‹ Silhouettes paroissiales [microforme]Chapitre 12 sur 12 · SE · texte numérisé non relu

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Quand le classe est achevée. Personne ne suivait

de plus près ses enfants: il connaissait par cœur leurs noms et prénoms, leur Caractère, leurs Parents, leurs petits frères et petites sœurs, leurs notes et leurs succès. De tout cela, il tirait des moyens d'encouragement pour pères, mères et fils.

— Mes enfants l'aimaient bien! dit le père des onze Barçons; il leur faisait apprendre ce qu'il voulait.

— Vous avez dû le rencontrer souvent, après l'école, marchant Presque au pas de course, recevant et rendant à droite et à gauche les saluts et les coups de chapeau de ses petits amis: il allait s'enquérir auprès des parents u travail, de l'absence ou de la conduite de leurs enfants. I] suivait ses élèves de si près et avec un zèle si inlassable qu'à la fin de chaque mois, Puis de chaque année, il pouvait donner le nombre d'heures perdues, le nom des absents et les motifs de leur absence. On pouvait compter sur les doigts d'une seule main, dans les dix mois, le nombre d'écoliers qui avaient perdu Par leur faute une heure de classe. Quelles industries il employait pour en être écouté, pour

s'en faire aimer, pour entrer dans leurs petites têtes les matières élémentaires de son enseigne-

ment! Quelle patience il avait! et quelle clarté dans sa méthode!

Depuis sa maladie, la voix éteinte, asthmatique, les poumons haletant comme un soufflet de forge, il tâchait encore de se rendre utile aux enfants. Il priait, d'abord, et il endurait sa souffrance pour eux et pour leurs parents. Il se faisait apporter tous les vieux livres des enfants plus riches, ou de ceux qui changeaient de classe ou quittaient l'école, et il passait ses journées solitaires à les réparer, raccommoder, à en effacer les taches, à en coller ies pages, — et il les donnait aux enfants pauvres.

… Le tramway ne venait toujours pas.

L'un des ouvriers voyant que le prêcheur d'école obligatoire s'éloignait du groupe, hasarda une remarque à son adresse:

— C'est bien dommage que ce Frère-là et tous ses pareils aient une si grande peur de l'éducation! Ça fait bien parler le monde contre eux...

— Heureusement, ajouta un autre, que les Grosses-Têtes, qui crient si fort pour l'instruction du peuple, ne se font pas mourir pour l'instruire. Que ferions-nous s'ils étaient morts ? Hs ne pourraient plus sous app:endre que ce sont les Frères qui entretiennent l'ignorance.

— Beaucoup de ces Gros-Bonnets, mes chers amis, sont comme un de leurs ancêtres qui s'appelait Voltaire. Lui aussi avait pour tacti(.rie de mépriser auprès du peuple ses meilleurs amis: les évêques, les prêtres et les religieux, afin de lui faire accepter tous ses mensonges. Et savezvous ce que ce menteur disait, dans ses lettres, du peuple, qu'il flattait publiqu.ment ? — Le peuple, pour lui, «c'est de la canaille ». — Il importe, dit-il, que « ces gueux ignorants » soient menés et non pas qu'ils soient instruits: ils ne sont pas dignes de l'être. Écoutez encore ce qu'il écrivait le ler avril 1766: « Je crois que “nous ne nous entendons pas sur l'article du « peuple, que vous croyez digne d'être instruit. « J'entends par peuple la populace qui n'a que {ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre « de citoyens ait jamais le temps ni la capacité « de s'instrüire. Il me paraît essentiel qu'il y € ait des gueux ignorants. »

Donc, vous, mes amis, qui n'avez que vos bras pour vivre, vous êtes des « gueux » qui devez rester « ignorants ».

Voilà ce que pense le grand-père de nos petits dénigre:.rs de Frères et de prêtres, et vous pouvez être sûrs que les petits-fils pensent cornme leur grand-père. Comme ils n'ont pas assez de

courage pour se dévouer et se faire mourir, comme les Frères, pour vos enfants, ils crient à l'école obligatoire, menacent vos petits du bâton et de la conscription scolaire et vous de la prison, afin de vous faire croire que c'est le clergé qui a peur de l'éducation.

— Mais ça ne prend pas, vous savez, dit un grand garçon, en montant dans le tramway et en secouant sa main d'un geste moqueur.

— Prenez-y garde! à force de l'entendre dire, ça finira peut-être par prendre. c'est vous . qui en souffrirez.

Jean et Sam

Deux écoliers, deux types: Jean, l'écolier de nos collèges canadiens; et Sam, l'écolier de la High School américaine.

Seize ans. A part cette égalité d'âge, et cet âge également sans pitié, presque tout le reste est composé de divergences. Leur tenue physique et leurs attitudes morales, mises en présence, en font de parfaits contrastes.

Ces contrastes se dessinent dès le berceau.

Ils s'accentuent. au collège, se solidifient, se

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cristallisent dans la vie: ils se Perpétuent malgré l'éducation ou par l'éducation même. Ils caractérisent deux races: la première, une et homogène, traditionnelle, latine par l'esprit et le goût, idéaliste et française: l'autre, multiple dans ses Sources, composée d'éléments encore imparfaitement fondus, neuve, vigoureuse, volontaire et rude par ses dehors, poussant vite, si vite que le temps ne peut suffire à Jui polir l'écorce et à lui arrondir les angles.

Avec ça que les milieux où s'agite, s'entraîne, se coudoie la gent écolière américaine, ne sont guère polisseurs de rugosités et de formes anguleuses.

Déjà, chez ces petits, se remarque le divorce fâcheux entre l'homme de pensée et l'homme de réalisation.

Et ils s'en accusent mutuellement. S'ils sont sages toutefois, ils n'iront jamais jusqu'au mé- Pris réciproque. La prétention de trouver mal tout ce qui n'est pas comme chez soi est une sottise. Celle de trouver mauvais tout ce qui est chez soi, parce que ce n'est pas comme ailleurs, est une sottise plus compromettante, — et plus canadienne aussi. ;

Le mieux est de se connaître, de connaître les autres et de saisir en quoi ils nous sont com-

plémentaires. On y gagne, et ils en profitent par les prêts et les emprunts mutuels.

Eux recevraient ainsi de nous le trop de nos théories, de nos rêves, de notre modestie craintive, de notre timide distinction; — nous emprunterions de leur initiative qui ne doute de rien, de leur sens pratique, de leur particularisme entreprenant, de leur mâle robustesse à l'uvre. Ils embelliraient de notre pensée claire et de notre logique leur action; nous mettrions plus de leur action dans la lumière de notre pensée.

Et ce serait un fort beau type de Canadien croisé d'Américain.

J'ai vu par milliers les variétés de ces deux écoliers.

Assez longtemps j'ai vécu avec Sam de làbas; et plus longtemps avec Jean de chez nous.

Ma dernière observation est presque d'hier et d'avant-hier.

Un matin radieux d'octobre.

Jean, un peu bohème, a pris le chemin des écoliers. Il est descendu par la pente de l'avenue du Parc, sur le versant de la montagne, dont les teintes mourantes d'automne et les feuilles or et pourpre font rêver son âme d'humaniste.

A l'angle des rues Sainte-Catherine et Bleury, il tombe en pleine réalité écolière.

Les élèves du collège Sainte-Marie, venus des quatre coins de Montréal, s'y rencontrent, jasant, s'amusant, se saluant de gais bonjours, se criblant d'épigrammes et de noms inouiïs dans tous les baptistères du monde. Le babil continue comme si on ne s'était pas vu depuis des années, montant, roulant, coupé de fusées de rires, tant qu'on n'a Pas pris les rangs: — car on a de la discipline et on prend les rangs pour monter en classe.

La toilette de Jean est simple, mais exquise, impeccable dans sa simplicité, presque pauvre.

La maman y a assurément mis la main. Le cher petit a encore besoin de sa mère... Et ça paraît!

Malgré son âge et ses deux longues jambes torturées de croissance, il n'en est Pas encore au pantalon. Il porte culotte, nouée aux, genoux sur des bas tirés à leur tensihn maxima, comme s’il voulait les Punir de ne pas grandir en même temps que lui. La casquette est d'une crânerie enfantine. La veste et la ceinture qui l'applique à la taille sont de même drap bleu marin; la Crav&.> parfaitement bouclée sur un faux-col immaculé.

Le tout forme, de ce grand garçon plus jeune que son âge, le modèle de l'être propret, minutieux, ayant aussi grand'peur d'une tache sur l'habit que d'une gifle sur la joue: — et c'est heureux, car il est aussi incapable de garder l'une que de rendre l'autre. Pacifique, il ferait volontiers ur détour pour s'éviter une affaire; à moins qu'on ne l'y pousse par mainte taquinerie ou par une injuste agression, oh! alors...

Ses parents lui ont laissé trop longtemps le maillot. Ils lé surveillent encore, en lui répétant à tout bout de champ: « Prends garde, mon Jean, tu vas salir tes souliers... Ne passe pas par là, il y a des automobiles. Ne va pas avec les petits Chose; ils sont communs! Ils sont forts aussi, ils peuvent te faire mal... »

Ces procédés ne l'empêchent pas d'être diligent. Ses leçons sont bien apprises. Ses devoirs sont bien écrits. Il y a de l'artiste dans la rédaction de ses copies et du gentilhomme dans sa démarche et sa courtoisie.

Il ne manquerait rien à sa conduite, s'il n'y manquait le motif: il s'y mêle trop de crainte de la réprimande, et sa docilité change trop avec la mobilité de son humeur. Spirituel et espiègle, gai ou boudeur à ses heures, trouvant partout

matière à rire et à malice, franc pourtant et

droit par nature, il ne se défend pas assez d'être fautif si cela l'amuse et d'être frondeur si cela Peut réjouir ses camarades.

Quand on le connaît bien, on se demande:

« Que deviendra-t-il lorsqu'il n'aura plus de maîtres ? »

Il aime les jeux athlétiques et s'y livre quand ça lui dit, sans constance.

Pour y exceller, il faut de la discipline, de « l'esprit public », de la ténacité, de Ja loyauté envers les coéquipiers afin de ne leur pas faire perdre la partie, de l'endurance pour s'essouffler sans perdre haleine, pour Saigner du nez sans appeler sa mère, Pour se faire taper dessus sans perdre la tête: tout ce travail ardu le rend malheureux; — et il a l'air de se dire: Mon Dieu, si cette besogne doit absolument être accomplie, papa pourrait bien Payer un domestique qui s'en chargerait à ma place!

Souvent, il aime mieux, dans la récréation, bavarder, faire du bon ou du mauvais esprit, collectionner des timbres ou des cartes postales, Bagner ou perdre — ça jui est bien égal! — à quelque petit jeu inoffensif de dilettante, toupies, roulettes ou pingpong. ù

Et il lit. Il a une bonne place en classe.

Puis, comme il faut décrocher des diplômes

pour entrer dans une carrière — et qu'il est sans doute voué à l'une des trois inexorables professions — il les décroche. Peut-être arrive-t-il bon premier. Il est préparé. Tout ce qui vient du dehors, il l'a acquis, il le possède, il en brille.

Sa carrière va ressembler à une gaie promenade au soleil, — pourvu qu'on ne l'y bouscule.

Il sait, il sait bien des choses, mais il ne sait pas assez entreprendre et lutter.

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La High School de Sam est bâtie aux portes de New-York, dans un vaste champ, sur une colline, en plein air. Il y arrive de bonne heure, à travers la campagne.

L'équipe des « Young Bulls » doit avoir sa « pratique » de football et se préparer à battre les « Wild Colts » de Springfield. Et comme la pratique — ce matin-là du moins — ne prend pas la place de la classe, il faut la commencer plus tôt.

Nu-tête, les cheveux au vent frais du matin, le torse et le cou chaudement engoncés dans un chandail de laine rouge sang-de-vœuf, le pantalon tombant en accordion sur des souliers jaunâtres, mal retenu par une ceinture en cuir qui déborde les hanches; grand, les membres

déliés et musculeux, souples comme ceux d'un jeune chien, se mouvant avec autant d'inélégance que de force, les traits du visage robustes et doux, sans éclairs dans les yeux, souffrant encore de cette laideur Passagère, particulière aux éphèbes qui poussent trop vite, Sam est un des premiers rendus dans l'arène.

Ii salue d'un léger mouvement de la main ses camarades: Allo!

Tous ces gars doivent être de belle humeur:

évidemment, ils le sont. Mais ça n'y paraît guere. Ils ne songent même pas à le paraître. Ils ont En ce moment besogne plus pressante: s'entraîner, S'entraîner pour vaincre.

A la barrière du foot-ball grounds, un gros Barçon allemand, à la figure flasque et morne, fait mine de barrer le Passage à Sam. Sans rien dire, il fonce sur ce Boche en herbe, le Saisit par sa crinière blonde et lui donne une seconde pour choisir entre un coup de poing ou s'aplatir. Il s'aplatit, et Sam saute pardessus sans prolonger autrement la scène.

Après la bousculade du foot-ball, suit Ja bousculade de la rentrée en classe.

L'essentiel est que tous s'y retrouvent à peu près en même temps. Chacun a choisi son chemin ou se l'est frayé. Pas de temps perdu:

trois bonds de bas en haut, trois sauts d'un escalier à l'autre, pas de rangs, pas de symétrie, pas de silence: on chantonne l'air que tout à l'heure on sifflotait. Et ça y est: le professeur parle. On oublie un instant le sport; les livres sont ouverts; c'est le moment de se reposer de la fatigue du jeu.

Aux matières imposées par le maître, Sam s'applique un peu. A celle dont son papa a dit, à la maison, qu'elles servent davantage au struggle for life et à faire de l'argent, Sam s'applique davantage.

Il prévoit et veut gagner la partie: il a vaincu au jeu, il veut vaincre partout. Il faut arriver à ce qui compte, à ce qui paie: devenir fort comme son oncle Willie en politique; millionnaire comme Bob Nick qui a commencé tout jeune, nu-pieds, à vendre des journaux à Boston: populaire comme Lincoln ie bûcheron: orateur, chasseur, meneur d'hommes comme Teddy...

Tout cela lui ôte le temps et le goût ue s'occuper des affaires des autres, de s'amuser à rire, de faire des niches et de l'esprit, des billets doux, des espiègleries, de la poésie et des caricatures de fillettes en marge de ses cahiers de thèmes.

Il s'attache à ses classiques juste assez pour

s'en détacher le plus tôt possible. — Qu'est-ce que Ça rapporte! Avec une bonne traduction, il arrive à comprendr= ses auteurs latins. Et il sait qu'il y a des auteurs grecs.

Sa culture littéraire lui permettra d'écrire des lettres d'affaires, courtes et nettes, — conformes aux formules.

Il sait compter: il additionne à merveille: il Saura même soustraire, si jamais il y est forcé. Il a la multiplication dans le sang.

Si, plus tard, les succès et les profits retardent, il saura les attendre: il a pour cela la lenteur patiente et l'endurance. Si on lui ferme la route,

Il ne s'en plaindra ni à son père ni à sa mère ni à « son sort »: il cherchera en lui-même l'énergie Pour culbuter l'obstacle. Au concurrent faible, cédant sous la poussée, il ne prendra pas la peine de dire: « Ôte-toi de 1à que je m'y mette! » mais il l'êtera de là pour s'y mettre.

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Aux yeux de Sam, il y a du dégénéré dans Jean.

Aux yeux de Jean, Sam vient de se lever et n'est pas encore peigné.

L'un croit que dans l'autre il s= mêle un peu de la femme. Le second, sans y réfléchir, se laisse

croire que dans son rival traînent encore des restes de sauvage.

Tous deux s'exagèrent: le premier, les bienfaits de sa « culture supérieure » plutôt européenne et classique; — l'autre, de sa « culture Pratique » plutôt primitive.

Deux enfants nés de deux civilisations extrêmes, lesquelles en se compénétrant engendreraient peutêtre les fils d'une civilisation parfaite.

L'école chez soi

La distribution des prix avait eu lieu à l'école du village. Parents et enfants retournaient joyeux à la maison. On examinait les livres des petits, on se les passait, — Presque tous de jolis livres canadiens, — on se félicitait, on était fier, et l'on jouissait déjà des vacances!

Pour faire diversion à la distribution et en rompre la monotonie, M. le Curé y avait glissé dix minutes d'allocution sur ce qu'il appelle « l'école chez soi ».

Or, tandis qu'il donnait paternellement ses conseils aux parents et aux enfants, un écolier, un garçonnet d'une douzaine d'années, — un de

des

dienuroture

mes, eut-

nos « gradués », disaient les commissaires, — mit près de lui, sur un banc, les trois volumes et une médaille qu'il venait de recevoir, prit son crayon et un bloc de papier et sténographia l'allocution.

Quelques phrases échappées à l'inexpérience du « gradué » creusent des vides dans la suite du discours; mais, tel quel, il vaut la peine d'être cité:

« Mes amis, l'année a été bonne. Vous en êtes contents: j'en suis content; vos enfants sont contents, tout le monde est content. Dieu soit béni! Et vive l'éducation!

« Si j'en crois tout ce que j'entends et tout ce que je lis, nos écoles de la province de Québec ne vont pas mal. Elles montent et courent vite en avant, dans la bonne direction. Et vous me prouvez aujourd'hui que ce n'est pas notre école modèle de. St-X. qui retardera le mouvement.

L'examen et les diplômes obtenus cette année prouvent que nous sommes au premier rang.

Restons-y. Vos enfants lisent bien, distinctement, intelligemment. Voici, sous mes yeux, des cahiers remplis de belle écriture. La grammaire y est respectée. Tant micux! C'est une grande dame qui mérite de l'être. J'ai vu tout à l'heure des Papas rajeunis de beaux sourires en écoutant leurs petits garçons calculer l'intérêt simple et

l'intérêt composé des sommes que leur prêétait M. le notaire... Ça Promet pour l'avenir. Ils se tiennent bien, vos enfants: ils savent marcher, s'asseoir, penser, saluer, répondre, remercier, — c'est de l'éducation, tout cela, vous savez! — ils savent réfléchir, attendre, articuler: ce n'est pas d'eux qu'on dira qu'ils ont des bouches molles, des volontés de gélatine, des caractères de linge mouillé...

« Je vous félicite, mademoiselle l'institutrice, et je vous fais tous mes compliments, mes bons petits amis.

« Cependant, — pardonnez-moi pères et mères, — j'ai un cependant, et c'est Presque un reproche: j'ai peur que ce succès de l'année ire se perde en Partie pendant les vacances. Et voilà pourquoi je vous demande de continuer chez vous, à votre façon, ce qui s'est fait à l'école.

« Voyez, aujourd hui, tous ces écoliers: ils parlent, ils récitent, ils écrivent, ils comptent à merveille. Ils vont passer deux mois et demi chez Vous; en septembre prochain, il faudra des semaines pour remettre à neuf dans leur mémoire ce qu'ils en auront laissé glisser. Et si quelquesuns d'eux ne revierinent plus en classe, ce qu'ils auront oublié ne se rattrapera peut-être jamais.

€ Ils ont des prix, vos enfants, de beaux livres

prétait rs... Hs archer, ier, — {— ils st pas nolles, linge

itrice, bons

nères, oche:

de en

utiles; faites-les donc lire à haute voix, le soir, le dimanche... tandis que vous êtes assis au.our d'eux pour les écouter. Cet exercice vaut dix fois meux que la lecture à l'école. Chez vous, ils vont lire pour être Compris de leur père, de leur mère, de leurs frères et sœurs. Pour être compris, il va leur falloir d'abord comprendre eux-mêmes, Puis s'observer Pour bien prononcer les mots, Couper les phrases, les diviser selon le sens. Ça, c'est une 8ÿmnastique pour toutes les facultés. Un enfant qui lit bien à un pareil Âge et en un pareil milieu, est un enfant qui, plus tard, parlera bien en conversation et en public ?.. Est-ce que Sa ne vous fera pas plaisir d'avoir un fils parlant bien en public ?

«.…Faites-les de même calculer. Vous vendez les produits de Vos terres, vous achetez au maga- Sin, pourquoi ne les habituez-vous pas à tenir compte de vos profits, de vos ventes, de vos achats ?..

«€ Il n'est pas nécessaire que vous sachiez vousmêmes toutes les règles de la grammaire et de l'élocution pour les empêcher de baragouiner, Exigez d'eux qu'ils disent ce qu'ils disent, correctement, clairement, énergiquement, même dans leurs jeux, — même quand ils ont entre eux de

petites disputes: qu'il: se chicanent en bon français!

« Trouvez moyen de leur faire raconter, — mais intéressez-vous-y, — l'histoire du Canada, de la France, de l'Église. Ça les empêchera de l'apprendre en perroquet. Quand ils auront lu un livre, une nouvelle, un chapitre, convainquez-les que le meilleur exercice intellectuel ne consiste pas à l'avoir lu, mais à vous le redire, à en résumer le sujct, les faits, les conclusions.

« Est-ce que vous n'avez pas quelquefois des lettres à leur faire écrire ?

« Quelle joie meilleure pour vous, mes chers parroissiens, que de bénéficier déjà de l'éducaton de vos enfants, de vous instruire avec eux, en contribuant à leur développement ? Est-ce que

les plaisirs qu'on va chercher au dehors valent

ceux-là 7... »

* * Voilà un bon vieux curé éducateur qui ne fait guère de bruit, ne violente la liberté de personne, ne passe pas ses jours à accuser ceux qui ne pensent pas comme lui, et qui fait plus pour l'éducation de l'enfance que les plus bruyants de nos réformateurs. Et il est écouté.

J'ai envendu, dans sa paroisse, le soir du 15

n bon

nter, — ada, de de l'ap-

lu un juez-les onsiste ésumer

ois des

chers ucaton ux, en e que valent

août dernier, une petite fille de huit ans lisant à la lumière du soleil couchant la biographie de Champlain, dans le livre de M. l'abbé Gélinas. Je n'oublierai jamais ni a scène ni la biographie. Et je suis sûr que le père et la mère de l'enfant et sa demi-douza ne de frères et de sœurs groupés autour d'elle ne l'oublieront jamais non plus. C'était délicieux.

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