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nête et ignorante, cette envie de paraître dans le train et de ne pas nuire à leurs affaires, qui faisait dire d'eux, par l'un des dénigreurs-en-
chef qui les bernent: « Ce sont de très respectables niais. »
Pour l'ignorance
L'un des Frères de notre école vient de mourir, à quarante-sept ans.
J'ai prié près de son corps tout à l'heure, dans une toute petite chambre mortuaire, agenouillé sur le plancher nu, à la lurnière de deux cierges. Et j'allais rentrer à la maison, plein de la pensée de cette vie fauchée en pleine force de l'âge, consacrée tout entière à l'éducation des enfants, abrégée à la peine, victime du dévouement et du labeur pour les petits.
A l'angle d'une rue voisine, un groupe d'ouvriers attendaient le tramway en écoutant un parleur aux gestes et au verbe hauts, à l'air pontifiant, tenant une serviette sous son bras. Il discourait sur l'école obligatoire.
En manière de réponse à l'objection d'un de ses auditeurs, il en était, quand j'arrivai, à dire
leur fait aux Frères, aux prêtres et aux évêques:
— « Ce n'est pas surprenant qu'ils soient tous opposés à l'école obligatoire: ils ont peur de l'éducation! Vous comprenez, plus le peuple est ignorant, plus il se laisse mener par le clergé... » Et le reste du thème ordinaire.
La plupart de ces ouvriers étaient de mes connaissances: braves gens de Saint-Stanislas, de Saint-Pierre-Claver et de l'Immaculée-Conception. Ils me saluèrent d'un honnête bonjour, avec, chez quelques-uns, un sourire et des regarde échangés entre eux, qui voulaient dire: « Vous .comprenez, on le laisse parler, mais on ne se laisse pas emplir. »
Le parleur, au bout de son fuseau, je suppose, s'était tu.
— Savez-vous, dis-Je, en me mêlant au groupe que le Frère X... est mort ?
— Vraiment! fit un de mes vieux amis de l'avenue Mont-Royal, le père de onze garçons. Ah! c'était un bon Frère! Mais on ne le voyait plus et on n'entendait plus parler de lui.
— Îl était épuisé, malade depuis deux ans.
Plus de vingt-cinq années passées dans une classe c'est assez, croyez-moi, pour tuer un homme.
Surtout quand on y met tout son cœur, comme il faisait, et que le travail ne finit pas, même