; s'humiliant comme une simple sœur de charité, le matin, dans les coins les plus pauvres de l'ancienne capitale, et redevenant princesse en rentrant dans son palais.
A la fm de juillet 1904, la duchesse d'Aoste transféra sa résidence à Naples, où son mari venait d'être nommé commandant de corps d'armée. Quelques jours après son installation à Capodimonte, la villa magnifique qui domine la ville, elle reprenait ses habitudes de Turin, ^•(compagnée par une religieuse, elle commenlit ses courses charitables. Depuis lors, elle n'a cessé d'être l'ange consolateur de cette plèlnr napolitaine, qin est l'une des plus abandunnées de l'Italie. Le cercle de ses bonnes
œuvres s'élargissait toutes les fois qu'une catastrophe survenait. Voici, d'ailleurs, des souvenirs qui ont le mérite d'être vécus et qu'un témoin a JDien voulu consentir à fixer pour nous. « La visite des pauvres et des hôpitaux est, à Naples, l'œuvre de prédilection de Son Altesse Royale. Les réduits les plus malpropres et obscurs ne l'arrêtent pas; souvent, dans d'étroits et raides escaliers, où le soleil ne pénètre jamais, la « sœur » ayant le bonheur de l'accompagner a dû, au moyen d'une allumette, faire un peu de lumière pour éviter un accident... Mais la duchesse s'amuse de ces inconvénients. Arrivée dans les mansardes, avec quel esprit de foi, quelle bonté, elle s'approche du malade, gisant sur le maigre matelas ou sur l'amas de chiffons, qui forment sa couchette! Plus d'une fois, la sœur l'a vue s'agenouiller devant des pauvres, dont elle pansait et bandait les jambes. Ils en pleuraient... Une exhortation de confiance en Dieu accompagne toujours les soins prodigués avec autant de dextérité que de bonne grâce.
(' Les pauvres traduisent souvent leurs sentiments de reconnaissance en expressions naïves dont la princesse rit de bon cœur : Quanto siete bellella! — Siete figliuola o siete maritata? Et à la réponse affirmative : Che fa vostro marito? etc. « Que vous êtes belle ! — Etes-vous demoiselle ou mariée ? — Que fait votre mari ? ») Et la conversation se prolongerait indéfiniment, pour distraire le pauvre, si Son Altesse Royale, ménagère de son temps, ne coupait court par une parole affectueuse.
« Ces petits faits se répétaient souvent au commencement de son séjour à Naples, car la duchesse aime à faire le bien incognito; mais après deux ou trois tournées ce ne fut plus possible. A peine sa voiture s'arrêtait-cUc, fût-ce même à l'entrée de petits « vicoli » (ruelles), qn'fllc était entourée par une foule empressée répandant ensuite bien vite l'arrivée « délia l)clla Signora •• dans le quartier. «< Je suis mal- «( heureuse, disait clic un jour avec une grâxre M ( li.inii.iiitc, ma haute tailK- iii'<-iiipAi hr dr
« passer deux fois inaperçue dans le même <( endroit. »
« Dans ces quartiers pauvres, lorsque la duchesse n'a pas à craindre d'être suivie, elle ne manque pas de visiter aussi le Divin Pauvre du tabernacle, dans des églises se ressentant de la misère et de la solitude qui les entourent, et où elle vient puiser à la vraie source de toute charité. Sa foi et sa piété se manifestent d'ailleurs en toute circonstance ; lorsque passe le saint Viatique porté à un malade, elle descend toujours de voiture et s'agenouille humblement par terre. Un jour, un prêtre l'ayant reconnue s'arrêta avec le Saint-Sacrement et la bénit avec ceux et celles, que son exemple avait entraînés et qui s'étaient aussi prosternés. Du reste, une pensée pieuse préside à toutes ses oeuvres. Ayant un jour ordonné la confection de cent petites layettes, elle voulut qu'à chacune fût attachée la médaille miraculeuse de la Sainte Vierge.
(( En s'intéressant à la santé des malades pauvres, elle n'oublie pas leurs âmes. Visitant,
il y a quelques années, un hôpital, où étaient réunis d'assez nombreux cholériques, elle remarqua l'absence du Crucifix dans les salles et en fit l'observation au directeur, lui disant, que les malades étaient ainsi privés d'une bien légitime consolation : (( C'est pour éviter les microbes. — Mais les lampes alors? — Elles n'offrent pas le même inconvénient, étant en métal. — Qu'à cela ne tienne, fit-elle, je vous enverrai huit crucifix en métal. >> Et ils furent immédiatement commandés, puis envoyés et posés.
« Aucune maladie contagieuse n'arrête sa charité : typhus, choléra, elle brave tout, pourvu qu'elle console le pauvre et s'assure des soins qui lui sont donnés. Pendant la dernière épidémie de choléra, visitant une salle de désinfection, la duchesse vit deux enfants de dix-huit mois et trois ans, un petit garçon et une petite fille, dont les parents venaient de mourir victimes de la terrible épidémies : ils restaient seuls au monde. Sans hésiter, elle prit le plus petit dans ses bras, chargea de l'autre
la sœur, et séance tenante, regagnant sa voiture et gardant toujours son précieux fardeau sur ses genoux, elle alla confier les enfants à deux orphelinats.
« L'éruption du Vésuve en 1906 lui donna l'occasion de manifester sa charité dans toute son étendue. Alors que la pluie de cendres tombait encore au point de plonger le pays dans une impressionnante obscurité, et que les routes étaient rendues impraticables par les (( lapilli » (pierres), lancées en colonnes compactes par le cratère démesurément élargi, les voitures ne circulant pas, la duchesse se dirigea vers les lieux les plus exposés de la campagne vésuvienne, assise sur des tonneaux de vin, que transportait une charrette. Elle s'était pourvue de grandes corbeilles, largement remplies de secours de toutes sortes.
(( Lorsque les pauvres réfugiés arrivèrent à Naples, elle alla les visiter dans les nombreux asiles où ils étaient recueillis, distribuant ellemême, aidée par les sœurs, le linge et les vêtements, apportés dans un omnibus. C'était par
milliers de francs que la duchesse faisait ses achats, et ils se renouvelaient souvent...
(( En 1908, lors de la terrible catastrophe de Sicile et de Calabre, l'assidue bienfaitrice des pauvres renouvela en grand ce qu'elle avait fait en igo6. Le 30 décembre, à sept heures du matin, à l'arrivée du premier bateau, amenant les malheureuses victimes du tremblement de terre, la princesse fut la première au port pour dire la parole de consolation et d'espérance, en même temps que pour se rendre compte des besoins. A partir de ce moment, hôpitaux, asiles de réfugiés, cuisines gratuites furent quotidiennement visités par elle; et, plus d'une fois, à la cuisine ouverte dans le quartier le plus jDcuplé de réfugiés, se sentant faible, mais ne voulant pas partir avant que la distribution fut finie, notre Hélène de France prit un peu du pain et du vin de la p)etite collation qu'apportait la Sœur.
'< A cette époque, Son Altesse compta si peu avec ses forces, que sa santé donna de vives inquiétudes et fut lontemps ébranlée. Dès que
tout fut un peu rentré dans le calme, les médecins lui ordonnèrerît d'aller passer plusieurs hivers en Afrique. Là aussi, elle fit le bien. »
Le bien qu'elle fit en Afrique, sur le souvenir duquel s'achève la précieuse note, qu'on vient de lire, n'a pas eu d'historien. Mais les peuplades nègres, à travers lesquelles elle passa, en ont gardé la trace : d'autres l'ont constaté. Elle n'a conservé de ses voyages que des notes pittoresques, d'où sa personnalité est presque absente et dont l'ensemble forme un ouvrage qui n'est pas inférieur, en originalité, à ceux que le mystère africain inspira aux explorateurs, qui la précédèrent.
Ecrit dans les campements, sous la tente, ou à bord des navires, au cours de ses trois voyages, son journal n'était pas destiné à la publicité. Elle n'était allée là-bas que pour chercher la santé dans les zones chaudes et dans l'at-
mosphère de la forêt tropicale ; aussi bien c'est sans prétentions littéraires qu'elle fixait tous les jours ses impressions sur des grandes feuilles de papier blanc qui n'étaient destinées qu'à elle-même. Ses enfants l'ont décidée à les livrer au public. Elle l'avoue dans une préface, vibrante de tendresse maternelle :
Ils ont vu mes notes et mont dit : n Maman, faisnous un livre avec beaucoup d'images, que nous puissions contempler, lire et relire, nous le garderons comme un objet cher à nos cœurs. »
Voici mon livre, mes enfants, je vous en fais cadeau. Je voudrais, que l'amour pour les choses, aimées par votre maman, vous inspire : la passion des grandes forêts, où seulement les arbres les plus forts et les plus hauts conquièrent la lumière et où les plus frôles périssent ; le respect des grands fauves encore libres, qui imposent leur loi aux tribus de la savane, et de l'aigle qui, seul, plane en volant plus haut que les nuages. Je voudrais, qu'il pût vous apprendre le culte de la beauté, du courage, de l'audace et la religion de la nature, simple et sauvage, qui élève l'âme et la dirige dans un hymne d'adoration infinie, dédaigneuse de tout objet vulgaire, vers Dieu, créateur de toutes les choses. Mes «■nfants, voici le livre que vous m'aviez demandé. Lorsque l'heure de partir, pour vous aussi aura
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sonné, n'hésitez pas: prenez votre fardeau, choisissez votre chemin et marchez toujours droit.
Le premier voyage de la duchesse d'Aoste eut lieu pendant l'hiver et le printemps 1907-1908. Ayant remonté le Nil de son delta, elle commença une lente odyssée dans le pays de Shilluks, traversa une partie du Congo, arriva jusqu'à l'Ouganda, passa par le lac Victoria- Nyanza, visita l'Afrique orientale anglaise, Mombaza, Zanzibar et une partie de l'Erithrée.
Pendant le second voyage, elle visita presque toute l'Afrique australienne, la région du Cap, le Mozambique et la Rhodésia, le pays des Busis et le lac Tanganyka. Le troisième voyage fut le plus riche d'aventures. La duchesse et ses compagnons — une anglaise et un vaillant africaniste italien — visitèrent les pays des Massai, du Guasso Nyros, les terres de Ramaka, 011 elle réussit à tuer un lion, Sherely, le Bénadir.
Au cours de ce troisième voyage, elle parcourut les régions les plus arides du continent
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noir. Elle fut obligée de marcher à la façon militaire pendant trente-cinq jours ; et pendant dix-huit jours elle resta sans eau. Au cours de ses traversées, quarante-huit chameaux, sur soixante-dix qui accompagnaient la caravane, moururent de fatigue, de soif ou de faim.
Il n'est pas possible de résumer ici le livre de la duchesse d'Aoste. Elle y montre des facultés d'observation aiguë; elle nous fournit non pas des détails banals, mais des informations originales, variées, curieuses. La forme est élégante, discrète, gardant presque le ton de la conversation. Quelques citations permettront de l'apprécier.
Un jour de février i')o8, la caravane est en marche vers le lac Albert-Nyanza ; on monte jusqu'à mille mètres, jusqu'à Bengasi :
Nous avons marrh^, ëcrit IVxploratrice. dan^ la direction du moni Koroj^ni, dont nous avions drcouv(*rt un versant, esrarp*^ comme un rocher. Le camp (les tribus était établi près du lac de Bengasi. fe salue les chefs; on échange les cadeaux rituels. Défilé (le femmes. Quelles formes bizarres ! Je me demande ce que seraient nos mondaines, si clle<>
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devaient se présenter dans un costume si simple. Véritablement, que de désillusions !
Nous nous sommes lancés à la poursuite d'un grand singe noir, un Kolobus, dont la longue queue se terminait par un superbe panache blanc. Il avait aussi la barbe et le cou tout blancs. Un magnifique manteau blanc lui descendait des deux côtés. Les arbres, sur lesquels il avait établi sa demeure, ea compagnie d'autres singes de couleur grise, avaient une hauteur de 40 à 45 mètres. Blessé par un premier coup de fusil, il continuait sa course aérienne en bondissant d'un arbre à l'autre, — c'était parfois, des bonds dune dizaine de mètres. Il se laissait tomber, en s'accrochant et en montant avec une force et une souplesse prodigieuses...
Voici le récit d'une entrevue avec un chef indigène, Bangali, roi de Barras :
Xous avons reçu la visite du grand et puissant chef Bangali, venu avec quelques-unes derses femmes. Il nous a donné un petit veau gras en échange de quelques brins d'étoffes et de quatre boîtes de capsules. Puis, notre hôte nous a offert le spectacle de la danse du pays; une danse sans grâce, sans variété ! Des hommes et des femmes, restant debout ou formant un cercle, qui se bornent, sans changer de place, à un simple mouvement du dos. Trois femmes courent vers le groupe en tenant une lance à la main. Les femmes tapent des pieds dans un mouvement sec et cadencé, en faisant ainsi retentir
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les anneaux, quelles ont aux chevilles. Ce bruit de cymbales, uni â celui du tam-tam, forme le fond de l'orchestre, auquel on ajoute une courgasse, contenant des petits cailloux qui font le bruit dune petite clochette. Il y a en outre, une flûte, c'est-à-dire un simple bois vidé, dans lequel un homme souffle de toutes ses forces. Le chef préside la danse et il donne des encouragements. Nous remercions, en distribuant aux danseurs des cuillerées de perles. Mais comment faire ? Les perles ne sont pas toutes de la môme couleur et des jalousies soudaines éclatent parmi les femmes...
La caravane traverse l'Ouganda et pénètre dans le royaume de Bagnoros, dont le souverain fait un accueil solennel à la princesse italienne, qu'il connaissait comme descendante des rois de France :
Le Kabaka me présenta son héritier présomptif : ce n'était i)as son fils, car il n'en a pas. C'est un enfant, .'igé de cinq ans. Il est habillé d'une robe en velours et porte un manteau royal, une peau d'animal, bordée de pendentifs en perles de Venise; il est chaussé de bottines en toile couleur bleu ciel, avec des semelles tissées de fi< elles. Dans cette pi^ce se déroule tous les jour>i la cérémonie du lait du roi, qui constitue le premier déjeuner du monarque. Le lait est apporté dans une sorte de grande tasse de terre noire, placée dans un réti(ule. suspendu '« uno canne. Une femme
reçoit la tasse sur le seuil de la porte, en tournant la tête car personne ne peut regarder les vivres, destinés au roi. Elle la place sur la table, toujours en tournant les yeux, finalement elle l'entoure d'un petit paravent, formé de roseaux. La femme, agenouillée aux pieds du roi, lui présente, tout d'abord, un petit pinceau de papirus trempé, avec lequel le souverain se lave les mains ; puis, toujours en tenant sa tête tournée, elle prend la tasse et la soulève vers le monarque. Et celui-ci boit.
Ça et là, le journal offre des réflexions mystiques, ascétiques. La rencontre de religieuses ou de missionnaires dans les interminables solitudes met, toujours, une note de joie dans ses pages. Parfois, ce sont des types comiques qui les égaient, comme ces deux lords préhistoriques, rencontrés dans un petit hôtel européen, perdus dans un oasis, qui font campagne contre la législation protectrice des noirs, pour l'amour de ces derniers...
En février 191 1, la caravane princière traversa, dans la dernière partie de son fatigant voyage, la région la plus ravagée par l'ardeur du soleil. Elle avançait avec une peine extrême: toujours sans eau. Les hommes et les femmes
étaient lassés, avec la gorge en feu. La duchesse s'en cache, mais elle a dû être le soutien du groupe, prêt à se démoraliser, soutenu seulement par l'espoir d'arriver au Juba. Un jour, trois chameaux tombent morts. Peu après, l'on rencontre un pauvre indigène, abandonné par les siens : il est devenu fou de soif. Le malheureux semble mourant. La duchesse se p)enche sur lui : elle lui fait des frictions sur le corps. L'autre reprend lentement ses sens. On le hisse sur un chameau, mais il faut un homme pour le soutenir, tellement il est faible. Dans les tanks, il n'y a presque plus d'eau. Les conserves de viande, un chameau fumé, tout a disparu. « Il n'y a plus d'eau pour faire cuire nos pâtes, ni même pour une tasse de thé ou de café... » On sent, que le frisson des grandes heures est passé par là, mais elle ne le dit pas. « Enfin, voilà le Juha! Lnfin. nous voilà au bout de nos peines! » Elle écrit à Screnly. Elle avait marché avec ses compagnons sans s'arrêter pendant trente-cinq jours
La duchesse ne rentra d'Afrique, que pour prendre sa part dans les fatigues de la guerre de Tripolitaine. Elle s'embarqua à bord d'un navire-bôpital, qui l'attendait à Naples et qui, pendant de longs mois, fit la navette pour le transport des blessés entre la côte de Lybie et celles d'Italie. Elle étonna, elle édifia tout le monde par son activité intelligente et lumineuse, par son sens pratique et ses idées organisatrices. Elle y gagna ses premiers galons dans cette armée de la charité, qui suit les masses destructrices des combattants, et dans laquelle une guerre plus vaste, plus pénible devait lui permettre de déployer, plus largement encore, son ardeur et sa générosité.
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